« L’agriculture, la grande absente de la LF 2017 », déplore Abdelmajid Zar

« L’agriculture, la grande absente de la LF 2017 », déplore Abdelmajid Zar

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Dans une interview accordée ce mercredi 12 octobre à Africanmanager, le Président de l’UTAP, AbdelmajidZar, a appelé le gouvernement de Youssef Chahed à respecter les consignes du document de Carthage. Cet appel est justifié par Zar par le non respect de ce texte depuis la désignation de cette équipe ministérielle.

Sur un autre plan, il estime que le travail participatif avec les organisations nationales est important pour ce gouvernement pour qu’il puisse trouver les solutions adéquates aux problèmes économiques. Interview

Plusieurs observateurs parlent d’un démarrage « difficile » du secteur de l’agriculture. Qu’en pensez-vous?

 C’est vrai. Plusieurs facteurs viennent empêcher le bon démarrage des grandes cultures 2016-2017.

Parmi les difficultés rencontrées, on cite également le volume limité des ressources hydrauliques dans les barrages.

Outre ce problème, on se trouve aussi face au manque de semences et d’engrais, chose qui pourrait entrainer plusieurs dysfonctionnements. A cela s’ajoutent les difficultés structurelles et conjoncturelles qui ne pourraient que paralyser le boom du secteur, à savoir le spectre de l’endettement des agriculteurs.

De même, les agriculteurs se trouvent aussi confrontés aux problèmes de monopolisation de certains produits comme les engrais.

Les craintes de l’UTAP par rapport à une telle situation?

On reste toujours préoccupé par les quantités pluviométriques qui restent en deçà des attentes sur toutes les régions du pays et ce, malgré les pluies enregistrées ces derniers jours.

Ces craintes restent légitimes, surtout que ce genre de problème aura certainement des effets sur la rentabilité des agriculteurs et par la suite sur la production et les récoltes.

 En dépit de cette conjoncture, on n’a pas trouvé de mesures directes dans le projet de loi de finances de 2017. Avez-vous des explications?

 Malheureusement, ce texte a tout simplement ignoré l’agriculture au profit d’autres secteurs.

A mon avis c’était attendu, c’est le cas depuis des années. On a trop parlé du rôle de l’agriculture comme étant un levier du développement qui assure la sécurisation des approvisionnements et des échanges commerciaux. Mais sur le plan de l’action, rien n’a été fait et c’est tout simplement des speechs.

Mais cela peut signifier quelque chose de fâcheux ?

 Certainement oui. Cela peut s’expliquer par l’absence d’une volonté pour que ce secteur soit un contributeur essentiel à la croissance économique du pays ainsi qu’un moyen indispensable pour réduire la pauvreté et la précarité. L’autre facteur est bien évidemment lié à l’existence de lobbies puissants voulant détruire le secteur.

 Et pourtant, le gouvernement de Chahed n’a pas réagi. Qu’en pensez-vous?

 On attend encore l’application du document de synthèse définissant les priorités du gouvernement, y compris l’agriculture.

Au top des actions à mener il y a la réalisation de la croissance économique à travers une série de mesures comme la stimulation de l’agriculture et la régularisation de la situation foncière des terres agricoles.

A mon avis, ce gouvernement est en train de gérer le quotidien et suivre les mêmes démarches que les gouvernements précédents.

Allez-vous réagir? 

 Oui. On exige déjà une réunion de la commission 5+5 regroupant des représentants du gouvernement et notre organisation afin de trouver des solutions aux problèmes du secteur.

De même, des commissions ont été installées au niveau de notre organisation dans le but de trouver la manière à travers laquelle on pourra insérer le document de Carthage dans un programme national.

Il est à noter que les travaux de ces commissions seront publiées très prochainement.

 Selon-vous, le gouvernement est-il en train d’appliquer ce « contrat »?

 Jusqu’à ce jour, ce gouvernement d’Union Nationale n’est pas en train d’appliquer les clauses du document de Carthage, considéré comme l’une des solutions aux différents problèmes économiques.

 En conséquence, quelle serait la position de l’UTAP?

 Le gouvernement doit s’en tenir au document de Carthage pour réussir sa mission et entamer en toute urgence les mesures recommandées.

C’est important, surtout que ce contrat est à l’origine de ce gouvernement ayant bénéficié d’une plateforme électorale plus large avec la participation de plusieurs organisations nationales et différentes sensibilités politiques.

Donc, si ce gouvernement ne respecte pas ce pacte, l’UTAP serait obligée de retirer sa confiance.

Dans pareille condition, on commence à poser moult questions…

 Votre message au GUN?

 Il faut se contenter d’appliquer ce contrat conclu avec l’ensemble des acteurs intervenants, sachant qu’on est engagé à le soutenir pour relever ces défis.

 Les actions à entreprendre?

 L’agriculture doit faire partie des priorités de ce gouvernement et que cet intérêt se traduise d’une manière effective.

Donc, nous devons plus que jamais résoudre une difficile équation : produire mieux pour assurer la sécurité alimentaire du pays tout en préservant nos ressources naturelles et en garantissant un revenu à nos agriculteurs.

Ainsi, il apparait urgent de prendre une panoplie de mesures. Il s’agit également de résoudre l’épineux problème des terres domaniales, de consacrer des incitations financières et fiscales de manière à restructurer ce secteur qui génère plus de 12% du PIB et qui pourrait devenir la colonne vertébrale de notre économie.

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