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« Les mesures prises en faveur des hôteliers ont besoin d’une circulaire d’application de la Banque centrale», déclare Radhouane Ben Salah

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Dans une interview accordée à Africanmanager, le président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), Radhouane Ben Salah, a déclaré que les mesures prises dans la loi de finances complémentaire de 2015 en faveur des hôteliers doivent faire l’objet d’une circulaire d’application de la part de la Banque centrale pour pouvoir résoudre l’épineux problème de l’endettement.

De même et pour sortir de la crise, les hôteliers vont se lancer dans la création de résidences touristiques..

Sur un autre plan, le responsable a fait savoir qu’un plan de promotion adéquat sera mis en place, dont le budget sera augmenté en passant de 1500 millions de dinars en 2016 à 2700 millions de dinars en 2017 pour conserver les marchés ayant réalisé des performances lors de la saison 2016. Interview :

Pouvez-vous nous dresser l’état des lieux du secteur ?

Jusqu’au 10 octobre, une augmentation de 2.2% a été enregistrée en termes d’entrées et 7.9% en termes de nuitées et ce, en comparaison avec la même période de 2015.

Par rapport à 2014, les chiffres sont malheureusement négatifs. Car les entrées ont chuté de 30% et  les nuitées ont aussi baissé de 38.7%.

C’est raisonnable étant donné que l’année 2015 a été considérée comme l’année la plus mauvaise qu’ait connue le tourisme tunisien.

Et 2016 aurait pu être beaucoup plus mauvaise si les acteurs intervenants n’avaient pas fait un travail consistant et sérieux en se focalisant sur trois principaux marchés. Il s’agit du marché russe, qui a connu une évolution considérable. Chiffre à l’appui, 515 mille Russes ont visité la Tunisie jusqu’au 10 octobre courant contre 52 mille en 2015 et les prévisions tablent sur une augmentation de ce chiffre pour s’établir à 636 mille à fin 2016.

Le deuxième marché, c’est celui des Algériens dont le flux a évolué de 15.4% pour atteindre 1.237.000 en 2016 contre 1.071.000 en 2015, alors que le dernier marché est le local ; il a progressé de 3% et atteindra 5% à la fin de cette année..

Ces trois marchés ont sauvé le secteur touristique et ont amoindri au maximum le manque qui pourrait avoir en 2016.

Avez-vous fixé une stratégie pour consolider ces marchés ?

Ces marchés, considérés comme des marchés promoteurs, doivent faire l’objet d’une stratégie particulière. De même, un effort accru doit être fourni pour rétablir la confiance des partenaires étrangers à travers des campagnes publicitaires et promotionnelles intensives, éductours, participations aux salons internationaux.

C’est important pour pouvoir maintenir le rythme de croissance de ces marchés, qui seront à mon avis d’un apport conséquent pour notre secteur touristique.

C’est pour cette raison qu’une réunion a eu lieu avec le ministère du Tourisme pour préparer un plan de promotion adéquat dont le budget sera augmenté en passant de 1500 millions de dinars en 2016 à 2700 millions de dinars en 2017.

De même, il a été décidé de renforcer le soutien aux opérateurs organisant les vols charters et d’inviter des personnalités, des agences de voyage et des journalistes étrangers pour la promotion du tourisme tunisien.

Y-a-t-il des nouveautés par rapport au marché britannique , surtout que la GrandeBretagne refuse toujours de revoir ses conseils de voyage vers la Tunisie ?

La situation du marché britannique est catastrophique. La tendance baissière s’est élevée à 93% par rapport à l’année précédente. C’est logique, surtout que les tours-opérateurs boudent toujours notre pays en raison des restrictions de voyage qui sont toujours maintenues et qui demeurent un vrai dilemme pour les professionnels du métier.

Cependant, on multiplie les efforts pour que cette décision soit révisée dans de brefs délais.

Mais l’un des opérateurs de poids, Thomas Cook, a déprogrammé la Tunisie au départ de la GrandeBretagne pour l’été 2017. S’agit-il d’un coup dur pour le secteur ?

C’est une très mauvaise nouvelle. Cette décision aura certainement des effets sur les réalisations directes de ce marché, mais elle aura aussi un impact psychologique sur les autres marchés européens.

En dépit de cette décision, un mouvement de reprise modeste est constaté au niveau d’autres marchés comme le marché allemand et celui de la Belgique pour l’été prochain.

Dans le même ordre d’idée, les pays de l’Est vont progresser, sans oublier certains nouveaux marchés comme la Chine et l’Inde.

Vos estimations par rapport à la prochaine année ?

Globalement, 2017 sera l’année de la reprise, mais on n’atteindra pas des chiffres plus importants.

Pour ce faire, un programme de développement du marché tunisien (2015-2020) a été élaboré dont les premières assisses réaffirmeront l’objectif de 10,3 millions de touristes avec 50 millions de nuitées et des recettes de l’ordre de 7000 millions de dinars.

La réalisation de cet objectif sera-t-elle possible dans pareille conjoncture, jugée morose ?

Cette nouvelle stratégie est axée sur des points bien précis. Il s’agit de la résolution des problèmes de l’hôtellerie qui a plus que jamais besoin d’une restructuration et d’une solution appropriée à son endettement.

Les grandes lignes de cette solution sont mises en place par la loi des finances complémentaire de 2015. Cette loi a prévu un programme d’aide concernant les établissements touristiques et de l’artisanat, qui ont été intégrés au dispositif de restructuration globale incluant les investissements de renouvellement ainsi qu’un plan de rééchelonnement des crédits qu’ils ont contractés.

Ce programme a besoin d’une circulaire d’application de la part de la Banque centrale sur laquelle on est en train de travailler pour avoir des lignes de crédits étrangères à des taux intéressants et une longueur de remboursement importante, qui seront par la suite mises à la disposition de l’hôtellerie.

Cette solution d’endettement, rappelle-t-on, concerne 80% de l’hôtellerie tunisienne. Le montant est hallucinant, 4000 millions de dinars en 2013. L’endettement carbonisé était de l’ordre de 1200 millions de dinars.

La restructuration n’est pas uniquement la solution de la dette. On a aussi besoin d’un programme de mise à niveau de notre produit hôtelier, sur le plan humain, commercial et de la gestion. A ce titre, un rapport sera prochainement élaboré par des experts indépendants pour mettre en place un programme de mise à niveau dont le financement sera compris dans la dette de l’unité.

A partir de ce moment, nous allons aussi travailler sur l’amélioration de la qualité en mettant en place un nouveau programme de formation visant l’ensemble des professionnels et en introduisant de nouveaux métiers de l’hôtellerie.

L’amélioration de la qualité du produit touristique dépend aussi de la diversification du mode d’hébergement afin de donner une image positive du grand potentiel dont dispose la Tunisie.

Outre ces actions, il est temps de diversifier l’offre tout en développant de nouveaux produits à forte valeur ajoutée dont notamment le tourisme culturel, tourisme de santé, tourisme écologique, etc.

Cette démarche est cruciale, surtout que la crise que traverse ce secteur a prouvé la fragilité du produit touristique tunisien, basé quasiment sur un mono produit : le tourisme balnéaire.

On n’a pas cessé de parler de la restructuration du secteur touristique et de l’amélioration des services dans les hôtels, mais réellement rien n’a changé. Qu’en dites-vous?

La situation politique a beaucoup impacté le secteur. En effet, le ministère a connu le plus grand nombre de changements, soit plus de 7 ministres depuis la révolution.

Cela a beaucoup affecté le secteur, qui souffrait déjà des problèmes structurels, mais aussi conjoncturels liés essentiellement à la sécurité.

Un rendez-vous d’envergure internationale est programmé à Tunis les 29 et 30 novembre 2016 : la conférence internationale sur l’investissement. Comment la FTH pourrait tirer profit de ce genre de manifestation ?

Il s’agit d’un événement incontournable, surtout qu’on a intérêt à développer un nombre important de petites et moyennes entreprises principalement dans le domaine de l’animation, de la restauration et du sport. Ces investissements peuvent être faits dans les zones les plus démunies qui ne reçoivent pas de touristes, mais des clients passagers.

Outre cet aspect, on va aussi se lancer dans la création de résidences touristiques. C’est important, notamment avec la publication du décret loi relatif à ce segment. D’après ce texte, les hôteliers possédant des terrains libres sont autorisés à construire des résidences touristiques qui seront par la suite destinées à la vente (50% pour les étrangers et 50% pour les Tunisiens).

Des hôteliers ont déjà déposé leurs dossiers d’investissements..

Ces investissements sont importants pour les hôteliers qui seront capables de rembourser leurs dettes auprès des banques.

Quel rôle pourrait être joué par les chaînes d’hôtels internationales, qui se sont installées ou comptent le faire en Tunisie, pour aider à sortir de la crise actuelle de l’hôtellerie ?

L’installation des chaines internationales est très importante,dans l’amélioration de la qualité des services, mais aussi pour redorer l’image de notre pays. Chose qui ne peut être que bénéfique pour la Tunisie.

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