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Ridha Saïdi : La Tunisie en proie à de sérieuses difficultés mais n’est pas au bord de la faillite

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Les craintes n’ont pas lieu d’être et l’Etat n’est pas au bord de la faillite, a assuré le ministre conseiller auprès du chef du gouvernement, chargé du suivi des projets et programmes publics, Ridha Saidi, dans un entretien avec Africanmanager. Il n’en a pas moins reconnu l’existence de sérieuses difficultés financières auxquels le gouvernement s’emploie à remédier. Interview :

Quelle analyse faîtes-vous de la situation économique de la Tunisie à la lumière d’un taux de croissance qui n’a pas dépassé 1% ?

Effectivement, 20016 n’a pas été une année positive. Nous avons enregistré un recul du taux de croissance depuis 2014 et cette régression s’est poursuivie jusqu’à fin 2016. En cause, les secteurs sinistrés, surtout celui du tourisme qui a chuté de 45% suite aux attaques terroristes qui ont visé le pays, outre le secteur industriel qui peine à réaliser les taux de croissance escomptés de même que l’investissement.

Dans ce catalogue, il y a lieu aussi de citer la baisse des exportations alors que les importations montent en flèche créant des déséquilibres au niveau de la balance commerciale avec un taux de couverture qui n’a pas dépassé les 70% au cours des dernières années. Tout ceci a impacté directement le dinar tunisien qui a essuyé une dégringolade remarquable par rapport aux devises étrangères.

Comment vous appréhendez l’année 2017 à la lumière de ces indicateurs ?

Fin 2016 et début 2017, nous avons observé une amélioration des indicateurs économiques, au terme d’u recul qui s’est poursuivi deux années durant.

Il importe de relever dans ce cadre un retour de l’investissement. C’est un indicateur positif, d’autant que le pays enregistre aussi un retour progressif du rythme de la production industrielle dans maints secteurs, notamment ceux des industries manufacturières, mécaniques, et électroniques ainsi que celle des médicaments.

Un certain accès d’optimisme se fait jour au regard des prévisions tablant sur une saison agricole prometteuse. S’y ajoute le retour positif du secteur du phosphate où l’on n’est pas loin des chiffres de 2010.

Au rang des indicateurs positifs, on notera l’amélioration du secteur touristique à hauteur de 50% après avoir touché le fond suite aux attentats terroriste du Bardo et de Sousse. C’est un indicateur positif, d’autant que nous nous attendons à accueillir 6,5 millions de visiteurs cette année.

Sera-t-il possible de réaliser une croissance de 2,5% ?

Nous aspirons à réaliser ce taux en référence aux indicateurs cités, et grâce à la poursuite de pareil rythme tout au long de l’année, cet objectif sera réalisable.

Pour autant, pourrait-on mettre sous le boisseau les pressions exercées par le Fonds monétaire international s’agissant du décaissement de la 2ème tranche du prêt qui aurait dû être déboursée en décembre. Qu’en pensez-vous ?

C’est tout à fait faux. Le gouvernement espère obtenir cette deuxième tranche à l’issue de la visite qu’une mission du FMI effectuera en Tunisie au cours du mois d’avril prochain. D’ailleurs, les pourparlers avec la mission du Fonds sont à un stade avancé après la conférence-vidéo tenue dernièrement entre le représentant du gouvernement et le Fonds monétaire international. Une rencontre qui prépare la visite attendue de la mission du FMI en Tunisie dont la date n’a pas été fixée à ce jour mais qui devrait intervenir durant le mois d’avril pour déboucher sur l’élaboration du rapport couronnant la revue périodique, qui sera présenté au Conseil d’administration du Fonds, lequel se réunira pour décider du décaissement de la 2ème tranche.

L’expert économique Ezzeddine Saidane a soutenu dans une récente déclaration à la presse que la mission du FMI ne viendra pas en Tunisie au cours de ce mois au motif qu’elle n’a pas constaté des progrès dans la mise en œuvre des réformes lors de ses deux visites en novembre 2016 et janvier 2017

Avec tout le respect que je dois à cette lecture, l’auteur de cette déclaration n’a pas qualité de représenter le gouvernement pour s’autoriser à confirmer cette information. Nous saisissons cette occasion pour affirmer que la mission du FMI effectuera bientôt une visite en Tunisie, bien que la date de cette visite n’ait pas encore été fixée.

Il s’agit d’une démarche importante, d’autant que le gouvernement d’union nationale a entamé effectivement la mise en œuvre des réformes convenues avec la mission du FMI qui avait visité la Tunisie en janvier dernier, réformes dont le but est de réaliser la stabilité économique, entreprendre la réforme des établissements publics ainsi que le secteur financier, comme en témoigne la restructuration des banques publiques qui avance à une cadence remarquable, portant sur la bonne gouvernance, l’efficacité de l’intervention financière dans les secteurs économiques, singulièrement le respect des règles prudentielles internationales.

Il est important de signaler que la restructuration des banques publiques s’inscrit dans le cadre de la réformes des institutions financières publiques suite notamment au lancement de l’audit global en 2013 et la recapitalisation des banques publiques en 2015 avec l’injection de 860 millions de dinars prélevés sur les ressources propres de l’Etat. Ce faisant, nous démentons les informations colportées sur l’éventualité de la cession des banques publiques et de leur privatisation.

Concernant la réforme de la fonction publique, les décrets relatifs à la stratégie de la réforme devront être discutés en Conseil des ministres outre les nombreuses autres réformes ayant trait au secteur financier et aux banques publiques notamment le volet de leur restructuration.

A travers son engagement à mener ces réformes et à les accélérer, le gouvernement d’union nationale cherche lors de la prochaine visite de la mission du FMI à préparer la réunion qu’il tiendra avec le Conseil d’administration du FMI au cours du mois d’avril et celle avec le CA de la Banque mondiale en mai.

Ainsi, les efforts se conjuguent non seulement pour obtenir la 2ème et la 3ème tranche du prêt du Fonds d’un montant variant entre 650 et 700 millions de dollars, mais aussi à obtenir les deux autres prêts de la Banque mondiale (500 millions$) et de l’Union européenne (400 millions $).

Cela peut-il vouloir dire que le gouvernement est effectivement engagé à mettre en œuvre les réformes convenues ?

Absolument, en dépit de l’existence des difficultés financières. Mais il n’y a pas lieu d’avoir des craintes ni évoquer une faillite de l’Etat ni même son incapacité à payer ses fonctionnaires.

Nous sommes déterminés à accroître les ressources propres de l’Etat, notamment celles provenant de la fiscalité en en améliorant le recouvrement et grâce à la reprise du rythme de la production du phosphate et des engrais ainsi qu’à l’amélioration des ressources exceptionnelles provenant essentiellement de la confiscation. La présidence du gouvernement et le ministère des Finances sont en train de mettre en place un programme spécial relatif aux biens confisqués, basé sur la cession au cours des deux prochaines années de toutes les participations détenues par l’Etat au titre de ces biens, étant signalé qu’une partie de ces biens relèvent du secteur financier et bancaire tels que la Banque Ezzitouna, le secteur industriel et l’immobilier.

Ce programme devrait être prêt au cours du mois d’avril, ce qui permettra de renflouer le budget de l’Etat et d’éponger son déficit et ses dettes.

Interview traduite à partir d’Africanmanager (version en langue arabe)

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