Houcine Dimassi : «Notre économie piétine encore à un niveau médiocre»

Houcine Dimassi : «Notre économie piétine encore à un niveau médiocre»

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L’ex ministre des Finances

Houcine Dimassi, expert en économie et ancien ministre des Finances, a accordé à Africanmanager une interview où il a évoqué plusieurs points dont la situation économique actuelle du pays, le projet de la loi de finances 2017 et la proposition du gouvernement de reporter les majorations salariales pour l’année 2019.

Qu’est-ce que vous pensez de la situation économique actuelle du pays ?

Globalement, notre économie piétine encore, fait du sur place, et à un niveau médiocre et inquiétant. Son taux de croissance se fige en apparence à 1.5%. En fait, le taux de croissance des 11  branches réellement créatrices de richesses et inductrices de l’économie est nul, voire négatif. Les autres indicateurs économiques ne sont pas meilleurs. Durant les 9 derniers mois de 2016, nos exportations ont subi en termes réels une régression de 0.8%. Il en a résulté un déficit alarmant de notre balance commerciale de 9.2 milliards de dinars, soit environ 12 milliards de dinars sur l’année. Quant aux investissements, ils n’ont pas connu un sort meilleur, surtout concernant les investissements étrangers : -21.2% durant les 8 derniers mois de cette année.

La masse salariale a atteint 75% des dépenses de l’État. Quel commentaire cela vous inspire ?

Au cours des 6 dernières années, 2011-2016, la masse salariale de la fonction publique a connu un gonflement sans précédent, résultant des politiques populistes démagogiques des gouvernements de la post-révolution. En effet cette masse a grimpé de 6.5 milliards de dinars en 2010 à plus de 13 milliards en 2016. Cette tendance a généré des graves turbulences, et ce aussi bien au niveau des finances publiques qu’au niveau de l’ensemble de l’économie. L’amplification de la masse des salaires dans le public s’est souvent accompli au dépens des dépenses d’équipement, provoquant un retard flagrant de notre infrastructure de base et un délabrement de nos équipements collectifs. Par ailleurs, l’injection de trop d’argent dans une économie chancelante a aiguisé outre mesure deux fléaux économiques : l’inflation et l’écroulement de la valeur du dinar.

Qu’est-ce que vous pensez de la décision du gouvernement de reporter les majorations salariales pour 2019?

Le report de la majoration des salaires de la fonction publique pour 2018 ou 2019 constitue certes un précieux soulagement pour les finances publiques. Sans cette décision, le déficit du budget de l’État de 2017 par rapport au PIB aurait atteint environ 8%, taux considéré comme suicidaire. Cependant, cette décision ne met pas fin, du moins pendant quelques années, à cette politique démagogique d’augmentation des salaires.
De même, cette décision illustre parfaitement le caractère égoïste et peureux des différents gouvernements de la révolution : chacun tente de jeter la balle dans le camp de celui qui le suit.

Votre propre lecture du projet de la loi de finances 2017…

Le trait saillant du budget du 2017 réside dans l’alourdissement de la pression fiscale. Éprouvant des grandes difficultés dans la mobilisation de ressources extérieures sous forme d’emprunts, le gouvernement s’est replié sur les impôts et similaires afin de boucher ce trou.

Toutefois, au lieu de faire payer ce nouveau fardeau à deux grands tricheurs du fisc (les professions libérales de choix ainsi que les spéculateurs-trafiquants), le gouvernement a fait supporter l’essentiel de cette pression à deux catégories sociales correctes. La première est celle des entreprises classiques légales, assurant encore le peu de production, d’exportation, d’investissement et de création d’emplois. La seconde couvre tous les citoyens bénéficiant d’un revenu plus ou moins modéré. En précédant ainsi, le gouvernement a contribué à aggraver la récession économique du pays ainsi que ses tensions sociales et politiques.

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