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Mohamed Jarraya : « La banque publique n’a plus d’avenir, c’est au privé de prendre la relève »

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Le sort des banques publiques, les difficultés auxquelles elles font face et le dernier rapport de Fitch Rating ont été les principales questions soulevés dans l’interview accordée à Africanmanager par l’expert en économie et président de l’Observatoire « Tunisia Progress », Mohamed Jarraya.

Quelle est l’importance du rapport de Fitch, quel impact sur la Tunisie ?

Cette notation est importante pour la Tunisie, car d’une part c’est la troisième agence mondiale (après Standard and Poor’s et Moody’s), et d’autre part cette dégradation tombe tout juste avant l’échéance d’avril pour laquelle le gouvernement s’apprête à sortir sur le marché international des capitaux pour lever les fonds nécessaires au budget. Et même si on peut trouver des bailleurs, on risque de payer un peu plus cher nos crédits, soit à un taux d’intérêt plus élevé que l’habituel.

Quel avenir pour les banques publiques en Tunisie?

A l’aube de l’indépendance, alors que l’initiative privée était « nourrissante », il était du devoir du jeune État tunisien de jouer son rôle d’Etat-providence. C’est ainsi qu’un tissu d’entreprises publiques a vu le jour dans les secteurs stratégiques et de première utilité économique pour le citoyen, entre autres les banques qui ont bien joué leur rôle social.

Aujourd’hui le secteur des banques est de plus en plus concurrentiel et l’État n’a plus de place dans le capital des banques. Ainsi, la banque publique n’a plus d’avenir et c’est au privé de prendre la relève. Pour le contrôle et la régulation, l’État dispose des lois et des organes : BCT, CMF, Cours spécialisées, etc. Ainsi, l’intérêt national sera bien protégé.

Où résident, selon vous, les difficultés de ces banques?  

Les grands handicaps de ces banques publiques sont notamment les créances irrécouvrables, la masse salariale et par conséquent l’accumulation des déficits. Les raisons profondes sont bien connues. Il n’est plus judicieux d’utiliser les fonds du contribuable pour essuyer les abus des barons profiteurs. La recapitalisation ne pourra plus sauver ces banques.

Quel est le meilleur plan de sauvetage, selon vous?

A mon avis, le meilleur plan de sauvetage (restructuration) de ces banques doit prévoir l’allègement des charges, le développement de la productivité (efficience) et la transmission au privé.

Et quels sont les avantages de cette privatisation?

De façon générale la privatisation comporte deux avantages évidents pour le gouvernement : faire entrer des fonds (aident à réduire le déficit budgétaire) et se débarrasser de la gestion des services concurrentiels.

Dans la mesure où la privatisation ne crée pas de monopole susceptible de nuire à un développement économique et social harmonieux, qu’elle favorise la concurrence et le meilleur fonctionnement des marchés, elle peut avoir des effets positifs.

Ainsi, nous avons besoin de développer la privatisation sous les conditions suivantes, à assurer par l’Etat : Instaurer et garantir une bonne transparence dans l’étude des dossiers et la transmission, progressive, des entreprises aux privés, imposer et garantir de bonnes règles de concurrence et de compétitivité évitant tout monopole et réserver à l’Etat le pouvoir de re-nationaliser l’entreprise ou le secteur à tout moment, en cas de dérapage.

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