La Tunisie passe au laminoir du FMI !

La Tunisie passe au laminoir du FMI !

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La Tunisie aura finalement sa deuxième tranche du prêt du FMI, i.e les 308 millions de dollars au titre du Mécanisme élargi du crédit (MEDC), et encore sous réserve de l’aval du Conseil d’administration du Fonds qui se réunira à cet effet début juin. C’est une bouffée d’oxygène autant qu’un point de passage obligé pour postuler à d’autres financements des bailleurs internationaux, singulièrement la Banque mondiale et l’Union européenne. Les caisses de l’Etat devraient pouvoir respirer un peu, mais pour combien de temps ? Le même scénario va certainement être remis en jeu, sans doute en plus brutal, étant toujours chevillé à la progression des réformes « urgentes et énergiques » prescrites par le Fonds monétaire international, dès qu’il s’agira de la 3ème tranche et des cinq suivantes stipulées par le MEDC.

Pour autant, la Tunisie serait-elle passée sous le laminoir du FMI, comme le soutient nombre d’experts et d’analyste ? On se résigne à penser que ce serait le cas, car, de fondation, l’institution de Bretton Woods n’est en aucun cas susceptible de déroger à cet arsenal de préceptes qui, à force d’être rigoureux, peut faire d’elle ce qu’il est convenu d’appeler un pompier pyromane, ses recettes ayant mécaniquement un coût social que seuls quelques pays « bénéficiaires » peuvent endurer. La Tunisie, au sortir d’une révolution, n’est visiblement pas de cette extraction. Cela doit vouloir dire qu’il lui en coûtera de se lancer dans les chantiers économiques, financiers et sociaux auxquels elle s’est solennellement engagée, avec la diligence et la rigueur voulues par son bailleur de fonds. D’autant moins que le pays est en proie à une vague de contestation qui se répand comme un feu de brousse nourri par deux brandons, le chômage et les inégalités de maints ordres, alors que le gouvernement, tout en protestant de sa détermination et de sa bonne volonté -et on le comprend-, est peu en état d’y répondre autrement que par des mesurettes qui ressortissent plus au bricolage qu’à une vision claire et déterminée qui rassure et désamorce l’impatience.

Des défis qui s’enchaînent

On ne peut pas s’excepter de devoir à la vérité de dire – et le FMI en a pris acte- que le gouvernement s’échine à créer des débouchés économiques et des emplois pour tous les Tunisiens, à stabiliser les finances publiques dans l’intérêt des générations futures, et à protéger les populations vulnérables en cette conjoncture difficile. Mais comme le constate le même FMI, l’économie tunisienne se heurte à de « redoutables défis ». Si, de surcroît, on lui en imposait d’autres, alors fatalement, les répercussions seraient encore plus redoutables, surtout dès lors qu’il s’agira de s’attaquer à des questions communément admises comme « tabous » et des lignes rouges à ne pas franchir telles que la réduction des subventions, la cession des entreprises publiques et dans une moindre mesure la dévaluation déguisée du Dinar.

On n’en convient pas moins que le train de l’Etat devra être raboté au moyen d’une maîtrise de la masse salariale et d’un durcissement de la politique monétaire pour contrer les tendances inflationnistes, mais pour le reste, et eu égard aux résistances syndicales, politiques et populaires, ce sera prendre le tison par où il brûle. Face à une grogne qui explose au moindre accroc, une autorité de l’Etat en total vacillement, un composé de libertés sacrosaintes, une classe politique très avare de soutien au gouvernement, voire franchement hostile et un syndicat à tout le moins peu coopératif, il ne sera nullement dans l’ordre des choses tel qu’il est à l’heure actuelle que les préceptes du FMI aient la suite exigée sous peine de couper le robinet.

Bémol à la fièvre revendicative

Dans cette configuration, il point cependant une petite lueur d’espoir que l’on se console à rechercher dans la reprise de l’activité touristique, de celle de la production du phosphate et d’une assez bonne campagne agricole. Une conjoncture, si elle arrivait à prendre corps, pourrait aider à atténuer les écueils sur lesquels butte depuis de longues années toute l’ordonnance économique et sociale du pays. Sauf si, et la ministre des Finances l’a dit craindre ce mardi même, un tragique aléa venait à se produire, à savoir un acte terroriste comme il s’en a été commis ces dernières années. C’est manifestement de moins en moins probable avec la vigilance de tous les instants dont font montre les forces de sécurité et de l’Armée.

Il reste que c’est aux Tunisiens eux-mêmes qu’il incombe de faire en sorte que leur pays puisse s’affranchir de la tutelle encombrante du FMI, en liguant leurs efforts, en mouillant la chemise, en bannissant tout ce qui pourrait faire obstacle au redressement, en s’interdisant toutes les formes de contestation autres que pacifiques et légitimes et en cessant de réclamer tout et tout de suite. Au gouvernement, il est demandé de repenser de fond en comble les ressorts et les modes de son action, d’aller plus à l’écoute du peuple, arriver à le convaincre du sérieux de ce qu’il entreprend, et surtout qu’il est rigoureusement déterminé à améliorer la gouvernance, notamment la lutte contre la corruption et la mainmise des élites et à instaurer un dialogue en vue de déterminer les origines du malaise social et d’y apporter des solutions, en particulier avec les syndicats, comme le lui enjoint, de son côté, la Banque mondiale.

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