Tunisie : La panique a-t-elle lieu d’être si irraisonnée ?

Tunisie : La panique a-t-elle lieu d’être si irraisonnée ?

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Cela fait un bail que les Tunisiens, dans leur écrasante majorité, appréhendent le retour des terroristes sans en faire un drame. En faisant depuis quelques semaines une si virale irruption dans le débat publique, la question tourne carrément à la paranoïa que nourrit sans trêve une polémique où chacun y va de sa théorie mais où, circonstance aggravante, le sommet de l’Exécutif, présidence de la République et Primature, se signalent par une cacophonie, déconcertante pour l’harmonie de l’Etat, et déroutante pour l’opinion publique. A une telle enseigne que l’impression s’est vite formée que l’on tire à hue et à dia, entraînant dans ce sillage toute la classe politique et l’ensemble de la société civile.

Combien sont-ils, de quoi sont-ils capables, sont-ils dangereux autant qu’ils sont, que faudra-t-il en faire, a-t-on les moyens de les mettre hors d’état de nuire ? Les interrogations abondent qui donnent toute la mesure de la panique qui est en train de s’emparer du pays sans que soit clairement et définitivement identifiés l’étendue de la menace qu’ils présentent et le danger qu’ils font courir à la Tunisie. Alors que l’heure du retour approche à grands pas à mesure que s’accélère l’allure de la débâcle des terroristes en Syrie, en Irak et en Libye, le gouvernement en est encore au stade de la réflexion sur une stratégie propre à neutraliser les « returnees » tunisiens sans que soit arrêté l’arsenal des premières mesures urgentes pour le faire. Il s’y greffe même une logomachie presque philosophique sur les bases constitutionnelles, légales et judiciaires de l’action à entreprendre. Dans cet exercice, à l’évidence, c’est l’essentiel qu’on galvaude, alors même que l’urgence commande des décisions énergiques, immédiatement applicables, et des moyens conséquents pour leur donner corps et efficience.

C’est la vanité même d’épiloguer, dès lors qu’il y a péril en la demeure, sur les garanties qu’il importe de mettre en place pour que les terroristes de retour puissent bénéficier en termes de droits de l’Homme et des traitements y associés, alors que c’est la sécurité du citoyen tunisien qui est notoirement en jeu et que la commission d’un acte terroriste n’est pas une vue de l’esprit, mais une probabilité plus que vraisemblable qu’il faut considérer avec tout le sérieux qui s’y attache. D’autant que, suite à des années passées sur le terrain, certains terroristes sont devenus de véritables machines à tuer, sans le moindre état d’âme. Ils connaissent toutes les filières pour se procurer des armes, alors que d’autres sont devenus des experts en matière de fabrication et d’utilisation d’explosifs qu’ils peuvent confectionner à partir de produits de consommation courantes, tels que les fertilisants et les engrais. Certes, tous les « returnees » ne sont pas à ranger dans cette catégorie, mais un seul peut déclencher le drame tant redouté, et il faut parer à toutes les éventualités, même celles provenant des seconds couteaux et de la chair à canon, tels qu’utilisés par leurs commettants de Daech ou d’Ennosra.

Le devoir de protection

La Tunisie a un devoir de protection envers son peuple. Elle a l’incontournable obligation de prendre les mesures qui immunisent les Tunisiens contre un danger si imminent et si précis sans s’embarrasser d’inutiles scrupules vis-à-vis de terroristes aguerris et même de ceux qui le sont moins ou pas du tout. Car, comme l’atteste l’expérience, l’immersion dans l’univers du terrorisme a ceci de particulier d’ouvrir grandes les portes de l’enfer quel que soit le rang du préposé à l’acte. Il n’en demeure pas moins utile de savoir gérer la principale difficulté qui réside dans le fait qu’il n’y a pas une mesure unique qui permette de traiter ces retours car la multiplicité des profils appelle une variété et une approche sur mesure des différentes situations. Le ministère de l’Intérieur affirme qu’il a les moyens de le faire avec une base de données constamment actualisée avec force chiffres et registres qui permettent à ses services de traiter avec la rigueur et le professionnalisme requis les flux attendus de ceux qui retourneraient dans le pays. Son patron, Hédi Mejdoub, tout en concédant que la question du retour des Tunisiens des foyers de tension préoccupe autant la population, a affirmé qu’il ne faut pas non plus qu’elle prenne beaucoup d’ampleur. Le ministère est capable de gérer les Tunisiens de retour des foyers de tension, a-t-il assuré.

Venant d’un ministre de l’Intérieur, ces propos ont de quoi être lénifiants, et on peut leur prêter crédit sur la foi des réussites alignées par ledit ministère tout au long de l’année qui vient de s’achever. Mais force est de noter aussi que l’on n’est pas totalement sur le même registre. Ceux dont on craint le retour sont d’un autre acabit, dont le profil est totalement inédit, ce qui appelle des réponses autrement vigoureuses et à toute épreuve au rebours des tâtonnements et des couacs débités en guise d’assurances, notamment par les locataires de Carthage et de la Kasbah.

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