Tunisie : Les tristes héritiers des pionniers de l’Indépendance !

Tunisie : Les tristes héritiers des pionniers de l’Indépendance !

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Partie pour devenir une Nation normalement constituée, avec un Etat ordonnateur de la vie en société, garant des libertés, dépositaire de la conscience nationale, bâtisseur de bien-être et moteur de développement, La Tunisie se retrouve 61 après dans la condition d’un pays qui a pulvérisé bien des opportunités de l’être et de tenir le rang auquel le destinaient ses pionniers.

Le constat, quasi unanime, est triste et interpelle sur la manière dont le pays a été gouverné en chemin, mais surtout sur le mode sur lequel ont été gérées les six années qui ont suivi la Révolution censée délivrer les Tunisiens d’un longue ère de dérives de diverses natures et ponctuées de choix d’autant plus hasardeux et de pratiques si malsaines que leurs retombées sont funestement ressenties par le grand nombre.

Si des acquis évidemment majeurs ont été bon an mal an sauvegardés comme l’école pour tous, l’accès à la santé, l’émancipation de la femme pour ne citer que ceux-ci, bien d’autres ont été littéralement dilapidés pour ramener le pays à des décennies en arrière. C’est principalement le cas de l’Etat dont l’autorité n’a de cesse de s’effriter au fil des jours voire des heures, un Etat qui a laissé filer entre les doigts l’essentiel de ce qui le fondait à être le pouvoir qui se fait respecter par la force de la loi, qui a l’autorité de rendre opposables à tout le monde les décisions qu’il est appelé à prendre, un Etat qui rétropédale chaque fois qu’il fait ce qu’il a à faire. Et les exemples font florès qui abîment cette vocation de puissance publique reconnue à ceux qui ont mission de l’exercer. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis la Révolution, singulièrement le dernier en date d’entre eux, en ont fourni les exercices les plus patents. L’affaire Petrofac, la loi des finances 2017, la longue liste des grèves et autres mouvements sociaux dont les auteurs finissent par obtenir gain de cause, les bras de fer avec les syndicats et les corporations, tout cela a révélé au grand jour l’impotence de l’Etat et son évidente incapacité à gérer la chose publique comme l’y autorisent son statut et les attributions qui sont les siennes.

Un Etat déficient

Pourtant, il est établi, notamment dans une démocratie telle que comprise par la majorité silencieuse  des  Tunisiens, qu’un gouvernement ne peut avoir d’autre autorité que celle qu’il puise dans la volonté générale et qu’il exerce sous sa responsabilité contrôlée. Mais ce n’est pas à dire qu’il ne doit être que l’instrument passif des caprices populaires et des poussées de l’opinion. Mieux encore, et comme communément admis, la démocratie, dans ce qu’elle a de plus légitime, ne peut fonctionner au service des citoyens que si elle est un régime d’autorité, c’est-à-dire où un Etat suffisamment fort fait respecter l’équilibre des pouvoirs et la mise en œuvre de ses orientations. Sinon, l’Etat se trouve rapidement prisonnier des factions qui, à leur tour, imposent au peuple leurs diktats.

Ostensiblement, le pouvoir en Tunisie n’est pas dans cette logique. Et ceci induit forcément des effets destructeurs sur l’ordonnance économique et sociale du pays comme en témoignent le rachitique taux de croissance en constante dégringolade, l’endettement stratosphérique, le chômage endémique, les inégalités sociales et régionales, la pauvreté qui fait tâche d’huile pour toucher même une partie de la classe moyenne.

La Révolution est passée par là, diraient d’aucuns. Certes l’explosion des revendications y est pour quelque chose, celle des libertés, peut-être. Mais ce sont les politiques qui assument une large responsabilité dans les affres qui minent le pays. Les gouvernements ont été incapables de prendre la mesure des défis et des enjeux, il est vrai extrêmement difficiles, qui assaillent le pays, ils ont manqué d’imagination et de vision, se bornant à expédier les affaires courantes, sans s’engager dans les « mesures douloureuses » dont il est constamment question sans jamais voir le jour. En cause, un lamentable déficit de gouvernance, et l’absence d’une équipe au pouvoir qui ose prendre le taureau par les cornes et aller au charbon.

On est dès lors à mille lieues des premiers commencements de l’ère de l’Indépendance, au sortir d’une colonisation prédatrice, époque à laquelle, l’autorité alors au pouvoir, a su mettre le pays sur les rails dans bien des domaines, nonobstant l’absence de cadres adéquats et préparés à la tâche, mais dont le sens patriotique et celui de l’Etat ont fait ce qui est regardé comme des miracles avec des moyens inexistants, et au mieux insuffisants. Le tout à l’enseigne d’une vision bien ancrée dans l’acharnement à délivrer la Tunisie de sa condition post-coloniale. C’est là l’enseignement majeur qu’il importe de tirer de ce 61ème anniversaire de l’Indépendance. La Tunisie est capable de voir le bout du tunnel pour peu que ses citoyens et ses gouvernants s’y emploient.

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