Tunisie-Libye : Quand Essissi grille la politesse à BCE, Bouteflika…

Tunisie-Libye : Quand Essissi grille la politesse à BCE, Bouteflika…

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Contre toute attente, c’est au Caire que les principaux antagonistes de la crise libyenne ont scellé ce qui a les allures d’une réconciliation, en tout cas les prémices d’une issue. Le chef du gouvernement d’entente nationale, Fayez El Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar y sont parvenus à un accord prévoyant d’œuvrer à la tenue d’élections présidentielle et parlementaires en Libye en février 2018. Ils ont convenu de créer une commission mixte mandatée pour trouver les solutions à apporter aux questions en suspens et aboutir à une mouture consensuelle à soumettre au parlement libyen pour adoption.

Qu’en sera-t-il alors du Sommet sur la crise libyenne auquel travaille depuis longtemps le président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi, et dont la préparation devrait être à l’ordre du jour de la réunion des ministres tunisien, algérien et égyptien des Affaires étrangères, prévue le 1er mars prochain à Tunis ? En bonne logique diplomatique, ce Sommet, s’il lui arrivait d’avoir lieu, ne ferait que prendre acte, sans doute valider ce dont il a été convenu dans la capitale égyptienne.

On pourrait alors se prendre à penser que l’initiative des Tunisiens appuyée par les Algériens s’en serait allée en eau de boudin. Le président égyptien Abdelfattah Essissi, par un tour de passe-passe dont il semble maîtriser l’art, a coiffé au poteau les uns et les autres, restés en rade malgré les efforts marathoniens et les navettes diplomatiques qu’ils ont déployés pour amener les Libyens à composition et régler autrement que par les armes la virulente crise qui agite le pays depuis le chute de Kadhafi.

Essissi tape dans le mille !

Le chef de l’Etat égyptien a visiblement tapé dans le mille en misant invariablement sur Khalifa Haftar, le chef des Forces armées du Parlement de Tobrouk, qui a multiplié les visites au Caire ces derniers temps pour rencontrer, notamment, le général Mahmoud Hidjazi, chef d’état-major des forces armées égyptiennes, dépossédant ainsi la diplomatie et ministère égyptien des Affaires étrangères du dossier libyen traité d’abord et surtout comme une question sécuritaire et une affaire de sécurité nationale. Faisant face à la montée de groupes terroristes dans le Sinaï, Le Caire, qui cherche à neutraliser toute action politique des Frères musulmans, considère Haftar comme son principal allié en Libye. Et ce dernier le lui rend bien en affichant haut et fort son objectif de « nettoyer » la Libye des Frères musulmans. Au demeurant, l’Égypte, qui semble avoir l’appui de Washington, dont la nouvelle administration est dirigée par Trump, a avancé davantage et plus rapidement que l’Algérie et la Tunisie dans le dossier libyen. Franchement hostiles à l’approche sécuritaire, Alger et Tunis estiment que la solution à la crise libyenne doit être politique, construite à partir d’un « dialogue inclusif » devant aboutir à un consensus national solide qui garantit « la cohésion et l’unité du peuple libyen » et « la stabilité de la Libye ». Un consensus qui comprend également les islamistes dont certains refusent tout « rôle politique » pour les militaires agglomérés autour de Haftar.

Les « bons offices » de Ghannouchi

Dans cette configuration stratégique, beaucoup d’interrogations n’ont pas manqué de se poser sur le rôle imparti à Rached Ghannouchi qui a multiplié ces derniers temps les déplacements et les déclarations sur le dossier libyen, avec l’accord, affirme-t-il, du président Béji Caïd Essebsi, tout en soutenant que ses bons offices consistaient à établir une «passerelle» entre l’Etat algérien et Ali Salabi, le prédicateur et dirigeant islamiste libyen réputé proche du Qatar. Pratiquement reçu en audience par le président Bouteflika à chacun de ses voyages à Alger, il a révélé avoir organisé récemment, dans sa demeure à Tunis, une rencontre entre Ahmed Ouyahia, le directeur de cabinet du président Bouteflika, et Ali Salabi. Il n’en fallait sans doute pas davantage pour irriter les Algériens qui craignent la multiplication des processus de règlement de la crise libyenne, même s’il est admis que la diplomatie parallèle est         souvent utilisée par tous les États dans le traitement des dossiers complexes, et ce, depuis longtemps. D’ailleurs, dans une déclaration anonyme accordée à plusieurs médias nationaux, une source gouvernementale algérienne a nié des contacts avec les responsables islamistes libyens. «L’Algérie n’a pas de diplomatie parallèle», a estimé cette source. Même la rencontre entre le Directeur de cabinet de la présidence, Ahmed Ouyahia et le chef du parti tunisien a été qualifiée de «partisane».

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