Tunisie : S’offrir un toit, la galère d’un citoyen au-dessus de tout...

Tunisie : S’offrir un toit, la galère d’un citoyen au-dessus de tout soupçon !

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Il est toujours aussi difficile de s’offrir un toit en Tunisie. La Révolution dont on attendait un léger mieux pour les petites bourses a produit l’effet contraire, les prix de l’immobilier, pris dans une folle spirale, ont vu leur indice bondir de 53 points par rapport à ce qu’il était en 2010. Même le programme dit de « Premier logement » semble être mal parti, ayant été entaché de soupçons de corruption alors que les banques trouvent peu d’intérêt à s’y investir. La controverse qu’il a provoquée au départ demeure entière, d’aucuns y voyant un projet fait à la mesure et dans l’intérêt exclusif des promoteurs immobiliers. Là encore, c’est la classe moyenne qui trinque et déchante, ceux des siens qui avaient pavoisé se retrouvent en face d’ une insurmontable réalité qu’ils imputent à titre principal aux fins de non-recevoir opposées par des établissements de crédit à leurs demandes, pour manque de financement.

Le Directeur général de l’habitat au ministère de l’Equipement, Néjib Esnoussi, dément ce qui a été rapporté sur le manque de financement bancaire destiné au programme de premier logement, affirmant le plus clairement du monde que le programme a été lancé en septembre 2016 au niveau de toutes les banques de la place après que toutes formalités et procédures y afférentes ont été complétées et mises en place. Ainsi, dit-il, ledit programme est entré officiellement en application le 2 février dernier au bénéfice des ménages à revenu moyen, c’est-à-dire variant entre 4,5 et 10 fois le Smig. Au demeurant, l’autofinancement a été fixé à 40.000 dinars pour chaque prêt remboursable en 7 ans avec un taux d’intérêt de 2% assorti d’un délai de grâce de 5 ans.

L’immobilier flirte avec les sommets

Dans une déclaration à Africanmanager, le président de la chambre syndicale nationale des promoteurs immobiliers, Fahmi Chaabane, a souligné l’importance du programme notamment pour les acquéreurs à revenu limité, affirmant que « le secteur de l’immobilier est en mesure de soutenir le développement économique ». Ce n’est sans doute pas l’avis du citoyen qui se plaint de la hausse des prix de l’immobilier guère à sa portée. Le président de la chambre syndicale en convient, pour expliquer ensuite que cette flambée n’a nul rapport avec les promoteurs immobiliers, l’imputant à la rareté des terrains, à la hausse du coût de construction et à la dépréciation du Dinar tunisien vis-à-vis des devises étrangères. Il y a ajouté les « nombreuses difficultés auxquelles fait face le secteur » qui, plaide-t-il, « a besoin de nouvelles mesures pour réaliser la reprise escomptée ».

Des schémas immuables voire obsolètes

Une configuration où il est reproché aux pouvoirs publics de se confiner dans des schémas immuables voire obsolètes. Les promoteurs immobiliers leur demandent de réviser leur politique en matière de logement social, afin qu’ils puissent s’acquitter de leur rôle social, et ce à travers la mise à disposition des terrains constructibles, précise le président de leur chambre syndicale. Il propose aussi l’extension de la durée de remboursement des crédits directs avec un plafond d’âge porté à 70 ans ainsi que l’abaissement à 10% au lieu de 20% du taux d’autofinancement en crédits bancaires, au motif que le citoyen est incapable de disposer des fonds propres exigés pour cause d’érosion du pouvoir d’achat.

Autre proposition : dispenser les ressortissants étrangers de l’autorisation du gouverneur lors de l’achat du bien immobilier en en facilitant les formalités administratives, ce qui leur permettra d’acquérir les innombrables appartements de haut standing actuellement inoccupés, vers lesquels les promoteurs immobiliers n’ont de cesse de se tourner, car «  le logement social n’est pas assez rentable », selon Fahmi Chaâbane. D’autant que l’acquisition d’habitations ou des terrains par des étrangers ne constitue pas un problème du moment que ces derniers « ne vont pas concurrencer les Tunisiens car leur créneau de prédilection ce sont les logements de haut standing qu’une bonne majorité de Tunisiens ne peuvent se permettre d’acquérir ». Ajoutons que pour qu’un étranger puisse acheter un bien immobilier en Tunisie, à moins qu’il n’y habite, il devra obtenir l’autorisation de la Banque centrale, qui vérifie la situation judiciaire de l’acquéreur. Seulement, celle-ci n’est délivrée qu’une fois le cadastre effectué. Un refus est synonyme de bien des déboires y compris la lancinante obligation de quitter la demeure.

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