Tunisie-Chahed à Tataouine : Le goût amer de la perte d’autorité de l’Etat...

Tunisie-Chahed à Tataouine : Le goût amer de la perte d’autorité de l’Etat (Vidéos)

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Le voyage du chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, à Tataouine était une gageure et une aventure dont l’issue n’était pas assurée. Au vu du degré de tension dans la région, toute autre personnalité politique aurait essuyé les mêmes réactions que lui. Ce qui était déjà arrivé au ministre de l’Emploi, à Tataouine toujours, en est la preuve.
Force est donc, à ce titre, de rendre hommage à Youssef Chahed pour avoir maintenu cette visite, malgré les risques dont son équipe lui a certainement parlé.

Accompagné de 11 ministres et secrétaires d’État, Chahed s’est rendu jeudi 27 avril 2017 à Tataouine, une région du Sud tunisien depuis quelques semaines secouée par des manifestations qui revendiquaient, faussement, l’emploi et le développement.
Arrivé avec quelques «cadeaux dans les mains », comme «fuité» dans quelques sites, le chef du gouvernement tunisien a annoncé, lors de cette visite, pas moins de 64 mesures. On y trouve le financement de 670 petits projets et 150 autres au profit de la femme, l’élargissement de l’intervention de la Banque de solidarité pour financer les projets agricoles, la création d’un complexe pour l’emploi et le travail indépendant et le recrutement de 500 agents dans la société de l’environnement, une structure fabriquée de toutes pièces pour absorber le «chômage».

Tout cela n’a pas suffi à calmer l’ire de certains habitants. Déjà dans le bureau du Gouverneur, que les habitants ont refusé d’entendre et chahuté lors de sa réunion, certains demandaient «la part de la région dans nos ressources pétrolières». Une demande qui en disait déjà long sur les véritables raisons des mouvements sociaux.
Fortement remontée par des partis et des parties contre l’autorité de l’Etat, la population du Sud a fini par ériger le pétrole transformé en «raisin de la colère». C’est aussi, faut-il encore le rappeler, une région qui a toujours vécu, depuis la fin du règne de Bourguiba et sous le regard mi-vigilant, mi-bienveillant, de contrebande et de marché parallèle.

A sa sortie du gouvernorat, Chahed essuie des «Dégage» et des «ton train a sifflé», et son cortège s’ébranle dans la précipitation en dehors du siège de policiers fait autour du siège du Gouvernorat. Ça, ce sont les faits. Décryptage :

⦁ Qui sème le laxisme, récolte le «Dégage»
Comme pour son prédécesseur, longtemps Chahed avait été mis en garde contre les signes récurrents de perte de l’autorité de l’Etat, qui n’avaient cessé, depuis août dernier, de jalonner son parcours de chef de gouvernement. Chahed recevra le premier coup de Boomerang en pleine figure dès le lendemain de son discours d’investiture. Le 26 août 2016, il disait devant les députés : «nous agirons, avec détermination et fermeté pour faire face à tous les Sit-in illégaux et à toutes les grèves irrégulières». Dès le lendemain, il fera face à de tels mouvements et il oubliera d’être «ferme et déterminé». Les arrêts de travail, les grèves de tous genres et de toutes les catégories de population se multiplieront, sans que son gouvernement n’aille jusqu’au bout de sa logique de fermeté et malgré le départ de plus d’un investisseur. Des citoyens perturbent le travail des employés du phosphate et du pétrole. A Kerkennah, les révoltés seront même assurés de ne jamais être poursuivis. A Tataouine dernièrement, des citoyens prennent d’assaut les concessions, arrêtent les camions de transport d’hydrocarbures, coupent l’eau, sans être inquiétés. Laxisme aussi envers les contrebandiers qu’il a plusieurs fois dit connaitre et même répété que plusieurs têtes tomberont. La Tunisie attend toujours de voir tomber autre chose que les têtes des sous-fifres et des petites mains. Des juges, des instituteurs et d’autres métiers font des grèves illégales sans que les lois ne leur soient appliquées. Des partis restent hermétiques à toutes les demandes d’informations à propos de leurs ressources financières ou brandissent carrément des slogans appelant à l’instauration du Califat, sans que les lois en vigueur ne leur soient appliquées. Des Tunisiens s’attaquent aux représentants de l’Etat lorsque l’un des leurs est arrêté pour trafic ou pour désobéissance aux lois et s’en sortent aux moindres coûts.

⦁ Le goût amer d’un «Dégage»
Tout au long des sept dernières années, d’une démocratie qui rime de plus en plus avec impunité et laisser-faire, laisser-aller, dans presque tous les domaines, l’insolence vis-à-vis de tout signe de l’autorité de l’Etat est devenue de mise. Il n’était donc plus étonnant de voir Tataouine, laissée sous l’influence de partis ou de parties que tout le monde dit connaître et personne n’ose pointer du doigt, défier effrontément le représentant de l’autorité de l’Etat et l’accueillir avec des mots tels que «Dégage» ou «ton train a sifflé», et l’obliger à quitter précipitamment les lieux. Tataouine où ces partis et parties ont impunément développé la haine à l’encontre de toute autorité lorsque ses contrebandiers ne peuvent pas l’acheter et l’affront contre les symboles de cet Etat dont, pendant des années, d’autres l’ont convaincu qu’il a spolié leur région à la faveur d’autres régions.

Chahed qui a refusé d’opter pour une politique, sociale et économique, de la «main de fer dans un gant de velours» pour gérer un pays devenu ingouvernable et dont les ministres même ont donné raison à des revendications qui n’ont rien de social a goûté ce jeudi 27 avril 2017 à l’amer goût de la perte d’autorité de l’Etat. Un Etat dont on ne le laisse toujours pas être le chef de gouvernement, respecté et digne de la confiance qui lui permettrait, non pas d’arroser le désert avec des projets qui n’apporteront jamais le «Développement» instantané faussement revendiqué, mais de faire simplement le travail pour lequel il avait été désigné et le programme pour lequel il avait même été ovationné en août dernier !

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