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Tunisie : Le petit bilan de Chahed, l’incohérent et l’optimiste à son «cor défendant» !

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Retour critique sur un discours enflammé contre le pessimisme ambiant, prononcé samedi dernier en grande pompe, par le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed. Plus remonté à bloc par les nouvelles aides d’un gouvernement français sur le départ que par les résultats de son propre périple africain, il affirme ce que d’autres infirment. «Le GUN dont l’âge est de quelque 7 mois, a réalisé une très grande partie de ses promesses», disait-il dans le discours qu’il avait dédié à la présentation du nouveau code des investissements. Au fait, selon le «Chahed-Meter» d’I Watch, le GUN n’a réalisé que 8 sur 92 de ses promesses. 21 autres seraient en voie de réalisation. Par ailleurs, le code fait toujours polémique. Mais sa présentation comme LA réalisation, était « dictée » par la présence de la délégation du FMI en Tunisie. Nous faisons, de notre côté, remarquer à I Watch, que certains points, comme la «loi d’urgence économique» ou encore «l’indépendance énergétique» que le Chahed-Meter met dans la rubrique des réalisations, sont encore loin d’être réalisés. Ces deux points devraient même rejoindre la longue liste des promesses en voie de réalisation. «Pas assez, mon fils», pourrions-nous dire pour parodier une fameuse publicité !

  • La mauvaise foi de Chahed

Tout au long de son discours, Chahed se montrera optimiste, comme lorsqu’il affirme que «on a les possibilités de rebondir économiquement». Il donnera, en seul exemple, les résultats de sa dernière tournée africaine. Des résultats, comme la «bonne image dont jouit la Tunisie», ainsi que d’autres termes comme la réputation, les possibilités, l’expérience etc… Autant de mots et aucun chiffre !

L’optimisme de Chahed est aussi démontré, comme il l’affirme, par «la vision claire du gouvernement». Un seul exemple, tiré de son propre discours, démontre pourtant le contraire. Parlant en effet de la réforme des instruments de financement de l’économie, il affirme que «les banques publiques doivent jouer leur rôle de bras financier » pour financer les entreprises et les secteurs «qui trouvent des difficultés à avoir un financement auprès des banques privées». Tout le monde se rappelle pourtant les trois autres occasions où le même Chahed a affirmé que l’Etat n’a pas besoin de bras financier. Et d’affirmer ensuite, contrairement à ce qu’il avait déjà dit, que «le gouvernement a décidé de revoir ses participations dans le secteur bancaire (…) autre que les 3 banques publiques». Quelques semaines auparavant, il fulminait pourtant contre ces trois mêmes banques publiques.

Ce seul exemple affirme confirme que le GUN n’arrive toujours pas à avoir ou à donner une vision claire et stable dans le temps de ses orientations pour le microcosme économique national et étranger. Un microcosme qui n’arrive toujours pas à savoir si le GUN est du côté du secteur privé ou des syndicats qui sont comme un cor [caillou] dans la chaussure du chef de gouvernement.

C’est en effet le patronat qu’il somme d’être nationaliste («Vous avez, en tant que chefs d’entreprises, non pas seulement un rôle économique, mais surtout nationaliste dans cette conjoncture », disait-il dans son discours du 8 avril 2017) dans leurs investissements et non tous les partenaires. Il oubliait d’en faire autant pour une UGTT que tous accusent pourtant d’être la cause essentielle du délabrement de la situation économique (grèves, sit-in, soutien aux grèves sauvages à tout mouvement social, coupures des routes, demandes exorbitantes d’augmentations salariales, ingérence dans les choix politiques etc…) et de la situation financière du pays, à tel point que le FMI a estimé nécessaire d’aller leur parler directement pour les raisonner.

Chahed a certes affirmé que «le gouvernement a des programmes pour aider ces entreprises et leur donner toutes les conditions de réussite». Il parlait certainement du plan d’urgence économique. Le plan n’étant pas encore adopté, l’urgence perd toute sa signification dans le marasme général et toute son urgence.

  • Il prône la confiance alors qu’il a lui-même perdu 4 points de confiance !

C’est uniquement cette vision claire qui a vocation à rassurer les investisseurs et tout le public, dont plus de 73,1 % estiment déjà que le pays est dans la mauvaise voie. Chahed a par ailleurs perdu, selon le dernier baromètre politique de Sigma Conseil, 4 points dans l’estime de ses ouailles. Il faudrait donc, à notre sens, qu’il commence par remonter dans les sondages de confiance, pour pouvoir redonner confiance aux autres. Peut-être voulait-il parler de ce sondage, en évoquant le retour de confiance.

Or, la confiance commence par l’obligation de tout dire. Jamais pourtant, même aux plus officiels de ses discours, Chahed n’a daigné tout dire, de la réalité périlleuse des états financiers de l’Etat, des mesures douloureuses dont il parlait lors de la séance de vote de confiance et de la position de chacun de ses partenaires au GUN, politiques et sociaux, sur tout cela ?

Contrairement à son affirmation du samedi dernier, que «le GUN a fait le choix de la franchise et de tout dire à la population», il a plutôt fait le choix de toujours «noyer le poisson» et de «ménager la chèvre et le chou». Sinon, qui sait, depuis sept ans, la vraie vérité sur les assassinats politiques ? Qui connaît (y compris lui-même) la réalité des résultats (s’il y en a) des différentes commissions d’enquête, parlementaires et autres ? Qui sait toute la vérité sur la situation financière des entreprises publiques que Chahed vilipendait samedi dernier, et du poids des impayés de l’Etat lui-même dans cette situation qui les oblige à demander sa garantie pour s’endetter ?

Quand bien même certains PDG voudraient-ils le faire, ils se trouveraient vite réprimandés et risqueraient leurs postes. Beaucoup d’autres entreprises, comme celles des médias dont nous connaissons très bien l’exemple, attendent toujours l’accord de la Carep (Commission d’assainissement et de restructuration des entreprises publiques qui siège à La Kasbah) pour entamer le processus de leurs restructurations, sociale notamment, à cause du cor syndical dans la chaussure du chef du gouvernement, et financière ensuite, à cause du poids excessif des salaires. Youssef Chahed et son GUN ont-ils tout dit au peuple à ce propos ? Ont-ils pris le peuple à témoin dans toutes leurs négociations avec une UGTT qui prend tout et ne fait aucune concession pour tout lui dire et s’inscrire réellement dans la franchise dont il parlait samedi dernier ?

La réponse est malheureusement NON. Ceci fait obligatoirement de son discours du samedi une dissertation pleine de mauvaise foi et d’incohérences, entre ce qu’il dit avoir la volonté de faire, ce qu’il fait malgré lui et ce qu’il n’ose toujours pas faire et qu’il devrait pourtant faire. C’est cela qui explique les mauvais chiffres des sondages qui l’ont fait, manifestement, réagir à propos de la confiance du peuple dans son action. C’est ce qui fait enfin qu’il n’arrive toujours pas à instaurer la confiance entre gouvernement, citoyens et partenaires économiques et même partenaires financiers internationaux ! Chahed est optimiste. Mais a-t-il réellement un autre choix ? Peut-être de prendre le risque tout dire et d’assumer les conséquences de son «coming out ». Mais pour cela, il faudrait … !

 

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