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Khaled Boumiza

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Le voyage du chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, à Tataouine était une gageure et une aventure dont l’issue n’était pas assurée. Au vu du degré de tension dans la région, toute autre personnalité politique aurait essuyé les mêmes réactions que lui. Ce qui était déjà arrivé au ministre de l’Emploi, à Tataouine toujours, en est la preuve.
Force est donc, à ce titre, de rendre hommage à Youssef Chahed pour avoir maintenu cette visite, malgré les risques dont son équipe lui a certainement parlé.

Accompagné de 11 ministres et secrétaires d’État, Chahed s’est rendu jeudi 27 avril 2017 à Tataouine, une région du Sud tunisien depuis quelques semaines secouée par des manifestations qui revendiquaient, faussement, l’emploi et le développement.
Arrivé avec quelques «cadeaux dans les mains », comme «fuité» dans quelques sites, le chef du gouvernement tunisien a annoncé, lors de cette visite, pas moins de 64 mesures. On y trouve le financement de 670 petits projets et 150 autres au profit de la femme, l’élargissement de l’intervention de la Banque de solidarité pour financer les projets agricoles, la création d’un complexe pour l’emploi et le travail indépendant et le recrutement de 500 agents dans la société de l’environnement, une structure fabriquée de toutes pièces pour absorber le «chômage».

Tout cela n’a pas suffi à calmer l’ire de certains habitants. Déjà dans le bureau du Gouverneur, que les habitants ont refusé d’entendre et chahuté lors de sa réunion, certains demandaient «la part de la région dans nos ressources pétrolières». Une demande qui en disait déjà long sur les véritables raisons des mouvements sociaux.
Fortement remontée par des partis et des parties contre l’autorité de l’Etat, la population du Sud a fini par ériger le pétrole transformé en «raisin de la colère». C’est aussi, faut-il encore le rappeler, une région qui a toujours vécu, depuis la fin du règne de Bourguiba et sous le regard mi-vigilant, mi-bienveillant, de contrebande et de marché parallèle.

A sa sortie du gouvernorat, Chahed essuie des «Dégage» et des «ton train a sifflé», et son cortège s’ébranle dans la précipitation en dehors du siège de policiers fait autour du siège du Gouvernorat. Ça, ce sont les faits. Décryptage :

⦁ Qui sème le laxisme, récolte le «Dégage»
Comme pour son prédécesseur, longtemps Chahed avait été mis en garde contre les signes récurrents de perte de l’autorité de l’Etat, qui n’avaient cessé, depuis août dernier, de jalonner son parcours de chef de gouvernement. Chahed recevra le premier coup de Boomerang en pleine figure dès le lendemain de son discours d’investiture. Le 26 août 2016, il disait devant les députés : «nous agirons, avec détermination et fermeté pour faire face à tous les Sit-in illégaux et à toutes les grèves irrégulières». Dès le lendemain, il fera face à de tels mouvements et il oubliera d’être «ferme et déterminé». Les arrêts de travail, les grèves de tous genres et de toutes les catégories de population se multiplieront, sans que son gouvernement n’aille jusqu’au bout de sa logique de fermeté et malgré le départ de plus d’un investisseur. Des citoyens perturbent le travail des employés du phosphate et du pétrole. A Kerkennah, les révoltés seront même assurés de ne jamais être poursuivis. A Tataouine dernièrement, des citoyens prennent d’assaut les concessions, arrêtent les camions de transport d’hydrocarbures, coupent l’eau, sans être inquiétés. Laxisme aussi envers les contrebandiers qu’il a plusieurs fois dit connaitre et même répété que plusieurs têtes tomberont. La Tunisie attend toujours de voir tomber autre chose que les têtes des sous-fifres et des petites mains. Des juges, des instituteurs et d’autres métiers font des grèves illégales sans que les lois ne leur soient appliquées. Des partis restent hermétiques à toutes les demandes d’informations à propos de leurs ressources financières ou brandissent carrément des slogans appelant à l’instauration du Califat, sans que les lois en vigueur ne leur soient appliquées. Des Tunisiens s’attaquent aux représentants de l’Etat lorsque l’un des leurs est arrêté pour trafic ou pour désobéissance aux lois et s’en sortent aux moindres coûts.

⦁ Le goût amer d’un «Dégage»
Tout au long des sept dernières années, d’une démocratie qui rime de plus en plus avec impunité et laisser-faire, laisser-aller, dans presque tous les domaines, l’insolence vis-à-vis de tout signe de l’autorité de l’Etat est devenue de mise. Il n’était donc plus étonnant de voir Tataouine, laissée sous l’influence de partis ou de parties que tout le monde dit connaître et personne n’ose pointer du doigt, défier effrontément le représentant de l’autorité de l’Etat et l’accueillir avec des mots tels que «Dégage» ou «ton train a sifflé», et l’obliger à quitter précipitamment les lieux. Tataouine où ces partis et parties ont impunément développé la haine à l’encontre de toute autorité lorsque ses contrebandiers ne peuvent pas l’acheter et l’affront contre les symboles de cet Etat dont, pendant des années, d’autres l’ont convaincu qu’il a spolié leur région à la faveur d’autres régions.

Chahed qui a refusé d’opter pour une politique, sociale et économique, de la «main de fer dans un gant de velours» pour gérer un pays devenu ingouvernable et dont les ministres même ont donné raison à des revendications qui n’ont rien de social a goûté ce jeudi 27 avril 2017 à l’amer goût de la perte d’autorité de l’Etat. Un Etat dont on ne le laisse toujours pas être le chef de gouvernement, respecté et digne de la confiance qui lui permettrait, non pas d’arroser le désert avec des projets qui n’apporteront jamais le «Développement» instantané faussement revendiqué, mais de faire simplement le travail pour lequel il avait été désigné et le programme pour lequel il avait même été ovationné en août dernier !

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Elle a nié l’avoir dit. Voici pourtant, textuellement, ce qu’elle avait déclaré lundi 17 avril 2017, sur les ondes de la radio privée Express Fm. «C’est vrai que, dans le cadre de nos négociations avec le FMI, il y a tout un chapitre relatif à la politique financière. Le 1er objectif est que l’inflation reste à des niveaux raisonnables. La seconde question est la valeur du Dinar (…). Il est prévu, selon les propositions du FMI, que la BCT diminue ses interventions, pour laisser glisser le Dinar et qu’il diminue graduellement pour éviter qu’on soit amené à une dévaluation brutale. Actuellement, nous ne prévoyons pas une dévaluation brutale. Il se peut que la BCT diminue ses interventions pour laisser diminuer graduellement la valeur du Dinar, c’est-à-dire un glissement progressif (…). La ministre dit ainsi, clairement, que la politique de lissage du Dinar est une proposition du FMI, ce que réfute Jihad Azour du FMI justement.
Interrogée ensuite par Wassim Belarbi sur une possibilité, même théorique, d’un Euro à 3 DT, la ministre répond que (Ndlr : Timing exact de 30’53’’ de l’interview qui a duré 33’27 selon le Podcast mise en ligne par Express FM) «c’est en effet ce que disent les experts. Il y a même quelques études du FMI qui disent, même si ce n’est pas dans la conjoncture actuelle qui s’est légèrement améliorée, mais dans des périodes antérieures, que l’Euro à 3 DT est la situation normale de l’économie car la valeur du Dinar est le reflet de la situation économique». Le mot est dit. Pas en présence d’un conclave d’experts ou de spécialistes du change, mais dans une radio grand-public et à une heure de grande écoute. Le grand public l’a certainement mal interprété, mais il fallait peut-être tenir compte de tout cela et nuancer ou préciser les propos. Or la ministre s’était déjà envolée, dès le lendemain, vers Washington pour achever les négociations avec le FMI.

⦁ Chronique d’une chute malintentionnée
C’est en fait, en confirmant, certainement de manière involontaire, cette hypothèse de l’Euro = 3 DT en citant des études du FMI à l’appui que la ministre a donné le top départ aux anticipations des opérateurs économiques, sur un marché où la devise était déjà en état de petite sécheresse. Et ce sont ces anticipations qui flamberont le prix du Dinar.

En effet, selon les données de la BCT, le Dinar était à 2,48 ou 2,49 durant la période allant du 11 au 14 avril 2017. Le lundi d’après, une journée avant la fameuse interview de la ministre sur les ondes d’Express FM, le Dinar s’échangeait à 2,5087 euros. Le jour même de l’interview, il était à 2,5667 euros.
Les effets de l’anticipation des opérateurs n’étant jamais immédiats, ce n’est qu’un jour après, c’est-à-dire le 20 avril 2017, que les choses s’accélèrent. En effet, le jeudi 20 avril, le Dinar s’échangeait ce jour à 2,5949 euros en interbancaire. Le vendredi 21, il était à 2,6939 euros et s’ébranlait déjà. Le samedi 22 et le dimanche 23 avril, le marché est fermé, ce qui explique que le lundi 24 avril la polémique autour du taux de change du Dinar était à son comble et le Dinar s’échangeait à 2,6102 euros. Le 25 avril, la BCT injecte 100 MUSD, ponctionnés sur la réserve nationale en devises, sur le marché du change pour lisser la baisse du prix du Dinar qui reste ainsi à 2,6102 et s’y stabilise le lendemain. Voici par ailleurs, une idée sur le change du DT, sur des sites étrangers au courant de la période du 17 au 26 avril 2017 (Source : FxexchangeRate.com)

A son arrivée à Tunis, la ministre organise un point de presse restreint, où elle affirme ceci : «je n’ai pas déclaré que la véritable valeur de l’Euro est de 3 DT», contrairement à ce que tout un chacun peut toujours entendre dans le podcast d’Express FM.
En 4ème point de ce communiqué, la ministre jette l’opprobre sur «les corrompus et les contrebandiers», que la réussite des réformes du gouvernement «dérange jusqu’à éloigner le sommeil de leurs yeux», ainsi que sur «ceux qui profitent, injustement, de la situation actuelle» et qui «s’opposent à ces réformes». Piquée au vif par les appels à sa démission et l’intox de sa fuite parus sur quelques Blogs, elle s’attaque ensuite pourtant à la presse qu’elle prend pour un ânon, en fustigeant «l’intense campagne de presse, qui a détourné mes propos, sur la presse et les réseaux sociaux et dont je conclue qu’elle était fausse et orchestrée, dans le but de perturber le rythme accéléré des réformes entreprises par le ministère et le gouvernement en général». Et de terminer qu’elle était «sûre que ces campagnes de dénigrement allaient avoir lieu». No Comment Mme la ministre. Vos propos d’une ministre d’un gouvernement qui n’en est pas à sa première bourde médiatique en disaient déjà assez !

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«A partir du 1er avril 2017, les personnes qui réalisent des revenus dans la catégorie des bénéfices des professions non commerciales (BNC) doivent mentionner leur matricule fiscal sur tous les documents relatifs à l’exercice de leurs travaux, à l’exception des ordonnances médicales, sous peine d’irrecevabilité de ces documents et d’une amende de 250 dinars à 10 000 par infraction». C’est le texte de l’article 31 de la Loi de Finances (LF) 2017.

On se rappelle que les avocats notamment, comme beaucoup d’autres professions libérales, avaient fait une assourdissante levée de boucliers contre ce texte et avaient même menacé de ne pas l’appliquer, grèves et protestations publiques à l’appui. Dès le mois d’octobre 2016, l’Ordre des avocats se disait «vivement indigné» par la LF 2017. Fin novembre, les avocats demandaient même le limogeage de la ministre des Finances. Depuis, les choses se sont calmées et les négociations ont repris, sans trop de bruits, entre ministère et Ordre, bien que le fameux article 31 ait été adopté et que, au nom de la justice et de l’équité fiscales, on attendait son exécution à partir du 1er avril. Une date prémonitoire, puisque le poisson d’avril a bien eu lieu et bien consommé !

⦁ Le ministère des Finances retire d’une main ce qu’il avait annoncé de l’autre !
Voici un document passé inaperçu, bien que publié sur la propre page FB de l’Ordre National des avocats de Tunisie, comme en témoigne cette copie du document prise sur la page officielle de l’Ordre, depuis le 30 mars dernier.
L’Ordre y informe ses adhérents qu’au terme d’une réunion avec la direction de la législation fiscale au ministère tunisien des Finances, à propos des modalités d’application de l’article 31 de la LF 2017, il a été entendu que «le matricule fiscal est requis et inclus dans les avis de défense des plaignants auprès des instances judiciaires». Mais aussi que «le matricule fiscal n’est pas une condition de validité des avis, au terme de la note commune N° 2017/13» qui explique la LF 2017.

A bien comprendre le texte de cet avis de l’Ordre des avocats, on obligerait les avocats à bien notifier le matricule fiscal, mais on leur concède tout de même que ce n’est pas grave s’ils ne le font pas. C’est exactement comme si on demandait aux assujettis à l’impôt qu’ils doivent s’en acquitter, mais qu’il ne leur arrivera rien s’ils ne s’en acquittaient pas. Exit donc la menace d’irrecevabilité et les amendes dont les services du Fisc brandissaient la menace. Le matricule fiscal étant le seul moyen de vérifier que les apôtres de la justice, dans son sens le plus large, avaient bien tout déclaré, le ministère des Finances s’ôte ainsi d’elle-même le seul moyen de vérification. Oui, on a bien compris.

En effet, dans la fameuse note commune 13/2017, on lit que «le non-respect de la mention du matricule fiscal (…) entraine la non-retenue de ces documents par les traitants avec eux. Il s’agit des services et organismes de l’Etat et des collectivités locales, des entreprises, des établissements et instances publics à l’instar de la Conservation de la propriété foncière, des services du guichet unique, de la CNAM, des municipalités et des mutuelles, des autres organismes à l’instar des compagnies d’assurance, des banques et des autres établissements financiers». Seuls les tribunaux, principaux lieux de dépôt des avis des avocats, ont été exclus de cette très longue liste.

L’affaire est ainsi close, entre avocats et fisc, qui n’a plus aucune raison de demander quoi que ce soit. Après un bras de fer qui a duré des semaines, «Il est tombé dans le puits et remonté à la surface», dirait le dicton populaire tunisien ( طاح فى البير و طلعوه ).

On n’a rien contre les avocats, qui auront en définitive bien su négocier et user de leur poids pour arriver à leurs fins. Mais c’est eux-mêmes qui ont «vendu la mèche», en rendant public l’arrangement trouvé avec la direction générale de la législation fiscale et en le publiant sur leur page FB. On ne se demandera pas si la ministre des Finances et le chef du gouvernement étaient au courant de ce privilège accordé aux seuls avocats. Les deux nous semblent de mèche dans ce qui ressemble fort à un détournement de la loi. Sinon, le communiqué de l’Ordre datant de mars, ministère des Finances et GUN auraient pu réagir et corriger s’il y a lieu.

Dans ce cas, on se demandera alors pourquoi ce privilège de leur exclusion de l’obligation de non-retenue des documents a-t-il été appliqué aux seuls avocats et non au reste des professions libérales et non-commerciales ? Comment la direction de la législation fiscale peut-elle aller à l’encontre d’une loi votée par l’ARP, sans qu’aucun responsable ne réagisse ? Comment l’Etat peut-il autant se déculotter, casser ses propres lois et décisions et se déjuger lui-même ? Sont-ce de pareils comportements qui pourront réinstaller la confiance, dont parlait le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lors de son dernier passage télévisé ?

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Jamais déclaration de ministre n’aura eu un effet aussi direct, instantané et néfaste sur l’économie et les finances de la Tunisie que celle de la ministre des Finances concernant le comportement de la devise tunisienne, sa dépréciation ou sa dévaluation.

Le premier effet direct de l’accélération de la décente aux enfers du Dinar tunisien sera visible sur le stock de la dette qui augmentera et risquerait même de devenir intenable. «Une grande partie de la détérioration du ratio du taux d’endettement est due au gonflement automatique du stock de la dette, ce qui compliquerait davantage le redressement de dette », a indiqué le ministre conseiller Taoufik Rajhi à Africanmanager. Mais pas que cela. «Le glissement du dinar est néfaste aussi pour le budget en ce qui concerne la facture énergétique surtout en l’absence de l’application de la règle d’ajustement automatique», précisait encore le ministre conseiller. Et d’une manière générale, l’impact sur le budget sera visible, surtout dans la prochaine loi de finances complémentaire qui deviendra nécessaire. «Cela se traduirait par un gonflement du montant emprunté en dinar, ce qui réduirait marginalement l’usage du montant emprunté ou le besoin réel en dinar puisque le budget a été cadré avec l’hypothèse d’un taux de change de 2.25 contre le dollar», expliquait encore Rajhi.

  • Le coût de 10 mots

On pourra dire que cette dépréciation (A fin mars le euro était à 2,53 dinars. Samedi dernier, il montait à 2,69833 dinars et à 2,69860 le dimanche), due plus à une anticipation des opérateurs qu’à un nouvel évènement économique qui en aurait accéléré la détérioration, mais les effets seront plus ostensibles à l’intérieur qu’à l’extérieur. La Tunisie ayant une industrie de transformation, les coûts de production vont augmenter et les prix de vente en local aussi. Certains industriels ont déjà leurs calculettes en main et font les comptes da «la douloureuse» qu’ils vont devoir payer pour leurs commandes à terme. D’autres, comme les hôteliers liés par des contrats d’allotement, voient déjà fondre leurs recettes comme neige au soleil de la prochaine saison touristique qui s’annonçait pourtant sous de bons auspices. Même le marché parallèle qu’adorent les Tunisiens, où tout est importé, devrait voir ses prix augmenter. C’est ce qu’on appelle l’inflation importée. Des sociétés, comme la CPG (Phosphate de Gafsa) et un grand nombre de groupes privés, vendront peut-être plus, mais toujours moins cher. Résultat des courses, ceux qui ont soumissionné à des marchés risquent de devoir retirer leurs offres, et ceux qui ont reçu leurs bons de commande ou signé des contrats risquent d’y laisser des plumes. En définitive, c’est la phrase de ministre (Le Dinar va glisser petit à petit vers 3 dinars l’euro) qui coûtera le plus cher dans l’histoire de la Tunisie !

Tirant les conclusions de cette bourde médiatique tuante de sa ministre qui aura coûté pour le moment une hausse de 4 points de la dette du pays selon les spécialistes, le chef du gouvernement tunisien a déjà annoncé, depuis Sfax où il était en visite, de prochaines restrictions au niveau des importations. Toute tentative de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) de soutenir le Dinar pour en faire remonter les cours par des opérations de rachat, étant plus coûteuse que rentable, le GUN (Gouvernement d’Union Nationale) semble ainsi s’orienter vers une nouvelle politique de restrictions économiques. Un choix douloureux, mais certainement plus charitable pour l’économie du pays. La seule thérapie possible devra être de choc.

  • Les biens de consommation en point de mire

La demande de rationalisation des importations n’est pas nouvelle en Tunisie. Il y a au moins 3 ans que la BCT en parle, même si ce n’est pas de manière directe. Au terme des 3 premiers mois 2017, les importations tunisiennes ou de produits de consommation ont totalisé 1640,9 MDT. Une année auparavant, ce n’était que 1469,2 MDT. Des chiffres et une évolution qui inquiètent. Mais il y a plus intriguant. L’exemple des importations de produits énergétiques (1423,1 MDT en 3 mois 2017 sans compter la contrebande), en hausse de presque 60 %, sans que cela se traduise en hausse de production.

C’est en tout cas cette ligne des produits de consommation que les experts (les véritables), conseillent de rationaliser et même carrément de suspendre, au moins jusqu’à la fin de l’année.

D’autres économistes vont plus loin et proposent de limiter les importations à 5 catégories de marchandises. Il s’agit des matières premières pour l’industrie, les biens d’équipement, les pièces de rechange, les médicaments et les céréales.

Tout cela nécessitera d’en informer officiellement l’OMC qui ne saurait refuser ce à quoi a droit chacun de ses membres. Il s’agira aussi de mettre en veilleuse les conventions de libre-échange comme avec celle conclue avec la Turquie en attendant de la revoir. Et enfin de discuter avec les principaux partenaires commerciaux comme la France ou l’Allemagne et l’Italie qui comprendront certainement l’urgence de la situation. Il s’agira en même temps surtout, de n’autoriser le financement que pour l’importation des matières premières et semi-produits, les biens d’équipement et pour la maintenance. En effet, l’importation des produits d’équipement et produits intermédiaires notamment, ne doivent pas être touchés car en lien direct avec la production et l’exportation.

Mais le ministère du Commerce et les services de la Douane devront surtout serrer les mailles du filet à l’entrée des frontières, terrestres, maritimes et aériennes. Mais aussi passer au crible les conteneurs et les valises des voyageurs venant de Chine, de Turquie et d’autres destinations connues pour le commerce de valises, faire fonctionner les scanners à conteneurs en gardant un œil sur certains douaniers. Il faudra encore que les Gouverneurs s’activent pour nettoyer les rues des villes du commerce «parallèle au parallèle déjà installé dans certains Souks. Tout cela, le temps d’un semestre. Ce n’est pas trop pour sauver toute une économie.

  • Vous voulez des solutions ? En voilà une esquisse

Reste à savoir jusqu’où ira Youssef Chahed dans cette nouvelle politique de restriction des importations qu’il a annoncée à Sfax. Reste aussi, pour que tous ceux qu’il va priver aient confiance en lui, qu’il commence à réduire le train de vie son administration, en frais divers (Déplacements, véhicules, bons d’essence, titres de voyage etc..). Il faudrait peut-être aussi, qu’il aille voir le Mufti et se fasse aider par Ennahdha pour annoncer une année sans pèlerinage. Qu’il décide également de ne pas importer des moutons pour l’Aïd. Qu’il discute avec les agences de voyage pour diminuer les voyages organisés à l’étranger le temps d’un semestre, qu’il accélère le lancement de l’emprunt en devises auprès des TRE (Tunisiens résidant à l’étranger) proposée par la BAT (Banque d’Affaires de Tunisie). Il faudra aussi et surtout qu’il parle à la population de tout cela, non pas à travers les médias, mais directement, sur les places publiques et dans les quartiers, de Sfax, de Tunis et d’ailleurs qui lui ont dernièrement témoigné une sympathie qu’il devrait mettre maintenant à profit. C’est à ces seules conditions que ceux qu’il va priver de leur confort quotidien et de leurs gains, adopteront les mesures douloureuses qu’il pourrait annoncer !

 

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En juin 2007, Ben Ali prenait la décision de promulguer une amnistie de change qui devait «permettre aux résidents disposant de ressources en devises, de régulariser leur situation et de les déposer dans des comptes en devises ou en dinars convertibles auprès des banques de la place (…). En contrepartie, «le paiement d’un montant de 5% de la valeur des avoirs, libère les bénéficiaires de l’amnistie du paiement de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur les sociétés et des pénalités de retard y afférentes, ainsi que de toute poursuite administrative ou judiciaire en matière de change objet de l’amnistie». L’amnistie garantit aussi, «la confidentialité des informations communiquées aux établissements de crédits et assure la non-utilisation par les autorités de ces renseignements à d’autres fins que celle prévues par l’amnistie». A l’époque, les experts pensaient pouvoir s’assurer 40 % des avoirs en devises des TRE.

Ils avaient dû déchanter.

  • 2 tentatives avortées

En décembre 2015, le gouvernement Habib Essid décrétait, à travers l’article 61 de la LF 2016 que «les coupables de délits fiscaux ou de délits de change peuvent être amnistiés sous les conditions de restitution des sommes ou le payement d’une amende». Cette mesure avait alors soulevé une levée de boucliers de la part de l’opposition, en grande partie du «Front populaire». Sur la liste des contestataires, l’UGTT qui estimait, dans un communiqué en date du 15 décembre 2015, l’article 61 comme un dangereux précédent, et «une attaque au principe de la transparence et de l’égalité devant la loi, de la bonne gouvernance généralement et la justice transitionnelle spécifiquement». Une année après cette tentative de la 2ème République qui n’aurait d’ailleurs rien rapporté, le GUN remet le couvert et s’essaie de nouveau à la question de l’amnistie de change.

La tentation est grande en ces temps de disette financière pour la Tunisie.           La mesure ne concernera pas que les TRE (Tunisiens Résidant à l’Etranger). Pour information, les transferts d’argent des TRE se sont élevés à 2,347 milliards de dollars en 2015, soit le même volume qu’en 2014, selon la Banque Mondiale. Cette fois, le GUN compterait prochainement introduire un projet de loi dans ce sens. La prochaine amnistie ne se ferait donc pas, comme en décembre 2015, par la loi de finances.

  • Les nouvelles conditions de la prochaine amnistie de change

Autre différence par rapport aux tentatives précédentes, le texte de la prochaine amnistie devrait apporter quelques précisions. C’est ainsi, selon nos informations, que le bénéficiaire devra préciser la provenance et justifier l’origine de ses fonds et biens pour éviter notamment tout soupçon de blanchiment d’argent. Il devra payer une amende de 5 à 10 % des sommes non déclarées, selon la mesure que prendra le GUN qui n’a rien encore décidé à ce propos, sur les montants rapatriés.

Cette amnistie sera, aussi et surtout, suivie d’une vaste application de contrôle, suite à l’entrée en vigueur de la convention internationale d’échange de renseignement de l’OCDE entre les pays, signée en 2012 et ratifiée par une loi organique une année plus tard. La Tunisie est ainsi désormais capable de demander à tous les pays signataires de cette convention une liste complète de tous les biens, meubles et immeubles ainsi que tous les comptes, que détiendrait chaque Tunisien dans ce pays. La mise en application de cette convention devrait se faire après quelques mois de l’entrée en application de la prochaine loi sur l’amnistie de change. Passé ce délai de régularisation, c’est la loi ordinaire des infractions au code des changes qui s’appliquera. L’article du décret-loi, approuvé par l’ANC lors du premier gouvernement de la Troïka, accordant aux TRE la possibilité de ne pas déclarer leurs biens à l’étranger et les amnistiant ainsi de fait de toute infraction, devrait aussi être abrogé remettant les compteurs à zéro, plaçant tous les Tunisiens ayant des biens à l’étranger sur le même pied d’égalité face à la loi. Sans cette abrogation d’ailleurs, l’amnistie n’aura aucun sens.

Pour y arriver, le GUN devra d’abord surmonter les remontrances de l’opposition et de l’UGTT qui pourrait être tentée de réagir comme en décembre 2015. Il devra aussi convaincre toute une société civile toujours remontée contre tous les riches de la Tunisie.

 

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A Washington, où il est en voyage dans le cadre de sa mission du dossier des négociations avec le FMI, le ministre conseiller de Youssef Chahed a répondu  à notre question concernant sa position par rapport aux dernières déclarations de la ministre des finances sur Alhiwar, concernant la valeur réelle du dinar, à 3 dinars l’euro. Il y dit que «Je pense que les gens ne saisissent pas l’importance des mauvaises annonces sur les marchés et les anticipations des agents économiques. Une prophétie auto-réalisatrice est une assertion qui génère des comportements des agents économiques de nature qui valide la prophétie même si elle n’est pas à priori fondée.

Cette annonce risque d’être une prophétie auto-réalisatrice.  La crise du Baht [Ndlr : Unité monétaire de la Thaïlande] en 1998 avait surgi suite à un phénomène de spéculations auto réalisatrices. Les fondamentaux étaient bons mais les spéculateurs ont fait bruiter qu’il y aurait une dévaluation, ce qui a conduit les opérateurs à croire à tort la nouvelle et vendre le baht. Or la vente massive du baht confirmait les nouvelles lancées à tort par les spéculateurs et conduisait à un mouvement de ruée de vente du baht alors que les fondamentaux étaient bons.

Vue la pression, le baht a été dévalué et on a eu la crise asiatique. C’est ce qu’on appelle les anticipations auto-réalisatrices. Dire aujourd’hui que la valeur du dinar devrait être aux alentours de 3 DT pour un euro pourrait générer à tort ou à raison des anticipations auto-réalisatrices.

Lorsque les pseudo-experts lancent ces nouvelles, les opérateurs ne leur font pas attention mais lorsqu’un ministre de finance le dit, c’est une autre affaire. Cela perturbe le marché et les opérateurs et rend plus difficile la tâche de la BCT ».

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Ministre conseiller auprès du chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed, chargé des réformes majeures, Taoufik Rajhi est à Washington dans le cadre d’une mission de suivi du dossier des négociations avec le FMI.

Dans cet entretien avec Africanmanager, qui intervient dans cette conjoncture locale fortement marquée par les dernières déclarations de la ministre des finances, Lamia Zribi, à propos de la dévaluation ou de la dépréciation du Dinar tunisien, le Ministre Conseiller explique les demandes du FMI concernant ce sujet et répond à la ministre de Chahed. Il y donne aussi des explications sur ce qui a été entendu avec le FMI, évoque les conséquences de la dépréciation et se prononce sur la situation économique et financière en Tunisie.

La dévaluation du dinar fait-elle partie des demandes du FMI ?

Lors des négociations avec le FMI, concernant la politique monétaire et de change à mener à court et moyen terme. Il a été question d’aligner le dinar sur ses fondamentaux macroéconomiques. Cela ne voudrait pas dire, et en aucun cas, une dévaluation du dinar car on est plus en régime de change fixe. Il s‘agissait surtout de réduire les interventions de la BCT dans le marché de change au cours du programme. Ce qui est le cas, puisque les ventes nettes ont atteint en moyenne 22 % des transactions totales sur le marché depuis 2016, alors qu’elles étaient en moyenne de 30 % durant le programme SBA [Ndlr : Stand-By Arrangements]. Comme toutes les banques centrales, la BCT utilise ses réserves de change, pour soutenir le taux de change du dinar. Ses interventions, sont même devenues dans le sens de l’achat que la vente des devises. L’engagement de la Tunisie vis-à-vis du FMI à travers la BCT, était de réaffirmer la limitation des ventes nettes de devises sur les marchés de change au financement des importations indispensables pour l’économie afin de lisser les fluctuations excessives du taux de change. L’usage des devises qu’on obtient avec difficulté soit en les empruntant, soit à travers les activités génératrices de devises est un vrai débat légitime. Faudrait-t-il continuer à les utiliser rien que pour défendre le dinar, et jusqu’à quel point et à quel rythme ? Voilà les termes des négociations avec le FMI et c’est aussi un débat public qui devrait s’instaurer en Tunisie, un débat mené par de vrais experts.

Quelle est alors la politique discutée dans ce domaine ?

Elle se résume en deux principes :

  • Ne pas perdre les réserves de change pour financer les importations non nécessaires et cela en fonction de la cyclicité de l’entrée des devises.
  • Lisser les fluctuations du dinar par des interventions limitées

On s’est même engagé à acheter des devises si les conditions du marché le permettent et de poursuivre les opérations de communication claires afin d’aider à aligner les anticipations du marché sur les fondamentaux économiques et les objectifs de la BCT. La seule politique crédible par rapport au taux de change concerne l’usage de la politique monétaire pour calmer le marché interbancaire lorsque les ventes de devises sont élevées, ce qui est du ressort exclusif de la BCT et de son conseil d’administration. La dévaluation est une option qui n’a jamais été discutée, et qui est hors sujet dans le contexte actuel.

Quelle est la position du principal conseiller économique du chef du gouvernement, par rapport aux dernières déclarations de la ministre des finances sur Alhiwar, concernant la valeur réelle de l’euro à 3 dinars ?

Je pense que les gens ne saisissent pas l’importance des mauvaises annonces sur les marchés et les anticipations des agents économiques. Une prophétie auto-réalisatrice est une assertion qui génère des comportements des agents économiques de nature qui valide la prophétie même si elle n’est pas à priori fondée. Cette annonce risque d’être une prophétie auto-réalisatrice. La crise du Baht [Ndlr : Unité monétaire de la Thaïlande] en 1998 avait surgi suite à un phénomène de spéculations auto réalisatrices. Les fondamentaux étaient bons mais les spéculateurs ont fait bruiter qu’il y’aurait une dévaluation ce qui a conduit les opérateurs à croire à tort la nouvelle et vendre le baht. Or la vente massive du baht confirmait les nouvelles lancées à tort par les spéculateurs et conduisait à un mouvement de ruée de vente du baht alors que les fondamentaux étaient bons. Vue la pression, le baht a été dévalué et on a eu la crise asiatique. C’est ce qu’on appelle les anticipations auto-réalisatrices.

Dire aujourd’hui que la valeur de la monnaie nationale devrait être aux alentours de 3DT pour un euro pourrait générer à tort ou à raison des anticipations auto-réalisatrices. Lorsque les pseudo-experts lancent ces nouvelles, les opérateurs ne leur font pas attention mais lorsqu’un ministre de finance le dit, c’est une autre affaire. Cela perturbe le marché et les opérateurs et rend plus difficile la tâche de la BCT.

Et sur le fond ?

Sur le fond, le désalignement du dinar n’est pas une information nouvelle, il suffit de regarder les travaux des économistes tunisiens depuis les années 2000 pour s’en rendre compte. Par contre, je n’ai pas vu des travaux qui indiquent que le niveau du désalignement est de 20%. Même le FMI n’a pas présenté une analyse dans ce sens lors de nos négociations alors qu’ils sont experts dans ce domaine. Au pire, on parle de 10% depuis des années ce qui est normal pour un pays en situation de déficit jumeaux. En effet, conjointement au déficit budgétaire, le déficit du compte courant s’élève à 9 pour cent du PIB l’année dernière ce qui nous met dans une situation de déficits jumeaux. Elle est due au manque de croissance, faiblesse des recettes de devise due à des flux touristiques en dessous des capacités du pays, des exportations en dessous des niveaux historiques ainsi qu’une demande excédentaire pour les importations des biens de consommation. Comme les flux de capitaux sont restés insuffisants pour pouvoir compenser la balance commerciale déficitaire, les réserves de change de la BCT ont baissé et une grande partie a été utilisée pour défendre le dinar. Quel est le taux change d’équilibre ? Personne ne le sait, même pas le gouverneur de la BCT ! Le dinar pourrait se reprendre avec les décaissements du FMI, de la Banque Mondiale, de l’Union Européenne, mais surtout avec le retour de l’entrée de devises provenant des activités économiques comme le tourisme et le phosphate. En plus, le rationnement quantitatif et qualitatif des importations indispensables est plus que jamais de mise, avec aussi une amnistie de change qui permettrait de rapatrier les devises des Tunisiens de l’Etranger ou absorber celles en circulation dans le pays.

La dépréciation, même naturelle, va-t-elle avoir un effet sur la dette et le volume des remboursements, surtout que certains experts affirment que, conjuguée au crédit FMI, elle pourrait amener la dette tunisienne vers des sommets insoutenables par les budgets et par l’économie en général ?

Une grande partie de la détérioration du ratio du taux d’endettement est due au gonflement automatique du stock de la dette, ce qui compliquerait davantage le redressement de dette. Le glissement du dinar est néfaste aussi pour le budget en ce qui concerne la facture énergétique surtout en l’absence de l’application de la règle d’ajustement automatique. Mais paradoxalement cela se traduirait par un gonflement du montant emprunté en dinar ce qui réduirait marginalement l’usage du montant emprunté ou le besoin réel en dinar puisque le budget a été cadré avec l’hypothèse d’un taux de change de 2.25 contre le dollar.

Quel est l’objectif de vos visites (chef du gouvernement, ministre des finances et vous-même) à Washington, si l’on considère que le FMI a déjà donné son accord de principe pour la 3eme tranche du crédit ?

Ce sont des réunions régulières qui permettent de rencontrer les décideurs du FMI et de la Banque Mondiale et de plaider la cause tunisienne et de clarifier les priorités et les engagements. Cela n’empêche que des réunions avec les départements techniques vont avoir lieu car la mission n’est que la partie visible de l’iceberg et les membres de la mission qui sont venus en Tunisie étaient tout le temps en relation avec les départements techniques à Washington. J’ai quelques points techniques à clarifier pour finaliser nos rapports respectifs.

De nouveau surgit le spectre d’une utilisation du crédit du FMI pour les dépenses, notamment salariales. A quelle utilisation sera consacrée la 2ème tranche du crédit FMI ? 

Je peux vous rappeler en tout cas le principe simple de la finance publique qui consiste en l’unicité de la caisse et l’universalité des dépenses. Les ressources de l’Etat quel que soit la source vont dans une seule caisse et lorsqu’on les dépense, elles sont fongibles dans le sens qu’on ne peut pas dire qu’on a financé les salaires avec les recettes fiscales ou l’emprunt.           Sur le fond, l’envolée de l’endettement de la Tunisie est due au creusement du déficit budgétaire.

Or ce dernier est principalement dû à la hausse de la part de la masse salariale dans le budget avec une part constante des autres composantes comme le remboursement de la dette ou l’investissement public. Dans les années 2012-2014, l’envolée du prix du Baril a conduit à des montants très élevés de la compensation des produits énergétiques atteignant 3500 MDT en 2012.           La non maîtrise du ratio de la masse salariale dans un contexte de croissance molle et sans ajustement au dépend du remboursement de la dette ou l’investissement public a conduit au creusement du déficit budgétaire et son financement par l’endettement.           Maintenant c’est simple. Si on souhaite réduire l’endettement il faudrait de la croissance et l’amélioration du recouvrement fiscal et la réduction de l’évasion fiscale. A défaut, il faudrait rationaliser les augmentations salariales.

 Quelles sont les réformes requises par le FMI et que la Tunisie n’a pas encore entamées ? 

Elles sont cinq qui feront l’objet de la prochaine revue en Octobre 2017 :

  • Renforcer la lutte contre la corruption à travers la mise en place de la haute instance de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption.
  • Renforcer la collecte des recettes de l’Etat à travers la modernisation de l’administration fiscale et le renouvellement des missions de la Direction des Grandes Entreprises en regroupant les différentes missions de l’impôt.
  • La mise en place d’une politique d’intervention sociale basée sur le ciblage.
  • La réforme des caisses de retraite dans l’objectif de réduire leurs déficits chroniques.
  • Ramener les taux des prêts non-performants des banques publiques aux niveaux prudents.

Tout cela dans un cadre de stabilisation du ratio de la dette, du déficit budgétaire et du ratio la masse salariale.

Quelle est actuellement votre évaluation de la situation économique globale et de ses perspectives ?

La situation est difficile mais surmontable. Le risque pèse beaucoup plus sur les finances publiques mais il y a des prémices de retour de la croissance qu’il faudrait consolider. Il faudrait renforcer la lutte contre le terrorisme pour l’empêcher de causer un nouveau ralentissement comme en 2015, de rationaliser les augmentations salariales pour ne pas répéter les erreurs d’appréciation de 2015. Il faudrait aussi faire redémarrer la machine de la production de phosphate et de l’hydrocarbure. Tout cela nécessite un accroissement substantiel de la productivité qui ne peut se réaliser que par un retour au travail du pays, tout le pays.

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«AfrAsia Bank» et «New World Wealth», ont récemment passé en revue les pays les plus riches et les plus pauvres d’Afrique. Il ressort de cette revue, que les Mauriciens sont les individus les plus riches en Afrique avec une richesse de 25 700 $ US par personne, tandis que les personnes au Zimbabwe sont les plus pauvres avec 200 USD par personne.
Il est intéressant de noter que les pays d’Afrique du Nord, comme l’Algérie, l’Egypte et le Maroc, sont tous classés en tête de liste malgré une instabilité récente. C’est ainsi qu’on retrouve l’Algérie, à la 7ème place de ce classement des pays où les individus sont les plus riches avec 3.500 UDS per capita en 2017 et en hausse de 200 UDS par personne par rapport à 2016. Le classement du Maroc est exæquo avec l’Algérie et avec la même somme d’argent par personne.

Classement, par pays africain, en richesse per capita (par personne)

Les deux pays maghrébins, sont aussi présent et presque en force, dans le classement, plus général des pays où il y a le plus de richesse mesurée en milliards USD. «Total de la richesse» désigne la richesse privée détenue par toutes les personnes vivant dans chaque pays. Il comprend tous leurs actifs (biens, espèces, actions, intérêts commerciaux) moins tout passif. Nous excluons les fonds du gouvernement de nos chiffres.

Total des richesses par pays
Top 10 des pays par nombre de millionnaires et de multimillionnaires

Selon le classement d’Afrasia Bank et de New World Wealth, c’est l’Afrique du Sud qui capitalise le plus grand total de richesse, avec 610 Milliards USD, suivie par l’Egypte et le Nigéria. Et de nouveau l’Algérie à la 4ème place avec un total de richesse de 119 Milliards USD, suivie du Maroc avec 109 Milliards USD. On remarquera aussi, toujours selon la même source, que les Îles Maurice où il y a le plus de richesse par personne, n’est qu’à la 13ème place des pays disposant de plus de richesse. Au contraire, l’Egypte où la richesse per capita est à la 5ème place dans le ranking, se retrouve à la seconde place des pays disposant du plus grand total de richesse (313 Milliards USD).
De tous ces classements, la Tunisie est absente depuis 2016. Africanmanager a posé la question à «New World Wealth» sur la situation des riches et des richesses en Tunisie. «Il existe certains marchés que nous ne couvrons pas, en raison de l’incertitude et du manque d’informations. La Tunisie est malheureusement l’un d’entre eux», nous répondent les réalisateurs de ce dernier rapport 2017.
En nombre de millionnaires (personnes dont la richesse est égale ou dépasse le Million USD), selon la même revue, l’Egypte (18.100 millionnaires) est à la seconde place derrière l’Afrique du Sud (4.400 riches). Les deux pays sont aussi ceux qui comptent le plus de multimillionnaires (personnes dont la richesse est égale ou supérieure à 10 Millions USD).
Pour les pays maghrébins et concernant la concentration des richesses, c’est cette fois au Maroc où il y a le plus grand nombre de millionnaires. Ils étaient en 2016 au nombre de 4.600. Mais le Maroc contient aussi 210 multimillionnaires (Chiffres 2016 de NWW). Le Royaume Chérifien dépasse l’Algérie en nombre de multimillionnaires (201 contre 180 pour l’Algérie). Il le dépasse aussi, en nombre de millionnaires. Pour 4.600 millionnaires au Maroc, ce sont 4.500 millionnaires en Algérie

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L’interview groupée du chef du gouvernement, Youssef Chahed, de presqu’une heure, dimanche soir dans un décor austère qui rappelle une autre période, n’a finalement pas eu l’effet escompté. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à feuilleter les différentes réactions sur les réseaux sociaux. Une sortie médiatique où le format de 3 médias concurrents et aux lignes éditoriales différentes n’a pas permis un rendu compréhensible par la grande masse de la population à laquelle elle était destinée. A la fin, c’est une interview déstructurée et qui partait à tous les moments en vrille, dans tous les sens, avec des questions et des interpellations, en milieu de réponse de Youssef Chahed, qui ne permettaient même pas au chef du gouvernement de développer ses idées, ses messages de bout en bout, ou de terminer une réponse à la question d’un des journalistes.

C’est enfin, de l’avis de la grande majorité des observateurs, une sortie qui n’a rien apporté ou presque et qui ne changera rien dans la perception de son action par «Monsieur-tout-le-monde». Une sortie qui a surtout pêché par défaut d’un style de communication, plus direct et qui prenne le peuple à témoin, plus convaincant et qui contribuerait à restaurer la confiance entre dirigeant et dirigés. Il en a les aptitudes, mais Chahed refuse toujours de changer de mode de communication et cela ne le sert pas et dessert tout un peuple qui lui a pourtant, plusieurs fois, donné des signes de sympathie qui ne trompent pas (Exemple de ses immersions dans le quotidien de certaines populations dans plus d’un quartier).

⦁ Deux Niet, 2 annonces et des vœux pieux !

Sur le fond, il y avait d’abord ces quelques annonces, dont les deux seules qui retiendront l’attention. Le Niet aux syndicats qui demandent la tête de son ministre de l’éducation, notamment lorsqu’il dit «c’est moi qui l’ai nommé, c’est moi qui le renverrai, dans un jour, dans un mois ou dans une année». Le Niet aussi à ceux qui espéraient sa démission, en affirmant «je suis venu par l’accord de Carthage et je ne reculerai pas».
Mais aussi ces deux véritables annonces passées inaperçues d’une prochaine amnistie de change qui fera prochainement l’objet d’un projet de loi. Et enfin, cette date butoir du 15 juin pour l’arrivée de la proposition gouvernementale de la réforme des caisses sociales devant l’ARP.

On retiendra aussi ces deux grands messages répétés par un chef de gouvernement à qui on n’avait pas donné le temps de développer ses propos. D’abord, un appel à positiver et à l’optimisme. Il serait, croyons-nous savoir, motivé par les premiers signes des discussions avec la délégation du FMI et le Draft des conclusions qui devrait, parait-il, permettre de débloquer la 2ème tranche de crédit.
Dans le même sens que l’optimisme, Chahed a aussi appelé à la cessation de l’autoflagellation, en mettant en exergue des premiers signes d’une reprise économique. Il a, par deux fois, essayé de développer la question du «Contrat de la dignité», conçu comme une digne alternative à une recherche désespérée d’un boulot à la fonction publique, et fut par deux fois interrompu.
Enfin, ce leitmotiv que personne n’a voulu entendre et n’a demandé à développer, malgré son importance capitale, qu’il n’y a «pas d’emploi sans le retour à la croissance et que cette dernière ne reviendra que par le travail et le labeur».

⦁ Un match nul de kick-boxing

C’est ensuite presqu’une heure de débat, contradictoire et haché, car tourné vers le factuel de court terme et non vers le stratégique qui pourrait lui donner le temps de développer sa vision, où on ne retient que ce refus répété de Youssef Chahed à «mettre les points sur les i» concernant sa solitude politique et son lâchage par ses propres partenaires au GUN (Gouvernement d’Union Nationale). Visiblement, les trois journalistes avaient besoin de faire le buzz et Chahed le sentait et tentait, par sa fuite répétée devant la même question qui le harcelait, de ne pas jeter plus d’huile sur le feu de son exil politique, face à Nidaa et Ennahdha qui légitimaient des revendications qu’ils savaient difficilement réalisables sans croissance immédiate.

Plusieurs fois, le chef du gouvernement tunisien a mis le doigt sur le véritable mal qui ronge le travail de son gouvernement. La confiance dont il appelait le retour de ses vœux les plus chers. Ce qui devait être un débat pour entamer ce retour à la veille de son déplacement dans plusieurs régions s’était transformé en un match de kick-boxing dont il s’est certes tiré avec le moins de blessures possible, mais pas vainqueur, même aux points.
En Football, c’était au final un match où celui qui a bien joué n’a pas gagné. Youssef Chahed était attendu sur le plan politicien, pour crever tous les abcès dont souffraient ses efforts pour remettre le pays sur la bonne voie et mettre chacun devant ses responsabilités historiques. Lui, il voulait jouer sur la question économique et ses effets sociaux pour reconstruire la confiance qui lui permettrait de continuer sereinement son travail à la tête du GUN.

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Il est vrai que le GUN (Gouvernement d’Union Nationale) présidé par Youssef Chahed, piétine depuis quelques mois. Il est tout aussi vrai que ce même gouvernement n’arrive toujours pas à trouver la recette miracle pour guérir tout un pays du mal qui ronge société, politiciens et économie, depuis bientôt sept ans. Pour cela, le GUN qui est depuis quelques temps miné surtout par sa communication, est critiqué, à juste titre faut-il le rappeler, de toutes parts.

Force est pourtant de constater que ses solutions «urgentes» pour les maux du pays ne plaident pas pour lui, même s’il est indéniable que la Tunisie de Youssef Chahed n’a pas les moyens de la politique qu’on lui demande sous la pression de la rue.

C’est en effet une lapalissade que de dire que le GUN a réellement hérité d’une économie délabrée, presque partie à la dérive, d’une classe politique qui n’a de yeux que pour le pouvoir, quels que soient les moyens d’y parvenir, en même temps que d’une population devenue ingouvernable. Un peuple d’inconscients qui ne fait toujours pas la différence entre l’important et l’urgent et où tout un chacun se permet de défier l’autorité de l’Etat avec une impunité assumée.

Une population qui, à l’instar des grévistes de l’aéroport d’Enfidha, et de ceux de la câblerie du Kef où tout est parti d’un machine que l’employeur voulait redéployer dans un autre site à Hammamet ou enfin l’exemple de Tataouine où les syndicats ont jeté l’huile des licenciés de Winstar sur le feu du mouvement populaire qui secouait déjà la région, ne recule pas devant la mise en danger de tout un pan de l’économie pour des demandes pécuniaires.

Une population aussi, de son propre chef ou poussée par des forces «occultes» qui ont toujours veillé, depuis 2014, à maintenir vifs les feux du brasier social, qui se livre volontiers en marionnette à des forces que tout le monde semble connaître et que personne ne s’aventure à dénoncer et encore moins à arrêter. La succession de tous ces mouvements, dans le temps et dans l’espace, mais aussi sous la pression d’un parti ou d’une organisation, est pour le moins louche. On croirait presque à la théorie du complot évoquée par cet ancien conseiller de Trump, Walid Phares, malgré ses clarifications !

Chahed, en fonction depuis le 27 août 2016, avait pris, faut-il encore le rappeler, les rênes d’un pays dont les caisses étaient presque vides et obligées de s’endetter en cascade pour payer des salaires en augmentations continues. Une économie dont le tourisme et le phosphate qui sont les deux mamelles nourrices des caisses, étaient à l’arrêt. Mais aussi une administration agonisante, des travailleurs plus enclins à la revendication salariale qu’au travail et au labeur, un chômage [réel et qualitatif] en hausse, un marché parallèle et une contrebande qui s’installent en véritable modèle économique, et des équilibres macroéconomiques vacillants jusqu’à mettre en danger toute l’économie désormais en total déséquilibre. Une situation qu’il endosse désormais seul, et c’est louche !

De fait, le GUN de Youssef Chahed se retrouve contraint de traiter les urgences aux dépens des problèmes structurels, de gérer les crises au lieu de rebâtir l’entreprise Tunisie, de colmater les brèches au lieu de repenser l’avenir du pays, de son économie, de ses relations sociales et de la meilleure redistribution de ses richesses. Choisi pour gouverner, il gère le quotidien sans qu’on lui laisse parfois le temps de trouver une meilleure alternative à ce qu’il propose dans l’urgence. Ça aussi, c’est louche ! Pouvait-il faire autrement ? La réponse est NON. Voici pourquoi :

Chahed est, en effet, d’abord prisonnier d’un système de gouvernance où ses propres décisions ne pourront jamais être frappées du sceau de l’autorité de la chose décidée, ni immédiates. C’est en effet, l’ARP qui gouverne et Chahed qui gère. C’est ainsi que c’est aux Députés d’aller expliquer aux mécontents pourquoi l’ARP n’a pas su être à la hauteur de son rôle de véritable gestionnaire des affaires de l’Etat. C’est pourtant Chahed qui va au casse-pipe.

Il est aussi exilé dans une coalition politique, virtuellement à son appui mais réellement en proie à ses propres fissures et à ses propres ambitions qui sont loin d’être celles de la grande masse de la population. C’est ainsi, normalement, aux ministres d’Ennahdha et de Nidaa, et à eux seuls, d’aller expliquer aux mécontents du Sud et d’ailleurs pourquoi ils n’ont pas pu créer plus d’emplois et plus d’entreprises créatrices de richesses.

Enfin, comment expliquer qu’un parti membre de la coalition au pouvoir s’érige en défenseur de ceux qui sont contre ce même gouvernement dont il fait partie ? Ennahdha ne dit les choses qu’à moitié, fidèle à sa langue politique fourchue. Dans son communiqué publié à la suite des derniers évènements de Tataouine, elle se dit aux côtés du gouvernement. Avec le même laxisme politicien, elle dit aussi qu’elle comprend les revendications des protestataires contre la politique du gouvernement où elle détient quatre ministères clés (pour 3 ministres sans compter «l’indépendant» de l’enseignement supérieur), à savoir l’emploi, le commerce, l’industrie et les TIC. Des ministères qui sont pourtant primordiaux en matière de lutte contre le chômage, de création d’emploi et d’entreprises, seules créatrices de richesses ! Un simple bilan de ces 3 ministres, en matière de création d’emplois et d’entreprise, en dirait assez long sur l’immobilisme malgré les gesticulations. Cela est louche aussi !

Ensuite, Nidaa Tounes qui a déjà critiqué Chahed dans les fameuses fuites de mars dernier. Comme Ennahdha, Nidaa assure être aux côtés du chef de gouvernement que Béji Caïed Essebssi a choisi, au nom de Nidaa. Cela ne l’a pas empêché, comme Ennahdha, de dire qu’il comprend les protestataires et de qualifier leurs revendications de légitimes. Ça aussi c’est louche !

Nidaa et Ennahdha sont à l’intérieur de la machine du gouvernement, connaissent les limites de ses moyens et les obstacles à son action. Légitimer l’agitation populaire, alors qu’aucun d’eux ne l’a jamais dénoncée, n’est-il pas enfin un choix prémédité d’une position politicienne qui est contre le GUN ? Cette position est-elle spontanée ? On en doute ! Est-elle sans conséquence ? Nous ne le croyons pas ! Est-elle la suite logique des acerbes critiques formulées à l’encontre de Chahed et son équipe lors de la réunion objet de fuites de mars ? C’est ce qui semble être le cas ! Ennahdha a-t-elle un rôle dans tout cela ? Sa position donnant une légitimité aux protestataires de Tataouine et d’ailleurs, ne la met en tout cas pas à l’abri des soupçons. Tout cela est louche. Qu’en dira le chef du gouvernement ce soir à la télévision ?

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Depuis mercredi soir, les routes principales à Tataouine sont de nouveau coupées à la circulation des voitures, par les barrages des manifestants. Auparavant, les jeunes protestataires qui observent un sit-in au centre-ville de Tataouine ont rejeté les décisions prises par le Conseil ministériel tenu lundi 10 avril 2017. Une journée auparavant, un communiqué d’Ennahdha, parti islamiste tunisien, membre de la coalition gouvernante en Tunisie, choisit son camp. Contre le GUN (Gouvernement d’Union Nationale), il affirme dans un communiqué rendu public «nous comprenons les revendications sociales et légitimes des jeunes de Tataouine et leur droit au développement et à l’emploi », et dit même «nous soutenons le droit des jeunes de Tataouine voulant bénéficier de l’emploi et des richesses de la région». Sur ce dernier paragraphe, qui pointe les vraies raisons de ce que beaucoup d’observateurs étrangers ignorant les réalités tunisiennes associent à un phénomène de chômage, suivons son regard.

⦁ Le tout-Tataouine veut travailler dans les sociétés pétrolières !

Quelques semaines auparavant éclatait de nouveau la campagne «Winou ilpétrol» signifiant «Où est le pétrole». Une campagne où tous les doigts accusateurs pointaient du côté de l’ancien et du nouveau parti de l’ancien président temporaire Moncef Marzouki. Tataouine est en effet une région dont la production pétrolière représente 40 % de la production tunisienne du pétrole et 20 % du gaz, avec 7 grandes concessions principalement. Une campagne dont les dessous sont complexes et tout aussi affairistes que sociaux.

Dans un premier essai de désamorcer la crise, où les demandes sociales se focalisent sur l’emploi dans les sociétés pétrolières de la région, dont les salaires sont plus que conséquents, le ministère de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables a annoncé le 8 avril que «les sociétés pétrolières implantées à Tataouine ont annoncé leur engagement à ouvrir des représentations dans le gouvernorat sous la supervision de l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières avant le 31 juillet prochain». Chevauchant la vague de protestation pour l’emploi de tous dans les sociétés pétrolières, l’UR-UGTT de la région décide d’entamer une grève générale dans le secteur pétrolier, le jeudi 16 mars 2017, et l’arrêt de la production dans les champs de la région. Tarek Fitouri, membre du bureau exécutif de la même UR-UGTT, explique cette décision par «l’échec de la réunion de conciliation du lundi 13 mars relative à la réhabilitation de 24 agents licenciés de la société Winstar».

⦁ Le mensonge du chômage et l’outil de chantage du «Développement» !

En façade, et pour cacher les véritables raisons de cette colère (manipulée ou réelle, l’Histoire le dira un jour peut-être), les protestataires mettent toujours en avant deux grandes causes qui sont autant de grands défis pour tout le pays et dont toutes les parties et tous les partis connaissent l’impossibilité à relever dans l’immédiat. D’abord le chômage.

Région bordée à gauche par l’Algérie et par la Libye à droite, Tataouine a depuis plusieurs années été une région de transit pour tous types de contrebande. Tout y passe. Produits pétroliers, produits de consommation courante, bijoux et Or, équipements, armes et tabac au moins. A Tataouine, la contrebande est une affaire de famille et de tribu. Une activité dont l’apport financier quotidien dépasse de loin les salaires que pourrait distribuer la meilleure des entreprises, industrielle ou de service, qui s’implanterait à Tataouine. Le «Développement », une action de longue haleine qui ne peut se décréter d’un coup de baguette magique, est ainsi utilisé comme instrument de pression sur un GUN obligé de faire le sapeur-pompier, de faire face à la pénurie des moyens financiers et au retard dans l’exécution des grands projets. Instrument de chantage social aussi pour obliger le GUN à souscrire à leurs demandes et à fermer les yeux sur la contrebande. Or l’emploi existe aussi à Tataouine, comme en témoigne cet entrepreneur de la région devant la Caméra de «Radio Tataouine» elle-même.

Mabrouk est un promoteur de la région. Il affirme ceci : «cela fait 11 mois que mon projet existe, mais incapable de trouver de la main d’œuvre. L’employé simple est à 20 DT/J et le maçon à 40 DT par jour, mais tous refusent le travail. Je me suis rabattu sur Kasserine et El Hamma, pour recruter. Ce n’est pas vrai qu’il y a du chômage à Tataouine. Ils refusent de travailler dans les chantiers». Et lorsque le journaliste lui demande pourquoi ils refusent, Mabrouk répond que «ils trouvent plus d’argent dans la contrebande et par le biais des parents qui travaillent en France et leur envoient des subsides. Pourquoi voudriez-vous qu’ils travaillent». A lui seul, ce témoignage édifiant résume la réalité de la situation sociale et la question de l’emploi dans cette région où le pétrole fait saliver tout le monde.

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A deux ou trois reprises cette année, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, avait publiquement évoqué la situation difficile des entreprises publiques (EP) et s’était plaint de leurs recours, chaque fois, à la garantie de l’Etat pour prendre crédits auprès des banques tunisiennes. En fait, selon des documents officiels, cette situation est plus que difficile : Elle est simplement catastrophique. Chahed n’a jamais donné de chiffres à ce propos. Nous le faisons.

Elles étaient il y a trois ans au nombre de 104, exerçant dans 21 secteurs de production et de service. La plus grande part (24) de ces entreprises publiques (EP) est sous la tutelle directe du ministère du Transport, 17 autres sous celle du ministère de l’Industrie, 11 sous celle du ministère des Finances et 10 autres sous celle du ministère de l’Equipement.
Les 104 représentaient en 2010 (ce qui suppose que ce chiffre a, depuis, beaucoup augmenté) une force, et un handicap aussi, de 117.416 mille emplois dont 30.866 dans le transport, 24.978 dans l’industrie, 17.974 pour les communications (4 entreprises) et 10.952 dans 9 entreprises publiques sous la tutelle du ministère de l’Agriculture.

⦁ La Cata. des EP : Une perte cumulée de plus de 4 Milliards DT !
Selon un document, du ministère de la Fonction publique et de la bonne gouvernance avant sa disparition, elles réalisaient en 2013 une plus-value de 7.427,9 MDT et représentaient 9,7 % du PIB. Le même document ajoutait que «la même année, elles enregistraient une détérioration de leurs résultats, d’exploitation, de rentabilité et leurs résultats nets. Une détérioration dont les deux principales causes sont les perturbations de la production et l’importante hausse de la masse salariale». Le document évoque à ce propos un résultat net global de 1120,6 MDT en 2013 en baisse de 195,2 % et l’enregistrement de 93 entreprises publiques, parmi les 104, de résultats nets déficitaires. Depuis leur création et jusqu’à 2010, le cumul des pertes de 44 EP se chiffrait à 1.881,7 MDT. En 2013, ce cumul de pertes nettes montait à 4.240,7 MDT. Un chiffre en hausse, entre les seules années de 2010 à 2013, de 125,4 %, représentant un volume de 2.359 MDT, «compte non tenu des pertes des caisses sociales», précise le même document.

⦁ 81,2 % d’augmentation salariale au Groupe Chimique et +133,8 % chez Tunisie Autoroute !
Selon la même source, nombre d’EP connaissent des difficultés structurelles et 29 ont des fonds propres négatifs, ce qui devrait conduire à leur restructuration. Le plus important, c’est de savoir, (comme l’indique le document du défunt ministère de la Fonction publique, qui notait que la cause de tout cela est l’augmentation du volume des salaires), que la masse salariale des EP a évolué de 32 % en 3 ans.
Ce volume de salaire était en effet de 2.581,1 MDT en 2010. Trois ans plus tard, en 2013, il atteint 3.406,7 MDT, avec une évolution moyenne annuelle de 10 % contre une moyenne de 6 % pour la période entre 2006 et 2010. La même source, qui indique que dans certaines EP l’augmentation salariale dépassait les 50 % entre 2010 et 2013, donne quelques exemples, fort édifiants.
C’est ainsi qu’entre 2010 et 2013, les salaires des employés du Groupe Chimique de Tunisie ont connu une hausse de 81,2 %. Les salaires à la Stir (Société tunisienne de raffinage) ont augmenté de 97,6 %. Les salaires de la société Tunisie-Autoroutes pour la même période ont connu une énorme hausse de 133,8 %. De quoi déprimer ! Cerise sur le gâteau, les «primes d’exploitation», servies aux EP pour les deux seules années de 2012 et 2013, selon le même document officiel, ont augmenté de 139,7 %. De manière démesurée, comme le note le document, ces primes sont passées de 2.535,5 MDT en 2010 à 6.088,2 MDT. Une perfusion qui coûte cher !
On comprendrait presque le silence coupable de Youssef Chahed lorsqu’il refusait de donner un quelconque détail sur la situation des EP. Ce n’est certes pas le GUN qui en est responsable. Mais le silence vaut aussi Omerta. (Voir le document ici).

⦁ Pas de désengagement de l’Etat le secteur privé pour financer la restructuration !
Imaginé et rédigé du temps de l’ancien ministre issu de l’UGTT, le plan de redressement de ces EP en péril n’a jamais évoqué la possibilité d’un quelconque désengagement de l’Etat. Au contraire, dans le paragraphe des «principes généraux» de ce plan, on parle d’une «restructuration, qui garantisse la continuité et la continuité du service public» et que «l’Etat reste actionnaire» dans ces entreprises.
Le document évoque un changement de mode de gouvernance par la séparation entre président du conseil et directeur général et la nomination de «nouveaux gestionnaires indépendants à la manière des banques publiques».
Pour la restructuration financière, le document parle de la création de 3 Caisses pour la recapitalisation des entreprises publiques. Le 1er est appelé «Caisse Nationale de retournement», qui nécessitera des fonds d’un volume de un Milliard DT où la participation du secteur privé est demandée à hauteur de 50 % !
Ce sera ainsi aux privés de payer la facture de la mauvaise gestion publique. La seconde Caisse est appelée «Fonds de recapitalisation des entreprises publiques» et le dernier «Fonds régionaux de l’impact positif», qui devrait engager les EP dans des actions sociales de solidarité. Un plan manifestement foireux, qui démontre l’incapacité financière de l’Etat à réparer les erreurs financières de ses propres choix de gestion.

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«La Tunisie comptait 800 mille agents de la fonction publique, fin 2016», a indiqué le ministre de la Fonction publique et de la Gouvernance, Abid Briki, lors d’une séance d’audition devant la commission de la réforme administrative, de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et du contrôle de gestion des deniers publics. Notons ici que la Tunisie compte, au jour d’aujourd’hui, 11.479.016 personnes.
D’après le ministre, dont les déclarations avaient été rapportées fin janvier dernier par l’agence de presse officielle Tap, «la hausse s’explique par les 9.000 agents réintégrés dans le cadre de l’amnistie générale avant et après la révolution, le recrutement de 2.400 blessés de la révolution, de 1000 ouvriers de chantiers, de 70000 ouvriers issus de la sous-traitance, de 22.000 individus dans le cadre du mécanisme 16 et de 120 personnes fichées par la police».

Pour le benchmark, pour une population au jour d’aujourd’hui de 35.217.241, «les effectifs de l’ensemble de la fonction publique marocaine dépassent aujourd’hui les 860.000 personnes, a indiqué le ministre délégué chargé de la fonction publique lors d’une conférence de presse », selon le site marocain «Bladi.net». En 2016, les dépenses du personnel ont été de 106,7 Milliards DH (24,55 Milliards DT), contre 13,164 Milliards DT pour la Tunisie. Le ratio, pour la Tunisie, est de 0,06 fonctionnaire par tête d’habitant. Pour le Maroc, c’est un ratio de 0,02 fonctionnaire par tête d’habitant.

Le journal en ligne marocain L’Economiste rapporte par ailleurs que «L’analyse par tranches de salaires fait ressortir que 54% des fonctionnaires civils de l’Etat perçoivent mensuellement entre 6.000 (1.394 DT) et 14.000 DH nets (3.253 DT). A peine 2,36% ont un salaire supérieur à 20.000 DH par mois (4.648 DT). Près de 39% ont un revenu mensuel net inférieur à 6.000 DH. Les moins bien lotis sont près de 9,26%. Ils gagnent entre 3 et 4.000 DH par mois ; sachant que le salaire minimum a presque doublé pour atteindre 3.000 DH en 2016 contre 1.586 en 2007». La différence entre les deux économies est à chercher dans la croissance. En face des 2,8 % prévus en Tunisie (Chiffre MOCI) pour l’exercice 2017 après le petit 1 % de 2016, ce sont 4,8 % de croissance du PIB pour le Maroc en 2017.

C’est essentiellement cela qui a fait dire au FMI que la masse salariale de la fonction publique en Tunisie est l’une des plus grandes au monde. Et c’est ce volet qui est actuellement en discussion entre les deux parties. La baisse de cette masse salariale est aussi le casse-tête du GUN, dont la stratégie, pour la baisser, passera par une réforme de la fonction publique. Une réforme qui passera obligatoirement par une sorte de «plan social» par le bais d’un plan de départs à la retraite anticipée qui suppose l’arrêt des recrutements.

Un CMR, en date du 28 mars dernier, s’est aussi penché sur «le projet de loi relatif aux mesures exceptionnelles concernant le départ à la retraite avant l’âge légal. Il a été convenu de soumettre le projet de loi au prochain Conseil des ministres». En fait, pour ce faire, selon la ministre tunisienne des Finances, Lamia Zribi, qui en a fait déclaration à Africanmanager, «on va commencer, d’ici la fin de cette année 2017, par un petit exercice de départ volontaire à la retraite. Ensuite, peut-être en 2018, on ira vers un départ négocié avec les fonctionnaires qui désirent le faire». Et la ministre d’expliquer, lorsqu’on lui demande l’impact de cette mesure sur les dépenses de l’Etat, que «pour le budget, l’effet sera neutre. La masse salariale va diminuer, même si le montant sera transféré aux transferts, du budget, vers la CNRPS qui se distribuer les salaires de ces retraités jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge légal qui leur donnera droit à la prime de retraite versée par la CNRPS. Bien que par un jeu d’écriture comptable, la ligne masse salariale va diminuer».

Le GUN a tablé sur 10 mille, mais on ne sait pas encore quel sera le vrai nombre de ces départs. La population cible est celle dont l’âge est compris entre 57 et 59 ans et qui aura droit à son salaires plein. Et Lamia Zribi de terminer ainsi : «pour les départs négociés, rien n’est encore définitif».

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Il y a quelques semaines, la banque publique de référence, STB (Société Tunisienne de Banque), organisait une conférence de presse pour présenter la solution imaginée par la banque, pour sortir du marasme des dettes du secteur touristique. Une dette qui représente un poids de 1,7 Milliard DT pour cette banque qui entame depuis plusieurs mois un plan de restructuration financière.
L’idée, grosso-modo, selon le DG Samir Saïed, c’est de «déterminer la dette supportable par l’hôtel, la capacité de remboursement de chaque hôtel. Cette dette supportable sera divisée en 2 parties. Une petite partie sera classée dette-senior et la dette-junior qui viendra en second rang. La partie de dette non supportable sera ensuite transformée en obligations convertibles. Si l’équipe de gestion concrétise les objectifs, c’est tant mieux. Dans le cas contraire, la banque exerce son option de conversion et transformera la dette en prise de participation dans le capital. On fera appel à une société de gestion extérieure qui sera chargée de la gestion de l’hôtel. A la fin de la période de redressement, l’hôtelier pourra racheter les obligations ou nous vendrons l’hôtel». (Voir notre papier du 12.03.2017).

Nous n’entrerons pas dans le détail de cette offre, dont nous avons pourtant copie. Nous noterons seulement que ce que propose, depuis peu, la banque à ses débiteurs hôteliers, selon le modèle qu’Africanmanager s’est procuré, c’est une offre, selon certains hôteliers que nous avions pu contacter, qui leur rappelle fort le défunt AMC, lancé pendant l’ère de la Troïka. Une structure qui avait alors beaucoup fait peur aux hôteliers qui l’ont toujours refusée. Ils nous font aussi et surtout noter, à propos de l’offre de la STB, cette condition où le promoteur achète à 2 fois le nominal et doit vendre à la banque au 10ème du nominal. Cette dernière condition aurait été changée, sans que la STB n’en parle. Il n’en demeure pas moins que l’offre n’est pas définitive, elle engagerait des conséquences fiscales et ressources qui doivent avoir l’accord du gouvernement et même de l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple).

Le 4 avril 2017, Nous posions la question à la ministre des Finances, Lamia Zribi, autorité de tutelle directe des toutes les banques publiques, la question sur sa position quant à cette proposition en général. Sa réponse, alors que la STB commençait déjà à «commercialiser» cette offre, laisse pour le moins perplexe.
Pour elle en effet, «il y a une réflexion, à commencer à travailler sur une solution pour les dettes du secteur touristique avec la STB. Nous ne reviendrons pas à l’idée de l’AMC (Asset Management Compagny), mais trouver une formule pour assainir le portefeuille de cette banque». A l’entendre donc, la réflexion ne serait même pas encore engagée. De là à parler de solution prête, le pas semble être déjà franchi par la nouvelle direction de la STB.
Et lorsqu’on demande à la ministre des Finances un commentaire à propos de l’offre en elle-même, elle est plus directe : «C’est une proposition de la STB, discutée avec la FTH qui a apprécié cette proposition. Au ministère des finances, on n’a pas encore tranché sur cette question. La proposition n’est donc pas validée, mais peut être discutée et affinée».

On comprend dès lors et sans l’ombre d’un doute que la proposition de la STB n’aurait pas lieu d’être, sans l’aval de l’autorité de tutelle qu’est le ministère des Finances. Même son de cloche d’ailleurs chez l’autorité de régulation qu’est la BCT (Banque Centrale de Tunisie), où une source proche du dossier nous dit que la proposition de la STB n’est pas encore officielle. Les deux s’entendent cependant sur la nécessité de trouver une solution et sur le fait que le problème de la dette a trop duré.

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Retour critique sur un discours enflammé contre le pessimisme ambiant, prononcé samedi dernier en grande pompe, par le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed. Plus remonté à bloc par les nouvelles aides d’un gouvernement français sur le départ que par les résultats de son propre périple africain, il affirme ce que d’autres infirment. «Le GUN dont l’âge est de quelque 7 mois, a réalisé une très grande partie de ses promesses», disait-il dans le discours qu’il avait dédié à la présentation du nouveau code des investissements. Au fait, selon le «Chahed-Meter» d’I Watch, le GUN n’a réalisé que 8 sur 92 de ses promesses. 21 autres seraient en voie de réalisation. Par ailleurs, le code fait toujours polémique. Mais sa présentation comme LA réalisation, était « dictée » par la présence de la délégation du FMI en Tunisie. Nous faisons, de notre côté, remarquer à I Watch, que certains points, comme la «loi d’urgence économique» ou encore «l’indépendance énergétique» que le Chahed-Meter met dans la rubrique des réalisations, sont encore loin d’être réalisés. Ces deux points devraient même rejoindre la longue liste des promesses en voie de réalisation. «Pas assez, mon fils», pourrions-nous dire pour parodier une fameuse publicité !

  • La mauvaise foi de Chahed

Tout au long de son discours, Chahed se montrera optimiste, comme lorsqu’il affirme que «on a les possibilités de rebondir économiquement». Il donnera, en seul exemple, les résultats de sa dernière tournée africaine. Des résultats, comme la «bonne image dont jouit la Tunisie», ainsi que d’autres termes comme la réputation, les possibilités, l’expérience etc… Autant de mots et aucun chiffre !

L’optimisme de Chahed est aussi démontré, comme il l’affirme, par «la vision claire du gouvernement». Un seul exemple, tiré de son propre discours, démontre pourtant le contraire. Parlant en effet de la réforme des instruments de financement de l’économie, il affirme que «les banques publiques doivent jouer leur rôle de bras financier » pour financer les entreprises et les secteurs «qui trouvent des difficultés à avoir un financement auprès des banques privées». Tout le monde se rappelle pourtant les trois autres occasions où le même Chahed a affirmé que l’Etat n’a pas besoin de bras financier. Et d’affirmer ensuite, contrairement à ce qu’il avait déjà dit, que «le gouvernement a décidé de revoir ses participations dans le secteur bancaire (…) autre que les 3 banques publiques». Quelques semaines auparavant, il fulminait pourtant contre ces trois mêmes banques publiques.

Ce seul exemple affirme confirme que le GUN n’arrive toujours pas à avoir ou à donner une vision claire et stable dans le temps de ses orientations pour le microcosme économique national et étranger. Un microcosme qui n’arrive toujours pas à savoir si le GUN est du côté du secteur privé ou des syndicats qui sont comme un cor [caillou] dans la chaussure du chef de gouvernement.

C’est en effet le patronat qu’il somme d’être nationaliste («Vous avez, en tant que chefs d’entreprises, non pas seulement un rôle économique, mais surtout nationaliste dans cette conjoncture », disait-il dans son discours du 8 avril 2017) dans leurs investissements et non tous les partenaires. Il oubliait d’en faire autant pour une UGTT que tous accusent pourtant d’être la cause essentielle du délabrement de la situation économique (grèves, sit-in, soutien aux grèves sauvages à tout mouvement social, coupures des routes, demandes exorbitantes d’augmentations salariales, ingérence dans les choix politiques etc…) et de la situation financière du pays, à tel point que le FMI a estimé nécessaire d’aller leur parler directement pour les raisonner.

Chahed a certes affirmé que «le gouvernement a des programmes pour aider ces entreprises et leur donner toutes les conditions de réussite». Il parlait certainement du plan d’urgence économique. Le plan n’étant pas encore adopté, l’urgence perd toute sa signification dans le marasme général et toute son urgence.

  • Il prône la confiance alors qu’il a lui-même perdu 4 points de confiance !

C’est uniquement cette vision claire qui a vocation à rassurer les investisseurs et tout le public, dont plus de 73,1 % estiment déjà que le pays est dans la mauvaise voie. Chahed a par ailleurs perdu, selon le dernier baromètre politique de Sigma Conseil, 4 points dans l’estime de ses ouailles. Il faudrait donc, à notre sens, qu’il commence par remonter dans les sondages de confiance, pour pouvoir redonner confiance aux autres. Peut-être voulait-il parler de ce sondage, en évoquant le retour de confiance.

Or, la confiance commence par l’obligation de tout dire. Jamais pourtant, même aux plus officiels de ses discours, Chahed n’a daigné tout dire, de la réalité périlleuse des états financiers de l’Etat, des mesures douloureuses dont il parlait lors de la séance de vote de confiance et de la position de chacun de ses partenaires au GUN, politiques et sociaux, sur tout cela ?

Contrairement à son affirmation du samedi dernier, que «le GUN a fait le choix de la franchise et de tout dire à la population», il a plutôt fait le choix de toujours «noyer le poisson» et de «ménager la chèvre et le chou». Sinon, qui sait, depuis sept ans, la vraie vérité sur les assassinats politiques ? Qui connaît (y compris lui-même) la réalité des résultats (s’il y en a) des différentes commissions d’enquête, parlementaires et autres ? Qui sait toute la vérité sur la situation financière des entreprises publiques que Chahed vilipendait samedi dernier, et du poids des impayés de l’Etat lui-même dans cette situation qui les oblige à demander sa garantie pour s’endetter ?

Quand bien même certains PDG voudraient-ils le faire, ils se trouveraient vite réprimandés et risqueraient leurs postes. Beaucoup d’autres entreprises, comme celles des médias dont nous connaissons très bien l’exemple, attendent toujours l’accord de la Carep (Commission d’assainissement et de restructuration des entreprises publiques qui siège à La Kasbah) pour entamer le processus de leurs restructurations, sociale notamment, à cause du cor syndical dans la chaussure du chef du gouvernement, et financière ensuite, à cause du poids excessif des salaires. Youssef Chahed et son GUN ont-ils tout dit au peuple à ce propos ? Ont-ils pris le peuple à témoin dans toutes leurs négociations avec une UGTT qui prend tout et ne fait aucune concession pour tout lui dire et s’inscrire réellement dans la franchise dont il parlait samedi dernier ?

La réponse est malheureusement NON. Ceci fait obligatoirement de son discours du samedi une dissertation pleine de mauvaise foi et d’incohérences, entre ce qu’il dit avoir la volonté de faire, ce qu’il fait malgré lui et ce qu’il n’ose toujours pas faire et qu’il devrait pourtant faire. C’est cela qui explique les mauvais chiffres des sondages qui l’ont fait, manifestement, réagir à propos de la confiance du peuple dans son action. C’est ce qui fait enfin qu’il n’arrive toujours pas à instaurer la confiance entre gouvernement, citoyens et partenaires économiques et même partenaires financiers internationaux ! Chahed est optimiste. Mais a-t-il réellement un autre choix ? Peut-être de prendre le risque tout dire et d’assumer les conséquences de son «coming out ». Mais pour cela, il faudrait … !

 

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La Mission économique tunisienne (du 4 au 6 Avril 2017 au Niger, Burkina Faso et Mali) se termine en débarquant jeudi 6 avril 2017 à Bamako, capitale de la République du Mali, après deux escales au Niger et au Burkina Faso, «pour le moins, riches en enseignements et fécondes en contacts juteux», comme le dit, à juste titre, un communiqué du Cepex qui résume le bilan, quoique dans un texte, à l’eau de rose et d’un autre temps. Celui de Bourguiba ou de Ben Ali, mais pas de la 2ème République. Le jus, on le cherche !
Selon la même source, «bien que mis à rude épreuve au cours des dernières années à cause de l’exportation de l’hydre du terrorisme sur ses terres, le Mali semble retrouver un regain de santé et recouvrer une stabilité politique qui lui faisait défaut et compromettait ses efforts de développement. Aussitôt les péripéties sécuritaires dissipées, les dirigeants maliens peuvent se consacrer, maintenant, aux questions d’ordre économique et social». Une introduction plus politiquement correcte que résumant la situation réelle du Mali.

Selon le même communiqué qui essaie ainsi de justifier le choix du Mali, «de grands projets structurants sont engagés ou en cours de planification pour le développement de l’infrastructure de base faisant du Mali un chantier à ciel ouvert, comme le prétendent [Ndlr : Un mot malpropre pour une structure supposée faire de la prospective pour les exportateurs tunisiens et s’appuyer sur ses propres informations] les experts internationaux. Une aubaine pour les Chefs d’entreprises tunisiennes qui sont plus que jamais appelés à accompagner le Mali sur ce plan dans un esprit de partenariat gagnant-gagnant».

Suivent ensuite un ensemble de mots qui rappellent les éloges et formules grandiloquentes des vieilles méthodes journalistiques de flatterie qu’on retrouve dans les dépêches officielles d’un temps ancien, relatant un «accueil triomphal en signe de reconnaissance pour l’intérêt accordé par les hautes autorités tunisiennes, en la personne de Youssef Chahed, Chef du gouvernement, pour le raffermissement des relations bilatérales, et à plus forte raison économiques et commerciales». C’est ensuite, toujours dans un style à l’eau de rose sur fond de son de violon, «Chahed et son homologue malien Modibo Keïta [qui] ont rehaussé par leur présence le forum d’affaires tuniso-malien, et ouvert le bal des mises en relations d’affaires entre opérateurs des deux pays sur fond d’appui politique extrêmement indispensable pour réussir le business en Afrique».

Et la même dépêche officielle du Cepex d’interpréter tout cela en affirmant que «les discours tenus par les officiels au cours de ce forum traduisent manifestement des valeurs communes partagées durant des décennies de relations amicales et fraternelles. Les deux Chefs de gouvernement se sont accordés dans leurs allocutions respectives sur l’impératif d’appréhender la coopération bilatérale dans tous ses axes, à savoir le commerce, l’investissement et le Co-développement, comme le stipule le thème de ce forum : Un partenariat gagnant-gagnant. Cette rencontre bilatérale au sommet a fait office de tribune pour lancer un appel aux hommes d’affaires tunisiens pour venir investir massivement au Mali qui regorge en opportunités réelles dans l’infrastructure, l’agriculture, les industries de transformation et l’énergie, pour ne citer que ces secteurs».
En fait, rien que «des messages positifs et déclarations de bonnes intentions des dirigeants des deux pays et capital sympathie», comme le dit même ce «poème journalistique» qui évoque pourtant, sans en donner la moindre preuve, «la pléiade de contrats et conventions signées dans la double dimension institutionnelle et privée». Voyons pourtant le détail de cette «pléiade » par pays !

⦁ À Ouagadougou, juste 10 citernes !
«Dans la capitale du Burkina Faso, l’accueil fut cordial. La présence du Chef du gouvernement, flanqué [Ndlr : Un mot plutôt inapproprié pour la dépêche d’une agence officielle (Voire la définition Larousse)] par 4 ministres et un secrétaire d’État, envoie un signal fort aux autorités locales des pays visités à l’occasion de cette tournée printanière africaine, quant à l’engagement indéfectible de la Tunisie à accompagner ces pays dans leur démarche irrévocable vers le développement. La concrétisation ne s’est pas faite attendre», annonce le bilan du Cepex.
C’est d’abord l’inauguration, par le chef du gouvernement tunisien, de l’Ambassade de Tunisie à Ouagadougou que la même source qualifie de «pain béni pour les opérateurs économiques». Soit ! Ensuite … C’est tout, pour ce qui est de la pléiade de contrats qu’évoque le bilan du Cepex, si on excepte «l’engouement des Chefs d’entreprises burkinabés qui s’est traduit par une forte présence lors de forum (plus de 200 hommes d’affaires)» et qui «atteste d’une prédisposition patente à nouer des relations d’affaires solides et durables». Des «rencontres de networking [qui] répondent en réalité à une double vocation : soit pour établir un premier échange qui permettra à nos businessmen d’entrevoir d’éventuelles relations d’affaires et d’en ausculter le potentiel, soit pour entretenir des relations déjà établies». En fait, c’est la société Comet, qui a signé un contrat portant sur la vente de 10 semi-remorques citernes conçus et fabriqués exclusivement par des compétences tunisiennes avec un taux d’intégration 100% tunisien. C’est l’unique contrat, véritable résultat concret, que rapporte le bilan du Cepex dont la présidente, présente dans la délégation officielle, est normalement la plus au courant de ce genre de chose !

⦁ Au Niger, «Parole, Parole», dirait Dalida !
Toujours dans le même style agencier des années 70 et 80, le bilan du Cepex fait état de «marques d’estime et de considération se sont fait ostensiblement ressentir à la mesure de l’accueil chaleureux qui lui fut réservé par les autorités locales dès que la délégation tunisienne foula le sol nigérien». Usant encore plus de de violon et de violoncelle journalistiques, le communiqué du Cepex évoque, fièrement et avec grandiloquence pour le périple présidentiel, «l’affluence considérable des hommes d’affaires et officiels nigériens au forum économique tuniso-nigérien, rehaussé par ailleurs par la présence du Chef du gouvernement, Youssef Chahed et son homologue nigérien, Brigi Rafini, dénote de la haute sollicitude des autorités respectives à pousser le niveau du partenariat bilatéral et à baliser le terrain pour l’établissement de contacts d’affaires féconds».

Venant à la séance de networking entre les 80 hommes d’affaires tunisiens et leurs partenaires du Niger, on apprendra seulement qu’ils sont «venus très nombreux pour ce forum dans l’espoir d’en voir ses travaux porter leurs fruits». Rien sur les résultats. A moins que les représentants de l’organisme organisateur n’aient pas encore fait le tour des hommes d’affaires tunisiens pour faire le bilan. C’est du moins ce qui se faisait, avant, pour de pareilles rencontres !

On apprendra, quand même, que « dans la foulée des discours officiels, des rencontres B-to-B se sont poursuivies dans une ambiance conviviale et chaleureuse favorisant l’échange mutuel et fructueux », que « l’audience nigérienne s’est familiarisée avec le climat des affaires en Tunisie, avec un focus sur le commerce extérieur grâce à l’exposé d’Aziza Htira dans ce sens ». Le résultat est que «plusieurs conventions de partenariat furent signées, notamment celle du CEPEX avec la Chambre de commerce et d’industrie du Niger, et qui énonce, entre autres objectifs, l’échange d’expériences et la multiplication des actions à caractère promotionnel». Des conventions d’importance certes, mais une action «qui qui ne nourrit pas son homme » comme dirait le dicton. Pour le concret, on en restera au «forum [qui] n’a fait que conforter les convictions des partenaires des deux bords quant à l’impératif de faire de l’axe Tunis-Niamey un pont qui foisonne business».

⦁ Morale du périple du «Témoin qui ne voit rien»
C’est ce qu’il y a à retenir, officiellement, puisque c’est contenu dans un communiqué officiel de l’organisme organisateur, du périple de Chahed qui aura ainsi duré trois jours pendant lesquels il aura vu peu de choses (contrairement, notamment aux visites du roi du Maroc qui sont de réelles immersions dans les sociétés des pays visités et de leurs économies) et finalement rapporté peu de choses.
Plus d’un observateur et de professionnels avaient pourtant averti que commercer avec l’Afrique n’a rien à voir avec le même acte dans les pays occidentaux. A moins d’une longue période de préparation, dans laquelle diplomatie et opérateurs sont des acteurs déterminants, il est rare de rapporter quelque chose. Les contrats-spots et les affaires-one-shot, les opérateurs savent faire cela mieux que Chahed et tous ceux dont il a été «flanqué», comme disait le communiqué du Cepex.
Pour le reste, ce genre de périple ne sert qu’à essayer de signer des accords qui facilitent le commerce et l’investissement pour les Tunisiens, comme les accords de libre-échange et les accords de facilités fiscales et douanières. Ceux-là aussi demandent plus qu’une journée par pays. Et quand on n’a rien à dire de concret, on se tait et on ne fait pas un tel ramdam médiatique. En tout cas pas de cette manière !

P.S. : «Plus de Youyou que de couscous», dicton tunisien pour traduire une situation où l’effet d’annonce dépasse les résultats

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Elle a accusé le ministre du Transport, Anis Ghédira, de protéger des corrompus, le ministre de l’Education, Neji Jalloul, de nommer son frère, Riadh Mouakhar de signer un contrat, des députés de corruption. A chaque fois pourtant, ses accusations «tonitruantes» font Pschitt. Aux dernières nouvelles, c’est le ministère des Finances que «Samia-Abbou-Parquet» pointait, faisant part de soupçons de corruption qui pèseraient sur un haut cadre du ministère dans une affaire de mainlevée sur différents immeubles confisqués.

Bien qu’elle ait «d’autres chats à fouetter», au vu des relations tendues avec le FMI, le déficit abyssal de la balance commerciale (2,5 Milliards DT à fin février contre 1,35 Milliards DT pour la même période de 2016) et le déficit budgétaire qui se creuse dangereusement (6 % à fin février contre 3,9 prévus dans la LF 2016), la ministre des Finances, Lamia Zribi, a bien voulu répondre.

Concernant l’accusation portée contre le cadre de son ministère (Abdellatif Dachraoui pour ne pas cacher son nom), elle rétorque ceci : «Ce qui s’est passé, comme j’en ai informé l’ARP en réponse à une question orale, c’est que la loi permet aux receveurs des finances à leur totale discrétion, en cas de garanties multiples sur une dette non recouvrée, rééchelonnée ou dont le payement a été retardé et qui est couplée à une dette bancaire, d’accorder au contribuable concerné, une mainlevée partielle sur une partie de la garantie. Cela, dans le simple objectif de lui permettre de payer sa dette, et aux banques et à l’Etat, mais avec la condition expresse que le reste de la garantie soit suffisant pour couvrir la partie de la dette non recouvrée par l’Etat. Cela, surtout que l’Etat se couvre parfois de façon excessive, soit par des garanties ou des hypothèques, bloquant ainsi le contribuable et le mettant dans l’incapacité de payer ses dettes», a ainsi précisé la ministre des Finances à Africanmanager. Et cette dernière d’ajouter que «cette levée partielle est cependant toujours conditionnée par un payement d’une partie de la dette au profit de l’Etat et d’un rééchelonnement du reste. Cela arrive couramment et n’importe lequel des receveurs peut le faire, à plus forte raison le DG en question qui est le chef hiérarchique des recettes des finances. Nous avions par ailleurs revu les textes de loi et avons trouvé qu’il a légalement la latitude d’opérer de cette manière ». Et Lamia Zribi d’annoncer, forte de sa conviction de l’absence de tout soupçon d’irrégularité dans cette opération, que «la CGF (Commission de contrôle général des finances) avait d’ailleurs enquêté, du temps de l’ancien ministre et n’y a rien trouvé de suspect », ce qui blanchit définitivement Abdellatif Dachraoui. Et Zribi d’aller plus loin et d’anticiper, en annonçant que «nous sommes aussi en train de vérifier d’autres opérations de mainlevée similaires pour être sûrs que tout a été fait de manière transparente et conformes aux règlements. De toutes les façons, c’est une opération normale qui se fait dans le cadre d’une politique de souplesse avec les opérateurs, qui vise à préserver les ressources de l’Etat».

Et comme si les accusations foireuses de la députée du parti de la bicyclette ne suffisaient pas, il y a quelques semaines «fuitait» une information faisant état d’interventions de la Primature pour arrêter des opérations de contrôle fiscal approfondi contre un ministre du GUN (Mehdi Ben Gharbia pour ne pas le citer, qui est aussi un homme d’affaires) et un député de Nidaa Tounes (l’homme d’affaire Moncef Sallami, pour ne pas cacher le soleil avec un tamis). «Nous avions entamé, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, tout de suite après l’adoption de la LF 2017 une grande campagne de sensibilisation qui fait partie de tout un plan d’action pour améliorer le recouvrement et notamment alléger le poids des créances classées. Dans ce cadre, nous avions envoyé des courriers, personnels et nominatifs, à tous ceux qui ont un retard de paiement. Ces courriers ont concerné la grande majorité des contribuables et non pas seulement les deux personnalités en question. Ce n’est donc, pour le ministre et le député, ni un contrôle approfondi, ni un contrôle préliminaire. Mehdi Ben Gharbia déclarera d’ailleurs, qu’il s’agissait simplement du rappel d’un paiement qu’il avait oublié. Pour le cas du député, il faut préciser qu’il bénéficie d’un avantage en tant qu’investisseur pour son programme de mise à niveau, il s’agissait d’une demande d’information complémentaire pour les besoins de contrôle de l’administration fiscale». L’affaire, après ces explications de la ministre des Finances, est ainsi close.

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«Deux événements majeurs ont marqué la fin du mois de mars. D’abord, le paiement par les entreprises de la contribution conjoncturelle de 7,5 % [Ndlr : 1,4 Milliard DT selon nos informations]. Ensuite, l’entame, par l’administration fiscale, du recouvrement des créances constatées et la pression sur les recettes des finances pour accélérer le process de leur recouvrement. A cette occasion, les entreprises, surtout soumises à l’impôt de 25 %, ont commencé à payer la contribution de 7,5 % et c’est ce qui a augmenté le montant des recettes fiscales. De son côté, le recouvrement des créances constatées a augmenté, entre janvier et février 2017, de 22 %. L’augmentation des recettes fiscales, pour le 1er trimestre 2017, devrait être beaucoup plus importante grâce au versement de la contribution exceptionnelle». La ministre des Finances expliquera par la suite «que cela a contraint la liquidité des entreprises, qui se sont tournées vers les banques et ces dernières, à leur tour, vers la BCT pour se refinancer, ce qui a obligé cette dernière à augmenter l’injection des ressources qui ont pour la première fois dépassé les 9 Milliards DT». Ainsi expliquait la ministre tunisienne des Finances, Lamia Zribi, à Africanmanager la hausse du montant des injections de liquidité dans les banques tunisiennes par la BCT (Banque Centrale de Tunisie), qui a surpris plus d’un observateur.

Et lorsqu’on lui demande la cause de cet assèchement de liquidités chez le système bancaire, la réponse de la ministre ne se fait pas attendre : elle affirme que «c’est la baisse de l’activité économique qui s’effrite et la faible croissance». Et il n’y a pas que les banques qui en souffrent, puisque «même l’Etat n’arrive plus à lever, par le biais des Bons de Trésor, les montants qu’on mobilisait avant et n’arrive plus à lever les 200 à 300 MDT par mois d’antan».

Lamia Zribi dément par ailleurs que la BCT ait fait une quelconque avance, sous forme de crédit, au Trésor. «D’abord, la loi ne le lui permet pas. Ensuite, les crédits intérieurs pour le mois de mars 2017 sont faibles à cause de l’assèchement des liquidités malgré la hausse des taux», dit-elle avant de se féliciter que «heureusement qu’on a pu lever assez de ressources fiscales au cours de ce mois de mars par le biais des 7,5 % et nous remercions les entreprises pour cet effort de solidarité nationale».

  • Le FMI est déjà à Tunis depuis une semaine

Evoquant ensuite, lors de cet entretien avec Africanmanager, les relations tendues avec le FMI (Fonds Monétaire International), qui aurait retardé sa visite et sa revue de l’économie tunisienne conditionnant le déblocage de la 2ème tranche de l’aide financière, la ministre tunisienne des Finances est cette fois précise et catégorique. «Nous accueillons déjà, depuis la semaine dernière, une mission d’assistance technique du FMI et qui devrait se terminer le 6 avril 2017», indique-t-elle.

Cette délégation d’experts techniques du FMI est en effet au siège même du ministère des Finances, pour une mission d’appui technique à la réforme de la fiscalité. Le ministère a préparé un programme de réforme à intégrer dans le cadre plus général des réformes requises par le FMI. C’est ce programme qui est justement en train d’être discuté avec les experts du FMI, présents au ministère des Finances «et leur appréciation est très positive», nous dit la ministre. Et Lamia Zribi d’être encore plus précise en annonçant que «normalement, la mission pour la revue économique devrait démarrer le 7 avril 2017».

Cette revue, selon nos sources, discutera essentiellement de la réforme de la fonction publique, qui devrait aboutir à une baisse de la masse salariale, de la réforme fiscale, du plan d’action des banques publiques et de l’environnement des affaires, réforme déjà faite par le biais du nouveau code des investissements et les incitations fiscales rattachées et les décrets d’application déjà publiées.

Au terme de sa prochaine visite d’une semaine en Tunisie, le FMI devra alors faire son rapport, lequel document devrait être présenté en juin prochain à son Conseil d’Administration. S’il est accepté, et la ministre est optimiste à ce sujet, la date du déblocage de la seconde tranche du prêt sera fixée. Et Lamia Zribi, toujours optimiste à propos de l’issue de la revue du FMI, d’indiquer que «il se pourrait même, cela reste en tout cas lié à la réussite de la mission du 7 avril et à la décision du CA du FMI, qu’il y ait déblocage de la 2ème et de la 3ème tranches de l’aide, d’un montant total de 640 MUSD».

  • Les recettes avancent bien et les dépenses d’investissement aussi

Chez la ministre tunisienne des Finances, l’optimisme reste de rigueur, même pour la situation économique et financière en général. Elle en veut pour preuve que «l’on avance positivement dans l’exécution du budget par rapport à nos prévisions», affirme-t-elle, avant d’ajouter avec une pointe de fierté que «les recettes avancent bien, et les dépenses aussi. Ce n’est certes pas bon pour le déficit budgétaire qui devrait être à 5,5 %, mais c’est un bon indicateur en matière de consommation de l’investissement qui progresse au-delà même de nos prévisions, du moins pour les 3 premiers mois de 2017. Nos réalisations en matière d’investissements publics sont déjà au tiers du prévu ». Et de préciser que «les projets d’infrastructure progressent, tout comme les projets dans le secteur de l’agriculture et de la santé. Tout cela donnera de la visibilité aux investisseurs privés, bien qu’ils n’avancent pas de leur côté au rythme voulu».

Côté situation financière du pays, Lamia Zribi indique, toujours aussi optimiste, à Africanmanager, que «les recettes avancent bien, en premier lieu grâce aux 650 MDT levés sur le marché international, et en 2ème lieu grâce au refinancement du Million USD qu’on devait rembourser [Ndlr : échéance fin avril 2017], que nous négocions actuellement avec le Qatar la somme de 1.250 MDT, de manière à pouvoir à la fois rembourser et prendre un nouveau financement». En détail, la trésorerie bénéficiera de 500 MDT sous forme de refinancement, 500 MDT qui sont en dépôt à la BCT [Echéance 2018] et qui seront transformés en crédit pour l’Etat tunisien et enfin 250 pour des projets à définir entre les deux parties. Les négociations sont en tout cas en cours, sur les conditions de cette opération. Croisons les doigts et souhaitons que l’optimisme de la ministre soit réel !

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Réuni

L’économie nationale a enregistré, en 2016, pratiquement le même taux de croissance qu’une année auparavant, soit 1% contre 1,1%. Ce niveau modéré de la croissance s’explique, surtout, par une mauvaise saison agricole, notamment pour l’huile d’olive, ainsi que par le repli de la production énergétique. En revanche, une certaine amélioration a été constatée dans les industries manufacturières et les services. Dans ce contexte, le taux de chômage a légèrement augmenté pour atteindre 15,5% contre 15,4% en 2015.

Pour l’année 2017, on s’attend à un affermissement relatif de la croissance (2,3% au vu des prévisions récentes de la BCT et 2,5% selon le MDICI), grâce à une bonne campagne agricole, à la reprise de la production du phosphate et à l’amélioration de l’activité touristique.

Ainsi, les derniers indicateurs conjoncturels disponibles, au terme des deux premiers mois de l’année en cours, montrent une consolidation de l’activité industrielle illustrée par la progression des importations de matières premières et demi-produits (10,2% contre 0,7% au cours des deux premiers mois de 2016) et des biens d’équipement (17,5% contre 3,6%), ainsi que par l’accélération des exportations des industries mécaniques et électriques (7,5% contre 5,7%) et du textile, habillement, cuirs et chaussures (7,1% contre 0,3%).

Une certaine amélioration a été également observée dans les services. En effet, les entrées de touristes étrangers ont connu une hausse de 23,6%, au cours des deux premiers mois de 2017, contre un repli de 16,1% une année auparavant, et la baisse des recettes touristiques en devises s’est atténuée (-2,1% contre -46,3%).

Corrélativement, l’activité du transport aérien a connu, au terme du mois de février 2017, une reprise du trafic de passagers dans les aéroports de 15,1% contre une baisse de 9% une année auparavant.

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Le mois de mars s’était étiré jusqu’à ne plus en finir pour les concessionnaires de voitures tunisiens. Vendredi dernier, le 31 mars 2017, c’est une réunion de 6 heures et qui a duré jusqu’à 21 heures. Au menu, la distribution du quota d’importation entre les 25 concessionnaires, après que le ministère du Commerce et de l’Industrie a proposé de libéraliser l’importation des voitures utilitaires, ainsi que les grosses cylindrées ou celles dont la motorisation est supérieure à 1.6. Calme ou houleuse selon les versions, cette réunion s’était en tout cas terminée plutôt dans la discorde.

Notons d’abord que le quota, objet de toutes les convoitises, pour l’exercice est de 38.000 voitures, auxquelles il faudra ajouter les 5.000 véhicules populaires. Note importante : ce quota ne tient pas compte des utilitaires et des grosses cylindrées. Le ministère propose déjà la libéralisation des utilitaires, considérées comme biens d’équipement et celles supérieures à 1.6 pour contrer le marché parallèle.
La chambre syndicale étant représentative de toutes les marques, le tour de main à réussir devait consister à contenter tout le monde, ceux qui vendaient les utilitaires, ceux qui n’en vendaient pas et ceux qui ont les deux gammes, sans compter les aspirations de 6 nouveaux opérateurs, notamment des marques chinoises et japonaises, à faire au moins comme leurs aînés.

La formule magique, proposée par la Chambre syndicale à ses adhérents, était d’additionner le nombre des immatriculations 2016 pour chaque concessionnaire au quota 2016, diviser le tout par deux et multiplier le résultat par 0,9. Cela devait permettre de ne pas handicaper ceux qui ont vendu moins que leurs quotas et de laisser une part de 10.000 véhicules qui seront dédiés aux nouveaux-venus de la profession.
Or, il se trouve que certains professionnels, spécialisés dans les utilitaires, voudraient garder leurs quotas initiaux, indépendamment des véhicules qui pourraient devenir libres à l’importation. Le fait est cependant que beaucoup d’autres concessionnaires ne commercialisent pas les utilitaires. Et c’est ce point précisément qui fera pomme de discorde entre les concessionnaires au bout de 6 heures de réunion. D’autres sont tancés par les maisons-mères propriétaires des marques, pour ne pas signer sur un partage des quotas qui les défavoriserait par rapport à des marques similaires.

Au final, ce sont 20 sur les 25 concessionnaires qui donneront leur accord à ce partage, pourtant jugé équitable par les membres de la Chambre syndicale des concessionnaires et constructeurs automobiles. Conséquence de cette différence de points de vue et d’intérêts commerciaux aussi et surtout : quelques-uns parmi les cinq récalcitrants menaceraient déjà de faire bande à part, de quitter les rangs de la chambre syndicale de l’Utica, pour aller rejoindre les rangs du concurrent direct de la centrale patronale historique, la Conect de Tarak Cherif. Un départ vers la concurrence, déjà utilisé par les professionnels du textile pour refuser la dernière augmentation salariale, de 6 % pour le secteur privé, négociée par l’Utica et refusée par la Fenatex (Fédération nationale du textile).

Rappelons, par ailleurs, qu’à fin 2016, les immatriculations étaient au nombre de 60.599 véhicules, dont les CKD (assemblage local). Entre janvier et février 2017, ce sont 9178 nouveaux véhicules qui ont été immatriculés. Le leader du marché des véhicules léger (Voitures Privées + Voitures Utilitaires) était Isuzu, qui a doublé ses ventes, suivi de Renault, Citroën, Peugeot et Volkswagen à la 5ème place. Pour le segment des VP, c’est Renault qui ouvre le bal des meilleures ventes, suivi par Volkswagen, Ford à la 3ème place des meilleures ventes, suivi par Peugeot et Citroën et Kia à la 6ème place. Roi des utilitaires en Tunisie (1089 unité en 2 mois), le Pick-up d’Isuzu du concessionnaire Afrique Auto est talonné par Citroën d’Aures (344 unités), lui-même talonné comme toujours par Peugeot, Fiat à la 4ème place et Tata, du même groupe, juste après.
Dans le classement des meilleures ventes par concessionnaire, on retrouve Artes (Renault + Dacia), à 200 véhicules devant Afrique Auto et Ennakl en 3ème position avec 997 immatriculations pour ses cinq marques. Suivent ensuite Aures, du groupe Loukil, Stafim, Italcar avec une part de marché de 6,2 % et Alfa Ford qui accapare 5,1 % du marché de l’automobile en Tunisie.

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