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Khaled Boumiza

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Décriée sous le règne de l’ANC comme une banque à la dérive, en banqueroute et vouée à tous les échecs par plus d’un «expert», la STB (Société Tunisienne de Banque) semble avoir encore du ressort, faire montre de résilience et rebondir. La semaine dernière encore, elle inaugurait sa première nouvelle agence de l’année 2017, qui en prévoit 14, et la 131ème du réseau.
Le rythme des ouvertures d’agences devrait ainsi continuer. «A la fin de l’année, on fera une pause réflexion pour essayer de trouver le compromis nécessaire entre deux choses. D’abord la nécessité d’avoir une présence physique à travers le réseau d’agences [Anglophone de formation, il ne peut s’empêcher de parler de «more briks and mortars», ou plus de briques et de mortiers] qui ramènent les clients et les dépôts. A long terme pourtant, on sait que l’avenir est pour le digital. Ceci implique de ne pas trop s’étendre en agences pour ne pas être obligés d’en fermer. Nous allons donc étudier la tendance mondiale et évaluer l’avancement de notre plan de digitalisation et avancer prudemment en matière de recrutement et d’agences», dit Samir Saïed à Africanmanager, en évoquant la stratégie de la banque. «On a un retard à rattraper en matière d’ouvertures d’agences, avoue le DG de la 1ère des banques publiques, en précisant que sa «banque était passée, au cours des dix dernières années, de 14 à 11 % de part de marché, d’où cette recherche de compromis». Et de terminer en ces mots : «nous espérons que, dans un temps raisonnable, la digitalisation [qu’il qualifie d’arme secrète] nous permettra de nous passer des agences physiques».

Il y a lieu de remarquer, dans cette nouvelle agence, la touche de personnalisation par une grande image qui symbolise chaque région d’implantation, comme les grandes piles successives d’immeubles qui rappellent la Cité Ennasser 2, lieu de la 131ème agence de la STB. Un nouveau concept qui conjugue passé (les photos des toutes premières agences des années 50 accrochées au mur de l’histoire), le présent (un petit espace d’affichage consacré aux évènements culturels dans la région notamment) et au futur (Un e-space, tablettes attachées, où le client pourra consulter directement son compte bancaire et y faire les opérations dont il a besoin, sans passer par le guichet). Un espace certes un peu exigu, mais qui donne la part belle au client.

Une inauguration, faite dans un esprit de retrouvailles et de réconciliation de la banque avec son passé

Sinon, la banque que le gouvernement ne veut plus, pour l’instant, vendre va bien et remplit, contrairement à d’autres privées et internationales, son travail de bras financier de l’Etat, que ne veut pas voir Youssef Chahed, chef du GUN. C’est ainsi que les ressources, en dépôts de la clientèle (5.443 MDT en 2016), sont légèrement inférieures aux encours des crédits de la même année (5.558 MDT) et cela devrait être ainsi, au moins jusqu’à 2020…

La banque investit donc et investira, sans pour autant oublier de faire attention aux risques et aux impayés. Les chiffres, que le management de la banque a rendus publics au cours de la dernière communication financière, le montrent. Les créances saines augmentent, les PNL (Non pritable Loans) diminuent et le taux de couverture remonte et pas de peu. La nouvelle gouvernance des banques publiques, voulue par l’ancien gouvernement Habib Essid, serait-elle en train de réaliser les réussites dont ne voudrait plus son remplaçant Youssef Chahed ?

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Alors que le gouvernement Chahed, tanné par le manque de ressources, semble enfin vouloir se pencher sur le cas de certaines grosses entreprises confisquées, le cas de la Cimenterie de Carthage, émerge de nouveau à la surface de l’actualité. Avec parfois des «informations», pour le moins pas toujours exactes, si ce n’est parfois tendancieuses, quelques parties non-identifiées, cherchent manifestement à la maintenir dans le giron d’un Etat redevenu providence depuis la révolution de 2011.

Il semble de toutes les façons, selon nos informations, que la vente de la plus importante cimenterie tunisienne, Carthage Cement (CC) dont une partie a été confisquée à Belhassen Trabelsi, se passe plutôt dans de bonnes conditions. La décision de la cession a été prise, quoique non encore officiellement annoncée par la commission nationale de gestion des biens confisqués, et un groupe de travail a déjà été chargé du dossier au sein du cabinet de Youssef Chahed.

Il semble aussi, d’après les informations que nous avons recueillies auprès de sources sûres, que le second actionnaire de CC, Lazhar Sta aurait déjà donné son accord pour une vente groupée de ses parts et de celles de l’Etat. Les modalités et la vente, qui sera confiée à une banque d’affaires qui devra être choisie sur appel d’offres, seraient actuellement à l’étude chez Al Karama Holding qui est le propriétaire des actions de l’Etat tunisien au sein de CC.

Financièrement, à la fin du mois de juin 2016, le total des produits d’exploitation de l’entreprise était de 120,258 MDT. Le résultat d’exploitation n’a cependant été que de 6,9 MDT, essentiellement, pour cause de lourdes charges salariales. Impacté par les lourdes charges financières (23,287 MDT) et malgré les «autres gains» de 8,574 MDT dont 8,2 MDT dus à l’abandon de dettes des constructeurs (FL Smith, Ekon et Prokon), le bilan semestriel de Carthage a été négatif de plus de 8,4 MDT. Six mois plus tôt, le 31 décembre 2015, le total des produits d’exploitation était de 198,4 MDT, le résultat d’exploitation négatif de 3,8 MDT et le résultat net déficitaire de 52,2 MDT. Force est pourtant de constater qu’à chaque fois que l’on parle de vendre la CC, le cours de l’action de l’entreprise à la bourse, prend l’air malgré le résultat encore fluctuant.

C’est cet état des lieux qui pourrait faire dire à certains que vendre Carthage Cement en ce moment, pourrait s’apparenter à un bradage. Il se trouve cependant, à tête reposée, que le gouvernement n’a plus d’autre choix que de vendre, même s’il lui reste l’obligation de ne pas vendre au premier des demandeurs, mais plutôt à un acheteur-partenaire stratégique qui puisse la développer et compléter toute la panoplie de petits autres projets, prévus dans son premier périmètre. La vente s’explique, selon plus d’un observateur averti, par :

  • L’entreprise a presque changé d’objet, d’une entreprise commerciale à une vache à salaires.

Lors d’une séance d’audition, en date du 27 février 2017 à l’ARP, le DG de la CC, Brahim Sanaa, avait indiqué que «le projet a démarré dans des conditions catastrophiques en 2014 [Ndlr : 3 années après la révolution de 2011], notamment en raison du nombre d’ouvriers».

Avec 880 employés, la société avait une masse salariale de 20 millions de dinars par an, «contre seulement 8 à 9 millions de dinars pour ses concurrents», regrette B. Sanaa. Des concurrents qui font en effet tourner leurs usines avec un effectif de 200 personnes, soit le quart de celui de Carthage Cement.

Depuis, la société a pu ramener son effectif successivement à 827 puis à 700 employés. Mais le directeur général craint d’être obligé d’aller plus loin dans le dégraissage. Or, souligne-t-il, «si j’annonce que je vais le faire, la société sera fermée, puisque à chaque fois que nous nous sommes séparés d’un seul ouvrier nous avons dû fermer pendant une semaine».

Les charges de personnel étaient de 14,274 MDT au 30 juin 2016, contre 12,962 MDT pour la même période de 2015. Un exercice où la masse salariale avait été de 25,194 MDT. A la fin du 1er semestre 2016, le résultat d’exploitation était bénéficiaire de 6,925 MDT. Plombé par des charges financières de plus de 23,287 MDT, le résultat net de Carthage Cement finira avec un déficit de 8,686 MDT pour le premier semestre et même une trésorerie négative de plus de 5,2 MDT.

Et c’est, à notre sens, ce volet de sureffectif qui passera irrémédiablement par une révision par le prochain acheteur, qui constitue la principale appréhension des forces de gauche sur la scène politique tunisienne, ainsi que de tous ceux qui ne voient en CC qu’une vraie vache à salaires !.

  • L’état d’endettement de CC menace désormais tout le secteur bancaire.

Au 30 juin dernier, l’endettement de la cimenterie cumulait à plus de 411,8 MDT, alors qu’elle devait être bénéficiaire dès 2013. Elle doit de l’argent, beaucoup d’argent, à presque toutes les banques de la place (12 banques), dont les trois principales publiques et les quatre principales à participation publique.

Un tel endettement, en face d’un Etat qui n’a de propriétaire que le nom et qui refuse tout soutien social ou financier et tout investissement, devient insoutenable pour l’entreprise et dangereux pour les banques, si la CC ne rebondissait pas.

Extrait des états financiers de CC à fin juin 2016
  • Sans vision stratégique et sans moyens, l’Etat refuse d’investir.

Dans l’état actuel des choses en Tunisie, l’Etat ne semble pas prêt à mettre la main à la poche pour financer une possible restructuration sociale qui ferait de cette vente une opération rentable. Il lui faudrait pour cela, plusieurs centaines de MDT, qu’il n’est pas pour l’instant disposé à injecter dans une entreprise qui doit toutes ses difficultés à la confiscation et dont les finances ont été alourdies par les redressements fiscaux issus des 6 contrôles approfondis qu’elle a connus. L’Etat confiscateur a ainsi, plus pris d’argent chez CC qu’il n’y a investi pour en faire le grand cimentier qu’il devait être et le grand groupe intégré qu’il avait été imaginé par son premier créateur Lazhar Sta.

Alors que ce dernier a donné son accord pour la vente groupée de l’entreprise, il reste du devoir de l’Etat de ne pas vendre à n’importe qui. A la CC, il faut désormais, un partenaire, tout à la fois technique et stratégique. Un partenaire qui soit capable d’accompagner l’entreprise, dans un développement qui préserve la zone de Jbel Rssas, comme avec le projet des fuels alternatifs (Déchets ménagers avec l’ANJED et pneus déchiquetés avec la CPG et projet de Big Bagers pour faciliter l’export) et faire faire de la région un vrai bassin d’emplois tout en préservant les équilibres financiers de l’entreprise.

La CC avait été, une 1ère fois proposée à la vente en 2012. Menée alors par Ridha Saïdi, le conseiller qui aime à répondre aux journalistes à qui il ne veut pas parler qu’il a «ses priorités, son système de travail et ses propres procédures», l’opération avait alors avorté. Depuis, sans changer d’obédience, Saïdi a changé de Cabinet, passant de Hammadi Jbali à Youssef Chahed. Espérons qu’il aura laissé la poisse chez le premier pour que la cession de CC se fasse dans de bonnes et transparentes conditions !

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A fin janvier 2017, le MF (Ministère des Finances) mettait en ligne sur son site le «résultat provisoire de l’exécution du budget de l’Etat». En langue arabe, il est écrit que cela concerne «l’année 2016 et la fin janvier 2017». En français, cela devient «A fin janvier 2016 et fin janvier 2017». Comparer toute l’année 2016 à la période du premier mois 2017 n’est pas la même chose que de comparer le 1er mois 2016 au 1er mois 2017. Mais passons, car la bourde, et de taille, n’est pas là. Téléchargé à partir de la rubrique «Accès rapide», il donne des chiffres. Téléchargé à partir de la rubrique, tout à fait en bas du site, «Data Center», ce sont d’autres chiffres. Le GUN (Gouvernement d’Union Nationale) aurait-il développé le double langage et se serait fait implanter une langue fourchue ?

⦁ Exactement les mêmes salaires que fin janvier 2016
On remarque ainsi dans ce document téléchargé en accès rapide que le total des revenus de l’Etat à fin janvier 2017 était de 1939.7 MDT, un montant en baisse de 5,2 % par rapport à la même période de l’exercice 2016, contre une hausse de 18,8 % une année auparavant. On pourrait presque se féliciter que l’Etat tunisien soit devenu sérieusement moins dépensier en janvier dernier.
On découvre aussi, dans ce document officiel du MF, que les dépenses de gestion de l’Etat (Rémunérations + Biens et services + interventions et transferts) ont été exactement les mêmes au dinar près que celles de fin janvier dernier. Il y avait pourtant nouveau budget et nouvelle LF et tous les deux ont augmenté. Bizarre…

Ce qui semble encore plus bizarre, c’est de découvrir qu’à fin janvier 2017 la masse salariale ou somme des rémunérations servies aux agents de l’Etat n’ont pas augmenté d’un dinar en janvier 2017 comparativement à janvier 2016. A fin janvier dernier, l’Etat tunisien aurait ainsi dépensé 1.352,5 MDT en rémunération, exactement comme en janvier 2016. Serait-il possible que l’Etat n’ait pas versé les augmentations salariales ? Qu’aucun agent de l’Etat n’ait eu une quelconque augmentation, ni de salaire, ni d’échelon, ni quoi que ce soit ? Est-il possible que le volume des rémunérations n’ait pas bougé d’un poil, ni vers le haut, ni vers le bas, alors que la Tunisie a mis au point un nouveau barème fiscal et pris engagement de nouvelles augmentations salariales ? Pour croire ces chiffres du MF, il faudrait aussi croire qu’il n’y a eu aucun départ à la retraite, aucun recrutement, aucun décès, aucun licenciement et aucune promotion pour quiconque.

⦁ Exactement les mêmes dépenses en subventions et biens consommés, qu’en 2016
Autre chiffre dans la même version du RPEB téléchargeable en accès rapide, celui des «interventions & transferts». Il concerne notamment tout ce qui est subventions, de carburants, de céréales, farine, sucre, lait et autres biens de consommation de base nécessaires aux citoyens tunisiens.
A fin janvier, l’Etat n’a dépensé que 27,9 MDT, une somme qui représente 0,5 % de ce qui est prévu pour toute l’année (5.112,4 MDT) et qui est au millime près celle qui a été dépensée une année auparavant. Pour le croire, il faudrait que le ministère tunisien des Finances (MF) apporte la preuve que pratiquement rien n’a changé dans les coûts des biens et services compensés.
Le même raisonnement est tenu par le document pour la rubrique «Biens et services». Cette dernière concerne tout ce que les structures de l’Etat consomment, par exemple, en électricité, en eau, en électricité et gaz, en bons d’essence, en véhicules administratifs pour toutes les administrations et tous les ministères. A fin janvier 2017, l’Etat n’aurait dépensé que 63,3 MDT, exactement comme en janvier 2016, alors que la somme allouée à cette rubrique était inscrite en hausse de 0,7 % dans la LF 2017.

⦁ Le double langage, chiffres à l’appui
Plus bas, sur le portail des finances, dans la rubrique «Data Center», moins visible faut-il le faire remarquer, les chiffres changent. L’Etat redevient plus dépensier et ses dépenses augmentent de 24,1 % en janvier 2017 par rapport à janvier 2016. La masse des salaires augmentait aussi de 16,5 %

Cette masse des rémunérations, qui était de 1.352,5 MDT, est montée à 1.575,2 MDT. A seulement 176,8 MDT du total des dépenses (1.752 MDT au lieu des 1443,7 MDT de la première version du même document). Ce ne sont plus 63,3 MDT que l’Etat a consommés en biens et services, mais 107,9 MDT en électricité, gaz, eau, carburants et autres. Ce ne sont plus seulement 27,9 MDT que l’Etat a dépensés en janvier 2017 au titre des «intervention & transferts», mais 68,9 MDT.

Ces données, chiffrées et dont nous avons gardé copies différentes, étant présentées, il est temps de poser quelques questions et de revendiquer que le GUN et le MF s’expliquent. Pourquoi ce double langage avéré à propos du bilan de l’Etat ? Lequel de ces documents croire ? Et d’ailleurs peut-on désormais faire confiance au MF ? Si c’est une erreur, on l’espère, elle serait grossière et même dangereuse. Car au premier document, on serait tenté de croire à une tentative de cadrage des chiffres et donc à un maquillage des états financiers de l’Etat ! Dans ce cas, à quelles fins et pour qui ?
La grossière bourde, si telle est l’explication, est dangereuse et dénoterait d’un degré élevé de nonchalance des cadres du MF. Où est donc la vérité ?

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Siège du patronat, au-dessus duquel le ciel n’est plus aussi clair et où d’autres oiseaux gazouillent

Le 12 mars, c’est un mini-tremblement de terre qui secoue les couloirs du siège du patronat à la Cité El Khadhra. Non d’accord sur les dernières majorations salariales de 6 %, signée par la patronne des patrons Wided Bouchammaoui, les membres du bureau de la Fenatex (Fédération nationale du textile) et les présidents de ses chambres syndicales industrielles nationales et régionales ont refusé l’accord de la majoration des salaires conclu entre l’UTICA et l’UGTT «qui ne pourra que se répercuter négativement sur la pérennité des entreprises du secteur» et prennent la décision inattendue de quitter l’UTICA, pour manifestement faire patronat à part. Suit, comme une réplique, la fédération Cuir et chaussure qui, sans aller jusqu’à la rupture, n’en exprime pas moins son refus de l’augmentation salariale de 6 %.

Pour ceux qui ne connaissent pas le patronat tunisien, la Fenatex est la structure patronale dont avaient toujours été issus les grands noms du patronat. Des noms, comme Hédi Djilani, Ahmed Sallami, Feu Mohsen Ben Abdallah comme Feu Mohamed Ali Darghouth. Même l’actuelle présidente, Wided Bouchammaoui, avait débarqué chez le patronat au début des années 2000 au nom du secteur du textile qu’elle avait par la suite quitté.

Il est impossible d’en connaître le poids en nombre d’adhérents, car l’Utica ne vit pas des adhésions de ses membres, mais le textile, comme le souligne une étude de l’agence de promotion de l’industrie en 2014, «est considéré stratégique pour l’économie nationale. Il est le principal secteur de l’industrie manufacturière en termes d’exportation, d’emploi et de valeur ajoutée. En fait, le secteur compte 1 852 entreprises employant 10 personnes et plus et emploie plus de 179 000 personnes, soit 34% de l’ensemble des emplois des industries manufacturières. Parmi les 1 852 unités du secteur, 1 548 entreprises produisent totalement pour l’exportation, soit 84% du secteur et 70% du total des entreprises exportatrices installées en Tunisie. 820 entreprises sont en partenariat, dont 551 unités sont à capitaux 100% étrangers. Durant la période 2008-2012, la production du secteur est passée de 6 189 MDT à 6 336.7 MDT, enregistrant une évolution annuelle moyenne de 1%. La valeur ajoutée du secteur représente 29% de la valeur de la production et 19% de la valeur ajoutée des industries manufacturières. Les exportations du secteur ont régressé de 5.183 MDT en 2008 à 4.916 MDT en 2012. L’industrie du textile et de l’habillement est le secteur où le partenariat euro- méditerranéen est le plus développé. Parmi les 1 548 unités totalement exportatrices du secteur, 820 sont en partenariat avec des entreprises principalement européennes. La France occupe la 1ère position avec 299 unités, suivie de l’Italie avec 227 unités. Viennent ensuite la Belgique et l’Allemagne avec respectivement 99 et 77 unités».

Le textile qui représente 32 % du tissu industriel tunisien et 34 % de ses emplois, est aussi et surtout désormais, un secteur tout aussi catastrophé que le tourisme. En août dernier, Habib Hzami, secrétaire général de la Fédération générale du textile, habillement et cuir et chaussures, au sein de l’UGTT, résumait ainsi pour l’agence TAP les difficultés du secteur. «La crise du secteur du textile est essentiellement due à l’inondation du marché par les produits importés et de contrebande, vendus dans les magasins, les grandes surfaces mais aussi à la prolifération du commerce parallèle. La production locale ne représente aujourd’hui que 20% de la marchandise exposée sur le marché local», disait-il.

On connaissait, depuis plusieurs mois, l’existence de «fissures» dans les murs de Nida, le parti qui avait remporté les élections de 2014 et qui n’est plus sûr de remporter celles qui suivront. On avait découvert, récemment, de semblables fissures au sein de l’autre parti qui avait été sorti du pouvoir par les urnes. On l’attendait par devant, il est prévu qu’il revienne par derrière les municipales. La même césarienne qui avait enfanté les deux partis politiques qui gouvernent sans régner, avait aussi donné naissance au pluralisme syndical, patronal et ouvrier.

Les concurrents de l’UGTT sont la CGTT de Habib Guiza et l’UTT d’Ismaïl Sahbani. Le concurrent de l’UTICA est la Conect de Tarak Chérif. Les trois concurrents ont une existence légale, mais n’ont jamais été officiellement reconnus par le pouvoir en place qui ne les reconnaît toujours pas comme partenaires sociaux et économiques.

Bien avant cela, le syndicalisme patronal était parti avec le grand handicap de la division depuis le début des années 60 avec la création de la FTH (Fédération de l’hôtellerie). La FTAV, syndicat patronal des agences de voyage, le suivra plus tard. Malgré ses efforts, Hédi Djilani n’arrivera pas à les fédérer à l’UTICA, malgré le siège d’observateur à son bureau exécutif.

De deux choses, l’une. Où c’est l’Utica qui n’est pas consciente de la crise de ses adhérents et de leur poids dans l’économie, ou c’est l’UGTT qui, consciente, enfonce tout de même le clou dans le cercueil du patronat. Ce qui est sûr, c’est que l’Utica n’a pas su négocier. Comme à son habitude, le patronat s’est en effet montré beaucoup trop socialement frileux que les syndicats, et n’a jamais su hausser le ton et monter la voix pour faire prévaloir celle de la raison économique. Mais c’est cela aussi l’UTICA.

La décision de la Fenatex de quitter le navire serait encore en discussion et ne semble pas encore inquiéter outre mesure le Bureau Exécutif de l’Utica qui ne s’est toujours pas réuni pour en discuter. Il s’en inquiète peut-être, mais ne le montre toujours pas. Et si elle revenait au bercail, il n’est pas encore sûr qu’elle accepte l’augmentation salariale de 6 %. Il n’en demeure pas moins vrai que la Fenatex, qui aurait par ailleurs reçu l’appui de la Conect Textile de Samir Ben Abdallah, risquerait d’asséner un sérieux coup à l’unité patronale, une unité, au demeurant , qui n’a jamais rimé avec solidarité !

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Il y a quelques jours, la compagnie nationale Tunisair touchait le fond, et risquait même de fermer l’aéroport pour un long moment, des suites d’une dispute entre pilote et technicien. Ils en étaient même venus aux mains, pour une histoire d’uniforme et plus précisément pour une histoire de galons sur les manchettes de l’uniforme. Un honteux pugilat, devant lequel même le commissaire de l’aéroport ne voulait pas intervenir.
Depuis, les deux employés ont été convoqués par la justice et la compagnie aurait pris la décision de porter plainte contre tout employé qui entreprendrait une action qui empêcherait ses avions de s’envoler dans des conditions normales de sécurité.

Cet incident, une première dans les annales aériennes internationales et tunisiennes, n’en reste pas moins le dernier des signes d’une complète détérioration du climat social dans une entreprise déjà dans d’inextricables difficultés financières et où le ratio de main d’œuvre, à 265,5 employés par avion, crève le plafond et où le ratio masse salariale sur chiffre d’affaire, quoiqu’à 19 %, représentant le 3ème poste de charge, reste la seule marge de manœuvre.

Ce grave incident intervient en plus alors que pointent les premiers signes d’une reprise touristique, qui devrait être la manne pour Tunisair. Mais voici que «les professionnels du secteur estiment que les tensions sociales dans la compagnie aérienne nationale pourraient être un obstacle qui empêche d’atteindre l’objectif de cette année d’attirer six millions de touristes». C’est ce que rapportait ce mardi 14 mars 2017 le site «Arabisklondon», sur la base de déclarations de Mohamed Ali Toumi. Selon la même source, le directeur de la Fédération tunisienne des agences de voyages ne cache pas son inquiétude quant à l’effet de la perturbation répétée de Tunisair sur la saison touristique de cette année. Al-Toumi pense que «les efforts déployés par les professionnels et les millions dépensés par le gouvernement dans des campagnes publicitaires pourraient être gaspillés avec de nouveaux arrêts des vols en raison de différends entre pilotes et techniciens». Le danger, imminent, est donc là.

⦁ Un Etat rétif au financement et qui prend intérêts en cas de garantie !

Pour nombre d’observateurs, ce n’est pas demain la veille que cette atmosphère se stabilisera. Ces observateurs avancent en guise d’explication tout le climat social du pays où, pour un oui ou pour un non, les grèves font légion (comme pour celle du secteur de l’éducation pour demander, non plus une nouvelle augmentation salariale, mais le départ d’un ministre, dans un pays où l’UGTT devient plus forte que le GUN – Gouvernement d’Union Nationale). D’ailleurs, les grèves ne se comptent plus chez Tunisair Technics. Personne, en Tunisie, ne peut arrêter une grève, aussi dangereuse soit-elle pour l’économie du pays, et les syndicalistes sont intouchables et solidaires. L’avenir proche en donnera les preuves chez Tunisair.
Cela, à côté d’un Etat, actionnaire majoritaire avec 64,86 % du capital de la compagnie, mais qui reste rétif à mettre la main dans la poche pour sauver son bien de la faillite. Pour le Benchmark, la compagnie marocaine RAM est à 53,94 % propriété de l’Etat et à 44,10 % entre les mains du «Fonds Hassan II». Sauf que l’Etat marocain n’a jamais manqué de mettre la main à la poche pour soutenir sa compagnie et le dernier plan de redressement de la RAM en est témoin. Ce n’est pas le cas de l’Etat tunisien. Précisons ici que Tunisair, qui est un des plus gros employeurs (7700 selon les derniers chiffres), n’émarge pas sur le budget de l’Etat, puisqu’elle a ses ressources propres qui font son propre budget. Et même lorsque l’Etat donne sa garantie à Tunisair pour aller s’endetter, le ministère tunisien des Finances est rémunéré pour cette garantie.

⦁ Et pourquoi ne pas privatiser !

Tout cela fait dire à beaucoup d’observateurs que l’une des solutions pour remettre de l’ordre dans les affaires de Tunisair pourrait être de la vendre ou, plus politiquement correct, d’en changer la gouvernance. Pour beaucoup en effet, Tunisair entre les mains d’un privé ne serait pas arrivée à ce point de difficultés financières et de déliquescence sociale. Ils n’ont pas complètement tort, bien que l’incapacité de l’Etat à faire prévaloir l’intérêt économique du pays sur la raison syndicale soit aussi valable pour le secteur privé dans la conjoncture actuelle. Véritable vache à lait sociale, pour les syndicats comme pour les députés qui demandent des prix spéciaux, Tunisair sera difficilement vendable.

Beaucoup pensent tout de même qu’un changement de gouvernance ou, pour utiliser le mot qui fait peur, une privatisation partielle devrait être possible. L’Etat tunisien pourrait au début vendre en bourse les 7,8 % des deux caisses sociales, elles-mêmes (CNSS et CNRPS) en grande difficulté financière. Dans un second temps, l’Etat pourrait se suffire de la minorité de blocage, qui lui permettrait de garder la main sur Tunisair sans le poids de la pression sociale, et céder le reste à un partenaire stratégique à qui pourrait être confiée la gestion.
L’Etat tunisien aura alors auparavant à débourser l’équivalent de 250 à 300 MDT pour un plan de restructuration, mais fera certainement l’économie de toute une entreprise dont la capitalisation boursière a chuté de 149,7 MDT en 2012 à 64,78 MDT l’année dernière, et ce n’est pas près de s’arrêter.

Tunisair entre de meilleures mains, l’Etat pourrait s’occuper des autres filiales, tout aussi déglinguées et qu’il faudra redresser et pourquoi pas privatiser ensuite. Ferait aussi l’économie des pertes du secteur touristique qui souffre déjà de l’incapacité de Tunisair à suivre les besoins de l’économie, ainsi que l’économie de plusieurs Millions DT qu’il serait amené injecter dans une entreprise qu’elle ne contrôle plus, socialement parlant. Une perte de contrôle qui pourrait amener Tunisair au Crash, lequel l’attend au tournant de l’Open Sky, même s’il ne concernera pas, pendant les 2 ou 3 premières années, l’aéroport de Tunis Carthage. Plus solides, les prochains concurrents la pousseront à jeter l’éponge par les baisses de prix qu’ils feront et que Tunisair ne pourra pas tenir par ses 7700 employés, ses filiales qui font grève et ses agents qui se battent à bord ! Il devrait, pour échapper à ça, écouter les voix de la raison.

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C’était, vendredi 10 mars, une communication financière, la 1ère du nouveau DG, plutôt inattendue de la STB, avec même des chiffres de ses états financiers 2016, qui n’étaient pas encore validés par les commissaires aux comptes et présentés, comme il est de coutume, lors d’une AG ordinaire.

Au menu, concocté par le chef Samir Saïed, la nouvelle stratégie en 4 points de «la mère de toutes les banques» tunisiennes (créée en 1957, la même année que la BNA) où la priorité sera donnée aux clients d’abord, aux actionnaires, aux collaborateurs et à l’économie ensuite. C’est ensuite, l’état des lieux de cette stratégie, née il faut le dire, de l’audit, dans une vision déclinée en 13 axes, 47 chantiers et plus de 200 initiatives pour une transformation qui devrait s’étaler sur 4 ans (2016-2020).

  • Des chiffres en hausse par l’an I de son redressement

Un menu aussi où le nouveau DG s’est fait plaisir à égrener les 9 premières réalisations des objectifs du business plan à l’horizon 2016, ponctués de chiffres, tous à la hausse. Les dépôts de la clientèle ont été de 5.443 MDT, les crédits de 5.558 MDT, un PNB de 310 MDT, un RBE de 164 MDT et un RN (Résultat net) de 70 MDT. Pour ce dernier, il devra être diminué de 30 MDT qui iront pour la restructuration sociale en départs à la retraite. Il n’en reste pas moins vrai, comme aimait à la dire Samir Saïed, que la banque en est déjà à des pourcentages de réalisation de ses objectifs oscillant entre 98 % et 110 % même, pendant la seule année 2016. Et ce sont déjà ces réalisations qui lui permettent de prévoir des dépôts 7.185 MDT (en hausse de 7,2 %) en 2020, des encours nets des crédits de 7.300 MDT (à la hausse de 7,1 %), un PNB de 575 MDT (à la hausse de 16,7 %), un RBE qui croîtrait de 17,7 % et un résultat net qui bondirait de 46,2 % à 185 MDT en 2020.

Il ne le dira pas et refusera tout commentaire avec un sourire éloquent, mais cette présentation, au moment où on parle de la privatisation des banques publiques et leur mauvaise santé, était sans aucun doute porteuse d’un message de début de rétablissement financier de la plus grande des banques publiques, et aussi de début de réalisation de son plan de redressement, avec déjà des résultats probants.

  • Un montage financier Win-Win pour les hôteliers non récalcitrants

Une assez importante partie de la communication financière de la STB a été consacrée au traitement des créances touristiques. Lourdes de 1.700 MDT sur ses livres comptables, représentant 600 entités, 20 % des créances accrochées de la banque et 25 % du total des engagements de la banque, ces créances ont toujours constitué un handicap pesant tant pour les finances de la banque que le financement d’un secteur hôtelier. Un secteur qui reste incapable de rembourser sa dette et de ce fait, incapable d’accéder au financement pour assurer sa pérennité et sa relance.

Cette dette constitue donc un défi majeur pour la nouvelle direction générale de la STB. Dès sa première sortie médiatique, Samir Saïed n’est pas venu les mains vides. Il propose, en effet, une sorte de plan Marshall pour l’hôtellerie et une fenêtre de sortie de crise hôteliers-banquiers.

«Le point de départ, c’est une démarche macroéconomique de redressement du secteur. Avec la fédération (FTH), nous travaillons à l’heure actuelle sur des solutions à présenter au gouvernement car, relancer le tourisme, c’est relancer toute l’économie tunisienne», commence par indiquer, optimiste, le DG de la STB. Et ce dernier de préciser ensuite que «l’étape suivante sera des business plans individuels, avec l’aide de bureaux d’études spécialisés et de consultants. Nous déterminerons alors la dette supportable par l’hôtel, la capacité de remboursement de chaque hôtel. Cette dette supportable sera divisée en 2 parties. Une petite partie sera classée dette-senior et la dette-junior qui viendra en second rang pour alléger le poids des remboursements pendant les 1ères deux années de la relance. La partie de dette non supportable sera ensuite transformée en obligations convertibles avec peu ou pas d’intérêts et qui pourrait même être abandonnés par la suite. L’option de conversion est cependant liée aux performances de l’entreprise. Si l’équipe de gestion concrétise les objectifs, c’est tant mieux et l’hôtelier ou propriétaire-gestionnaire pourra nous payer l’obligation convertible, même tardivement. Dans le cas contraire, celui où l’équipe de gestion ne pourra pas réaliser les objectifs fixés, la banque exerce son option de conversion et transformera la dette en prise de participation dans le capital. On deviendra alors actionnaires et on fera appel à une société de gestion extérieure qui sera chargée de la gestion de l’hôtel, dont le propriétaire restera membre du conseil d’administration. A la fin de la période de redressement, l’hôtelier pourra racheter les obligations ou nous vendrons l’hôtel car nous n’avons pas vocation à rester dans l’affaire à redresser, mais à accompagner ce redressement et à sortir à la première occasion». C’est, en gros, le montage que propose la STB aux hôteliers endettés pour les aider à redresser leurs unités et à retrouver leurs capacités de remboursement, sans pour autant perdre en performance financière.

  • Que répondra la FTH ?

Et lorsqu’on rappelle au DG de la STB que les hôteliers remettent en cause le volume de la dette et sa composition, entre principal et intérêts divers, Samir Saïed se rebiffe et indique que «il y a beaucoup d’intox dans cette question et on sait que certains hôteliers essaient de gagner du temps. Nous n’avons pas de différends avec la fédération, mais avec certains hôteliers qui refusent de rembourser. Nos dettes sont comptabilisées et il n’y a aucune taxe ou intérêt qui ne soient pas légaux et réglementaires». Et de revenir à sa proposition, en précisant que «le montage que nous proposons, qui représente une partie de la dette, tombera de fait pour les hôtels qui ne vont pas réussir leur plan de redressement. La seule différence, c’est qu’au lieu de l’abandonner aujourd’hui, sans être sûr que l’hôtel réussira à se remettre sur pieds, nous le ferons uniquement plus tard pour les hôtels qui ne redémarreront pas. Pour ceux qui réussiront, ils payeront l’obligation convertible dont on abandonnera les intérêts, ce qui permettra à la banque de récupérer au moins une partie de la dette et rembourser l’Etat pour les 700 MDT injectés à la STB».

Pour l’instant, ce plan de la STB pour désenclaver financièrement l’hôtellerie et remettre de l’ordre dans ses propres finances, aurait déjà trouvé bonnes grâces auprès de la FTH et du FMI et attendrait l’aval de la BCT. La banque aurait aussi enchaîné les réunions avec divers groupes hôteliers et entreprises endettées, qui auraient aussi applaudi à ce plan de sauvetage.

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«Il était une fois… une Gazelle. Mais quand la Gazelle se mue en Chèvre, la recherche d’un Bouc émissaire ne suffit plus pour résoudre le problème», commentait un ancien Dg de l’ONTT, Wahid Brahim, sur les réseaux sociaux.
Ce nouvel épisode de la déliquescence d’une entreprise publique, porte-drapeau du pavillon aérien de la Tunisie, est né d’une querelle d’épiciers entre pilotes et techniciens, ces derniers voulant imiter la tenue, plus prestigieuse, des pilotes. Cette querelle date déjà de quelques semaines et avait, au début, occasionné des retards de vols à répétition. Bien qu’issu de l’armée, le nouveau PDG de la compagnie n’aura pas réussi à «cacher ce sein qu’on ne saurait voir», pour parler d’une honteuse querelle de prestige entre pilotes et techniciens, qui déborde sur les passagers et leur sécurité, jusqu’à obliger la compagnie à décider dans un premier temps, comme on brandirait une menace, d’arrêter tous ses vols. Une première, chez Tunisair et chez toutes les compagnies du monde, au vu de la cause futile de cette décision.

Une décision qui en dit par ailleurs long sur la qualité du management, interne et externe, pour ne pas citer tout un ministère lequel, il y a quelques mois, gérait lui-même les nominations internes au sein de l’entreprise. Elle en dit long aussi sur la détérioration de l’autorité, qui plus est au sein d’une compagnie aérienne. On imagine aisément alors ce qui se serait passé si le pugilat de ce matin s’était déroulé en plein vol.
Cet épisode malheureux, enfin, donne la preuve que cette compagnie touche le fond, surtout en matière de gestion tout court et aussi en matière de gestion de ses ressources humaines, des ressources où la discipline est pourtant vitale, pas seulement pour la compagnie, mais aussi pour ses passagers et ses partenaires.
Avec ce pugilat entre pilote et techniciens, pour quelques barres dorées de plus sur l’uniforme, la compagnie touche vraiment le fond en matière de qualité de service. Ses clients lui ont déjà passé cette image d’une compagnie qui décolle et atterrit rarement à l’heure. Il lui ont aussi passé l’autre image de la compagnie où on perd facilement ses bagages. Ils lui passeront désormais, difficilement, la nouvelle image d’une compagnie qui ne maîtrise pas ses employés, chez qui le sentiment d’impunité, le laxisme et le laisser-aller obligent toute une direction à baisser les bras et à se déclarer tellement incapable de maîtriser les deux principales composantes de tout vol commercial, jusqu’à décider d’arrêter tous les vols. On aurait bien aimé entendre le ministre qui disait «plus jamais cela» annoncer en même temps des sanctions et non une commission d’enquête. De qui a-t-il peur ? Et s’il a peur de prendre des sanctions, à quoi sert-il ?

Ce pugilat en avion résonnera bientôt, bien qu’on ne l’espère pas, du bruit d’un crash commercial, pour une société qui peine à retrouver ses équilibres financiers, qui peine à trouver en l’Etat le véritable soutien financier qui la remettrait sur pied et qui peine enfin, tiraillée entre les différentes corporations syndicales, à gagner la bataille de la paix sociale, lesquels lui éviteront le crash complet. Surtout que le même ministre du Transport a fini par ouvrir devant Tunisair les portes de l’enfer de l’Open Sky, sans lui avoir d’abord ouvert toutes grandes les portes de la restructuration, financière et sociale, et rétabli parmi ses rangs l’autorité de la direction générale qui est, l’incident du pugilat le confirme ainsi que la molle réaction du ministre, étroitement liée à l’assainissement social de l’entreprise.

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Rappelez-vous, d’abord, ce que disait le créateur du CPR, parrain des LPR, ce 13 mais 2015 à Doha. «Si la contre-révolution nous ramenait en arrière, elle aurait à faire face à une nouvelle génération qui dressera les potences et les échafauds, quitte à mettre le pays à feu et à sang». La menace est ainsi dite par Moncef Marzouki. «La vengeance est un plat qui se mange froid». Les «mauvaises langues», ne se font en tout cas plus d’illusion sur ceux qui s’attablent déjà.

Depuis quelques jours, une partie de la machine judiciaire s’est emballée. En une seule fournée, ce sont quatre ministres de l’ancien régime qui se retrouvent menacés de prison, entre 5 et 6 ans, aux termes de deux verdicts que politiciens et avocats ont jugés d’essence politique. D’anciens hauts cadres d’un ancien régime qui ont, pourtant, juste été au service d’un Etat, qui n’ont par ailleurs retiré de leur travail aucun avantage, ni matériel, ni moral, ni pour eux ni pour les leurs. La preuve en a été déjà faite pour ceux que l’injuste justice avait déjà jetés en prison pour en sortir dédouanés, par l’ancien président de la commission de confiscation, depuis 2013, dans un rapport qui n’a jamais été rendu public, sauf par la presse.

  • De hauts cadres d’un Etat pris en otage

Cet Etat-là était entre les mains d’un chef qui détenait le pouvoir total, exécutif, législatif et parlementaire. Un chef, 23 ans durant, obéi au doigt et à l’œil, par tous, de gré ou de force, à des degrés divers, mais obéi, par les ministres, les députés … et les juges aussi, si peu fût-il leur nombre. En ce temps-là, tout fonctionnait à l’instruction. On ne refusait pas les nominations et on ne démissionnait pas. Ceux qui diront le contraire n’ont jamais été appelés ni à prendre des responsabilités, ni à en démissionner.

En ces temps-là, le chef de l’Etat était le chef de tout et de tous, applaudi et couru par toutes et par tous, recevait des dizaines de lettres, de simples citoyens, comme de responsables de tous genres et de toutes les fonctions. Des lettres qui demandaient des faveurs et des passe-droits de tous genres. Certains paient même pour les avoir.

En ce temps-là aussi, le chef donnait. Et pas qu’aux siens. Il avait besoin de sentir et de faire savoir qu’il était le chef. Ceux qui ont demandé et pris ne se comptent pas par centaines, mais par milliers et dans toutes les couches socio-professionnelles. Tous avaient usé du pouvoir, du rang et de l’autorité du chef de l’Etat. Ils ne figurent pas tous dans le fameux rapport de Feu Abdelfattah Amor. Un rapport qui démontrait pourtant, documents à l’appui, que seul était responsable l’ancien chef d’Etat tunisien. Tout ce beau petit monde ne devrait-il alors pas, à son tour, tomber sous l’article 96 du code pénal ? Faut-il alors qu’ils passent tous par la potence ?

  • Que celui qui n’a pas péché jette la 1ère pierre

Faut-il que ces milliers de personnes et tous ceux et celles qui ne s’étaient pas mis dans l’opposition pour que l’autre opposition puisse continuer à s’opposer, sans risque aucun, à la dictature de Ben Ali, soient passés par la potence, pour que ceux qui étaient contre Ben Ali et font aujourd’hui comme lui, sinon pire, arrêtent d’aboyer vengeance ?

Que ceux qui n’ont jamais péché, jettent la première pierre. Mais, pas avant d’avoir rendu publics leurs «dossiers». Certains, avaient démissionné dès qu’ils ont vu leur nom écrit en noir et blanc sur l’un d’eux, déposé sur le bureau d’un président. D’autres ont dénoncé un interventionnisme, dont il s’est finalement avéré qu’ils en ont, eux aussi, fait usage. D’autres encore avaient vendu, cause et amis, pour monnayer leur sortie de prison et aller faire les opposants en dehors des frontières. Ceux qui sont restés, n’avaient d’autre choix que de vivre avec ou plier, juste ce qu’il fallait pour ne pas rompre, mais sans pour autant quitter le système.

Les archives, celles que tous et toutes cherchent ou se cachent, diront peut-être un jour, plus de vérités qu’il n’en faut. En attendant, ce sont deux meurtres politiques, depuis 6 ans non élucidés. Cela, si on considère que les accusés relâchés, l’avaient été à bon droit par la justice. Ce sont aussi aux moins deux gros attentats terroristes qui n’ont pas été encore jugés et pour lesquels la presse étrangère, anglaise et française, n’arrête pas d’en vouloir à la Tunisie et de l’accuser.

Force est à la fin de constater que ceux que Ben Ali, l’ancien chef d’Etat tunisien, avait mis, soit à ses pieds, soit en prison, qu’il avaient harcelés ou leur a simplement rendu la vie dure, n’ont toujours pas fait leur deuil de leur bourreau. Et faute de grive, ils bouffent maintenant du merle. Sauf que la haine et la vindicte aveugles n’apporteront à leur tour que haine et vindicte de l’autre côté.

  • A qui le tour ?

De plus, ceux qui dressent aujourd’hui les potences pour les dignitaires d’un ancien Etat, pris en otage par l’ancien régime, finiront par les dresser pour le reste. D’abord, pour ceux qui les ont empêchés d’accomplir LEUR révolution, celle qui écarterait tous les autres pour qu’eux s’y mettent. Ensuite, pour ceux qu’ils soupçonnent d’avoir aidé les «contrerévolutionnaires», ainsi que pour ceux qui les avaient noyautés et se sont avérés de faux frères. Tous y passeront, anciens et nouveaux hommes d’Etat. S’y préparent-ils ou se croiraient-ils à l’abri ?

Le danger d’une justice instrumentalisée, comme l’ont appelé partis politiques et avocats, n’est désormais plus que pour les anciens cadres de l’ancien Etat. La logique de la vindicte a des ressorts insoupçonnés. Comme l’accusation d’apostasie du temps des Islamistes, celle de contrerévolutionnaire, pourrait bientôt frapper les anciens, comme les actuels hommes d’Etat !

Ce qui attire le plus l’attention dans tout cela, c’est le silence de l’actuel chef de l’Etat, pourtant l’homme par lequel tout a commencé. N’est-il pas temps qu’il déterre son initiative de réconciliation nationale ? Nida Tounes et son partenaire Ennahdha ne le réveilleraient-ils pas ? Se croiraient-ils tous à l’abri ?

BCE a-t-il baissé les bras devant les affres de l’autre justice transitionnelle, sans essayer d’effacer tout le mal qu’il a fait et mettre le pays, réellement, à l’abri de la haine et de la vindicte généralisée ? Quand est-ce-que la Tunisie du Nobel de la paix fera-t-elle la paix avec elle-même ?

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On aurait aimé ne pas être amenés à écrire ce genre de papier en ce moment même où commencent à se dessiner les prémices d’une possible reprise, tant les informations dont nous faisons ici état avec force photographies, pourrait battre en brèche les efforts d’au moins 3 ministères pour bien préparer la relance de tout un secteur qui fait vivre des centaines de milliers de personnes. Il s’agit de ceux de l’intérieur, du tourisme et de l’environnement. Ce n’est pourtant pas faute de les avoir alertés. Nous les avions contactés tous, depuis l’été dernier, pour le ministère de l’intérieur et il y a seulement quelques jours, pour les deux autres. Nous continuons alors notre travail de lanceurs d’alerte. D’abord contre l’inertie des premiers concernés par cette action de maintenance que sont les municipalités et l’Apal (Agence de protection et d’aménagement du littoral). Mais ensuite le ministère de l’Environnement qui renvoie automatiquement vers l’Apal sans pouvoir le faire bouger et le pousser à la réaction, et le ministère du Tourisme qui renvoie vers le ministère de l’Environnement qui renvoie lui-même vers l’APAL qui ne bouge pas. Venus constater les dégâts il y a quelques jours, des cadres de l’Apal ont estimé que «il suffira d’attendre que la mer remonte et emporte elle-même toutes les saletés».

C’est dire toute l’inertie et toute l’apathie de ces trois structures étatiques face à la question de l’entretien et de la maintenance du fonds de commerce d’un très large pan de l’économie nationale. Mais d’abord les faits :

  • La relance et son seul point fort

En effet, la relance du tourisme se confirme. Divers TO ont, soit levé, soit assoupli leurs warnings sur les voyages et donc le déplacement de leurs touristes en Tunisie. MSC Cruise, pour le maritime, recommence à desservir le port touristique de La Goulette, TUI et Thomas Cook essentiellement, pour l’aérien, ont annoncé le retour de leurs vols touristiques sur la Tunisie. Chez certaines nationalités, importantes pour le tourisme tunisien comme les Français et les Belges, ou encore les Russes, les réservations ou «Early Booking», se comptent déjà en centaines de milliers. Le président du SETO, René Chikli, a même annoncé que le Booking vers la destination Tunisie a augmenté de 40 % pour la saison 2017 par rapport à 2016. Tout cela promet donc une assez bonne saison touristique et nécessiterait par conséquent une préparation de l’essentiel des produits que vend la Tunisie à ses touristes que sont les SSB.

Pour tous ces touristes, la Tunisie vend jusqu’ici principalement une image, qui est son fonds de commerce, faite de soleil, plage et mer. Le fameux triptyque «SSB» ou «Sun, Sea & Beach». Et si le soleil est une ressource naturelle qui ne demande pas entretien, ce n’est pas le cas de la mer et de la plage. Ces deux dernières ont en effet besoin d’un entretient continu. Les villes touristiques perçoivent, de plus, au moins une partie de la taxe touristique, normalement destinée à l’entretien des plages qui constituent l’essentiel des ressources de ces villes qui ne vivent que du tourisme.

  • Des tonnes d’algues, de la bière, du vin et du plastique

En face de ces vérités, un état des lieux, plutôt désastreux des plages et de la mer. Nous prenons pour cela l’exemple de la principale région, Sousse et El Kantaoui, Mecque de la majorité des touristes algériens et russes entre autres, pour ne citer que les chiffres des deux dernières années.

Dans cette région et sa principale station balnéaire, les plages sont sales, très sales mêmes. Le sable fin que recherchent les touristes, est couvert de tonnes d’algues, de milliers de bouteilles et canettes de bière, de bouteilles de vin vides et de tonnes de plastique, comme le montrent ces photos prises il y a quelques jours par nos soins.

Des algues charriées et déposées, certes par la mer pendant la période hivernale. Mais d’autres détritus, déposés par les hommes, sans que les municipalités, celles d’Akouda et de Hammam-Sousse en particulier, ne bougent le petit doigt. L’Apal, non plus, dort du plus profond de son sommeil. On avait tenté, l’année dernière, de la réveiller par l’intervention de l’ancien ministre de l’Environnement. Il se révèlera impuissant devant le refus de bouger de l’Apal. Des riverains avaient essayé de rendre sa propreté à la plage et ont même loué des engins de levée et de transport. Ils seront empêchés par l’Apal de déplacer une seule algue, et ont même été avertis par PV du risque de déplacer les saletés qui envahissent les plages et n’ont donc pu rien entreprendre dans ce sens. Des autorités qui ne font pas, non plus même en pleine période estivale, leur devoir de propreté de ces plages par les passages périodiques et quotidiens des tamis de plages et par la mise en place de corbeilles et de poubelles de plein air sur ces plages. Des activités pourtant de leur unique ressort.

A quelques semaines de l’afflux touristique, ces plages ne sont en effet toujours pas traitées, ni par les municipalités, ni par l’Apal. Les tonnes d’algues s’entassent, couvertes par le sable transporté par le roulis des vagues et se transforment en pourritures puantes, autour desquelles s’agglutinent des millions de moustiques de plage. Ils dévalorisent ainsi le fonds de commerce de toute une région qui ne vit que par ces plages. Des plages qui ravaleront par la suite, sous l’effet du roulis des vagues, les tonnes de plastique déposées, les canettes de bière et les bouteilles de vin vides, jetés par les hordes de soulards du bord de plage dès que la nuit tombe.

Des hordes, non contrôlées par le poste de police, qui n’est pourtant qu’à quelques mètres de la plage. L’été 2016, nous avions rendu visite au district de police de Sousse. C’était peine perdue. Quelques rondes passaient, de temps en autre, jetaient un Salamalec et s’en allaient. Quelque chose changera-t-elle enfin ? Lequel des 3 ministres lèvera enfin le petit doigt pour ces kilomètres de plages enfouis sous les saletés et les détritus ? N’y aurait-il pas là crime de non-assistance à plages en danger ?

 

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La justice tunisienne a rendu, la semaine dernière, son verdict dans une affaire qui traîne depuis 5 ans, dite «affaire Mariah Carey». La 4ème chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a en effet condamné, vendredi dernier, des ministres de l’ancien régime ainsi que des organisateurs de concerts et festivals, à 6 ans de prison ferme avec mise en exécution immédiate.

Il s’agit de l’ex ministre de l’Equipement Samira Khayech, l’ancien ministre du Tourisme Tijani Haddad et l’ancien directeur de l’ancien Fonds 26/26 Kamel Sassi. Les plus grosses peines ont frappé l’ancien chef d’Etat tunisien Zine El Abidine Ben Ali et son beau-frère Imed Trabelsi, celui qui avait fait carrément main basse sur les recettes du concert, et qui en a pris pour 11 ans.

Pour rappel, l’affaire dite «Mariah Carey » a trait à l’organisation, les 22 et 24 juillet 2006, au stade olympique d’El Menzah, de concerts de la chanteuse américaine Maria Carey, organisation entachée, après la révolution de 2011, de suspicions de détournements de fonds et de corruption.

  • Mounir Ben Salha : la série des jugements révolutionnaires continue. On n’en finit pas de juger le passé

Sitôt le jugement prononcé, l’un des premiers à l’avoir commenté a été l’avocat Mounir Ben Salha. Sur sa page, il a estimé que «la nature de la sentence, le principe de l’étroite interprétation du texte, la loi du bénéfice du doute dont profite l’accusé et la présomption d’innocence, ont tous perdu leur sens. Il parait aussi que la série des jugements révolutionnaires continue et que nous n’avons pas quitté l’ancien régime et le jugement du passé, bien que notre pays regorge d’abus, de vols, d’assassinats et de complots, nous avons choisi de rester dans le carré du passé».           Partis politiques et juristes n’étaient pas en reste et se sont enflammés sur la toile en commentaires et questionnements, essentiellement sur deux choses.

D’abord sur l’injonction de mise en exécution immédiate dont est assortie la sentence de 6 ans de prison, frappant exclusivement d’anciens ministres qui avaient pourtant toujours comparu en justice et ne constituent pas le danger imminent qui expliquerait la décision de les incarcérer sans attendre l’appel, comme pour être sûr de la prison, même au cas où les accusés obtiendraient gain de cause . Ensuite, le caractère, jugé politique du verdict, par toutes les réactions, pour la conjoncture dans laquelle il est rendu. Une conjoncture où les principales forces politiques tunisiennes essayent de relancer le processus de réconciliation.

  • Mohsen Marzouk fustige l’utilisation de la justice pour régler des comptes

Le lien entre cette sentence et la réconciliation nationale, a d’ailleurs été au centre du communiqué du parti «Machroua» ou projet de Mohsen Marzouk, en réaction à la condamnation à 6 ans de prison avec mise en exécution immédiate des 3 anciens ministres. «Nous craignons pour l’utilisation de la justice, dans l’état actuel où elle est, à cause de la crise du conseil supérieur de la magistrature, en tant qu’instrument pour des règlements de compte politiques et pour porter un coup à la réconciliation, avec toutes les conséquences sur les chances du pays de sortir sainement de la crise totale qu’il vit», précise le communiqué de presse du parti à la clé.

  • Kamel Morjane : Des répercussions en haine et en colère

Le parti Al Moubadara de Kamel Morjane, a fait lui aussi directement le lien entre le jugement et le processus de réconciliation nationale. «Le parti fait part de sa profonde préoccupation de voir les retombées de telles sentences, en matière de haine et de colère, sous-estimées, alors que nous avons besoin d’unité nationale», assurant par la même occasion son «engagement à réaliser la réconciliation nationale, en coopération avec toutes les parties et à épargner au pays tout ce qui est de nature à approfondir ses blessures et épuiser son potentiel, humain et matériel». Al Moubadara lance, au demeurant, «un appel à la mobilisation nationale et à la société civile afin de tourner définitivement la page du passé».

  • Hafedh Caïed Essebssi : Je refuse le ciblage des intègres

Samedi 4 mars, Hafedh Caïed Essebssi écrivait ces lignes sur sa page fb. «Nida Tounes refuse le ciblage politique des hommes et des femmes intègres de Tunisie. Dans un instant, réunion de la commission de défense, en attendant d’autres mesures. Mon message à tous est que nous n’avons d’autres choix que l’unification des rangs et la maison Nida est ouverte pour tous». Le statut est en lien directe avec les condamnés de l’affaire Mariah Carey et la commission de défense dont il parlait faisait référence aux avocats de Nida qui feront partie de la défense de ces condamnés.

Les avocats de Nida se joindraient alors au «comité indépendant d’avocats», annoncé par le Cabinet Hechmi Mahjoub, qui a estimé dans un statut fb, que «ce jugement comporte accusation politique qui mérite correction, pour porter haut la parole de la vérité» et auquel se sont vite ralliés plusieurs de ses collègues.

  • Abir Moussi : Etonnement et indignation d’un verdict immédiatement exécutoire

L’étonnement quant à la nature immédiate de la sentence sans attendre l’appel et le reste des degrés de justice (Première instance, Appel suspensif de l’exécution et Cassation), ainsi que l’accusation de sentence purement politique, ont aussi été au cœur du communiqué rendu public samedi dernier par le parti destourien libre. «Nous enregistrons notre étonnement et notre indignation quant au caractère immédiatement exécutoire de la sentence de 6 ans de prison. Ceci, alors que le procès dure depuis plus de 5 années en passant par toutes les instances, de l’instruction à la cassation, toujours en présence des accusés à toutes les audiences de la chambre criminelle, sans qu’il ait eu jamais besoin, pour n’importe lequel des juges, nécessité d’une arrestation, ni l’existence d’un quelconque risque de laisser les accusés en état de liberté. Nous tirons donc la conclusion que c’est une sentence politique infondée», dit le communiqué.

Abir Moussi, présidente du part Destourien, «s’étonne de la politique du deux poids deux mesures», suivie par la justice qui «ferme les yeux sur les multiples affaires de corruption où sont impliqués des responsables de l’ère de l’après 2011, et persiste dans la fermeté et la cruauté, lorsqu’il s’agit d’affaires où les accusés appartiennent à l’ancien régime». Commentant ensuite sur sa page fb, le communiqué de son propre parti, Abir Moussi, dit «refuser cette logique de haine et de vengeance».

  • Yassine Brahim : Des hommes et des femmes qui ont servi l’Etat, sans en tirer profit

Réagissant, à son tour, à ce que presque toute la Tunisie politique qualifie de verdict politique contre des hommes et des femmes intègres quoique de l’ancien régime, le parti Afek Tounes de Yassine Brahim s’est dit inquiet «des procès qui continuent, contre nombre de cadres de l’Etat parmi ceux qui ont servi l’Etat sans en tirer bénéfice, ni personnel, ni matériel, sous un régime que nous ne blanchissons pas et dont nous n’absolvons pas les fautes», et estime que « la poursuite de ces procès, est une preuve supplémentaire que le processus de la justice transitionnelle a dévié de ses nobles principes et menace désormais l’unité nationale» du pays. «La solution principale, pour assainir le climat général, réside dans une justice transitionnelle, réelle, globale loin de toute tentative d’instrumentalisation».

L’indignation politique contre ce verdict, prononcé un vendredi après-midi et qui se voulait immédiatement exécutable, est ainsi générale. A cette indignation, s’est ajoutée une large mobilisation des avocats pour tenter de rétablir les principes du procès équitable, garant de toute justice qui se veut juste et équitable.

 

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Le dernier mini remaniement du GUN fait depuis une semaine polémique à tous les niveaux, politique, syndical et gouvernemental. Il en devient même, alors que certains nouveaux ministres n’avaient pas toujours pris leurs postes et que Youssef Chahed n’arrive pas à se décider à passer ou non devant l’ARP, grotesque, cocasse et saugrenu.
Le remaniement a été annoncé par Chahed, décrié par l’UGTT qui disait il y a 6 mois qu’elle n’était pas concernée par le gouvernement, défendu par Youssef Chahed, mis en cause par les explicateurs de la Constitution, mais jusque-là encore incompris, par une population qui n’en voit pas l’utilité pour ses priorités que sont plus d’emploi, plus encore de salaires, moins de prix et un mieux vivre. Un remaniement incompris aussi par une classe politique plongée depuis plus de 6 ans dans les turpitudes et le politiquement incorrect, et qui n’arrive pas à concevoir ses causes.

Une semaine après avoir été nommé ministre de la Fonction publique et de la bonne Gouvernance, Khalil Ghariani a ainsi signifié, à sa propre demande, son refus au chef du gouvernement d’intégrer cette équipe que Chahed présentait unie derrière lui sur le plateau d’Al Hiwar, où il expliquait la semaine dernière son geste. Ghariani a indiqué, dans une déclaration radiophonique, avoir pris cette décision «après mûre réflexion et pour sauvegarder les équilibres économiques et sociaux du pays et les équilibres Utica-UGTT». Ghariani a alors précisé que «le chef du gouvernement ne lui a rien répondu et a demandé un temps de réflexion».

Cela pose quelques questions. D’abord sur le degré possible et improbable d’improvisation du chef du gouvernement. Aurait-il procédé à une nomination dans un poste aussi important que la Fonction publique où il faut gérer plus de 650 mille individus, un poste aussi critique avec le risque qu’il enflamme les relations entre La Kasbah et La Place Mohamed Ali, le tout sans même prendre la peine de prendre l’avis du premier concerné ? Et s’il ne l’avait pas fait lui-même, pourquoi n’était-ce pas ses conseillers ? Et si personne ne l’avait fait, Chahed aurait-il nommé Ghariani sous pression ? Si oui, sous la pression de qui ou sur proposition insistante de qui ?

Le refus de cette nomination, confirmé par l’intéressé lui-même sur les ondes d’une radio privée, s’il «se justifiait comme il l’a dit par l’intérêt du pays», on pourrait alors comprendre que Ghariani aurait décidé de se mettre en dehors du champ des pressions dans lequel le mettrait une nomination faite dans de telles conditions pleines de tensions, politiques et sociales. On se demande cependant pourquoi sa décision du refus du poste a pris du temps pour s’officialiser. De toutes les façons, quoiqu’en soient les raisons, seul Khalil Ghariani en sortira grandi.
Il sera aussi, dans l’histoire récente de la Tunisie et à l’heure où certains avouent courir la Kasbah alors qu’ils refusent de payer leurs dettes bancaires ou font chantage de dossiers de corruption pour revenir à La Kasbah, le second à refuser d’être ministre. Avant Ghariani, un autre jeune homme d’affaires l’avait fait. Rappelez-vous, c’était Karim Skik. Ce dernier avait refusé, et il avait peut-être raison, de faire partie du gouvernement Habib Essid au poste de ministre des TIC.

Mais ce remaniement ouvre aussi plusieurs hypothèses sur ses incidences sur le GUN (Gouvernement d’Union Nationale) et son action. Des hypothèses qui pourraient, soit battre les cartes de Chahed, soit redistribuer les cartes pour toute la scène politique tunisienne.
Le 1er est celle d’un GUN qui suivra son chemin malgré cette défection de dernière minute. Il avait pu rester plus de 3 mois sans ministre des Affaires religieuses après le limogeage en novembre dernier d’Abdeljelil Ben Salem, il pourrait donc rester quelques autres mois sans ministre de la Fonction publique, que Chahed pourrait donner en cumul à un autre ministre, mais pour combien de temps, alors que la réforme de la Fonction publique est au cœur d’un large programme d’autres réformes ?
L’autre hypothèse est celle d’un nouveau mini remaniement. Si cette théorie se vérifiait, la question se poserait sur qui hériterait du fauteuil de la Fonction publique. Mais surtout la question de savoir si tout cela n’est un genre d’«entente nationale» pour une sortie de crise au gouvernement de Youssef Chahed.
Dans ce cas, le remaniement n’étant pas encore passé devant l’ARP, ce qui ne ferait pas peur à Youssef Chahed, selon un observateur qui a requis l’anonymat, il pourrait être terminé par un autre remplaçant à Abid Briki qui pourrait être proche de l’UGTT. Ou encore dans un format qui pourrait aussi contenter l’UGTT par le départ d’un autre ministre.
Que fera donc maintenant Youssef Chahed, après que Ghariani lui aurait retiré le tapis sous les pieds ?

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Alors que s’approche, à pas rapides, la période estivale qui est la haute saison des hôteliers tunisiens et de tout le secteur touristique, les regards se tournent vers le siège du ministère. Souriante, dans son salon d’accueil traditionnel en bois sculpté, elle nous semblait optimiste et sereine, malgré les réalisations de l’année écoulée qui tempèrent ses ardeurs, et elle y prend d’ailleurs garde. L’exercice 2016 s’était en effet terminé avec un retrait de plus de 31 % des arrivées aux frontières, une baisse de presque 50 % des nuitées globales et des recettes touristiques, qui reculent de 46,7 %. Mais qu’à cela ne tienne, son ministère se démène depuis l’année dernière, surtout pour redorer le blason d’une destination touristique frappée de plein fouet par le terrorisme et défigurée par une presse française qui essaie de lui coller des qualificatifs comme «Vivier du terrorisme » ou «incubateur à terroristes». Il y a pourtant plus de terrorisme en France et en Angleterre qu’en Tunisie.

Depuis, il faut le reconnaitre, la Tunisie de Youssef Chahed a su endiguer le fléau comme le prouvent les arrestations et les actions antiterroristes anticipatives. Depuis aussi, les hôteliers ont su tirer les leçons, sécurisé leurs unités et assuré une présence, quoiqu’un tantinet trop voyante, policière qui a réussi à redonner confiance aux touristes. Il n’est pas meilleure preuve que la reprise de l’hôtel, lieu de la plus sanglante des attaques terroristes à Sousse, par le groupe allemand «Deutsch Hospitality». Et les résultats de ce travail du cabinet de Selma Rekik et de toute l’ONTT se font déjà voir. «La reprise en fait a commencé à partir du 2ème trimestre 2016. Nous avions travaillé sur le marché algérien avec force communication, Eductours et invitations de TO, ce qui nous avait alors amené à une croissance de 40 % par rapport à 2014 avec 1,1 million de touristes algériens, 622 mille Russes alors qu’on nous mettait au défi d’amener 150 mille seulement», annonce avec une fierté non cachée la ministre Selma Rekik à Africanmanager. Et de préciser encore que «à partir de décembre 2016, nous sommes revenus à une croissance, par rapport à 2015, de 30 % surtout sur les clients traditionnels».

Elle cite à ce propos, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Belgique, dans des endroits comme Sousse ou Djerba, en mettant l’accent, dans cette reprise, sur le «Early Booking», signe d’un réel retour de confiance et d’une reprise qui se confirme. Et d’annoncer à ce propos, avec une joie perceptible, que «maintenant, on a déjà plus 150 mille touristes russes qui ont réservé avant terme», sans oublier aussi le marché français où le «Early Booking» rapporte déjà, même une appréhension de la Tunisie faiblit de plus en plus.

Quelques bonnes nouvelles viennent conforter cet optimisme de la ministre, notamment le retour de TO importants tels que Thomas Cook et TUI, l’allègement du Warning belge contre le voyage en Tunisie à travers la compagnie «Luxair» et la prochaine levée du Warning hollandais. Concernant la France, la ministre met en exergue les efforts de l’ambassadeur français, Poivre d’Arvor, «tombé amoureux de la Tunisie», comme aime à dire Selma Rekik, pour remettre tout le pays en zone verte dans la carte de limitation de voyage aux Français, à l’exception des zones frontalières. En définitive, la ministre Rekik prévoit une «croissance de plus que 10 % en nombre de touristes étrangers, en 2017 par rapport à 2016».

Pour ce faire, le ministère travaille depuis quelque temps sur de nouveaux marchés. D’abord les Russes ; le dernier voyage de la ministre au pays des Tsars devrait en donner les premiers résultats ou plutôt les signes d’une continuité du flux des touristes russes, amoureux de la «Halwa Chamia» et du café en grains. Ensuite et surtout le marché chinois pour lequel différentes mesures ont été prises. «Les Chinois sont une clientèle haut de gamme. Ils veulent acheter du produit tunisien de valeur. Ils demandent des circuits pour le shopping haut de gamme. On devra développer le transport de cette clientèle, former des guides à la langue chinoise. On a déjà résolu le problème du visa qu’on a complètement levé pour les Chinois qui le prendront directement à l’aéroport à l’arrivée en Tunisie. On ira prochainement discuter avec les TO chinois, China-Trip pour la mise en place des circuits touristiques communs». Cela sans compter la concrétisation, en coopération avec Tunisair et les compagnies du pavillon tunisien, de la mise en place d’une ligne aérienne Tunis-Pékin. «Ce qui est sûr, c’est qu’il va y avoir plus de touristes chinois en Tunisie au cours des années 2017 et 2018 au moins», assure la ministre, qui n’oublie pas le marché africain, où «on est déjà sur le chantier du visa électronique», assure-t-elle. Le ministère est aussi effet en train de travailler à relancer et développer le tourisme médical, notamment pour le marché africain et même pour les Russes qui s’y intéressent

Ce sont tous ces indices qui pourraient confirmer l’optimisme de la ministre du Tourisme et peut-être donner un réel contenu à ses prévisions d’une hausse de plus de 10 % du flux touristique en Tunisie pour la prochaine saison.

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Dimanche soir chez «Al Hiwar», le chef du gouvernement tunisien évoquait, pour la seconde fois de en 6 mois, sa stratégie pour le secteur bancaire. Des déclarations qui faisaient suite à un CMR qui avait été consacré au plan de restructuration des 3 principales banques publiques. Les deux fois, Youssef Chahed paraissait remonté contre les banques publiques, les accusant chaque fois de ne servir à rien en matière d’appui financier aux efforts d’investissement de l’Etat.
On se demanderait presque, à le voir en parler en véritable amoureux éconduit, s’il n’aurait pas essuyé, lui, personnellement ou en tant que chef du gouvernement, ou l’un de ses proches ou amis, un quelconque refus d’une des trois banques !

⦁ Un chef de gouvernement, très remonté contre les banques
«Aujourd’hui, l’économie tunisienne est asphyxiée. L’investisseur tunisien est incapable de financer son projet à cause des grandes difficultés à cause des taux exorbitants, s’il y arrive», dit le chef du gouvernement, avec une gestuelle communicative qui transpire la colère contre le secteur bancaire tunisien et en prenant en exemple le secteur agricole, où justement la BNA a la main haute. «Aujourd’hui, nous avons trois banques publiques. La Tunisie a-t-elle réellement besoin de 3 banques publiques ? Pourquoi faire ?», demande-t-il avec une mimique, presque de dégoût.
Et de répondre à lui-même que «elles sont le bras financier de l’Etat. Financent-elles les projets difficiles, les agriculteurs [Ndlr : Encore la BNA]. Non. Elles ont des difficultés. Elles ne financent pas les secteurs délaissés par les autres banques, comme l’agriculture [Ndlr : Et encore la BNA], l’artisanat ou dans les zones intérieures du pays où elles sont absentes, alors que c’est cela le rôle des banques publiques», dit-il toujours aussi remonté.

«En 2015, nous avions injecté 700 MDT dans la STB [Ndlr : Il fait alors un recul du corps en répétant le montant, comme pour souligner gestuellement l’énormité de l’effort financier]. Où va-t-on ainsi ? Je puis vous assurer que si on ne fait rien, dans deux ans nous injecterons 500 autres millions DT. Il faut que cela s’arrête, ce n’est pas raisonnable », dit-il encore, en nommant cette fois-ci la BNA. La colère, ou du moins le mécontentement, du chef du gouvernement contre les banques publiques est ainsi perceptible, et plus encore quand il a cité ou pointé du doigt le secteur agricole, pour taper sur la BNA ! Est-t-elle pour autant compréhensible ? Son annonce, à peine déguisée et par la suite expliquée par ses adjoints, de céder les participations de l’Etat est-elle faisable et bancable ?
Il serait aisé d’accuser le chef du gouvernement de céder aux pressions du FMI et de vendre les «bijoux» financiers de l’Etat, pour combler son déficit budgétaire et palier un possible refus de ses bailleurs de fonds d’injecter encore plus d’argent dans une économie saignée par la masse salariale et accablée par sa peu de production. Sa décision de vendre n’en demeure pas moins incompréhensible !
Ce qui est sûr et certain, c’est que ni le FMI, qui n’a rien donné à ce propos, ni la Banque Mondiale, qui n’a financé que l’expertise et l’Audit, n’ont demandé, ni verbalement, ni par écrit, le démantèlement, la sortie de l’Etat et la vente de ses participations dans le secteur bancaire. Il y aurait donc anguille sous roche ?

⦁ Combien possède l’Etat dans les 3 banques et que peut-il vendre ?
Commençons d’abord par signaler que l’Etat ne possède, de manière directe à la BH (Banque de l’Habitat), que 33,37 %. Indirectement c’est l’Etap qui possède 16,57 % dans un capital total de 170 MDT. A la BNA, l’Etat ne détient que 23,49 % directement, la CNSS 7,6 %, l’Office des céréales 6,1 % et l’Office du commerce 5,18 %, dans un capital total de 160 MDT. C’est à la STB que l’Etat tunisien est actionnaire majoritaire à 71,54 %, à côté des 5,69 % de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale), dans un capital total de 155,375 MDT.
A l’exception de la STB, et à moins de pousser toutes ses entreprises publiques, ses offices et ses caisses à sortir du capital des banques publiques, l’Etat ne pourra vendre que des participations minoritaires et en tout cas en-deçà des minorités de blocage. A moins de vendre ces participations au rabais et de brader des institutions financières de l’Etat, peu d’investisseurs se présenteraient pour acheter des banques qu’ils ne contrôleraient pas !

Pour des actionnaires comme l’Office des céréales, il sera difficile de vendre, avant que cet office, déjà fortement endetté, ne rembourse ses dettes. Il faudra par la suite trouver, et pour l’office et pour l’Etat lui-même, un autre bailleur de fonds pour les achats, incontournables et par avances de grosses sommes en devises, du blé pour faire du pain à la population. La même logique vaut pour l’Office du commerce. Chahed ne serait-il pas ainsi en train de mettre en péril le pain des Tunisiens ?

⦁ Qui sont ces banques, accusées de ne pas financer l’économie ?
Et si le gouvernement poussait en effet le reste des actionnaires publics à vendre, quel pourrait-être l’effet de cette sortie massive, d’abord sur la place financière et sur l’actionnariat local, qui pourrait perdre sa confiance et amorcer, lui aussi, un retrait massif de ses dépôts et de son épargne dans ces banques ? Tout cela a-t-il été pris en compte, avant d’annoncer une telle décision. Manifestement, le chef du gouvernement tunisien et ses conseillers ne faisaient pas partie des élèves en communication de l’ambassade britannique en Tunisie !

On ne sait pas si Chahed et son équipe se sont posé ces questions et se sont demandé qui a financé l’agriculture du pays depuis des décennies et quelle est la banque qui est obligée chaque année, sous la pression des petits agriculteurs mauvais payeurs, de leur faire des avances sur les campagnes agricoles, de leur rééchelonner leurs dettes impayées et même parfois de les effacer.
Se sont-ils aussi demandé qui est la banque qui a, pratiquement, créé un secteur de toutes pièces comme le tourisme et qui en supporte jusqu’à maintenant les lourds impayés dans le mutisme et l’indifférence totale des autorités de tous genres et du GUN depuis 6 mois ? Savaient-ils enfin qui a financé l’expansion urbanistique que connait la Tunisie, à partir de la CNEL (Caisse Nationale d’Epargne Logement) et jusqu’à la BH ? Ont-ils lu le dernier communiqué de la SNCFT pour voir qui en finance les achats de locomotives marchandises et de transport de passagers ? Savent-ils combien l’Etat lui-même doit à ces banques publiques et qui financent depuis la révolution ses propres bons de trésor pour ne pas que sa dette extérieure dépasse tous les ratios mondiaux de bonne gouvernance ?

⦁ Comment compte-t-il rembourser le 1 Milliard DT d’argent public ?
Il n’est un secret pour personne qu’il y a quelques mois, le même Etat tunisien qui demande désormais son solde de tous compte des trois banques publiques y avait injecté plus d’un Milliard DT. Cette injection d’argent frais s’était faite après accord des députés représentants du peuple. Pourra-t-il vendre sans revenir à l’ARP ? C’est peu probable. Ces derniers lui demanderont certainement alors comment compte-t-il rembourser l’Etat et partant, rembourser le contribuable. De plus, le Milliard de Dinars sur les fonds propres de l’Etat et de son budget a été injecté dans les banques publiques, sur l’unique base d’un plan de recapitalisation et de restructuration des 3 banques publiques. Un plan qui devait durer au moins deux années. Que se serait-il donc passé pour que Chahed et ses conseillers décident de tout vendre avant terme et sans attendre l’issue du plan de restructuration et sans attendre le retour sur investissement pour donner de la valeur à ce qui pourrait être un jour vendu ? Ne serait-ce pas de la mauvaise gestion caractérisée que de brader ainsi l’argent du contribuable ?

⦁ Pourquoi Chahed et ses conseillers ne regardent pas ailleurs ?
On va enfin supposer que le GUN n’a plus d’autres options que de vendre, tout et maintenant, car il manque d’argent. Force est pourtant de constater qu’il ne dispose pas que de ces participations à vendre, il y en a d’autres, comme celles de la Stusid Bank, de la BTEI, de la BTL, de la banque Zitouna, la BTK et autres. Des participations normalement plus faciles à vendre.
Il y a aussi beaucoup d’argent à récupérer chez certaines autres banques étrangères, soit toujours soumises au minimum d’impôt alors qu’elles ont été vendues aux étrangers, soit à travers une révision de la loi sur les conventions qui permettent à d’autres banques, comme Attijari et autres, de sortir chaque année des dizaines de millions de dinars en devises et à l’étranger. Pourquoi ne pas aller voir ailleurs avant de commettre l’irréparable ?

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La photo n’est pas anodine. Youssef Chahed n’a pas l’habitude de s’entourer d’un «virage» pour ses interviews. Auquel cas, Al Hiwar s’en serait occupée. C’est plutôt l’image d’un gouvernement uni, un «Team Player» solidaire, que voulait présenter le chef du gouvernement tunisien à ses détracteurs et à ceux qui croiraient, comme Abid Briki, que son départ fera du mal au gouvernement. Certes, l’autre syndicaliste, ministre des Affaires sociales, n’était pas sur la photo, mais ceux d’Ennahdha et de Nidaa étaient présents, en coude-à-coude avec leur chef. Les deux avaient fini par sortir des communiqués de soutien à Chahed et à son droit constitutionnel de procéder à tous les remaniements ministériels qu’il jugerait nécessaires, certes «dans le cadre de la concertation et la coordination avec les signataires du document de Carthage».
Même son de cloche, ou presque, chez l’UGTT dans son communiqué en date du 26 février. Elle y déplore que Chehed ne l’ai pas consultée à propos du départ de Briki. On ne se rappelle pourtant pas d’un tel reproche lorsque Chahed avait limogé l’ancien ministre des Affaires religieuses. La même UGTT qui avait toujours clamé qu’elle n’était pas concernée par la participation au gouvernement et que Briki n’était pas SON ministre.

Mais la centrale syndicale se rabat déjà sur son remplaçant, Khalil Ghariani, devenue sa nouvelle tête de Turc et l’homme à abattre. Ce dernier est certes à la tête d’une entreprise de pâtisserie, mais il est loin d’être le seul homme d’affaire du gouvernement Chahed. Mehdi Ben Gharbia l’est aussi. Il serait par ailleurs vraiment souhaitable que la fonction publique commence à fonctionner avec la même productivité et la même rentabilité que les employés du secteur privé. Quant à lui prêter l’intention de privatiser l’administration publique, Ghariani n’est que le ministre d’un GUN qui n’a jamais annoncé une telle politique. D’ailleurs, et comme pour rappeler à ceux qui s’étaient offusqués de son départ, Chahed rappelle, avec un petit sourire aux coins des lèvres, que «un CMR devrait se tenir cette semaine, autour d’un projet de réforme de la fonction publique, présenté par le ministre Briki [Ndlr : Et c’est à ce moment qu’il sourit] pour la création d’une Haute fonction publique où les cadres qui s’illustrent au travail seront mieux payés». La fin donc, en théorie, d’une fonction publique égalitaire où le travail et la paresse sont payés au même salaire. La fin aussi des privilèges des 650 milles fonctionnaires, apportée par un syndicaliste. Mieux que ce que ferait un homme d’affaires !

⦁    La «Zakataka» avant l’économie

Reste à dire, que mises à part ses réactions, par ailleurs attendues, au limogeage d’Abid Briki, Youssef Chahed n’a rien dit au presque d’autre qu’il n’aurait pas dit avant. Au contraire, on avait presque l’impression d’entendre un remake de sa dernière sortie télévisée, lorsqu’il a parlé des banques publiques ou des caisses sociales. Les mêmes idées, sans aucune précision sur les solutions apportées ou à apporter à ces deux problèmes.
Bizarrerie de cette sortie médiatique du chef d’un gouvernement qui se respecte, l’interview commence par la drogue, comme si la «Zakataka» était LE problème d’une Tunisie qui venait juste d’essuyer un gel de la 2ème tranche du vital crédit du FMI. Encore une bourde de l’équipe de communication d’un Chef de gouvernement qui subit et ne dirige pas sa propre communication et son image !

Dans un déni complet des absolues priorités financières d’un gouvernement, toujours incapable de boucler son budget, la seconde question abordée est celle des médias. Une question complètement sectaire, dans la mesure où c’est une presse qui ne fait que défendre son gagne-pain qui est l’accès, sans aucune retenue, à tout ce qu’elle désire comme information. Le reproche sera fait, à Chahed, comme à Al Hiwar, de profiter ou de laisser profiter de cette exclusivité hautement politique, même si elle n’était pas en live, pour vendre de la publicité commerciale. Une exclusivité, si on accepte d’abord le fait que la Primature s’autorise à bouder les médias publics, qui devrait être conditionnée par le partage des retombées publicitaires. Cela se négocie. Mais de la manière dont cela a été fait, il s’agit d’une nouvelle bourde médiatique de l’équipe de Chahed qui met à mal, encore une fois, l’image d’un chef de gouvernement

Un des rares moments d’information de cette sortie médiatique aura été lorsqu’il a indiqué ceci : «je passe entre une et deux heures par jour à traiter des dossiers de corruption et de prévarication et nous avons envoyé des centaines de dossiers dans ce sens, à la justice. Nous préparons actuellement un projet de loi contre l’enrichissement illicite et qui concernera plus de 6.000 fonctionnaires qui devront déclarer leurs biens lesquels feront l’objet de suivi. Tout cela fera tomber des têtes».

⦁    Les ratées d’un Chahed, parfois à côté de la plaque ou a imprécis

Fort du peu de temps, 6 mois, qu’il a passé à Carthage, Chahed accuse tout le monde, anciens gouvernements surtout, de ne rien avoir fait pour améliorer la situation économique. Il se fait au moins un devoir d’annoncer la fin de l’Etat providence. «Je suis capable de changer et je le ferai. En premier lieu le rôle de l’Etat dans ces réformes. L’Etat n’est plus capable de s’occuper de tout ce dont elle s’est occupée au cours des dernières 60 années. Cela est fini. L’Etat a un rôle de régulation et ne gardera que les secteurs stratégiques», a dit Chahed, en citant une boutade redondante dans ses conseils de ministre d’un «Etat Ottoman» qui doit finir. Un nouveau schéma de développement économique est-il né ? Il ne le dit pas comme tel et de manière claire et définitive !

Chahed a été pourtant «à côté de la plaque» lorsqu’il explique la course vers la fonction publique, par le manque d’opportunités. Il n’a peut-être pas lu le rapport de l’IACE (Institut Arabe des Chefs d’entreprises) qui indiquait en juillet 2016, qui évoque l’existence de 145 mille opportunités d’emplois disponibles et délaissées par les jeunes tunisiens. L’un de ses conseilleurs ne lui en aurait-il pas parlé ?
Ne lui aurait-ils pas parlé des centaines de Millions de DT que sont les dettes d’une banque comme la BNA, chez les petits agriculteurs notamment, pour qu’il affirme qu’elle ne finance pas l’agriculture ? Ne lui auraient-ils pas parlé des Milliards de dinars de dettes chez la STB contractées par le secteur touristiques pour qu’il passe autant à côté de la plaque ? Pourquoi ne s’engagerait-il pas alors à ne limoger aucun DG de banque publique qui financerait un projet non bancable ou tout autre petit projet dont le promoteur «boufferait» les fonds propres en moins de deux ?

Chahed a aussi péché par trop d’imprécision, comme lorsqu’il a parlé des entreprises publiques que l’Etat ne peut plus garder. «Tu sais ce qui ce passe Si Hamza ? L’Etat finance des entreprises dans des secteurs concurrentiels. Pour avoir un crédit, elles doivent avoir la garantie de l’Etat. C’est quoi tout ça ? Pourquoi tous ces Milliards dans des entreprises, perdantes dès le départ et qui ne seront jamais bénéficiaires ? Elles doivent être restructurées et pourquoi pas privatisées», dit le chef du gouvernement. De qui parlait-il ? De Tunisair ? De la STIR ? De la SNCFT ? Avait-il peur d’être précis ? Avait-il peur de semer la zizanie dans des entreprises publiques et d’augmenter leurs déficits par de tels propos ?

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Le chef du gouvernement n’aime manifestement pas qu’on «marche sur ses plates-bandes», ou qu’on le bouscule. D’autres diront, peut-être, qu’il n’aime non plus être mis sous pression ou qu’on le menace de quitter le bateau dont il estime être le seul capitaine et dont il a, seul, la responsabilité.

Moins de 12 heures après l’annonce du ministre de la Fonction publique, Abid Briki, qu’il projetait de quitter le gouvernement, en indiquant qu’il en parlera de nouveau avec son chef, ce dernier le démet de ses fonctions sans attendre et sans autre forme de procès.

Il prend ainsi la main sur un ministre qui ne se sentirait pas faire partie de SON équipe et dont la seule allégeance est pour l’UGTT qui l’aurait «imposé», pour ainsi dire, au nom du «Document de Carthage» dont elle est le plus imposant signataire. Une organisation, dont Chahed avait vu les ravages sur le gouvernement de son prédécesseur où il était déjà ministre.

Le geste pourrait ainsi être perçu comme un recadrage de toute l’équipe d’un GUN (Gouvernement d’Union Nationale) qui n’a toujours pas été «aux ordres» de la seule personne redevable de tous devant l’ARP. «Frappez la chatte et c’est la mariée qui en tirera les conséquences ( أضرب القطوسة تتربى العروسة )», disait un proverbe local !

Evoquant les raisons du «Push-Out» de Briki, un observateur qui a requis l’anonymat nous indique que «personne n’est irremplaçable dans une équipe gouvernementale, qui se doit de travailler dans l’esprit d’équipe et tout team-player qui ne s’aligne pas avec l’esprit de l’équipe, devient gênant». On comprend alors que l’ancien syndicaliste reconverti en politique n’a pas pu s’intégrer à l’équipe de Youssef Chahed et probablement avec la personne même du chef du gouvernement. Notre source y ajoute «les résultats du système de Reporting par rapport aux performances de chaque membre du gouvernement». On comprendrait alors que les performances de l’ancien ministre de la Fonction publique n’aient pas été, surtout en matière de réformes, à la hauteur des attentes du chef du gouvernement et que son départ n’aurait été qu’une question de temps.

Le lendemain sur la même chaîne TV, Briki prend très mal ce limogeage qu’il qualifie d’«insulte», éludera le volet performance et s’attardera sur le «Document de Carthage» qu’il considère comme l’acte fondateur de sa nomination et non le chef du gouvernement. Il sort même de sa réserve lorsqu’il a avoué mettre son téléphone sur haut-parleur lors d’un entretien avec Chahed, et cite des dossiers de corruption relatifs à des personnalités de l’Etat, que Chahed aurait refusé d’étudier.

  • Tel est pris qui croyait prendre ou le syndicaliste victime de son propre piège !

Des différends entre Briki et Chahed, qui ne seraient pas nouveaux, les fuites sur son possible départ ne sont pas récentes. Tout cela laisserait comprendre que Briki était déjà au courant de son possible départ qu’il aurait ébruité, en guise de signal d’alerte aux signataires du Document de Carthage, dont l’UGTT, ou de tentative de pression sur Youssef Chahed, ce qui pourrait en faire une victime et non un syndicaliste qui n’aurait pas su être ministre. De là, il n’est pas exclu que ce limogeage signe le début d’une nouvelle période de turbulences dans les relations Gouvernement-UGTT.

Briki a en effet été un ancien SG adjoint d’une centrale syndicale, déjà en bisbille avec Chahed à propos de son ministre de l’Education. Briki a aussi précisé, lors de son intervention téléphonique sur le plateau d’Attassia vendredi soir, qu’il avait rencontré le nouveau SG de l’UGTT et avait parlé avec lui de son probable départ.

Les mauvaises langues n’excluent pas un possible coup de pouce de Taboubi à Briki pour qu’il quitte le GUN, afin de pousser Chahed à un remaniement qui comprendrait Néji Jalloul [Ndlr : Samedi soir sur Attassia, Briki avouera l’existence de bruits, non officiels, selon lesquels il prendrait la place de Jalloul au département de l’Education], lequel ministre de l’Education aurait déjà fait l’objet d’une plainte, appuyée d’éléments à charge, de la part de l’UGTT. Ce qui est certain, selon un observateur qui a requis l’anonymat, c’est que le lien entre le départ de Briki et l’UGTT existe bel et bien.

Ce qui nous semble sûr, c’est que Briki a, par le show qu’il a fait de l’annonce de son intention de démissionner, donné la nette impression de faire du «chantage» au chef du gouvernement, même si ce mot pourrait paraître fort et bien qu’il ait aussi dit espérer que son départ n’aura pas d’impact sur le gouvernement. Il n’aurait ainsi laissé aucun autre choix à Chahed que de l’exfiltrer avec le moindre mal et même si cette démission ferait du mal au GUN (Gouvernement d’Union Nationale) comme en avait menacé Briki. Ce dernier ne semble pas de toutes les façons connaître cette citation de J.P Chevènement pour expliquer l’une de ses démissions, lorsqu’il disait que «un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule». Briki ne l’a pas fait, mais en a fait pression et le ciel lui en est tombé sur la tête !

  • Le bon point de l’indéfectible soutien à un Résistant

L’autre point à mettre à l’actif de Youssef Chahed dans ce qui parait être «le remaniement malgré lui», c’est qu’il n’a pas inclus celui dont les syndicalistes de l’UGTT demandent la tête. Un bon point pour ne pas avoir cédé aux pressions, de ne pas avoir lâché son ministre. Il en avait donné l’impression avec la démission de l’ancien ministre des Affaires religieuses. Il corrige peut-être !

Ce remaniement, qui ne clôt pas, paraît-il pas, la question, aura tout de même donné l’opportunité de colmater la brèche du ministère des Affaires religieuses. A sa tête, c’est désormais un ancien juge, sans couleur politique particulière et une personnalité, musulmane sans pour autant être islamiste. Toutes, a priori, des qualités qui devraient lui permettre de mener à bien sa mission à la tête d’un ministère de toutes les polémiques. Et déjà avec Ahmed Adhoum, c’est une sorte de rupture par rapport à un ministère qui n’a vu que des hommes de religion dans un pays qui refuse que la foi fasse la loi.

  • La rupture encore avec un privé chez le public

Autre particularité de ce mini-remaniement, c’est l’introduction d’un sang nouveau en la personne de Khalil Ghariani. L’homme est un membre du BE de l’Utica chargé du dossier des négociations salariales. L’appel à un inconditionnel du secteur privé pour gérer l’épineux dossier de la fonction publique, pourrait témoigner de la volonté de Youssef Chahed d’y introduire une dose de «privé» et de recherche de solutions, de l’autre côté de la barrière, pour un secteur devenu problématique par le poids de sa masse et celui de ses salaires. Vu sous cet angle, Ghariani pourrait, peut-être en effet, consommer la rupture avec les méthodes d’un ancien ministre dont les anciens employeurs tiraient le plus gros de leurs adhérents dans la fonction publique.

Reste la question du remplacement de Fayçal Hafiane au secrétariat d’Etat au Commerce par Abdellatif Hmam. Il est de notoriété publique que Hafiane ne s’entendait pas avec son ministre Zied Laadhari, à propos notamment du dossier des relations commerciales avec la Turquie. Un dossier, dont la première victime avait été l’ancien DG du commerce extérieur.

Jusque-là DG de l’ONTT, Hmam est un énarque qui a fait ses premières écoles au ministère du Commerce et de l’industrie, avant de diriger le Cepex de main de maître et pendant de longues années. Au caractère bien trempé, véritable main de fer dans un gant de velours, il fait peu de doute qu’il saura gérer et le ministre d’Ennahdha et un secteur dont dépend toute la balance commerciale d’une économie tunisienne qui en pâtit depuis 2011.

En attendant tout cela, les premières voix remettant en cause ce remaniement ministériel sont celles d’Ennahdha qui évoque, ce dimanche 26 février 2017 dans un communiqué, «un remaniement fait sans consultations avec les parties signataires de l’accord de Carthage». Chahed et son GUN ne sont pas encore sortis de l’auberge. Si au moins elle était espagnole !

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La profession de l’hôtellerie est, depuis quelques temps, ébranlée par une affaire qui oppose une banque marocaine de droit tunisien (58,98 % du capital entre les mains d’Andalucarthage Holding), à un hôtelier tuniso-français, de surcroît propriétaire d’un Sangho à Marrakech, la perle du désert marocain, un pays où il a très bonne presse.

En effet, nous apprenons, selon notre correspondant à Sfax qui cite une source sûre et proche du dossier dans la capitale du Sud tunisien, que la banque marocaine de droit tunisien Attijari Bank, vient de rater le rachat, pour son propre compte, de la totalité d’un hôtel du groupe Sangho, présidé par l’homme d’affaires Hosni Djemmali. Un groupe, qui s’était pourtant développé en harmonie, depuis 35 ans, avec l’ex banque du Sud et qui semble être victime d’une incompréhension totale avec son banquier successeur de la banque du Sud, Attijari Bank.

Pour la petite histoire, Sangho avait contracté un crédit auprès de la banque en question. La situation du secteur touristique tunisien devenant catastrophique, à cause notamment des actes terroristes qui ont visé la Tunisie, le groupe Sangho et son patron Hosni Djemmali se retrouvent dans l’impossibilité de rembourser. Son cas, faut-il le remarquer, n’est pas unique en Tunisie où les dettes du secteur hôtelier se chiffrent en milliards DT, à cause justement des crises successives du secteur.

La demande du groupe Sangho à sa banque pour trouver une solution de rééchelonnement de la dette est aussi refusée, et la banque créditrice décide de vendre le quatre-étoiles du groupe, l’hôtel Syphax à Sfax, dont les murs seulement sont estimés par la banque elle-même à un coût de 13 MDT. Cette dernière ne trouvera pas repreneur, étant donné la situation économique et celle du tourisme en particulier, pour les causes citées plus haut.

La banque marocaine de droit tunisien, persiste pourtant, ignore le contexte et décide d’acheter elle-même l’hôtel invendu, après l’avoir remis en vente judiciaire avec une décote de 40 % sur l’estimation de 13 MDT, soit pour 8 MDT. Du coup, elle empoche, non seulement les murs, mais aussi la différence entre l’estimation et le prix de cession, soit 5 MD. Du beau travail pour cette institution financière dont le capital est en majorité détenu par des étrangers, et censée contribuer au développement de l’économie et des promoteurs tunisiens.

La tentative d’Attijari Bank fera cependant pschitt après que l’avocat du groupe a obtenu le déclenchement d’une procédure de règlement judiciaire en faveur de sa «Société hôtelière et touristique Syphax», propriétaire de l’hôtel. Désormais sous couvert de la loi 95 qui gèle automatiquement les éventuelles poursuites, bien que dans un délai qui laisse à penser, Sangho dispose ainsi d’une période d’observation pouvant aller jusqu’à un an pour trouver une solution dans la mesure où Attijari le souhaite ou préfère-t-elle refuser tout arrangement. La dette provisionnée a 100%, tout produit de la vente est un bénéfice qui sera transféré au Maroc.

Est-il dans l’intérêt de la banque de vendre afin de rembourser le crédit ? Selon nos sources, cette dette serait pourtant totalement amortie. De plus, selon certaines estimations, le patrimoine Sangho vaudrait grosso modo 2,5 à 3 fois la dette du groupe. Il n’y aurait donc pas le feu à la baraque. Selon les mêmes sources, le groupe Sangho reste bancable et ne risque pas de mettre à mal les comptes d’Attijari.

La question se pose aussi pourquoi cet empressement d’Attijari à vendre, alors que la conjoncture du secteur touristique est ce qu’elle est en Tunisie et ses incidences générales pour toutes les banques. Mais surtout, alors que Djemmali a été l’un des premiers investisseurs touristiques à Marrakech au Maroc où il dispose d’un autre fleuron du tourisme marocain du même nom, le Sangho, Il a fait confiance au Maroc qui apparemment le lui rend différemment.

Autres interrogations, somme toutes légitimes, le cas Sangho serait-il le seul dans la liste des impayés de la banque ? Le groupe Sangho n’ayant pas que le Syphax, pourquoi Attijari ne s’est intéressée qu’à cet hôtel particulièrement ? Y a-t-il un loup derrière les fagots ?

Interrogé à propos de tout cela, Hosni Djemmali n’a pas souhaité s’exprimer. Attijari de son côté, banque cotée sur la bourse de Tunis et sa vie concernant tous ses actionnaires, boycotte déjà depuis plusieurs mois notre journal. Toute réponse de sa part reste cependant la bienvenue.

 

 

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«Pays généralement non libre» et classé à la 123ème position sur un total de 180 Nations. Tel est vue l’économie tunisienne par la fondation «Heritage» dans son rapport sur la liberté économique et son classement des pays où la libre initiative est l’élément clé. Un classement qui place la Tunisie loin derrière le Maroc, son concurrent économique direct, classé à la 86ème place, mais dans le groupe des modérément libres. Au Maghreb, seule l’Algérie est mal classée, à la 172ème position.

Une image qui contraste avec celle que le GUN de Chahed avait fait miroiter aux participants du «Tunisia 2020 » d’octobre dernier et dont il avait essayé d’user en «faire-valoir» pour attirer plus d’investisseurs pour une économie asphyxiée par ses dépenses de fonctionnement et qui n’arrive pas à faire redémarrer l’investissement local. On ne s’étonnera alors plus qu’un concurrent comme le Maroc attire désormais même les investisseurs tunisiens et arrive à attirer des investissements étrangers lourds, comme ceux des constructeurs automobiles.

Pays à la recherche d’IDE (Investissements directs étrangers), la Tunisie reflète une image très brouillée pour les analystes de «Heritage Fondation». «Le dynamisme économique reste limité en Tunisie par des faiblesses institutionnelles qui restent sans réponse, principalement parce que l’instabilité politique a entravé une action gouvernementale décisive. Le régime de régulation, malgré certaines améliorations, reste lourd et freine l’activité entrepreneuriale et sa dynamique. Le régime commercial fermé et les marchés du travail rigides, empêchent en grande partie l’émergence d’un secteur privé dynamique», estime cette fondation, dont le rapport est une sorte de «livre de chevet » pour les investisseurs étrangers.
Question réformes, actuellement objet de toutes les discussions entre la Tunisie et son principal bailleur de fonds qu’est le FMI (Fond Monétaire International), l’avis de Heritage est là aussi mitigé.  «Adoptées ces dernières années [les réformes] n’ont pas permis, ni d’apporter des avantages tangibles à la stagnation du système économique, ni de déclencher une croissance plus rapide ». Et la même source d’estimer que «des réformes plus profondes pour améliorer la gouvernance et renforcer les piliers essentiels de la liberté économique sont nécessaires pour pousser l’économie sur une voie positive de transition».

⦁    Un gouvernement faible …

«Heritage Fondation» étend son analyse du paysage économique tunisien à l’efficience des règlementations et partant, de l’état du droit. «Bien que le pouvoir judiciaire soit généralement indépendant, la protection des droits de propriété reste inégale, entravée par la corruption et les longues listes d’attente dans ce domaine ». Selon la même source, «la faiblesse gouvernementale favorise la réinsertion à des niveaux inférieurs de bureaucratie et d’application de la loi. Le ressentiment de longue date des efforts déployés contre la contrebande le long de la frontière libyenne, qui a éliminé les emplois locaux, s’est intensifié en 2016 après la construction d’un mur frontalier pour bloquer l’infiltration par les terroristes».

Et comme l’économie, c’est aussi et surtout les finances, les incitations fiscales et les impôts, Heritage s’y attarde et indique que «le taux d’imposition du revenu des particuliers le plus élevé est de 35 %, et le taux d’imposition des sociétés le plus élevé est de 30 %. Les autres taxes comprennent une taxe sur la valeur ajoutée et une taxe de transfert de propriété». La fondation internationale en tire une conclusion qui contraste avec le chiffre officiel de la pression fiscale. Selon Heritage, la «charge fiscale globale équivaut à 22,5% du revenu national total» en Tunisie.

⦁    … et ses dépenses sont populistes

La même source estime que «malgré certains progrès, le cadre réglementaire manque encore de transparence et d’efficacité. Le respect des exigences en matière d’octroi de licences reste lourd. Le marché du travail rigide a stagné, n’ayant pas généré une croissance dynamique de l’emploi».
Heritage se montre même dure avec la politique du gouvernement Chahed, dont elle qualifie les dépenses de «populiste». En 2016, dit la Fondation, «les tensions sociales ont déclenché des politiques de dépenses populistes pour apaiser un électorat frustré, mais les prix bas du pétrole devraient permettre au gouvernement d’atteindre son objectif de suppression progressive des subventions aux carburants». Pour cette institution internationale dont les avis font loi, «les entreprises publiques faussent l’économie. Le secteur financier fragile est fragmenté. L’accès au crédit est limité et les marchés des capitaux sont sous-développés».

Autant de critiques, apparemment purement techniques, à moins qu’Heritage n’aime pas la Tunisie ou «qu’elle fasse partie d’un quelconque complot contre la révolution du jasmin», qui devraient donner lieu à réflexion à La Kasbah et dans le bureau du ministre du Développement économique, Fadhel Abdelkefi.
A l’économie fortement liée à l’extérieur, la Tunisie devrait plutôt s’ingénier à mettre en place les réformes nécessaires qui lui feraient gagner des places dans le prochain Index de Heritage Foundation et ses semblables, comme celui de la compétitivité !

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Nous l’écrivions dans notre édition du 18 décembre dernier, la Tunisie fait commerce avec 172 pays, et son déficit affiche un montant total de 11,628 Milliards DT. Trois pays représentent plus de la moitié de cet énorme déficit (6,014 milliards DT). Il s’agit, par ordre d’importance, de la Chine avec plus de 3 Milliards, de la Turquie avec plus de 1,33 Milliards DT et de la Russie avec plus de 1,21 Milliards DT en moins d’une année.

Ce que nous avons pu confirmer, c’est que la BCT au moins, a de gros soucis à ce sujet. «Qu’il faille revoir notre position commerciale avec la Turquie et la Chine, cela me paraît essentiel. Le déficit de la balance commerciale avec la Chine n’est pas normal. Cela, je l’avais dit au gouverneur de la banque centrale de Chine, lorsque je l’avais rencontré et il m’avait donné raison», dit à Africanmanager le Gouverneur Chedly Ayari, lorsque nous l’interpellons à ce sujet. «Je constate et je dénonce le déficit commercial et je dis que c’est mauvais pour les comptes du pays. Je n’ai d’autorité, ni sur les importations, ni sur les exportations qui sont du domaine du ministère», avoue le premier responsable de l’institution qui finance le commerce extérieur. Pour lui, «il faut trouver des solutions, sans pour autant diminuer le commerce avec ce pays, et j’avais alors découvert que 70 % de nos achats de ce pays sont des équipements et non de la pacotille et que nous n’aurons jamais une balance commerciale positive avec la Chine».

–          Un MOU à transformer en convention pour que le Swap démarre

La BCT (Banque Centrale de Tunisie), est en train de trouver une solution à ce problème et d’essayer de donner une réponse, financière et monétaire, au problème du déficit de la balance commerciale, notamment avec la Chine d’où vient le plus grand déficit, bien que la Tunisie ne représente certainement qu’une goutte dans l’océan des échanges chinois avec le reste du monde. «On est en train de trouver des solutions pour cela. Nous pouvons, ainsi par exemple, passer par un accord Swap entre le Dinar et le Yuan (Un Yuan = 0,33 DT). Le principe est acquis et signé». Cet accord Swap est généralement adossé à une ligne de crédit, financée par le gouvernement chinois. Ces comptes seront gérés directement par les banques.

Le 12 décembre 2016, Chedly Ayari signait avec le Gouverneur de la Banque centrale chinoise Zhou Xiachuan, un mémorandum d’entente et de coopération, favorisant une plus grande ouverture entre les deux secteurs bancaire et financier des deux pays. «Les deux gouverneurs s’étaient mis d’accord sur le principe de conclure une convention portant sur le swap du yuan contre le dinar tunisien dans le but de régler une partie des opérations commerciales et financières en monnaie nationale, ce qui permettra d’atténuer les risques de change pour les deux parties et d’intéresser davantage les importateurs chinois aux exportations tunisiennes», disait alors un communiqué de la BCT. «Nous estimons que les Swap de change, dont la Chine par exemple a signé 36 avec beaucoup de pays comme l’Egypte et le Maroc, permettra à l’importateur de payer avec la monnaie du pays en question, la Livre turque ou le Yan chinois», a précisé Chedly Ayari à Africanmanager.

Actuellement, par exemple, la Tunisie passe par le Dollar US pour payer les Chinois et les Turcs. Les Swap de change auront ainsi pour effet de fournir directement des lignes de crédit qui permettront de financer le déséquilibre de la balance commerciale sur le court terme. Le Dinar tunisien sera ainsi accepté comme collatéral et comme garantie et devient donc une monnaie de paiement, au cas où les Chinois voudraient importer des marchandises de Tunisie. «La Chine a donné son accord et nous sommes en train d’étudier la question».

C’est ainsi, par exemple, qu’un concessionnaire qui voudrait importer des voitures chinoises s’adressera à sa banque qui paiera ses importations en Yuan par le DT que convertira le banquier tunisien, à travers la ligne de crédit chinoise. Pour le Gouverneur Chedly Ayari, «un accès facile au paiement pourrait augmenter le déséquilibre des échanges, certes. Mais dans tous les cas de figure, les accords de Swap n’éliminent pas le besoin d’une gestion, au plus près, du commerce extérieur par les Etats en place pour regarder ce qu’on importe. Mais c’est surtout le moment de développer un courant d’exportation vers ces pays». Force est de constater que la Tunisie achète beaucoup de Chine, mais ne vient que rarement à ses foires pour essayer d’y vendre, comme pour le cas de l’excédent d’agrumes pour un marché chinois qui entre de plain-pied dans l’ère de la consommation.

La symbolique est importante. Le Yuan est convertible et pourrait même devenir une monnaie de paiement avec d’autres pays et notamment la zone Yuan qui existe déjà et pourrait même renforcer les réserves de change de la Tunisie. «On pourrait même utiliser ce biais pour engager un processus, hors commerce, d’investissement chinois en Tunisie. L’idée qui me trotte en tête et que j’ai déjà soumise aux Chinois, c’est de créer un fonds d’investissement sino-tunisien pour des projets communs d’infrastructure, de tourisme et autres. Le yuan deviendra un moyen de paiement, à court terme j’espère, un moyen d’investissement et un moyen de renforcement des réserves de change», se prend ainsi à rêver le Gouverneur Chedly Ayari.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas et douteraient de la possibilité de passer du rêve à la réalité, le Yuan est convertible et même considéré comme monnaie de réserve. Malgré les quelques restrictions qui le frappent encore, il fait partie des DTS (Droits de Tirages Spéciaux) du FMI depuis octobre dernier. Actuellement, dans le calcul de la valeur des DTS, il y a le Yuan.

–          Le Swap avec la Turquie n’est pas encore possible, mais on y pense

Le problème de l’énorme déficit est aussi valable, bien qu’à moindre importance en sommes d’argent, pour la Turquie. «Pour la Turquie, le déficit est tout aussi important, au point qu’il nous faut revisiter le commerce extérieur entre les deux pays. Il est hors de question de fermer les frontières. Les accords de l’OMC nous en empêcheraient. Autrement, les procédures sont longues et les mesures doivent être limitées dans le temps. C’est une mesure qu’un ministre du Commerce doit avoir en tête, mais c’est un recours de dernier ressort. L’idée, à mon sens, est de conforter ce déséquilibre par des lignes de crédit qui te fournit de l’argent dans la monnaie du pays avec lequel tu es déficitaire», reconnaît encore le Gouverneur de la BCT.

Reste à savoir si la solution que la BCT est en train d’essayer avec la Chine, pourrait être appliquée au pays avec lequel la Tunisie enregistre le 2ème grand déficit commercial. Il semble que non. «Le modèle chinois que nous sommes en train de mettre en place, ne pourra pas s’appliquer à la Turquie. Avec ce pays, nous pourrions développer la question des lignes de crédit à caractère commercial qui financeront les importations tunisiennes de ce pays et proposer le Swap. Nous n’en avons pas encore discuté avec ce pays, mais on l’envisage dans le cadre d’un nouvel accord monétaire et commercial», conclut pour nous le Gouverneur de la BCT.

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Il ne fait nul doute que l’un des défis des deux derniers gouvernements de l’après Ben Ali, reste l’instabilité sociale qui a caractérisé les six dernières années. Or, derrière toutes les grèves, légales et illégales, il y a toujours l’unique (par absence de volonté politique d’instaurer le pluralisme syndical et maintenir le syndicat unique comme un vestige de l’époque du parti unique) centrale syndicale qui a même réussi le tour de passe-passe d’éliminer la protection du droit au travail de la Constitution en face d’un droit, complètement débridé, de la grève dans la même Loi fondamentale, présentée comme «la meilleure du monde».

Aidée par une déliquescence programmée de l’autorité de l’Etat, une faiblesse attendue des gouvernements de l’après Ben Ali et l’impuissance des partis politiques qui a abouti au processus du dialogue national, l’UGTT a muté de partenaire social et économique à partie prenante, directe et incontournable, de toute la vie politique. Le pouvoir lui montant à la tête, l’omnipotente UGTT tend même à devenir un puissant lobby qui a la prétention, et le dit, de faire et défaire les gouvernements et demander carrément la tête de tel ou tel ministre par solidarité avec l’un des membres de sa base. Une base par ailleurs que la Centrale n’a jamais pu, à moins que ce ne soit du simple cinéma, maîtriser.

Force est d’avouer que, jamais les ouvriers tunisiens n’ont pu réaliser autant de bénéfices qu’avec l’UGTT de la période 2011 à 2015. Et qui plus est, sans faire presque bouger les ratios du travail. En tout cas, pas autant que le volume des salaires, passé d’un peu plus de 6 Milliards DT à presque 14 Milliards DT en l’espace de 5 années seulement.

En face et à titre d’exemple, «sur un an, la production industrielle du mois de novembre 2016 a enregistré une baisse de 1,5%. Cette baisse est due essentiellement à la régression de la production dans le secteur de l’industrie manufacturière(-2,4%) suite à la baisse observée dans les secteurs de raffinage de pétrole (-66,2%), de l’industrie textile habillement et cuir(-3,0%),de l’industrie chimique (-3,8%) et de l’industrie du caoutchouc et des plastiques (-7,8%). La production du secteur de l’industrie de l’extraction de produits énergétiques a enregistré aussi une baisse   de 1,0%», selon les derniers chiffres de l’INS. Ni le gouvernement de Habib Essid, ni celui de Youssef Chahed, encore moins tous ceux de la Troïka, n’ont pu remettre le pays au travail pour égaliser la balance «salaire-production». Grand bien leur fasse, même si dans ce déséquilibre, toute la Tunisie est perdante !

Or, depuis qu’elle est devenue le pivot de toute la scène, politique notamment, et sociale aussi en face d’une Gauche locale faiblarde et n’ayant pas pu traduire ses thèses en une politique économique structurée, la centrale syndicale unique se comporte comme l’ancien parti unique.

Dans son collimateur, les médias de la part desquels, elle n’accepte plus aucune critique. Désormais pour l’UGTT, critiquer équivaut à insulter, opposer une logique économique à ses thèses socialisantes équivaut à attaquer le syndicat et le syndicalisme, critiquer un droit de grève qui met en péril le droit du citoyen à un service public, continu et de qualité, équivaut à remettre en cause un droit constitutionnel sans aucune limite. S’y hasarder, c’est s’attirer les foudres de ses services de communication.

Ce sont alors des pressions sur l’employeur du journaliste, et c’est aussi le boycott du média «déviant». Les exemples, comme pour certains journalistes de la radio publique, sont nombreux. Résister aux pressions, cela s’appelle chez l’UGTT, «s’acharner à insulter l’UGTT» de leur point de vue.

Les réseaux sociaux échappant à tout contrôle et les membres du syndicat unique se considérant au-dessus des lois, ce sont alors insultes et menaces. Dans cet instantané du compte fb du porte-parole de l’UGTT, ce dernier traite un journaliste de la radio de «mercenaire» et demande qu’on l’arrête de «insulter l’UGTT», dans un déni pur et simple de la liberté d’expression et la liberté d’opinion. Réagissant aux insultes de son compère, un ancien SG adjoint de la même UGTT, menace carrément d’aller «infliger une correction» au journaliste en question, pour crime de lèse-majesté.

Venant du porte-parole, ces insultes engagent ainsi toute l’UGTT qui se déchaîne ce faisant contre un journaliste de la radio et partant contre les médias et la presse qui ne lui seraient pas acquis ! S’en excusera-t-elle ? Nous ne le croyons pas !

C’est cela désormais aussi, à côté de la défense aveugle des intérêts de l’ouvrier, l’UGTT. Oser la critiquer, c’est aussi désormais prendre le risque de se faire, impunément, insulter. Le risque de voir votre employeur, ou toute autre organisation professionnelle, prendre votre défense, est nul. Ils auront trop peur, au moins, de voir se fomenter une grève chez eux et même de se voir éjecter. La centrale syndicale a le bras long. Gouvernement et patronat «composent» avec l’ogre. Et s’ils n’ont pas peur, ils ménagent au moins le puissant syndicat unique. Mais n’est-ce pas cela le quotidien de tout journaliste ? Il se doit toujours d’avoir présent dans la tête cet adage du train qui passe !

 

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L’éditeur «Targa Consult», vient de publier les performances des banques tunisiennes au 31 décembre 2016. Dans ce tableau, fort édifiant, l’éditeur met en relief le classement des plus importantes banques de la place de Tunis, en matière de PNB (Produit Net Bancaire), d’encours des dépôts ou l’argent déposé par les clients dans les caisses de la banque marocaine de droit tunisien et qui constitue (l’argent) le principal outil de l’établissement, dont l’objet est justement la vente de l’argent. Le tableau établit aussi le classement de chaque banque, en matière de crédit et qui constitue l’argent donné en crédit par la banque pour financer l’économie.

Il est important, d’abord, de constater que c’est la banque privée Biat (Banque Internationale Arabe de Tunisie) qui a enregistré le plus grand PNB de 2016, avec 590 MDT contre 531 MDT en 2015, et donc une évolution de 11 %. C’est aussi la Biat qui a pu engranger le plus important encours de dépôts avec 9,078 Milliards DT à fin 2016, en hausse de 12 % par rapport à 2015. C’est encore cette banque, la Biat, qui a signé le plus important encours de crédit, par l’injection de 7,679 Milliards DT dans l’économie tunisienne en 2016, avec une hausse de 17 % par rapport à 2015.

Juste derrière cette banque privée, celle des frères Mabrouk comme certains l’en accuseraient, c’est la BNA publique (Banque Nationale Agricole) qui se classe 2ème dans les trois ratios et cela, malgré les affres du plan de recapitalisation et de redressement, entamé par le nouveau DG, Habib Ben Haj Gouider. La BNA a ainsi terminé l’exercice 2016 par un PNB de 373 MDT, en hausse de 7 % par rapport aux 348 MDT de 2015, encaissé 6,232 Milliards DT de dépôts, mais donné plus de 7 Milliards DT en financements divers de l’économie. Suivent, dans ce ratio qui donne toute sa valeur à la nomination de banque nationale, la Banque de l’Habitat avec 5,3 Milliards DT, l’Amen Bank avec presque 6 Milliards DT et la STB avec plus de 5,3 Milliards DT d’encours de crédit ou de financement de l’économie tunisienne en 2016.

⦁    Le cas Attijari, 3ème en PNB et 6ème à financer l’économie tunisienne

Un cas attire l’attention dans ce classement. C’est celui d’Attijari Bank qui «se fâche» lorsqu’on dit qu’elle est marocaine en faisant noter qu’elle est de droit tunisien. Cette banque a en effet terminé l’exercice 2016 avec le 3ème meilleur PNB de la place, en hausse même de 15 % et où la 1ère marge sur commission de la place, devant Biat et BNA, des marges en hausse de 28,9 %. Elle est aussi 3ème en matière de dépôts, avec 4,871 Milliards DT engrangés. Des dépôts, certes comme le reste du secteur bancaire, non rémunérés mais objets à commission.

C’est pourtant à la 6ème place qu’on retrouve cette banque, loin derrière les principales banques nationale, lorsqu’il s’agit de financer l’économie tunisienne par les crédits. Son apport à l’économie tunisienne ne faiblit pas, mais reste presque minimal. Elle n’aurait injecté (Ndlr : Sauf autre erreur de Targa qui a effectivement inversé les chiffres de l’encours du crédit) que 4,48 Milliards DT en 2016 dans l’économie du pays où elle exerce. Une année auparavant, en 2015, ce n’était que 3,8 Milliards DT. Il y a certes une hausse de 17 %, mais cette grande banque, internationale et locale il faut le dire, reste quand même au 6ème rang des banques qui financent le plus l’économie tunisienne, avec un encours de crédit, loin, très loin de celui de la Biat (7,6 Milliards DT) ou même de la BNA (7,2 Milliards DT), de la BH (6,2 Milliards DT) ou de la STB (5,5 Milliards DT), toutes banques publiques qui subissent toujours les effets d’une sévère recapitalisation. Un classement donc, celui d’Attijari, qui ne traduit pas ses résultats réelles performances, tant en matière de PNB que de résultat net. Des résultats qui devraient la pousser à participer plus dans l’économie du pays dont elle tire ses ressources.

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