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Mohamed Lahmar

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Le sort du siège de feu RCD semble avoir été tranché. Il vient d’être déclaré inaliénable par le président de la commission de liquidation des biens et avoirs du RCD dissous, Soufiène Ben Salah. Dans une interview à Africanmanager en langue arabe, il a affirmé que le bâtiment de l’avenue de Mohamed V « n’a pas vocation et ne peut pas sortir du domaine de l’Etat », ajoutant qu’une forte probabilité existe d’arriver à rembourser les dettes de l’ex RCD sans recours à la vente de son siège central, considéré comme l’un des plus grands immeubles de la capitale Tunis, bien situé sur l’avenue Mohamed V du fait qu’il y occupe un emplacement stratégique.

Au contraire de ce qui est généralement admis, le parti dissous a laissé une « fortune » dont l’Etat peut tirer parti avec un passif estimé à 120 millions de dinars dont le principal créancier est la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) auprès de laquelle ses dettes s’élèvent à 82 millions de dinars. D’autres créanciers sont sur les rangs. Des dizaines d’entre eux ont présenté à la Commission de liquidation des déclarations de créances dont la valeur définitive sera cependant établie suite à un audit que mènera ladite commission, a précisé son président. La masse des dettes est jugée élevée comparée à la valeur des comptes particuliers laissés par le RCD estimés à 12 millions de dinars et qui ont été regroupés dans un compte unique, dont 80% ont servi à payer les employés licenciés des sociétés relevant du parti et qui sont au nombre de 6, des entreprises qui en sont à l’étape ultime de leur liquidation à l’exception de Dar el Amal et la Sagep, toutes deux en faillite. Mais ceci ne semble pas entamer l’optimisme du président de la Commission de liquidation qui a nié l’éventualité d’une cession du siège central du RCD dont l’acquisition est assidument recherchée par des groupes économiques étrangers et du Golfe.

Un espace « rassembleur » de tous les Tunisiens

Il sera attribué à cet édifice une rôle important, a souligné le président de la Commission, car il va contribuer à « rassembler tous les Tunisiens  aux fins de la réalisation de la réconciliation entre eux », a-t-il ajouté pour préciser ensuite que le rez-de-chaussée sera aménagé pour devenir un centre culturel et touristique comprenant un théâtre et des espaces d’animation et d’autres activités culturelles. Il a indiqué qu’il est envisagé d’utiliser à bon escient cette partie de l’immeuble qui comprend deux grandes salles d’exposition, pour en faire un musée de la mémoire nationale tunisienne à travers la projection permanente d’un film retraçant l’histoire des civilisations qui se sont succédé en Tunisie.

1,5 million de dinars pour l’entretien de l’édifice

Le maintien de l’ex siège central du RCD dissous dans le domaine de l’Etat est irréversible après que la Commission de liquidation a entrepris de l’entretenir et le restaurer pour une enveloppe de 1,5 million de dinars pour le conserver en bon état. La commission chargée de ce dossier avait trouvé le bâtiment dans un état lamentable, et il est prévu que les travaux d’entretien s’achèveront fin mars prochain afin de permettre au gouvernement de prendre la décision qu’il jugera appropriée concernant cet édifice. Le président de la Commission n’a pas écarté que l’immeuble soit mis à la disposition d’une institution de l’Etat qu’il n’a pas nommée.

Accélérer le pas

Le président de la Commission a affirmé dans son interview à Africanmanager que cette dernière, créée en 2013 par le Décret 1294 s’attelle à ses missions autant que le lui permettent les moyens disponibles pour accélérer les opérations de liquidation, clore le dossier et payer les créanciers. Elle a déjà recensé 2430 biens immobiliers à la faveur d’une vaste opération d’investigation et de prospection. Elle a également en l’espace de 14 mois procédé à la cession de 60 biens immobiliers relevant du parti dissous, cumulant une valeur de plus de 13 millions de dinars. Cette cession a concerné nombre de ministères, à savoir ceux de l’Intérieur (15), de la Défense (5), et de la Santé (4), les municipalités (35) outre l’agence de formation professionnelle (1).

Dans le même cadre, la Commission continue de procéder à la cession par adjudication de 20 biens immobiliers répartis essentiellement entre Sousse, Sfax, Médenine, Jendouba et Mahdia, dont la valeur totale est estimée à 10 millions de dinars, outre la cession de biens meubles d’une valeur de 40 mille dinars.

D’autre part, 12 biens immobiliers seront cédés cette année à la Poste Tunisienne pour un montant de 4 millions de dinars, alors que l’ISIE va acquérir 5 autres pour 6 millions de dinars. Il n’en demeure pas moins qu’un nombre important de biens immobiliers relevant du RCD dissous sont tombés dans l’escarcelle de mains ministères et institutions gouvernementales entre 2011 et 2012, soulevant des contentieux qui n’ont pas encore été résolus, de même que d’autres pour possession illégale, ce qui a amené la Commission à déposer 300 plaintes auprès des tribunaux aux fins de l’enregistrement de ces biens préalablement à leur cession.

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« L’opinion publique tunisienne refuse que la Tunisie serve de centre d’accueil pour les réfugiés, les migrants illégaux déboutés du droit d’asile en Allemagne », a affirmé le chef du gouvernement, Youssef Chahed dans une interview à la chaîne de télévision publique allemande Deutsche Welle.

Il a expliqué que la jeune démocratie tunisienne  en voie de construction doit être immunisée contre tous les risques dont celui d’abriter pareil centre. D’autant, a-t-il ajouté, que le pays est aux prises avec des problèmes économiques et sociaux et où le gouvernement est contrôlé  par le Parlement et les médias, affirmant la nécessité  que cette démocratie naissante soit soutenue et renforcée par des pays comme l’Allemagne.

Le chef du gouvernement a rappelé dans ce contexte que la Tunisie avait accueilli en 2011 un million de réfugiés qui avaient fui la guerre en Libye, des réfugiés libyens, africains et d’autres nationalités.

Interrogé si la Tunisie n’a pas besoin d’aide financière et économique en contrepartie d’un accueil de réfugiés comme l’avait accepté la Turquie, par exemple, Youssef Chahed, a affirmé que la Tunisie est un pays souverain et attaché à son autodétermination et n’est pas prêt à accepter des aides accordées à ce titre.

Le chef du gouvernement a souligné que sa visite en Allemagne était destinée à lever l’équivoque sur la question de migrants suite à l’attentat de Berlin perpétré par un Tunisie, précisant qu’il existe une confusion entre les réfugiés illégaux et les terroristes tunisiens se trouvant dans les zones de tension comme la Syrie et la Libye et qui sont passibles de la loi antiterroriste tunisienne.

Concernant l’affaire de l’auteur de l’attentat de Berlin, le Tunisien Anis Amri, il a rappelé que ce dernier a quitté la Tunisie depuis 5 ans en tant que migrant illégal et a séjourné dans maints pays européens avant de commettre l’odieux attentat de Berlin, soulignant que rien ne donnait  à penser qu’il pouvait être soupçonné d’activités  terroristes.

Interrogé sur le rapport de l’organisation Amnesty International faisant de cas de torture en Tunisie, le chef du gouvernement a affirmé que les autorités vont diligenter une enquête à ce propos et s’il s’avère que les cas signalés ont effectivement eu lieu, les coupables seront punis.

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Contre toute attente, c’est au Caire que les principaux antagonistes de la crise libyenne ont scellé ce qui a les allures d’une réconciliation, en tout cas les prémices d’une issue. Le chef du gouvernement d’entente nationale, Fayez El Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar y sont parvenus à un accord prévoyant d’œuvrer à la tenue d’élections présidentielle et parlementaires en Libye en février 2018. Ils ont convenu de créer une commission mixte mandatée pour trouver les solutions à apporter aux questions en suspens et aboutir à une mouture consensuelle à soumettre au parlement libyen pour adoption.

Qu’en sera-t-il alors du Sommet sur la crise libyenne auquel travaille depuis longtemps le président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi, et dont la préparation devrait être à l’ordre du jour de la réunion des ministres tunisien, algérien et égyptien des Affaires étrangères, prévue le 1er mars prochain à Tunis ? En bonne logique diplomatique, ce Sommet, s’il lui arrivait d’avoir lieu, ne ferait que prendre acte, sans doute valider ce dont il a été convenu dans la capitale égyptienne.

On pourrait alors se prendre à penser que l’initiative des Tunisiens appuyée par les Algériens s’en serait allée en eau de boudin. Le président égyptien Abdelfattah Essissi, par un tour de passe-passe dont il semble maîtriser l’art, a coiffé au poteau les uns et les autres, restés en rade malgré les efforts marathoniens et les navettes diplomatiques qu’ils ont déployés pour amener les Libyens à composition et régler autrement que par les armes la virulente crise qui agite le pays depuis le chute de Kadhafi.

Essissi tape dans le mille !

Le chef de l’Etat égyptien a visiblement tapé dans le mille en misant invariablement sur Khalifa Haftar, le chef des Forces armées du Parlement de Tobrouk, qui a multiplié les visites au Caire ces derniers temps pour rencontrer, notamment, le général Mahmoud Hidjazi, chef d’état-major des forces armées égyptiennes, dépossédant ainsi la diplomatie et ministère égyptien des Affaires étrangères du dossier libyen traité d’abord et surtout comme une question sécuritaire et une affaire de sécurité nationale. Faisant face à la montée de groupes terroristes dans le Sinaï, Le Caire, qui cherche à neutraliser toute action politique des Frères musulmans, considère Haftar comme son principal allié en Libye. Et ce dernier le lui rend bien en affichant haut et fort son objectif de « nettoyer » la Libye des Frères musulmans. Au demeurant, l’Égypte, qui semble avoir l’appui de Washington, dont la nouvelle administration est dirigée par Trump, a avancé davantage et plus rapidement que l’Algérie et la Tunisie dans le dossier libyen. Franchement hostiles à l’approche sécuritaire, Alger et Tunis estiment que la solution à la crise libyenne doit être politique, construite à partir d’un « dialogue inclusif » devant aboutir à un consensus national solide qui garantit « la cohésion et l’unité du peuple libyen » et « la stabilité de la Libye ». Un consensus qui comprend également les islamistes dont certains refusent tout « rôle politique » pour les militaires agglomérés autour de Haftar.

Les « bons offices » de Ghannouchi

Dans cette configuration stratégique, beaucoup d’interrogations n’ont pas manqué de se poser sur le rôle imparti à Rached Ghannouchi qui a multiplié ces derniers temps les déplacements et les déclarations sur le dossier libyen, avec l’accord, affirme-t-il, du président Béji Caïd Essebsi, tout en soutenant que ses bons offices consistaient à établir une «passerelle» entre l’Etat algérien et Ali Salabi, le prédicateur et dirigeant islamiste libyen réputé proche du Qatar. Pratiquement reçu en audience par le président Bouteflika à chacun de ses voyages à Alger, il a révélé avoir organisé récemment, dans sa demeure à Tunis, une rencontre entre Ahmed Ouyahia, le directeur de cabinet du président Bouteflika, et Ali Salabi. Il n’en fallait sans doute pas davantage pour irriter les Algériens qui craignent la multiplication des processus de règlement de la crise libyenne, même s’il est admis que la diplomatie parallèle est         souvent utilisée par tous les États dans le traitement des dossiers complexes, et ce, depuis longtemps. D’ailleurs, dans une déclaration anonyme accordée à plusieurs médias nationaux, une source gouvernementale algérienne a nié des contacts avec les responsables islamistes libyens. «L’Algérie n’a pas de diplomatie parallèle», a estimé cette source. Même la rencontre entre le Directeur de cabinet de la présidence, Ahmed Ouyahia et le chef du parti tunisien a été qualifiée de «partisane».

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Serait-il écrit dans le ciel qu’en Tunisie la classe politique, déjà affublée d’un impénitent esprit de chicane, prenne toutes ses aises chaque fois qu’elle a à se saisir d’un dossier majeur comme, dans le cas qui nous occupe actuellement, celui des élections municipales. S’étant prêté à une succession d’accrocs et d’adversités qui ont failli le renvoyer aux calendes grecques, ce scrutin dont on a pourtant réussi à faire sauter le verrou de la loi électorale, s’offre une autre incertitude, celle de la date à laquelle il devra avoir lieu : à la fin de l’année en cours ou plus tard, inévitablement, au premier trimestre de 2018. Le président de l’ISIE penche pour la première échéance, avec une préférence pour le mois de novembre qu’il juge idoine, car celle de décembre coïncide avec deux aléas de taille, les mauvaises conditions climatiques avec leur cortège d’écueils dans certaines régions, et le marathon budgétaire. Au demeurant, l’Instance assure qu’elle sera, tous les cas de figures, dans les meilleures dispositions pour organiser cette consultation pour peu que « les autres parties » valident le calendrier y afférent.

Mais voilà qu’un autre accroc commence à se faire jour. Il tient à la promulgation du code des collectivités locales en l’absence duquel les élections municipales ne pourront pas se tenir. Prévu pour passer devant la Représentation nationale en juillet 2016, il ne l’a pas été pas plus qu’il n’a été adopté. Et rien n’indique concrètement que ce serait le cas dans un proche avenir pour permettre à l’ensemble du processus électoral de démarrer avec le découpage électoral, les inscriptions au registre, la fixation de la durée de la campagne et la validation des candidatures. Une articulation en l’absence de laquelle toute l’opération électorale sera caduque.

Les politiciens réaliseront-il l’importance de l’enjeu ? Rien n’est moins sûr, et ils l’ont montré plusieurs fois plutôt qu’une en faisant étalage de leurs griefs, de leurs querelles de clocher et leurs manœuvres dilatoires d’autant plus dévastatrices qu’elles ont retardé d’autant l’ordonnance de cet essentiel épisode électoral, le premier de l’ère de la Révolution dont il est unanimement attendu un redressement de la cité et de la commune partout dans le pays. Bien que les partis politiques protestent de leurs bonnes intentions et claironnent qu’ils sont attachés comme jamais à cette échéance, ils ne donnent que peu de gages qu’ils s’y investissent. On en a vu un des échantillons lors de l’examen et du vote de la disposition de la loi électorale autorisant les corps armés à voter. Un épisode qui aurait pu être expédié en cinq sept mais qui a pris de long mois inutiles et fastidieux.

Agitation tous azimuts

Les choses étant désormais ce qu’elles sont, tout le monde s’active ou plus exactement s’agite pour s’arroger le meilleur positionnement possible sur l’échiquier politique en prévision des Municipales, car on y voit un test grandeur nature des échéances électorales ultérieures, nommément les Législatives et les Présidentielles. Maintes formations politiques s’y préparent en négociant des alliances         pour être en mesure de faire bloc autour d’une force à même de barrer la route au mouvement Ennahdha, qui semble avoir en main l’essentiel des atouts pour rafler la mise. D’ailleurs, le parti de Ghannouchi, qui avance masqué sur cette voie, a mis au point, et depuis longtemps, une stratégie bien sentie pour devenir la première force politique du pays, alors que son rival, Nidaâ Tounès, étêté, et émietté qu’il est devenu, est bien en peine de lui tenir la dragée haute. Les autres formations politiques, à l’avenant. C’est tout juste si elles cherchent à se partager le vivier d’électeurs qui a permis au parti de Béji Caïd Essebsi, de conquérir les places fortes de l’échiquier politique. Une charogne sur laquelle sont en train de se ruer ces partis, minuscules et de peu de poids pour s’arroger un territoire s’ils faisaient cavalier seul dans la bataille électorale qui se prépare.

Un enjeu éminemment politique

Dans pareille configuration, le mouvement Ennahdha, avec des militants déterminés, disciplinés et très soudés, s’estimerait en pool position pour arriver à ses fins même s’il se dit toujours et viscéralement attaché à son entente avec Nidaâ Tounès ou ce qu’il en reste, et à son acte fondateur, la « collusion » scellée à Paris par BCE et Rached Ghannouchi.

C’est à cette aune qu’il faut appréhender l’enjeu principal des élections municipales. A ce titre, le scrutin, censé être une élection de proximité intéressant directement les citoyens, sera de nature éminemment politique donnant lieu à une mobilisation de la même essence. On sera alors à mille lieues de ce que doit être une consultation électorale municipale avec des édiles et des échevins occupés exclusivement à donner une direction stratégique à la ville, capables de construire une cohésion, d’organiser un bien vivre-ensemble en s’appuyant sur les réseaux économiques, associatifs et les partenaires sociaux, et surtout, à même de mettre en œuvre une action publique qui produit des résultats.

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Le Congrès américain est en train de plancher sur un projet de loi relatif à l’aide que les Etats-Unis entendent apporter à la Tunisie au titre de l’exercice fiscal 2017, qui commence de 1er avril prochain. Il s’agit d’un texte déposé le 3 janvier 2017 par le représentant démocrate de la Floride, Alcee Hastings, de concert avec son pair David Schweikert, représentant républicain de l’Arizona, auprès des « commissions appropriées du Congrès », c’est-à-dire les Commissions des affaires étrangères et de l’affectation des crédits du Sénat et de la Chambre des représentants.

Dans l’exposé des motifs du projet de loi intitulé « H.R. 157 : Loi de soutien d’urgence à la lutte antiterroriste de la Tunisie en 2017 », il est rappelé que « la Tunisie a été un allié essentiel des Etats-Unis depuis plus de 200 ans, le premier pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord à avoir mené une transition politique vers la démocratie à travers des élections démocratiques, libres et transparentes et a été désignée comme un allié majeur des Etats-Unis non-membre de l’OTAN ».

Le préambule passe ensuite en revue les incidents sécuritaires et armés liés au terrorisme, notamment les attentats visant des personnalités politiques, les attaques contre le musée du Bardo, des établissements touristiques à Sousse, le bus de la garde présidentielle à Tunis, l’attaque contre l’ambassade des USA à Tunis, l’opération terroriste de Ben Guerdane et l’enrôlement de plus de 3000 Tunisiens dans les rangs de Daech.

Dans sa déclaration politique, le projet de loi précise que la politique des USA vise à aider davantage le gouvernement tunisien élu démocratiquement à éliminer les organisations terroristes opérant en Tunisie et en Libye voisine et à empêcher les combattants tunisiens en Syrie de rentrer dans le pays. Il ajoute que cette politique doit être mise en œuvre à travers un effort global, , le cas échéant en coordination avec les alliés et les partenaires des États-Unis, aux fins du renforcement des capacités et de la coordination entre les forces de sécurité intérieure, de la lutte contre le terrorisme, de l’état de préparation des forces armées, ainsi que par l’aide à l’amélioration de la performance économique de la Tunisie, au développement de la société civile et par la fourniture d’une assistance pour la sécurité des frontières, et autres formes d’assistance technique.

Tout en constatant que le secteur de la sécurité en Tunisie souffre de décennies de corruption et de méfiance publique sous le régime de Ben Ali, les auteurs du texte appellent à la nécessité d’une réforme significative pour permettre aux autorités tunisiennes de lutter contre le terrorisme et renforcer l’Etat de droit, et les engageant à protéger les droits fondamentaux consacrés par la Constitution.

Répartition des crédits

Le projet de loi détaille les fonds à affecter aux crédits au titre de l’aide à la Tunisie et leur répartition. Ainsi, l’aide autorisée au titre des équipements militaires porte sur la fourniture de véhicules blindés, d’hélicoptères, de drones de surveillance et reconnaissance, et d’équipements de communication et de commandement sécurisé. Il est prévu une enveloppe de 65.000 000 dollars. Les fonds alloués à la formation militaire s’élèvent à 2.300 000 $ pour le même exercice. Aux fins de la protection des frontières nationales tunisiennes, l’Exécutif américain sera autorisé à affecter une enveloppe de 1. 500,000 $ en 2017. Il s’agit d’accroître les capacités de la Tunisie en matière de détection, d’identification et de lutte contre le trafic illicite d’armes à travers la formation intensive et les dons d’équipements.

Au chapitre de la réforme de la sécurité, qui concerne les forces de police autant que l’appareil judiciaire, les fonds alloués sont de l’ordre de 13.000 000 de dollars alors que ceux destinés à la lutte contre le terrorisme s’élèvent à 6.100 000 $. S’y ajoutent 13. 000 000 $ pour la lutte contre le trafic des stupéfiants et l’application de la loi.

S’agissant du soutien US à l’économie tunisienne, les fonds fixés dans le projet de loi d’aide à la Tunisie s’élèvent à 74.000 000 $. Il s’agira pour la Tunisie d’utiliser ces fonds pour la réforme de ses secteurs économiques et sociaux qui doivent être, affirme le texte, une priorité des États-Unis. Le gouvernement tunisien, ajoute-t-il, a fait des progrès notables en termes de libéralisation économique après des décennies de corruption et d’exclusion sociale sous le régime de Ben Ali. Cependant, davantage de réformes sont nécessaires pour consolider la stabilité économique de la Tunisie, souligne-t-il, réformes qui devraient viser à créer un environnement propice à l’investissement, tout en maintenant une protection importante et significative des travailleurs.

Tout en reconnaissant que la mise en œuvre des réformes économiques et sociales peuvent entraîner des difficultés économiques à court terme pour de nombreux citoyens tunisiens, le Congrès autorise l’administration US à reprogrammer les fonds provenant des soldes antérieurs affectés, mais non engagés pour mener à bien les activités à l’appui des réformes économiques de la Tunisie.

Enfin il est enjoint au Département de soumettre dans un délai ne dépassant pas 90 jours après la date de la promulgation de la loi relative à l’aide à la Tunisie, aux commissions compétentes du Congrès un plan stratégique pour mener à bien la mise en œuvre de la législation en question.

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Personne ne sait encore quelles mesures spécifiques l’administration Trump devra prendre pour désigner les Frères musulmans (FM) comme groupe terroriste dans le cadre de ce qui est considéré comme un mouvement de répression plus large contre les organisations islamiques. L’élite politique à Washington est profondément divisée sur la classification du mouvement comme organisation «terroriste» et sur les conséquences désastreuses qu’elle pourrait avoir pour l’administration US. De récents rapports des agences de renseignement ont appelé à l’exclusion des déclinaisons des FM en Tunisie et au Maroc de toute décision qui serait prise à cet égard.

Depuis que Donald Trump est à la Maison Blanche, les services de renseignement américains ont analysé la situation dans les pays arabes, en particulier les parties et les organisations considérées comme une subdivision des Frères musulmans. L’accent a été mis sur l’Egypte, la Jordanie, la Syrie, le Liban, le Qatar et la Libye, ainsi que le Soudan, la Mauritanie et l’Algérie.

Les observateurs, cités par le Middle East Monitor, estiment que si les Etats-Unis allaient de l’avant dans cette démarche, ils finiraient par perdre la plupart de leurs alliés dans la région, alors que des partis politiques islamistes liés aux Frères musulmans existent en Indonésie, au Pakistan, au Maroc, en Tunisie, en Jordanie, en Irak, au Koweït, au Yémen et même en Turquie. Ils soulignent que la décision pourrait entraîner de sérieux dommages, avec des conséquences négatives et nuisibles aux intérêts des États-Unis.

Les partis islamistes en Tunisie et au Maroc considèrent les déclarations sectaires et frustes de Trump – destinées à lutter contre l’Islam sous le couvert de la lutte contre le terrorisme – comme inapplicables à leur égard en raison de leur rôle croissant dans la lutte contre l’idéologie terroriste. Le Mouvement Ennahdha, par exemple, n’a de cesse d’affirmer qu’il est la plus grande victime du terrorisme et, comme le répète son président Rached Ghannouchi, l’islam démocratique est la meilleure solution pour lutter contre les terroristes.

Le Maroc est devenu un acteur-clé pour les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord, en particulier à la suite des révolutions arabes qui ont déferlé sur la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), se traduisant par l’effondrement de nombreux États et l’émergence de groupes djihadistes. Au premier rang de ceux-ci figure Daech qui représente une menace réelle pour la paix mondiale.

Les craintes de Washington

Selon le journal marocain Al-Masaa, le Renseignement américain a excepté la Tunisie et le Maroc de la liste projetée des organisations terroristes en raison du rôle joué par leurs partis islamistes, nommément le parti justice et développement (PJD) au Maroc et Ennahdha en Tunisie, dans la transition démocratique dans les deux pays et leur participation au gouvernement. Les rapports de la CIA révèlent que la raison de leur non-inscription sur la liste terroriste est la crainte que cela puisse inciter les jeunes à la violence et à l’extrémisme, en ciblant l’Occident en général et les Etats-Unis en particulier.

Ammar Fayed, un chercheur égyptien sur les groupes islamistes, a souligné que le PJD et Ennahdha ne sont pas les seuls partis qui condamnent le terrorisme. Tous les partis islamistes, a-t-il expliqué, l’ont fait et refusent toute affiliation à une organisation en dehors de leur pays. Il estime que la désignation des Frères musulmans comme groupe terroriste n’aurait aucun effet sur la plupart des autres partis islamistes. Au Maroc, en Tunisie et ailleurs, il s’agit de partis officiels qui ne portent pas l’étiquette «Frères musulmans» et sont engagés pleinement dans la vie politique, citant comme exemples la Libye, la Jordanie, le Koweït et l’Algérie.

« Il semble que les positions des partis islamistes qui condamnent le terrorisme, ainsi que leur présence en tant que partenaires essentiels dans les gouvernements en place, bénéficiant ainsi de la reconnaissance nationale en Tunisie, au Maroc, au Yémen et en Libye, ait posé un dilemme pour l’administration américaine qui s’emploie à conserver le président égyptien comme un nouvel allié de Trump « , a déclaré l’expert au site Arabian Gulf Gate. » Les partis islamistes sont déjà partenaires au sein des gouvernements qui sont alliés avec Washington et d’autres gouvernements étrangers ainsi qu’avec des institutions et organisations internationales, ou sont actifs dans la vie politique au sein de la Représentation nationale, notamment. Ce faisant, comment sera-t-il possible de les désigner comme des organisations terroristes? « 

Trump face à un dilemme

C’est un vrai dilemme que l’équipe de Trump tente de résoudre. Si une approche extrême était adoptée en matière de désignation de partis islamistes comme groupes terroristes, cela soumettrait la politique américaine dans la région MENA à de sérieuses restrictions. Les USA ne pourraient pas, par exemple, désigner le mouvement Ennahdha comme une organisation terroriste tout en maintenant des relations avec lui, a insisté Fayed. «  Rompre les liens avec un acteur clé du gouvernement tunisien ne servirait pas les intérêts américains. »

Les modalités réelles d’une désignation des Frères musulmans comme organisation terroriste ne sont pas encore claires, a-t-il noté. Les diverses composantes de l’administration Trump ne partagent pas le même enthousiasme pour la politique et la question fait encore l’objet de discussions internes, dont l’issue est difficile à prédire, en dépit des rapports presque quotidiens des médias sur les discussions en cours et le fait qu’un projet de loi y afférent soit soumis au Congrès américain.

Selon l’expert, la décision peut se limiter aux Frères musulmans d’Egypte en premier lieu, au motif qu’ils sont le plus grand et principal mouvement et donc la cible principale du lobby pro-Israël à Washington. Cette focalisation aurait pour but d’apporter plus de soutien au régime de Sissi au Caire et ne signifierait pas l’inscription de centaines de milliers de personnes sur la liste des sanctions des États-Unis. De telles décisions, a-t-il conclu, ciblent souvent des dirigeants et des personnalités spécifiques afin de limiter leurs déplacements à l’étranger ou leurs sources de financement.

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« Le médecin soigne, mais c’est Dieu qui guérit ». On ne pourrait pas se dispenser d’avoir à l’esprit ce que disait déjà au XVIème siècle le célèbre médecin des rois et princes de France, Ambroise Paré, pour comprendre le viscéral attachement de nos praticiens au principe de l’obligation de moyens, invoqué et plaidé à l’occasion de l’affaire du décès du nourrisson de Sousse. Par-delà  la très vive polémique suscitée par ce douloureux épisode et quelque part la diabolisation du corps médical, il s’avère de la toute première urgence qu’une loi précise, nette et aussi largement que possible concertée, voie le jour pour que les uns et les autres, les médecins et les patients sachent une fois pour toutes à quoi s’en tenir et soient instruits de leurs droits et devoirs respectifs. Surtout, il doit être légalement défini dans quels cas l’action pénale doit être engagée et dans quels autres l’action civile, c’est-à-dire aux fins de dédommagement, devra l’être.

Contrairement à la France qui a tranché la question par l’adoption de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des patients et à la qualité du système de santé,  le législateur tunisien, comme à son habitude, peine encore à en édicter une  qui organise la relation du médecin avec le patient et définit quand il y a lieu de tenir le praticien pénalement responsable de son acte, et quand il faudra se contenter d’une action civile, impérativement déclenchée par la victime ou ses ayants-droit.

En attendant, la loi et la jurisprudence ont rangé  autant que faire se pouvait la responsabilité du médecin sous deux déclinaisons. Pour les  activités dites diagnostiques, c’est-à-dire notamment les actes techniques (biologie et radiologie), c’est l’obligation de résultat qui est mise en œuvre. En revanche, s’agissant des activités de soins, c’est uniquement l’obligation de moyens qui est retenue. Car, le résultat médical étant aléatoire, le médecin n’est pas tenu de guérir un patient. A ce titre, le  professionnel de santé doit fournir tous les moyens nécessaires, au regard des données acquises de la science, pour tenter de guérir ou soulager la douleur du patient. Et si le patient intente une action en responsabilité médicale, il s’offre  à lui  deux types de procédures. D’abord la  procédure civile  où il lui est enjoint de dire dans quelle mesure le médecin n’a pas suivi le protocole auquel il est tenu dans l’exercice de ses prestations, ce qui donne lieu à réparation. Il y a ensuite la  procédure pénale qui est automatiquement déclenchée une fois le Parquet saisi. Cette procédure est la plus souvent privilégiée par le plaignant, car elle le dispense d’apporter la preuve de la faute avec tout son cortège d’investigations d’expertises et autres moyens de manifestation de la vérité, qui sont du ressort de la justice, alors seule habilitée à prouver que le praticien a commis la faute incriminée.

Le Parquet… parlons-en !

Beaucoup a été dit sur la gestion judiciaire du dossier du décès du nourrisson de Sousse. Il y a été abondamment davantage question du mandat de dépôt émis à l’encontre de la médecin interne que l’on soupçonne d’avoir, par négligence ou autre acte présumé fautif, causé la mort du bébé,  que d’autre chose, pourtant d’égale importance. La corporation médicale a en chœur reproché au juge d’instruction saisi de l’affaire d’être allé vite en besogne en ordonnant la garde à vue de l’interne sans attendre l’issue des enquêtes, tant administrative que médicale. Elle n’aurait pas tout à fait tort,  même si le magistrat s’est déplacé à l’hôpital, observé la dépouille du nourrisson,  entendu des témoins oculaires, et s’est instruit des interrogatoires menés par la police judiciaire. Pour autant, est-ce suffisant pour conclure que le médecin est coupable, et ce partant, ordonner sa détention ? D’autant que la ministre de la Santé, sans doute convaincue de l’innocence du médecin, l’a reçue  pour l’assurer de sa solidarité et de sa sympathie et l’appeler  à « poursuivre son travail avec confiance et sérieux pour le bien des médecins et de la médecine en Tunisie ».

De toute cette affaire, il se dégage une conclusion extrêmement importante pour être soulignée. C’est ce remarquable, et pour tout dire, flagrant manque de sérénité qui a entaché tous les étages du dossier, qu’il se soit agi de la justice, de la couverture médiatique qui en est faite ou du corps médical lui-même, prompt à débrayer et à se sentir « diabolisé ». L’affaire aurait eu meilleurs contours si elle avait été menée comme l’exigent les bonnes pratiques, la bonne administration de la justice, et la retenue dont doivent faire montre tous les autres intervenants autant qu’ils sont.

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Manifestement, la Tunisie a, depuis la Révolution, maille à partir avec les dégradations des notes que lui infligent les agences de notation, singulièrement les majeures d’entre elles, Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings. Sollicitées et payés par l’Etat tunisien, elles s’accordent le plus souvent à se fendre d’appréciations qui ne donnent pas fière allure à l’économie de pays auprès des investisseurs internationaux. C’est particulièrement le cas de la notation souveraine attribuée voici deux jours par Fitch à la Tunisie qui lance un roadshow pour une émission obligataire d’un milliard d’euros, qui sera suivie d’au moins une autre sortie sur le marché financier international pour des fonds destinés à combler le déficit budgétaire.

Ramenée de BB- avec perspective négative à B+ à BB- assortie de perspective stable, la note souveraine de la Tunisie passe du « Non-investment grade, speculative » (Spéculatif) au « Highly speculative » (Très spéculatif). Autrement dit, le doute s’accentue sur la capacité de la Tunisie, pays émetteur de rembourser normalement l’emprunt souscrit, une perspective contrariée du fait des conditions économiques, politiques, sociales et financières sévissant dans le pays du débiteur. Et cela se reflète fatalement sur le taux d’intérêt fixé et sur le spread, c’est-à-dire l’écart entre le taux de rentabilité actuariel de l’obligation et celui d’un emprunt sans risque de durée identique. Comprenons que plus la solvabilité de l’émetteur est perçue comme mauvaise, plus élevé est le spread. Peu d’informations sont disponibles à cet égard, mais on sait que depuis 2011, la Tunisie a emprunté à un spread de plus de 400 points de base, soit le taux le taux le plus élevé connu par le pays depuis qu’elle sollicite les marchés en 1994. Si on rapporte cette marge actuarielle au taux d’intérêt auquel la Tunisie a annoncé pouvoir négocier son emprunt obligataire (5-6), elle ne serait pas loin des 400 points de base, soit à des années-lumière, par exemple, des 75 points de base de sa sortie en 2007 sur le marché japonais avec un spread de 75 points de base pour un emprunt d’une maturité de 20 ans.

La spirale des dégradations

Sachant comme cela a été confirmé de source officielle que la Tunisie aura besoin, cette année, de 2,8 milliards de dollars en financements sur les marchés internationaux pour réduire son déficit budgétaire, la perspective apparaît comme extrêmement peu reluisante en termes de couple risque/rendement et de marge actuarielle. D’autant que l’enchaînement des dégradations des notes par les agences de notation ne serait pas près de se briser au regard de la détérioration des paramètres économiques et financiers de la Tunisie. Le Centre de Prospective et d’Etudes sur le Développement (CPED) a été le premier et pour l’heure l’unique think tank, à s’en alarmer publiquement, en constatant que «la Tunisie a perdu durant les six dernières années 7 rangs, comparativement au plus haut rating de la Tunisie obtenu en 2010 toutes agences confondues («A-» accordé par l’agence Japonaise R&I)». Surtout, il pointe l’apathie des autorités face à cette spirale qui participe, selon lui, d’un déficit de vision et de stratégie, alors que la priorité devrait être accordée à la maîtrise des déficits à travers une gestion rigoureuse du budget de l’Etat, par la maîtrise des dépenses de fonctionnement et en particulier de la masse salariale et l’amélioration des ressources, grâce à la recherche d’un meilleur rendement fiscal.

A la vérité, on ne peut pas choisir pire moment pour solliciter des financements sur le marché international. Concours de circonstances ou impérieuse obligation, la Tunisie, déjà sous les fourches caudines du Fonds monétaire international qui lui dicte des réformes dont elle s’accommode mal et au prix fort, ajoute à son éventail d’écueils un autre plus funeste encore de devoir emprunter et abonder dans sens dans l’unique but de financer son budgétaire et payer les salaires de ses fonctionnaires et employés et guère pour les besoins de financement de projets de développement, créateurs d’emplois et d’infrastructures, levier de croissance.

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De par la façon dont il intervient sur la scène tant politique que diplomatique de la Tunisie, le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi renvoie l’image de quelqu’un qui est dans la peau d’un chef d’Etat, bien qu’il s’en défende comme il vient de la faire dans une interview accordée, chez lui, au site Middle East Eye, basé à Londres, dirigé par David Hearst, ex rédacteur en chef du desk international du Guardian.

En exergue à cette interview Ghannouchi, il est dit que ce dernier « enchaîne visites à l’étranger, interviews et rencontres avec des dignitaires….tel un chef d’État ». La question lui a été posée surtout en lien avec son rôle très actif dans le règlement de la crise libyenne et la « diplomatie parallèle » qu’il est en train de mener. Il s’en est défendu en affirmant qu’ « elle le serait si elle s’opposait à la diplomatie officielle », précisant que « c’est plutôt une diplomatie populaire qui est au service de la diplomatie officielle », pour souligner aussitôt que « si le président m’avait fait savoir que cela posait un problème, je me serais arrêté. Je suis toujours en lien avec lui. Nous ne pouvons être qu’un facteur de réussite pour sa politique ». Interrogé s’il pense déjà aux présidentielles de 20119, alors qu’il se forge de plus en plus une carrure internationale. Pour toute réponse, manifestement évasive, il s’est borné à asséner : « Non, ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous en discuterons en temps voulu ».

Beaucoup moins élusif et carrément tranchant, il a affirmé, au sujet de la place qui est celle de son parti sur l’échiquier politique, qu’ « aucune loi ne peut passer sans le soutien et l’accord du groupe d’Ennahdha… qui est la meilleure force populaire pour soutenir et protéger le gouvernement. Nous le défendons et nous le poussons vers la réussite, car il a de bonnes chances », selon ses dires.

Amené à se prononcer sur le dossier des terroristes de retour des zones de conflit, Rached Ghannouchi a seriné l’argumentaire qu’il soutenait depuis un bail. Tout en ne souhaitant pas leur retour, il a invoqué la Constitution qui « garantit le droit des concitoyens à rentrer chez eux », soulignant qu’il faut appliquer la loi pour « ces criminels dont la place est en prison ». Ensuite, il faudra faire appel aux spécialistes, comme les religieux et les psychiatres, afin de traiter leur pathologie, a-t-il insisté.

Répondant à la question qui fâche, celle imputant à Ennahdha la responsabilité d’avoir encouragé le départ de ces combattants, le chef de ce qui s’appelait alors parti islamiste, y a vu des « escarmouches politiques ». Et d’expliquer que « le pays se dirige vers des élections [locales] et certains partis craignent le succès d’Ennahdha, parce que nous sommes le parti le mieux organisé du pays. Ils veulent faire peur, en faisant le lien entre nous et le terrorisme. Mais Ennahdha est la plus grande force qui fait face au terrorisme. Nos détracteurs oublient que, sous le gouvernement Ennahdha, Ansar al-Charia a été désigné organisation terroriste [le 28 août 2013] Nous leur avons déclaré la guerre et nous avons banni leurs meetings ».

« La crise libyenne est une crise tunisienne »

C’est par cette saillie que Rached Ghannouchi a répondu à la question de savoir pourquoi il est si actif sur le dossier libyen. « La solution d’une partie de nos problèmes se trouve en Libye. Le problème sécuritaire est lié au développement. Avant la révolution, plus d’un demi-million de Tunisiens travaillaient en Libye. Si ces personnes pouvaient revenir y travailler, il n’y aurait plus de chômage en Tunisie. De plus, toutes les opérations terroristes qui ont eu lieu en Tunisie ont été préparées en Libye. Cela a détruit le tourisme. Enfin, la frontière que nous partageons avec la Libye est large et ouverte. Nous ne pouvons pas y ériger un mur ».

BCE, Sissi, Bouteflika, des « faire-valoir » !

Abordant le volet politique de la crise libyenne, Rached Ghannouchi a fait le descriptif de ses bons offices et une révélation qui n’est pas pour trouver grâce aux yeux de Béji Caïd Essebsi. Le descriptif, c’est de dire que « nous sommes en relations avec toutes les parties libyennes, incluant les kadhafistes, les révolutionnaires, les islamistes… Nous avons connu beaucoup d’entre eux en exil, à Londres, en Suisse, aux États-Unis » La révélation, c’est de revendiquer la paternité de « l’initiative arabe ». Ghannouchi a indiqué qu’il a rencontré Martin Kobler, représentant de l’ONU en Libye, pour lui suggérer de rassembler les pays voisins de la Libye afin de résoudre la crise, proposition, dit-il, retenue par l’émissaire onusien « convaincu par cette idée puisqu’il la proposée », selon ses dires. Et comme pour reléguer BCE au rang de simple faire-valoir, il précisé que cette « initiative arabe », comme nous l’appelons, est menée par Béji Caïd Essebsi avec Abdel Fattah al-Sissi et Abdelaziz Bouteflika ». Une manière subliminale de se mettre dans la peau d’un chef d’Etat.

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Mis entre parenthèses depuis la Révolution du 14 janvier, le Plan de développement, véritable déclinatoire des politiques, économique et sociale de la Tunisie, est en train de renaître de ses cendres pour devoir fixer le cap stratégique du pays pour ce qui reste du quinquennat 2016-2020, qu’il était censé couvrir. L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) vient tout juste de s’en saisir, et sachant sa propension à discutailler, on ignore quel temps elle va prendre pour l’approuver et en adopter le projet.

En tout cas, il est de la toute première urgence qu’il le soit. Et la ministre des Finances, Lamia Zribi, rongeant son frein, n’a pas caché son irritation de voir l’absence d’un plan de développement comme cadre référentiel rendre difficile l’élaboration du budget de l’Etat et de la loi de Finances qui participent généralement de ce plan. D’autant qu’il a rang de cadre pour le développement durable, la préservation des équilibres financiers et la réduction de la pression sur le budget de l’Etat.

Sans aucun doute, cet acte fondateur de toute l’architecture économique, sociale, culturelle et environnementale du pays pour les années à venir, intervient comme le point d’orgue d’un processus qui n’a que trop duré mais qui résume une succession d’étapes et d’événements de différents ordres : d’abord la Révolution et les objectifs qu’elle porte, la Constitution de 2014, l’accord de Carthage , la mise en place du gouvernement d’union nationale et enfin la Conférence internationale pour l’investissement « Tunisia 2020 ». Ce document de 192 pages qui fixe les objectifs à atteindre pour ladite échéance a été une œuvre collective à laquelle ont pris part pas moins de 25 mille personnes, selon le ministre Fadhel Abdelkéfi, ce qui en fait une production empreinte d’un notable esprit participatif où les régions, les secteurs, l’Etat, la société civile ont eu voix au chapitre pour forger une vision qui les engagent les uns autant que les autres.

Lieux communs, aléas !

Tout cela est bien beau, serait-on enclin à penser. Mais force est de relever qu’on est là en présence d’idées, d’aspirations, également de données chiffrées et de mécanismes de mise en œuvre qui , cependant, sont fatalement sujets à des aléas que nul ne peut, à ce stade, prévoir ni en calculer les répercussions. D’autant que les lieux communs, les professions de foi, les idées forcément vagues y font florès, suscitant d’énormes interrogations sur une réelle exécution du Plan.

On ne s’en consolerait pas moins en apprenant que bien des paramètres auront l’heur de s’améliorer d’ici 2020. Par exemple, le taux de croissance, englué présentement au dérisoire taux de 2%, gagnera un point en 2017, pour ensuite s’établir à 4,4% l’année d’après et s’envoler à 5,5% en 2020. Le déficit courant sera épongé pour être ramené à 5,2% en 2020 contre 7,7% en 2016. Idem pour l’inflation dont on attend qu’elle soit contenue aux alentours de 3,5% à ladite échéance, alors qu’elle gravite actuellement autour de 4%. Mais la prévision la plus optimiste est celle qui a trait au revenu par tête d’habitant : 12.520 dinars en 2020 contre 8.680 DT à l’heure actuelle, ce qui signifie qu’il augmentera de presque la moitié. Enfin, les exportations feront mieux que maintenant, elles passeront du taux de 5,5% à 10,4% en termes d’augmentation à l’horizon 2020.

L’impératif d’aller au charbon

Brossée à grands traits, cette perspective pourrait sembler réjouissante autant que rassurante sur l’avenir du pays. Mais faut-il la prendre pour parole d’Evangile alors que bien des écueils, et non des moindres, grèvent ce take-off appelé de tous les vœux. Les Tunisiens trouveront-ils la ressource, mieux la volonté, de mouiller la chemise pour faire de ce plan quinquennal le véritable creuset d’une réelle rupture avec leur situation présente funestement aggravée par les effets , tant primaires que secondaires de la Révolution ? L’Etat retrouvera-t-il le chemin d’une autorité qui lui a filé entre les doigts, pour affirmer sa présence, accompagner le développement, faire preuve d’une constructive imagination, renoncer une fois pour toutes à l’improvisation qui a entaché l’exercice de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 ? Les partis politiques entendront-ils enfin raison pour s’engager dans la vraie voie de la gestion de la chose publique, bien loin de ces errements et néfastes calculs qui ont sérieusement malmené l’exercice politique dans le pays ? De la réponse à ces questions et à bien d’autres dépendra le futur du pays dont le Plan quinquennal est un outil, certes majeur, mais qui dicte une mobilisation aussi large et énergique que possible.

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Les indices se précisent qui donnent à penser que la Tunisie s’achemine vers le rétablissement des relations diplomatiques avec la Syrie. Interpellé dernièrement lors d’une séance plénière à l’Assemblée des représentant du peuple, le ministre tunisien de l’Intérieur, Hédi Majdoub , a révélé l’existence d’un bureau tunisien de sécurité à Damas, dévoilant, de surcroît, que la coordination entre les deux pays en matière de sécurité est quotidienne bien que les relations diplomatiques soient rompues depuis février 2012. Le bureau de sécurité semble fonctionner depuis un certain temps déjà, mais le gouvernement tunisien refuse de dire quoi que ce soit sur la mission qui lui est dévolue. Toutefois, selon Al-Monitor, « site dédié à la couverture et à l’analyse du Moyen-Orient, avec des articles provenant de toute la région », il est clair que le travail sécuritaire est axé sur la question des Tunisiens combattant dans les rangs des groupes jihadistes en Syrie, principalement Daech et Al-Qaïda.

La reprise des relations diplomatiques avec la Syrie est devenue une question urgente pour le gouvernement tunisien, étant donné le grand nombre de combattants tunisiens impliqués dans la guerre syrienne. Au demeurant, la reprise des relations de sécurité entre Tunis et Damas a suscité des spéculations sur la possibilité de rétablir les liens diplomatiques; Cela a longtemps été une exigence de partis politiques et des organisations nationalistes arabes et de gauche en Tunisie, parties prenantes d’une vive controverse politique se déclinant dans une fracture majeure sur la façon de gérer les millions de Tunisiens de retours des foyers de tension en Syrie, en Irak et en Libye.

L’expert tunisien Abdessattar al-Aïdi, cité par Al-Monitor, estime que l’ouverture d’un bureau de sécurité à Damas était une étape nécessaire pour coordonner avec la partie syrienne sur la question des terroristes tunisiens qui y combattent ». Mais, ajoute-t-il, cette étape est essentiellement un « acte politique qui reflète un changement dans la position de l’Etat tunisien vis-à-vis du régime en Syrie, aux antipodes de celle qui était la sienne alors que le mouvement Ennahdha était au pouvoir concurremment avec son allié Moncef Marzouki ». Le bureau de sécurité ne fonctionne pas en vase clos et de façon autonome, mais dans le cadre du travail du consulat tunisien à Damas, en fonction dans la capitale syrienne depuis septembre 2015.

Position ambiguë !

Le directeur de l’Institut tunisien des relations internationales, Ahmed al-Mannai, lui, note une «  position ambiguë de la Tunisie vis-à-vis de la Syrie ». Malgré le fait qu’il y ait un consulat général à Damas et aussi le bureau de coordination de la sécurité, le président tunisien Caïd Essebsi refuse toujours de parler de reprise des relations diplomatiques et du retour d’un ambassadeur syrien en Tunisie, car il attend toujours un consensus arabe sur la question, explique-t-il.

Pou l’expert, « la Tunisie craint la pression des pays donateurs tels que le Qatar, farouche opposant au régime syrien et qui s’est engagé à accorder des fonds à la Tunisie lors de la Conférence internationale sur l’investissement tenue en novembre 2016 à Tunis ». Il ne s’agit pas de pressions exercées par les pays occidentaux, singulièrement les États-Unis, qui ne souhaitent pas lever l’embargo sur la Syrie, si la Tunisie accepte de rétablir les relations diplomatiques avec la Syrie. Par conséquent, la décision de rétablir les relations diplomatiques tuniso-syriennes dépend de la décision souveraine de la Tunisie en dehors de l’intervention étrangère, qu’elle soit arabe ou occidentale estime-t-il.

Contrepartie politique

La Tunisie est le théâtre de manifestations hebdomadaires organisées depuis 2014 qui réclament le rétablissement des relations diplomatiques avec la Syrie. Le Front populaire, coalition de 11 partis et groupes de gauche, nationaux et environnementaux, a exigé le 17 janvier que les liens soient rétablis entre les deux pays et qu’un comité suprême tuniso-syrien soit créé pour examiner les questions concernant les terroristes et la situation sécuritaires.

Ceci alors que les groupes jihadistes subissent des coups sévères sur les fronts syriens, ce qui a poussé beaucoup d’entre eux à se déplacer vers d’autres fronts ou à rentrer chez eux. C’est une préoccupation majeure pour la Tunisie, qui essaie de recueillir autant d’informations que possible sur ces terroristes. La plupart des données de sécurité, jugées précieuses, se trouvent dans les dossiers détenus par les autorités syriennes. Ces dernières, cependant, ne livreront aucune information sans contrepartie politique en retour, dont la moindre serait la pleine et totale normalisation des relations diplomatiques. Ce serait une grande victoire politique pour la Syrie, car lorsque Marzouki avait décidé de rompre les relations diplomatiques avec Damas en 2012, il misait sur le départ d’Assad dans de brefs délais n’excédant pas des jours ou des mois au plus tard.

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Il est déprimant de voir l’establishment politique en Tunisie, singulièrement les partis, pulvériser une à une et systématiquement les incalculables chances de faire du pays ce qu’il est censé devenir six années pleines et entières après une révolution subite, certes, mais massivement célébrée comme un tournant copernicien chargé d’aspirations, d’attentes et d’espoirs. Aux aurores de cet An 7 de la Révolution, le peuple réalise que rien de tel n’a été réalisé. Au contraire, il n’en a récolté que désillusion, mécomptes, désespoir, davantage de chômage, et plus encore de pauvreté et d’inégalités.

Il est vrai qu’il s’y greffe une bonne dose de liberté, mais une liberté mal comprise et mal exercée au point de devenir un sauf-conduit pour bien des dérives et parfois d’outrageuses atteintes à l’autorité de l’Etat, par moments, incapable de pourvoir à ses missions, avec des gouvernements qui battent des records d’éphémérité, autant sinon plus que ceux de la 4ème République en France, sans léguer à leurs successeurs un héritage sur les lequel ils pouvaient capitaliser. Un fiasco magistral dont est tenue est coupable en premier et dernier ressort une classe politique qui incarne tout ou quasiment ce qu’il ne faut pas faire en matière de chose publique. Corollaire de cette déconfiture, les Tunisiens, surtout les jeunes d’entre eux, se désintéressent royalement et comme jamais de la politique.

Le dernier sondage Sigma livre à cet égard des conclusions effarantes : ceux qui ne se rendront pas aux urnes pour les élections législatives et présidentielles constituent 19% du collège électoral, et 22,3% pour les Municipales. Pis encore, ceux qui ne savent pas encore s’ils vont voter et si oui pour qui, sont encore infiniment plus nombreux : 67,7% pour les Présidentielles et les Législatives et 77,3% pour les Municipales. Des chiffres qui témoignent d’une tendance qui n’est pas si nouvelle que cela : Les Tunisiens tournent le dos à une certaine manière de faire de la politique et ont la conviction qu’aujourd’hui, il ne se passe rien, qu’il n’y a rien d’intéressant et d’utile à attendre des partis politiques comme des institutions de l’Etat. D’autant que l’offre politique peine à se réorganiser, se cantonnant dans des foires d’empoigne où chacun défend ses intérêts et guère ceux du pays, se révélant dans une coupure entre la politique et les citoyens.

Un entre-soi en vase clos

En fait, le monde politique s’est regroupé dans une forme d’entre-soi en vase clos, coupé de la société, aggravé par une absence de renouvellement des hommes, une perte de confiance généralisée dans les organisations partisanes et une marginalisation progressive de l’engagement politique sain, net et sans bavure. C’est que les partis, de tout bord qu’ils soient, ne jouent pas leur rôle de production d’idées, de valeurs, de programmes, cultivant, en revanche, une mauvaise image, un déficit de crédibilité, un manque d’idéologie définie, une absence d’éthique, trahison et transhumance. Et puis et surtout, les idées sont reléguées au second plan, pour autant qu’elles existent.

Une commedia dell’arte

Paradoxalement, c’est ailleurs que dans les sphères naturelles de l’exercice du pouvoir, prioritairement les plateaux de télévision et les stations radio dûment squattés, que les hommes et femmes politiques donnent toute l’étendue de leurs « talents » non pour expliquer le bien-fondé de leurs convictions et des projets, hypothétiques du reste, qu’ils portent, mais pour s’en prendre à l’autre, adversaires et hommes d’Etat confondus, délirer sur tous les tons, et finalement lasser er même déprimer ceux qui les regardent et écoutent. Des inepties débitées à longueur de journée et de soirée dont rien ne transperce sauf des algarades, des avanies et toujours des querelles de clocher. Dans cette commedia dell’arte, ils sont épaulés par des commentateurs politiques et autres chroniqueurs, qui ne s’exceptent pas de leur faire la courte échelle du haut de leurs analyses parfois aussi violentes qu’insipides qui, in fine, n’ajoutent pas grand-chose au débat public. Les uns et les autres en prendront sérieusement pour leur grades, par ailleurs surestimés tant les faits les prennent en défaut.

La politique, qui plus est dans un pays en transition démocratique, n’est nullement cela. Elle commande l’existence de partis forts et responsables, qui savent ce qu’ils ont à faire et où aller… ,vers les allées du pouvoir, ce qui est une ambition légitime, mais autrement, c’est-à-dire par le biais d’une force de proposition et de conviction, d’une crédibilité inentamable et d’une symbiose, voire d’une relation fusionnelle avec ceux qui les ont choisis, et partant le peuple. Un profil auquel ne cherchent pas répondre les partis politiques, surtout les deux premiers d’entre eux, Ennahdha qui a les yeux rivés sur le pouvoir, local pour commencer, et Nidaâ Tounès, empêtré dans un long générique de fin.

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Les spéculations vont bon train au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sur ce que sera la politique étrangère des États-Unis dans la région sous l’administration Trump. Une étude menée par deux chercheurs du centre Rafik Hariri pour le Moyen-Orient, soutiennent qu’en ce qui concerne la région du Maghreb, l’administration Trump gardera probablement le même niveau d’engagement que celle d’Obama, bien qu’elle mette l’accent sur des priorités politiques différentes.

Plusieurs nominations au nouveau cabinet de Trump, comme celles des généraux à la retraite Michael Flynn et James Mattis, donnent à penser que la nouvelle articulation diplomatique américaine sera non interventionniste, sauf dans les cas qui ont une prise directe sur la sécurité nationale des États-Unis. Cette vision du monde emprunte quelques traits à celle de l’administration Obama, qui s’était efforcée de sortir les Etats-Unis des bourbiers du Moyen-Orient. Toutefois, cette perspective mondiale sera probablement fondée sur le paradigme de la « forte sécurité d’abord » qui met l’accent sur l’instauration de l’ordre et de la stabilité dans les pays étrangers autant que sur le soutien au pluralisme et à la démocratisation. Elle pourrait également refléter la préférence présumée de Trump pour les hommes forts et les personnalités faisant autorité dans la région et ailleurs.

Michael Flynn choisi par Trump comme le conseiller en sécurité nationale de Trump, est un critique volubile et zélé non seulement de l’extrémisme musulman, mais aussi de la religion elle-même. Dans un discours prononcé en août 2016, le général trois étoiles à la retraite a déclaré que l’islam n’est pas une religion, mais une idéologie politique, et que l’islam est comme un «cancer malin». Une telle rhétorique du premier cercle de Trump suggère que le nouveau gouvernement pourrait noircir le trait des organisations islamistes internationales davantage que les administrations précédentes et, en termes de politique, cela pourrait conduire à classer le mouvement des Frères musulmans comme organisation terroriste étrangère.

L’Afrique du Nord ne sera certainement pas une priorité régionale pour Trump. Les seuls cas où le magnat de l’immobilier a mentionné la région pendant sa campagne électorale, c’était en parlant de la Libye, et uniquement au titre de la lutte contre l’Etat islamique (Daech). Pourtant, il ne fait aucun doute que les politiques de la nouvelle administration auront des conséquences pour les pays du Maghreb.

Evolution « minimale » à l’égard d’Alger et de Rabat

L’évolution de la politique US à l’égard du Maroc et de l’Algérie sera probablement minimale. L’administration Trump maintiendra et renforcera probablement les liens entre les États-Unis et Rabat même si un parti islamiste y détient la majorité au Parlement. Cette approche favorable au pays est due à la stabilité de la monarchie marocaine et au consensus relativement large dont elle jouit. L’administration Trump peut également renforcer les relations avec l’Algérie, qui joue un rôle essentiel dans le maintien des opérations de sécurité et de lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord. L’attention que le président Trump attache à la stabilité sera bien accueillie par les dirigeants des deux pays. Pour l’Algérie en particulier, cela signifiera probablement davantage d’appui à la coopération contre le terrorisme, qui est une priorité de longue date pour les décideurs politiques algériens.

Tunisie : La sécurité avant la démocratie

Alors que le soutien des États-Unis à la stabilité de la Tunisie se poursuivra en matière de développement politique et économique, il sera conçu sous l’angle de la sécurité plutôt que sous celui de la promotion de la démocratie. Une politique étrangère axée sur la sécurité poussera Trump à mettre l’accent sur le soutien à l’armée et aux forces de sécurité et à aider les efforts menés contre le terrorisme en Tunisie. Par conséquent, même si l’on reconnaît clairement l’importance du développement économique pour la stabilité du pays, l’aide à la sécurité sera la principale voie d’action pour cette dernière.

Il n’en résultera pas de conséquences immédiates sur la politique étrangère de la Tunisie, largement tributaire du soutien sécuritaire de l’Occident, notamment depuis les attaques terroristes de 2015. Une relation étroite avec les États-Unis est tout bénéfice pour la position du pays dans la région et au sein de la communauté internationale. Cependant, les politiques de Trump pourraient avoir un impact sur la politique intérieure tunisienne. La ligne anti-islamiste de l’administration américaine peut lui compliquer la tâche de travailler avec un gouvernement tunisien dans lequel un parti islamiste, Ennahda, joue un rôle important. Mais à l’instar du parti islamiste marocain, le mouvement Ennahdha a apporté la démonstration de sa capacité à agir dans un environnement pluraliste et à respecter les règles du processus de démocratisation. Dans le même temps, le mouvement Ennahdha pourrait avoir du mal à traiter avec une administration ouvertement anti-islamiste, mais il a scellé un certain nombre de compromis cruciaux ces dernières années et les dirigeants du parti reconnaissent l’utilité d’une relation forte avec l’administration Trump.

L’ « admiration » de Trump pour Sissi

Mais c’est sur la Libye que la politique étrangère de Trump aura probablement l’effet le plus sérieux. Le soutien déclaré de Trump aux hommes forts et aux vues anti-islamistes de l’administration poussera probablement les Etats-Unis, et peut-être leurs principaux alliés européens, à soutenir l’Egypte et son mandataire, le général Khalifa Haftar, dont l’armée nationale libyenne mène une guerre contre les islamistes dans l’Est de la Libye. Trump a exprimé à maintes reprises son admiration pour le chef égyptien Abdel Fattah el-Sissi et à sa lutte antiterroriste contre les extrémistes islamistes. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, a récemment rencontré le vice-président Mike Pence pour discuter des efforts communs américains et égyptiens en matière de sécurité. Des liens étroits entre Trump et Sissi pourraient pousser l’administration à appuyer Haftar et son combat anti-islamiste et à abandonner le soutien au processus soutenu par les Etats-Unis qui a débouché sur la formation d’un gouvernement d’unité faible.

Ceci pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la situation en Libye. Un changement de la communauté internationale, mené par les États-Unis, pourrait donner des ailes à Haftar pour renforcer son autorité dans tout le pays et poursuivre ses plans hégémoniques. Cela pourrait diviser le pays en deux ou plusieurs zones d’influence, ou pire, mener à une guerre totale entre l’armée nationale libyenne d’Haftar et ses adversaires occidentaux. Cela aurait un effet durable et dangereux sur la population libyenne, déjà aux prises avec la crise économique et des troubles sans fin.

Le changement de cap de Trump vers la stabilité et la sécurité, tout en ne constituant pas une refondation de la politique des États-Unis dans la région, sera perçu différemment par les différentes parties prenantes de chaque pays. Les activistes de la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et les partisans de la démocratisation réagiront négativement à ce qu’ils perçoivent comme un changement pro-autoritaire, tandis que les classes moyennes et les entrepreneurs vont probablement accueillir le soutien de l’administration américaine aux efforts de stabilisation de leurs propres gouvernements.

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Le prédicateur jihadiste qui a inspiré l’auteur de l’attentat de Sousse reçoit 123.000 £, soit 349.000 dinars tunisiens au titre de l’aide juridictionnelle dont il bénéficie pour annuler les procédures d’expulsion engagées à son encontre.

Hani al-Sibabi a obtenu l’argent public après avoir utilisé les lois sur les droits de l’homme, ce qui lui permet de vivre dans sa maison de 2,5 millions de dinars dans un quartier huppé de l’ouest de Londres avec sa femme et ses cinq enfants.

Le prédicateur, âgé de 55 ans, reçoit 50,000 livres sterling par an en prestations. Il est soupçonné d’avoir recruté et formé le terroriste Seifeddine Rezgui, qui a massacré 38 personnes, dont 30 Britanniques. C’est ce qui ressort des témoignages poignants faits en présence des familles des victimes britanniques au cours de l’enquête sur la mort de leurs proches à Sousse en 2015.

Hani al-Sibabi est déjà connu pour avoir fait l’apologie du chef d’Al-Qaïda, et appelé à la destruction de l’Egypte et de la Jordanie. En outre, il a qualifié de « grande victoire » les quatre explosions qui ont visé, en juillet 2005, les transports publics de Londres, faisant 56 morts et 700 blessés. Il est arrivé en Grande-Bretagne en tant que réfugié politique égyptien, mais il a été débouté de sa demande d’asile en 1998 raison de son appartenance au groupe terroriste du Jihad islamique.

Il a été emprisonné quand le gouvernement britannique a tenté de l’expulser, mais a été libéré après moins d’un an, l’Egypte n’ayant pas réussi à fournir des assurances qu’il ne courrait pas de danger. En vertu de la législation sur les droits de l’homme, les suspects doivent être en mesure de retourner dans leur pays sans risque d’être torturé ou tué.

Al-Sibai a reçu 123.000 £ au titre de l’aide juridictionnelle qu’il a utilisés pour payer les meilleurs avocats des droits de l’ homme, au cours des deux dernières décennies, bien qu’il figure sur la liste des sanctions terroristes de l’ONU, selon le Daily Mail .

En 2004, la Haute Cour a jugé que les 14 jours qu’il a purgés dans le cadre d’une peine de prison de dix mois à la quelle il avait été condamné entre 1998 et 1999 ne sont pas juridiquement fondés et qu’il était de son droit d’utiliser des fonds publics pour poursuivre les autorités. Il a reçu une indemnisation. Le journal précise que le ministère britannique de l’Intérieur n’en divulguera pas le montant.

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L’UGTT, réputée organisation ouvrière puissante, tient, depuis ce dimanche, son 23ème congrès en l’étant manifestement encore plus. En jouant comme elle l’a fait un rôle central dans la vie sociale et sans le dire explicitement politique du pays, il n’entrera sans doute pas dans sa logique de « s’arrêter en si bon chemin » !

« Allégeance à la Tunisie, fidélité aux martyrs et dévouement aux travailleurs ». Un slogan où transparaissent à tous les étages les ambitions que la centrale cultive et entend réaliser nonobstant l’équipe appelée à la diriger et, selon toute vraisemblance, sera celle de la liste de Noureddine Taboubi, un homme du sérail et plus encore compagnon de Houcine Abassi sous la houlette duquel l’organisation ouvrière a donné la mesure de son omnipotence en faisant en quelque sorte la pluie et le beau temps, dans une Tunisie en proie à une inédite effervescence due à la Révolution du 14 janvier, faite de troubles, de mouvements sociaux à répétition et d’affligeantes convulsions politiques et de maints épisodes d’insécurité due notamment au terrorisme.

On ne sait pas si le secrétaire général sortant va être entendu, mais il s’est autorisé à donner le la de ce qu’il importera de faire dans une sorte de feuille de route où il appelle à « la vigilance pour protéger l’unité de notre pays et sa réussite dans la mise en place d’un modèle politique et sociétal unique, dans son environnement ». Surtout, il a enjoint aux syndicalistes de «  préserver leur unité, leur indépendance et la position avant-gardiste de leur organisation et son rôle dans la protection de notre société, ses valeurs et ses équilibres politiques ».

Moteur du Dialogue national

On doit à la vérité de dire que, depuis son dernier congrès, l’UGTT est parvenue, notamment durant la transition politique, à consolider son rayonnement syndical et son rôle social et politique, devenant un acteur incontournable du paysage national et une force de pression, de proposition et de régulation au bénéfice des travailleurs. Nul ne peut nier non plus le rôle qui a été le sien dans le processus de consensus politique et du Dialogue national dont elle a été l’un des parrains majeurs, ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix. Mais dans le même temps, elle ne s’est pas dispensée de faire moins bien lorsqu’il s’était agi de désamorcer les tensions sociales pour rendre la vie difficile aux successifs gouvernements en place, placer la barre très haut, gagnée en cela par une virulente fièvre revendicative. L’extrême intransigeance dont elle avait la tyrannique habitude de faire montre dans les négociations salariales avec le gouvernement et l’organisation patronale, l’UTICA, en est l’exemple le plus patent. Mais il y avait aussi et surtout cette spirale des grèves, le plus souvent dans des secteurs stratégiques et en prise sur la vie des citoyens, que la centrale syndicale avalisait faisant fi des énormes difficultés que traversait l’économie du pays.

Un scrutin peu disputé !

On peut comprendre qu’en décidant et en agissant de la sorte, l’UGTT ait eu peu à faire pour ne pas céder à la pression des ses bases fébrilement déterminées à obtenir coûte que coûte gain de cause et arracher des avantages salariaux et autres que les pouvoirs publics et les entreprises étaient bien en peine d’accorder. Mais le propre d’une organisation syndicale n’est-il pas de pouvoir et savoir garder ses troupes et tempérer leurs ardeurs ?

L’espoir doit être formé que telle sera la ligne que suivra la nouvelle équipe qui sortira des urnes de ce 23ème congrès à l’issue d’un scrutin, d’ailleurs, peu âprement disputé. Le nouveau secrétaire général sur lequel sera porté le choix des congressistes et qui serait très probablement Noureddine Taboubi, est en mesure d’imprimer cette orientation à l’organisation ouvrière, passant pour un homme de compromis et porteur de synthèse même s’il est de lui qu’il a des accointances avec le mouvement d’Ennahdha sans être toutefois son homme. Mais par-delà toutes les considération qui présideraient à ce choix, il sera de la plus haute importance pour l’UGTT comme pour le pays que l’on rompe, même progressivement, avec cette ligne dure qui a caractérisé la direction sortante pour devoir s’engager dans une voie participative et hautement patriotique l’affranchissant de cette posture d’otage des revendications d’une base bien rivée aux formes de militantisme primaire.

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2017 apportera-t-elle dans son sillage pour la Tunisie un léger mieux économique ? Une question rituelle qui se pose au début de chaque année mais souvent démentie par les faits, surtout après la Révolution du 14 janvier. Plus précisément, la croissance remontera-t-elle à 3% comme le prévoient les conjoncturistes de la Banque mondiale et comme semble le penser sans la chiffrer le Directrice générale du Fonds monétaire internationale, Christine Lagarde ? Les propos qu’elle a tenus au sortir d’un entretien à Davos avec le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, ne peuvent pas passer inaperçus s’agissant d’un pays qui a continuellement maille à partir avec des chiffres de croissance qui peinent à concorder avec les anticipations des experts, si sérieux et éclairés soient-ils, interdisant toute perspective de redressement. Mais en prenant sur elle de dire que « les perspectives de croissance pour l’économie tunisienne se présentent mieux en 2017 qu’en 2016… avec un redémarrage dans un certain nombre de secteurs dont celui des phosphates », d’ordinaire, elle ne s’autoriserait pas à s’exprimer ex nihilo, pour autant qu’elle concède la difficulté des réformes qu’il y a strictement lieu d’engager.

En tout cas, des déclarations de cet aloi ont vocation à arranger la démonstration du chef du gouvernement qui se convainc déjà que « les tendances économiques sont en cours de renversement positif » pour donner corps à son ambition déclarée de voir l’année 2017 être celle de la relance économique et de l’accélération du rythme de croissance, grâce à l’investissement, la production, l’exportation et la création d’opportunités d’emplois pour les jeunes. Peu suspect de rhétorique, Youssef Chahed a l’ardente obligation de sortir des sentiers battus et rebattus par ses prédécesseurs, en fixant un cap clair à ce qu’il entend faire et surtout en ne se bornant plus à réagir aux événements pour passer vigoureusement à l’action, et rien que cela. De l’imagination, de la rigueur, de la lucidité, voilà ce qu’il importe de déployer pour donner désormais un sens à la gestion de la chose publique, sérieusement et fréquemment mise à mal en parfaite égalité par la classe politique et les citoyens qui n’ont pas encore pris la juste mesure des défis qui assaillent le pays et retardé d’autant la relance économique et la paix sociale, si nécessaires au redressement tant clamé mais jamais réalisé.

« Six ans, ça suffit » !

On se prend à se demander si le gouvernement a la ressource de s’engager dans cette voie et ultérieurement d’y aller de l’avant. Six ans, ça suffit ! C’est sous cette bannière que devra s’ordonner l’action de l’Etat en son entier, et pas uniquement celle de l’Exécutif. On entend par là une Représentation nationale qui se morfond sans fin dans des chicaneries dont elle a hérité de la précédente assemblée, laissant en jachère un travail législatif pourtant indispensable pour impulser et soutenir celui du gouvernement, et puis encore un pouvoir judiciaire plus occupé à faire des grèves et autres dérivés qu’à administrer la justice comme le lui prescrit sentencieusement sa vocation. Une conjonction qui grève immensément toute l’ordonnance du pouvoir et renvoie une piteuse image de son exercice.

Une configuration où l’on ne serait pas surpris de voir le chômage s’enfoncer profusément dans une spirale en tout point frustrante pour les jeunes, notamment pour les diplômés d’entre eux, un endettement extérieur flirter avec les sommets avec un stock de plus de 60 milliards de dinars, une productivité qui peine à se relever de son indigence presqu’endémique, des hommes d’affaires qui hésitent à investir, surtout dans les régions de l’intérieur et une balance commerciale qui ne finit pas de creuser son déficit. Le tout périclitant à l’enseigne d’un modèle économique unanimement jugé obsolète et d’un autre âge et que personne ne cherche à bousculer, au moins par des réformes fatalement douloureuses dont il est plus ou moins convenu, mais qui, telle l’Arlésienne, on ne les voit jamais. Pourtant, comme l’affirme l’expert Fayçal Derbel et néanmoins conseiller économique du chef du gouvernement, un modèle économique est d’une nécessité absolue, en précisant qu’aux fins de sa réalisation, il est indispensable de réaliser un taux de croissance de 7% sur les trois prochaines années. Une bouteille à la mer ! Ce serait déjà un exploit si on arrivait à en faire 3% cette année, 3,7% l’année prochaine et 4% celle d’après, comme le prévoit la Banque mondiale. Une perspective qui laisse en tout cas sceptique le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie. Alors !

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La ministre tunisienne du Tourisme a adressé une lettre à tous les hôtels du pays leur enjoignant de mettre à niveau la sécurité dans la foulée de l’attaque terroriste du musée du Bardo et avant l’attentat de Sousse, a-t-il été révélé mercredi au troisième jour du procès qui se tient à la cour royale de justice de Londres .

Selon l’enquête, la ministre, Selma Elloumi Rekik, a exigé dans cette lettre circulaire envoyé en mai 2015 que les hôtels surveillent les entrées des plages, parmi la batterie de mesures destinées à améliorer la sécurité dans les établissements hôteliers.

Andrew Ritchie, qui représente les familles de 20 victimes de l’attaque Sousse, a déclaré que la ministre a précisé avoir envoyé la lettre après l’attaque contre le Musée national du Bardo, le 18 mars, au cours de laquelle trois extrémistes islamistes ont tué 21 personnes, principalement des touristes de différentes nationalités européennes dont un Britannique. Ritchie a souligné que la lettre a été mentionnée dans une interview que la ministre avait accordée à une publication française.

Il ressort de l’enquête qu’une copie de la lettre ou de l’article n’a pas été formellement communiquée aux enquêteurs, ce qui a poussé Howard Stevens, qui représente la firme de Voyage Tui, à faire opposition de ce qu’il a qualifié de «lettre mystère», rapporte le quotidien « The Guardian » dans son compte-rendu d’audience.

TUI sur le gril

Interpellant Venancio Lopez, directeur général de la filiale Tui en Tunisie, Ritchie lui a posé deux questions: « Etiez-vous au courant que suite à l’attaque du Bardo, la ministre du Tourisme a annoncé que le gouvernement avait envoyé une lettre circulaire à tous les hôteliers leur demandant d’améliorer la sécurité? Saviez-vous que la lettre adressée aux hôtels exigeait de ces derniers de mettre en place des portiques de sécurité intérieure, des détecteurs de métaux pour le contrôle des châssis et le dessous des véhicules et pour la surveillance des entrées des plages? »

Dans sa réponse, Lopez a déclaré ne pas avoir connaissance de l’existence de la lettre. Lopez, dont le rôle consiste à vendre des vacances aux touristes sur le terrain en Tunisie, a affirmé à l’enquête qu’il n’était pas responsable de la «sécurité active» tels que les surveillants les caméras de vidéosurveillance.

Cependant, Tui l’a désigné comme son seul représentant à un certain nombre de réunions avec les ministres tunisiens et les fonctionnaires de l’ambassade du Royaume-Uni à Tunisie à la suite de l’attaque du Bardo, réunions consacrées à l’examen des questions de sécurité.

«Pourquoi Tui vous a dépêché à toutes ces réunions sur le risque terroriste? Avez-vous une formation en matière de risque terroriste », a demandé Ritchie. «Je suis la personne qui traite des problèmes avec les clients, » répond Lopez.

Dans une autre question à Lopez, Ritchie lui a demandé: «À un moment ou un autre, entre fin mars et le 26 juin, vous a-t-il été demandé par Tui Royaume-Uni de faire le tour de l’hôtel Imperial Marhaba pour voir si des améliorations ont été introduites en termes de sécurité? ». Lopez a répondu par la négative.

Ne pas faire peur aux touristes !

En ce qui concerne les agents de sécurité, Ritchie a donné lecture d’un extrait de la déclaration de Lopez, où il dit:  » tous les hôtels que nous avons utilisés ont leurs propres agents de sécurité. Les hôtels quatre et cinq étoiles s’y emploient. » Lopez a également souligné que les agents de la sécurité n’étaient jamais armés, ajoutant qu’il pense qu’il était contraire à la loi qu’ils le soient.

Luis rétorquant, Ritchie a indiqué que le coroner avait obtenu des conseils d’un cabinet d’avocats, selon lesquels il y avait effectivement un moyen pour les hôtels pour armer leurs agents de la sécurité.

Dans sa déclaration à l’enquête, Lopez avait affirmé que : «Nous voulions augmenter la sécurité en général, mais nous ne voulions pas les touristes aient peur à la vue d’une armée de police. »

Selon l’enquête, sur neuf hôtels, Marhaba Imperial avait le moins de caméras, six au total, tandis que d’autres hôtels en avaient jusqu’à 49.

Tui, qui détient Thomson Holidays, à travers lequel les 30 des Britanniques ont réservé leur voyage, devrait passer sous le gril pour sa gestion des conseils Voyage pour la Tunisie émis par le Foreign Office (FCO).

Les avocats représentant les familles de 20 victimes britanniques accusent Tui d’ «avoir pratiquement caché et retenu » les avertissements du Foreign Office sur le terrorisme en Tunisie, selon les documents produits préalablement à la reprise des enquêtes.

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Le gouvernement britannique a été prévenu du manque de sécurité dans les stations balnéaires en Tunisie des mois avant l’attentat de Sousse qui a fait 30 tués parmi les touristes britanniques, selon l’enquête.

Cité mardi par le Daily Mail, un rapport officiel préparé pour le gouvernement affirme que des hôtels dans la région de Sousse disposaient de «peu de sécurité efficace» pour prévenir ou répondre à une attaque à partir d’un point d’entrée de la plage.

Le terroriste Seifeddine Rezgui qui a tué 38 personnes à la station balnéaire de Port El Kantaoui, le 26 juin, 2015, a accédé aux lieux à partir de la plage pour déverser sa folie meurtrière sur un parcours de deux miles (plus de 3 kilomètres) avant d’être abattu.

Andrew Ritchie, qui représente les familles de 20 victimes, a déclaré au deuxième jour de l’audience sur la mort de 30 touristes britanniques, qu’un touriste qui a survécu à l’attaque avait affirmé qu’un agent de voyage l’avait assuré qu’il était à «100% sûr» de se rendre à Sousse, lors de sa réservation, quelques semaines après une attaque meurtrière perpétrée contre le musée du Bardo.

L’enquête sur la mort des victimes britanniques a souligné que ledit rapport a épinglé la sécurité au niveau des accès aux plages pour quelque 30 hôtels dans trois stations balnéaires du pourtour méditerranéen. Le terroriste a tué environ 10 de ses victimes sur la plage, puis a accédé à l’hôtel haut de gamme via l’entrée sablonneuse. L’établissement hôtelier avait déjà été visé par un attentat-suicide en octobre 2013, qui s’est soldé par la mort de son auteur sans faire d’autres tués, rappelle l’enquête.

Peu de mesures de sécurité efficaces

Donnant lecture d’extraits du rapport lourdement expurgé, lors de l’audience à la Cour royale de justice de Londres, Richie a indiqué que « vu que l’attaque contre l’hôtel Riadh Palms en octobre 2013 a été lancée à partir de la plage, une attention particulière a été accordée aux points d’accès à la plage.

‘Il (le rapport) ajoute: «Malgré une bonne infrastructure de sécurité autour des hôtels et stations balnéaires, il semble qu’il y ait peu de mesures de sécurité efficaces de nature à prévenir ou répondre à une attaque (à partir de la plage)’. ‘

Les enquêtes avaient déjà souligné que selon les directives officielles pour les touristes se rendant en Tunisie, il y avait un «risque élevé de terrorisme» au moment de l’attaque Sousse.

Les directives n’ont pas été actualisées pour être portées au plus haut niveau des avertissements déconseillant tous les voyages en Tunisie en dépit d’une précédente attaque terroriste contre le musée du Bardo en mars 2015, qui a tué 24 personnes, dont 20 touristes.

Le rapport de janvier 2015 relatif à la sécurité de l’hôtel a été élaboré par une personne non désignée nommément qui se trouvait à Mumbai en Inde au moment de l’attaque terroriste qui y a été perpétrée en 2008, précise l’enquête.

Une évaluation des risques terroristes faite pour le compte du Foreign Office quelques après le bain de sang de juin en Tunisie, a également mis en cause la sécurité dans les stations balnéaires.

La Commission nationale de lutte contre le terrorisme de Tunisie avait constaté que « la sécurité des installations dans les hôtels étaient généralement de faible niveau», bien que «certains hôtels se soient dotés d’une meilleure sécurité ».

Jane Marriott, directrice à la Direction du Moyen-Orient Afrique du Nord du ministère des Affaires étrangères au moment des attaques du Bardo et de Sousse, a déclaré à l’audience que, en raison du fait que, avant la révolution de 2011, la Tunisie avait été une dictature, les Tunisiens « voyaient mal une présence policière plus envahissante », ajoutant que «cela a rendu difficile pour les autorités d’être proactives vis-à-vis de la sécurité.»

La menace de Daech était précise

Selon un extrait du procès – verbal d’une réunion entre des responsables de l’ambassade britannique et des voyagistes en Tunisie peu après l’attaque du Bardo, « le personnel de l’Ambassade a exercé de fortes pressions pour retenir les touristes en Tunisie, tout en appelant à durcir le texte du conseil voyage pour refléter la gravité de l’incident ». Marriott qui n’assistait pas cette réunion, à déclaré à l’audience que « la réaction impulsive pouvait être le lot de tout le monde, mais je ne pense pas que ce soit le cas pour les responsables britanniques ».

Parmi les pièces versées au dossier figure un e-mail entre un consultant en sécurité et l’opérateur de Voyage TUI le lendemain de l’attaque terroriste contre le musée du Bardo, en mars 2015 où le consultant déclare que «  nous avons eu la vidéo postée sur YouTube par Daech en décembre où l’organisation menaçait de lancer des attaques terroristes en Tunisie où elle s’employait à installer son réseau, ajoutant qu’il voyait «  dans cette attaque le début de la campagne de Daech en Tunisie ».

A la question de Richie qui lui demandait si les touristes étaient visés par l’attentat du Bardo, La directrice au foreign Office a déclaré que « c’est ce qui nous a paru être », ajoutant cependant que « étant donné que le Parlement était réuni le même jour en séance plénière, nous ne pouvons pas dire d’une façon ou d’une autre ce que telle était la cible ».

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L’attentat de Sousse qui a fait 30 tués parmi les touristes britanniques en juin 2015, aurait pu être stoppé plus tôt et faire moins de victimes, a affirmé un coroner du Royaume-Uni, dans le rapport de son enquête sur la mort des vacanciers britanniques, à l’ouverture, ce lundi, des audiences sur l’attaque à la Cour royale de Londres.

Il a précisé que le rapport d’un juge tunisien a relevé des défaillances des unités de sécurité locales avant l’arrivée des policiers, ajoutant que ces derniers « ont été délibérément et sans justification aucune, lents pour retarder leur arrivée sur les lieux ».

La première audience de ce procès qui devrait durer sept semaines, a été ouverte par une minute de silence observée à la mémoire des victimes. Il a été donné lecture de la liste de leurs noms dans la salle d’audience bondée de leurs parents, alors que l’audience était retransmise en direct dans des tribunaux à Cardiff et à Stirling pour permettre aux survivants et aux proches des victimes de la suivre.

Samantha Leek, conseillère juridique de l’enquête, a déclaré que l’auteur de l’attaque, Seifeddine Rezgui « a systématiquement mis fin à la vie de 38 personnes qui avaient voyagé en Tunisie pour le plaisir … et la détente ». Elle a ajouté que le ministère tunisien de l’Intérieur a déclaré au juge en charge du dossier que les unités de la sûreté « avaient la capacité de mettre fin à l’attaque avant l’arrivée des policiers, mais ont mis un temps considérable pour se rendre à l’hôtel », affirmant que « les 38 touristes tués ont inutilement perdu la vie » dans la fusillade massive.

Passant en revue le déroulement des événements, elle a cité des témoignages de survivants qui pensent qu’il y avait un deuxième tireur sur la plage, précisant que Rezgui a fait exploser un certain nombre d’explosifs alors qu’il se déplaçait à travers l’hôtel, tuant 20 personnes sur la plage, huit dans l’hôtel et 10 dans les jardins de l’hôtel.

Un second tireur ?

Des images vidéo tirées d’une caméra de surveillance diffusées dans la salle d’audience ont montré que le tireur a été déposé dans une rue près de l’hôtel par une camionnette Peugeot de couleur blanche avant de se diriger à pied vers le lieu du drame en tenant un parasol sous le bras où il dissimulait son arme automatique.

L’attaque est survenue trois mois après celle perpétrée contre le Musée national du Bardo qui avait fait 21 tués, pour la plupart des touristes européens et une autre victime qui est décédée 10 jours plus tard.

Le juge Nicholas Loraine-Smith, devrait entendre un haut responsable au Foreign Office et du tour-opérateur TUI, la société mère de Thomson, qui a vendu les forfaits touristiques aux vacanciers britanniques. Les audiences vont être consacrées à l’examen de la probabilité de la menace terroriste qui pesait sur la Tunisie dans la foulée de l’attentat du Bardo. Au cours des sept semaines que dureront les audiences, il sera procédé à l’examen des circonstances de la mort de chaque victime individuellement, à quel moment et comment elle est intervenue.

Le FO et TUI sur la sellette

Vingt des familles des 30 victimes veulent savoir si leurs proches ont été informés de l’avis du Foreign Office qu’il y avait un risque élevé d’une attaque terroriste en Tunisie et si des mesures de sécurité spécifiques avaient été prises par l’hôtel.

La société de voyage Tui, devrait répondre de la façon dont elle appliqué les conseils Voyage du Foreign Office concernant la Tunisie. Les avocats représentant les familles des victimes ont accusé Tui d’avoir «pratiquement caché et retenu » les mises en garde du ministère britannique des Affaires étrangères sur les risques terroristes en Tunisie.

Elle a soutenu que les mesures qu’elle avait mises en place après l’attaque du Bardo étaient appropriées mais que l’attentat de Sousse a changé la situation et qu’elle y a répondu en conséquence.

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A quelques jours de l’ouverture à la Cour royale de justice à Londres du procès intenté par les ayants droit des 30 victimes britanniques de l’attentat de Sousse, de nouvelles vérités se sont fait jour, apportant une lumière inédite sur ce qui s’est réellement passé sur la plage de l’Imperial Palace. On les doit à l’émission Panorama de la BBC qui a mené une longue et minutieuse enquête sur l’affaire.

On a appris en guise de révélation majeure que le cerveau de l’attaque terroriste est le dénommé Chamseddine al-Sandi dont le nom a été cité dans les aveux de suspects arrêtés dans le cadre des investigations en juin 2015. Il est accusé aussi d’être le chef de la cellule terroriste qui avait commis l’attentat contre le musée du Bardo trois mois plus tôt.

Selon Panorama, Al-Sandi court toujours en Libye, alors que les autorités tunisiennes ont émis des mandats d’arrêt à son encontre au titre des deux attentats. Les documents obtenus par la BBC montrent aussi à quel point l’auteur de l’attaque de Sousse, Seifeddine Rezgui a travaillé étroitement avec le cellule du Bardo, décrivant comment il en a rencontré les membres dans des cafés et des mosquées à Tunis et comment il a été formé aux côtés de l’un d’eux dans un camp d’entraînement de Daech en Libye, sachant que les deux attentats ont été revendiqués par cette organisation terroriste.

Un avocat représentant la plupart des familles des victimes a déclaré à Panorama qu’il ignorait l’implication d’al-Sandi et qu’il n’a jamais vu son portrait auparavant. Demetrius Danas, avocat du cabinet Irwin Mitchell, a déclaré: «Je ne l’ai pas vu. Si vous avez raison, et si les familles en prenaient connaissance, elles seraient choquées de voir le visage de l’homme qui leur a causé tant de tristesse ».

Un « catalogue d’erreurs » de la police tunisienne !

L’enquête a également révélé ce qu’elle a appelé un «catalogue d’erreurs » commises par la police tunisienne le jour de l’attaque. Sur la foi des déclarations des policiers, elle indique que le chef de la police touristique de Sousse était à seulement cinq minutes du lieu du drame quand il a été informé de l’attaque, mais, pris de peur, il obliqué vers un poste de police proche à la recherche d’armes, puis il a rejoint le mauvais hôtel. La journaliste qui a mené l’enquête, Jane Corbin, a ajouté que l’un des deux policiers accourus sur les lieux du drame par mer, s’est évanoui sous l’effet de la peur, alors que son coéquipier s’est débarrassé de son uniforme réglementaire pour ne pas être pris pour cible par le tireur. Pourtant, les agents de la sûreté avaient une puissance de feu sans commune mesure avec celle du terroriste, ce qui n’a pas empêché ce dernier de se livrer à son carnage pendant 40 minutes en utilisant son fusil d’assaut Kalachnikov pour assassiner ses victimes, dont les 30 britanniques.

Le reportage de la BBC affirme que davantage aurait pu être fait pour protéger la vie des victimes. Il critique sévèrement le tour-opérateur Thomson pour ne pas avoir recruté assez de personnel de sécurité pour protéger l’Hôtel Impérial à Sousse. D’autant que, trois mois auparavant, 22 personnes avaient été tuées dans l’attaque terroriste du musée du Bardo dont le cerveau est le même que celui qui a été la cheville ouvrière de l’attentat de Sousse. Des clients de Thomson ont affirmé que le géant des vacances leur a déclaré que la destination Tunisie était sûre et qu’ils ne seraient pas remboursés s’ils annulaient leurs vacances. Il a été également reproché à Thomson d’avoir réduit ses prix durant les mois séparant les deux attaques, sans remboursements ni transferts pour les vacanciers concernés qui avaient payé plus de £ 2,000 pour leurs vacances.

Le Foreign Office a également été critiqué pour ne pas avoir mis en garde les Britanniques contre les voyages en Tunisie. Au cours des trois mois ayant suivi l’attentat du Bardo, 148.000 Britanniques ont voyagé en Tunisie. Le ministère britannique des Affaires étrangères s’est abstenu de tout commentaire avant la tenue du procès.

La supplique de Zohra Driss

La journaliste de la BBC a également rencontré la propriétaire de l’Hôtel Imperial, Zohra Driss qui lui a déclaré qu’elle avait l’intention de rouvrir l’établissement dans un futur proche et a exhorté le gouvernement britannique à changer ses conseils Voyage pour les vacanciers.

Mme Driss, a ajouté: «Nous sommes extrêmement vigilants maintenant en Tunisie, sur les plages, dans les aéroports, sur les routes, partout », concluant par cette supplique : « S’il vous plaît, annulez cette interdiction de Voyage car elle est inutile. Pour moi, elle a été prise juste pour punir la Tunisie. »

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