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Mohamed Lahmar

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La ministre tunisienne du Tourisme a adressé une lettre à tous les hôtels du pays leur enjoignant de mettre à niveau la sécurité dans la foulée de l’attaque terroriste du musée du Bardo et avant l’attentat de Sousse, a-t-il été révélé mercredi au troisième jour du procès qui se tient à la cour royale de justice de Londres .

Selon l’enquête, la ministre, Selma Elloumi Rekik, a exigé dans cette lettre circulaire envoyé en mai 2015 que les hôtels surveillent les entrées des plages, parmi la batterie de mesures destinées à améliorer la sécurité dans les établissements hôteliers.

Andrew Ritchie, qui représente les familles de 20 victimes de l’attaque Sousse, a déclaré que la ministre a précisé avoir envoyé la lettre après l’attaque contre le Musée national du Bardo, le 18 mars, au cours de laquelle trois extrémistes islamistes ont tué 21 personnes, principalement des touristes de différentes nationalités européennes dont un Britannique. Ritchie a souligné que la lettre a été mentionnée dans une interview que la ministre avait accordée à une publication française.

Il ressort de l’enquête qu’une copie de la lettre ou de l’article n’a pas été formellement communiquée aux enquêteurs, ce qui a poussé Howard Stevens, qui représente la firme de Voyage Tui, à faire opposition de ce qu’il a qualifié de «lettre mystère», rapporte le quotidien « The Guardian » dans son compte-rendu d’audience.

TUI sur le gril

Interpellant Venancio Lopez, directeur général de la filiale Tui en Tunisie, Ritchie lui a posé deux questions: « Etiez-vous au courant que suite à l’attaque du Bardo, la ministre du Tourisme a annoncé que le gouvernement avait envoyé une lettre circulaire à tous les hôteliers leur demandant d’améliorer la sécurité? Saviez-vous que la lettre adressée aux hôtels exigeait de ces derniers de mettre en place des portiques de sécurité intérieure, des détecteurs de métaux pour le contrôle des châssis et le dessous des véhicules et pour la surveillance des entrées des plages? »

Dans sa réponse, Lopez a déclaré ne pas avoir connaissance de l’existence de la lettre. Lopez, dont le rôle consiste à vendre des vacances aux touristes sur le terrain en Tunisie, a affirmé à l’enquête qu’il n’était pas responsable de la «sécurité active» tels que les surveillants les caméras de vidéosurveillance.

Cependant, Tui l’a désigné comme son seul représentant à un certain nombre de réunions avec les ministres tunisiens et les fonctionnaires de l’ambassade du Royaume-Uni à Tunisie à la suite de l’attaque du Bardo, réunions consacrées à l’examen des questions de sécurité.

«Pourquoi Tui vous a dépêché à toutes ces réunions sur le risque terroriste? Avez-vous une formation en matière de risque terroriste », a demandé Ritchie. «Je suis la personne qui traite des problèmes avec les clients, » répond Lopez.

Dans une autre question à Lopez, Ritchie lui a demandé: «À un moment ou un autre, entre fin mars et le 26 juin, vous a-t-il été demandé par Tui Royaume-Uni de faire le tour de l’hôtel Imperial Marhaba pour voir si des améliorations ont été introduites en termes de sécurité? ». Lopez a répondu par la négative.

Ne pas faire peur aux touristes !

En ce qui concerne les agents de sécurité, Ritchie a donné lecture d’un extrait de la déclaration de Lopez, où il dit:  » tous les hôtels que nous avons utilisés ont leurs propres agents de sécurité. Les hôtels quatre et cinq étoiles s’y emploient. » Lopez a également souligné que les agents de la sécurité n’étaient jamais armés, ajoutant qu’il pense qu’il était contraire à la loi qu’ils le soient.

Luis rétorquant, Ritchie a indiqué que le coroner avait obtenu des conseils d’un cabinet d’avocats, selon lesquels il y avait effectivement un moyen pour les hôtels pour armer leurs agents de la sécurité.

Dans sa déclaration à l’enquête, Lopez avait affirmé que : «Nous voulions augmenter la sécurité en général, mais nous ne voulions pas les touristes aient peur à la vue d’une armée de police. »

Selon l’enquête, sur neuf hôtels, Marhaba Imperial avait le moins de caméras, six au total, tandis que d’autres hôtels en avaient jusqu’à 49.

Tui, qui détient Thomson Holidays, à travers lequel les 30 des Britanniques ont réservé leur voyage, devrait passer sous le gril pour sa gestion des conseils Voyage pour la Tunisie émis par le Foreign Office (FCO).

Les avocats représentant les familles de 20 victimes britanniques accusent Tui d’ «avoir pratiquement caché et retenu » les avertissements du Foreign Office sur le terrorisme en Tunisie, selon les documents produits préalablement à la reprise des enquêtes.

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Le gouvernement britannique a été prévenu du manque de sécurité dans les stations balnéaires en Tunisie des mois avant l’attentat de Sousse qui a fait 30 tués parmi les touristes britanniques, selon l’enquête.

Cité mardi par le Daily Mail, un rapport officiel préparé pour le gouvernement affirme que des hôtels dans la région de Sousse disposaient de «peu de sécurité efficace» pour prévenir ou répondre à une attaque à partir d’un point d’entrée de la plage.

Le terroriste Seifeddine Rezgui qui a tué 38 personnes à la station balnéaire de Port El Kantaoui, le 26 juin, 2015, a accédé aux lieux à partir de la plage pour déverser sa folie meurtrière sur un parcours de deux miles (plus de 3 kilomètres) avant d’être abattu.

Andrew Ritchie, qui représente les familles de 20 victimes, a déclaré au deuxième jour de l’audience sur la mort de 30 touristes britanniques, qu’un touriste qui a survécu à l’attaque avait affirmé qu’un agent de voyage l’avait assuré qu’il était à «100% sûr» de se rendre à Sousse, lors de sa réservation, quelques semaines après une attaque meurtrière perpétrée contre le musée du Bardo.

L’enquête sur la mort des victimes britanniques a souligné que ledit rapport a épinglé la sécurité au niveau des accès aux plages pour quelque 30 hôtels dans trois stations balnéaires du pourtour méditerranéen. Le terroriste a tué environ 10 de ses victimes sur la plage, puis a accédé à l’hôtel haut de gamme via l’entrée sablonneuse. L’établissement hôtelier avait déjà été visé par un attentat-suicide en octobre 2013, qui s’est soldé par la mort de son auteur sans faire d’autres tués, rappelle l’enquête.

Peu de mesures de sécurité efficaces

Donnant lecture d’extraits du rapport lourdement expurgé, lors de l’audience à la Cour royale de justice de Londres, Richie a indiqué que « vu que l’attaque contre l’hôtel Riadh Palms en octobre 2013 a été lancée à partir de la plage, une attention particulière a été accordée aux points d’accès à la plage.

‘Il (le rapport) ajoute: «Malgré une bonne infrastructure de sécurité autour des hôtels et stations balnéaires, il semble qu’il y ait peu de mesures de sécurité efficaces de nature à prévenir ou répondre à une attaque (à partir de la plage)’. ‘

Les enquêtes avaient déjà souligné que selon les directives officielles pour les touristes se rendant en Tunisie, il y avait un «risque élevé de terrorisme» au moment de l’attaque Sousse.

Les directives n’ont pas été actualisées pour être portées au plus haut niveau des avertissements déconseillant tous les voyages en Tunisie en dépit d’une précédente attaque terroriste contre le musée du Bardo en mars 2015, qui a tué 24 personnes, dont 20 touristes.

Le rapport de janvier 2015 relatif à la sécurité de l’hôtel a été élaboré par une personne non désignée nommément qui se trouvait à Mumbai en Inde au moment de l’attaque terroriste qui y a été perpétrée en 2008, précise l’enquête.

Une évaluation des risques terroristes faite pour le compte du Foreign Office quelques après le bain de sang de juin en Tunisie, a également mis en cause la sécurité dans les stations balnéaires.

La Commission nationale de lutte contre le terrorisme de Tunisie avait constaté que « la sécurité des installations dans les hôtels étaient généralement de faible niveau», bien que «certains hôtels se soient dotés d’une meilleure sécurité ».

Jane Marriott, directrice à la Direction du Moyen-Orient Afrique du Nord du ministère des Affaires étrangères au moment des attaques du Bardo et de Sousse, a déclaré à l’audience que, en raison du fait que, avant la révolution de 2011, la Tunisie avait été une dictature, les Tunisiens « voyaient mal une présence policière plus envahissante », ajoutant que «cela a rendu difficile pour les autorités d’être proactives vis-à-vis de la sécurité.»

La menace de Daech était précise

Selon un extrait du procès – verbal d’une réunion entre des responsables de l’ambassade britannique et des voyagistes en Tunisie peu après l’attaque du Bardo, « le personnel de l’Ambassade a exercé de fortes pressions pour retenir les touristes en Tunisie, tout en appelant à durcir le texte du conseil voyage pour refléter la gravité de l’incident ». Marriott qui n’assistait pas cette réunion, à déclaré à l’audience que « la réaction impulsive pouvait être le lot de tout le monde, mais je ne pense pas que ce soit le cas pour les responsables britanniques ».

Parmi les pièces versées au dossier figure un e-mail entre un consultant en sécurité et l’opérateur de Voyage TUI le lendemain de l’attaque terroriste contre le musée du Bardo, en mars 2015 où le consultant déclare que «  nous avons eu la vidéo postée sur YouTube par Daech en décembre où l’organisation menaçait de lancer des attaques terroristes en Tunisie où elle s’employait à installer son réseau, ajoutant qu’il voyait «  dans cette attaque le début de la campagne de Daech en Tunisie ».

A la question de Richie qui lui demandait si les touristes étaient visés par l’attentat du Bardo, La directrice au foreign Office a déclaré que « c’est ce qui nous a paru être », ajoutant cependant que « étant donné que le Parlement était réuni le même jour en séance plénière, nous ne pouvons pas dire d’une façon ou d’une autre ce que telle était la cible ».

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L’attentat de Sousse qui a fait 30 tués parmi les touristes britanniques en juin 2015, aurait pu être stoppé plus tôt et faire moins de victimes, a affirmé un coroner du Royaume-Uni, dans le rapport de son enquête sur la mort des vacanciers britanniques, à l’ouverture, ce lundi, des audiences sur l’attaque à la Cour royale de Londres.

Il a précisé que le rapport d’un juge tunisien a relevé des défaillances des unités de sécurité locales avant l’arrivée des policiers, ajoutant que ces derniers « ont été délibérément et sans justification aucune, lents pour retarder leur arrivée sur les lieux ».

La première audience de ce procès qui devrait durer sept semaines, a été ouverte par une minute de silence observée à la mémoire des victimes. Il a été donné lecture de la liste de leurs noms dans la salle d’audience bondée de leurs parents, alors que l’audience était retransmise en direct dans des tribunaux à Cardiff et à Stirling pour permettre aux survivants et aux proches des victimes de la suivre.

Samantha Leek, conseillère juridique de l’enquête, a déclaré que l’auteur de l’attaque, Seifeddine Rezgui « a systématiquement mis fin à la vie de 38 personnes qui avaient voyagé en Tunisie pour le plaisir … et la détente ». Elle a ajouté que le ministère tunisien de l’Intérieur a déclaré au juge en charge du dossier que les unités de la sûreté « avaient la capacité de mettre fin à l’attaque avant l’arrivée des policiers, mais ont mis un temps considérable pour se rendre à l’hôtel », affirmant que « les 38 touristes tués ont inutilement perdu la vie » dans la fusillade massive.

Passant en revue le déroulement des événements, elle a cité des témoignages de survivants qui pensent qu’il y avait un deuxième tireur sur la plage, précisant que Rezgui a fait exploser un certain nombre d’explosifs alors qu’il se déplaçait à travers l’hôtel, tuant 20 personnes sur la plage, huit dans l’hôtel et 10 dans les jardins de l’hôtel.

Un second tireur ?

Des images vidéo tirées d’une caméra de surveillance diffusées dans la salle d’audience ont montré que le tireur a été déposé dans une rue près de l’hôtel par une camionnette Peugeot de couleur blanche avant de se diriger à pied vers le lieu du drame en tenant un parasol sous le bras où il dissimulait son arme automatique.

L’attaque est survenue trois mois après celle perpétrée contre le Musée national du Bardo qui avait fait 21 tués, pour la plupart des touristes européens et une autre victime qui est décédée 10 jours plus tard.

Le juge Nicholas Loraine-Smith, devrait entendre un haut responsable au Foreign Office et du tour-opérateur TUI, la société mère de Thomson, qui a vendu les forfaits touristiques aux vacanciers britanniques. Les audiences vont être consacrées à l’examen de la probabilité de la menace terroriste qui pesait sur la Tunisie dans la foulée de l’attentat du Bardo. Au cours des sept semaines que dureront les audiences, il sera procédé à l’examen des circonstances de la mort de chaque victime individuellement, à quel moment et comment elle est intervenue.

Le FO et TUI sur la sellette

Vingt des familles des 30 victimes veulent savoir si leurs proches ont été informés de l’avis du Foreign Office qu’il y avait un risque élevé d’une attaque terroriste en Tunisie et si des mesures de sécurité spécifiques avaient été prises par l’hôtel.

La société de voyage Tui, devrait répondre de la façon dont elle appliqué les conseils Voyage du Foreign Office concernant la Tunisie. Les avocats représentant les familles des victimes ont accusé Tui d’avoir «pratiquement caché et retenu » les mises en garde du ministère britannique des Affaires étrangères sur les risques terroristes en Tunisie.

Elle a soutenu que les mesures qu’elle avait mises en place après l’attaque du Bardo étaient appropriées mais que l’attentat de Sousse a changé la situation et qu’elle y a répondu en conséquence.

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A quelques jours de l’ouverture à la Cour royale de justice à Londres du procès intenté par les ayants droit des 30 victimes britanniques de l’attentat de Sousse, de nouvelles vérités se sont fait jour, apportant une lumière inédite sur ce qui s’est réellement passé sur la plage de l’Imperial Palace. On les doit à l’émission Panorama de la BBC qui a mené une longue et minutieuse enquête sur l’affaire.

On a appris en guise de révélation majeure que le cerveau de l’attaque terroriste est le dénommé Chamseddine al-Sandi dont le nom a été cité dans les aveux de suspects arrêtés dans le cadre des investigations en juin 2015. Il est accusé aussi d’être le chef de la cellule terroriste qui avait commis l’attentat contre le musée du Bardo trois mois plus tôt.

Selon Panorama, Al-Sandi court toujours en Libye, alors que les autorités tunisiennes ont émis des mandats d’arrêt à son encontre au titre des deux attentats. Les documents obtenus par la BBC montrent aussi à quel point l’auteur de l’attaque de Sousse, Seifeddine Rezgui a travaillé étroitement avec le cellule du Bardo, décrivant comment il en a rencontré les membres dans des cafés et des mosquées à Tunis et comment il a été formé aux côtés de l’un d’eux dans un camp d’entraînement de Daech en Libye, sachant que les deux attentats ont été revendiqués par cette organisation terroriste.

Un avocat représentant la plupart des familles des victimes a déclaré à Panorama qu’il ignorait l’implication d’al-Sandi et qu’il n’a jamais vu son portrait auparavant. Demetrius Danas, avocat du cabinet Irwin Mitchell, a déclaré: «Je ne l’ai pas vu. Si vous avez raison, et si les familles en prenaient connaissance, elles seraient choquées de voir le visage de l’homme qui leur a causé tant de tristesse ».

Un « catalogue d’erreurs » de la police tunisienne !

L’enquête a également révélé ce qu’elle a appelé un «catalogue d’erreurs » commises par la police tunisienne le jour de l’attaque. Sur la foi des déclarations des policiers, elle indique que le chef de la police touristique de Sousse était à seulement cinq minutes du lieu du drame quand il a été informé de l’attaque, mais, pris de peur, il obliqué vers un poste de police proche à la recherche d’armes, puis il a rejoint le mauvais hôtel. La journaliste qui a mené l’enquête, Jane Corbin, a ajouté que l’un des deux policiers accourus sur les lieux du drame par mer, s’est évanoui sous l’effet de la peur, alors que son coéquipier s’est débarrassé de son uniforme réglementaire pour ne pas être pris pour cible par le tireur. Pourtant, les agents de la sûreté avaient une puissance de feu sans commune mesure avec celle du terroriste, ce qui n’a pas empêché ce dernier de se livrer à son carnage pendant 40 minutes en utilisant son fusil d’assaut Kalachnikov pour assassiner ses victimes, dont les 30 britanniques.

Le reportage de la BBC affirme que davantage aurait pu être fait pour protéger la vie des victimes. Il critique sévèrement le tour-opérateur Thomson pour ne pas avoir recruté assez de personnel de sécurité pour protéger l’Hôtel Impérial à Sousse. D’autant que, trois mois auparavant, 22 personnes avaient été tuées dans l’attaque terroriste du musée du Bardo dont le cerveau est le même que celui qui a été la cheville ouvrière de l’attentat de Sousse. Des clients de Thomson ont affirmé que le géant des vacances leur a déclaré que la destination Tunisie était sûre et qu’ils ne seraient pas remboursés s’ils annulaient leurs vacances. Il a été également reproché à Thomson d’avoir réduit ses prix durant les mois séparant les deux attaques, sans remboursements ni transferts pour les vacanciers concernés qui avaient payé plus de £ 2,000 pour leurs vacances.

Le Foreign Office a également été critiqué pour ne pas avoir mis en garde les Britanniques contre les voyages en Tunisie. Au cours des trois mois ayant suivi l’attentat du Bardo, 148.000 Britanniques ont voyagé en Tunisie. Le ministère britannique des Affaires étrangères s’est abstenu de tout commentaire avant la tenue du procès.

La supplique de Zohra Driss

La journaliste de la BBC a également rencontré la propriétaire de l’Hôtel Imperial, Zohra Driss qui lui a déclaré qu’elle avait l’intention de rouvrir l’établissement dans un futur proche et a exhorté le gouvernement britannique à changer ses conseils Voyage pour les vacanciers.

Mme Driss, a ajouté: «Nous sommes extrêmement vigilants maintenant en Tunisie, sur les plages, dans les aéroports, sur les routes, partout », concluant par cette supplique : « S’il vous plaît, annulez cette interdiction de Voyage car elle est inutile. Pour moi, elle a été prise juste pour punir la Tunisie. »

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L’avenue Habib Bourguiba à Tunis a vibré ce dimanche au son de la colère contre le retour des terroristes au sortir de leurs sinistres équipées en Syrie, en Irak , en Libye, et peut-être dans d’autres contrées erronément désignées sous l’expression de « zones de tension ». Des centaines de Tunisiens et de Tunisiennes de la société civile et d’autres bords ont manifesté pour exprimer leur implacable rejet de toute velléité d’un retour dans le pays des milliers des leurs « concitoyens » transformés par Daech et organisations assimilées en véritables machines à tuer. Il faut y voir l’expression de sentiments de peur, de découragement, surtout de rage d’une population pour qui désormais, il est clair que chacun en Tunisie est en passe de devenir une cible potentielle, n’importe où, quand, n’importe comment, et par n’importe quel jihadiste terroriste exalté.

Moins que de la panique, c’est une réaction lucide et raisonnée à une perspective chargée de tous les risques de devenir une réalité pour peu qu’on se laisse aller à la moindre forme d’indolence vis-à vis d’individus d’autant plus capables de tout qu’ils ont été programmés par leur mentors pour officier comme des terroristes de la pire espèce pour lesquels l’acte immonde et monstrueux est une banalité de tous les instants et un passeport pour le paradis avec lesquels on a naturellement le sentiment que tout peut arriver. C’est aussi un réflexe d’autodéfense qui prend racine           dans le fait que comme le cheval de Troie, l’ennemi est sur place, terré là où on l’attend le moins, pouvant être hébergé par de nombreuses cellules dormantes en état de lui fournir tout le soutien dont il aura besoin. Et ce ne sont pas les armes qui manquent, de véritables arsenaux dont les forces de sécurité ont débusqué des quantités, alors que d’autres sont encore dans la nature.

Un message sans ambigüité

A la vérité, la manifestation de ce dimanche et celles qui vont les suivre dans la foulée sont destinées en parfaite égalité aussi à ceux qui disent s’accommoder de ce retour et appellent insidieusement les Tunisiens à en faire autant. C’est également un message sans ambigüité aux légions de politiciens et activistes qui invoquent le droit et la loi pour plaider en faveur d’un traitement juridique et judiciaire ordinaire dont doivent, à leurs yeux, bénéficier les terroristes de retour, puisant dans un maquis de textes et de « valeurs et principes » pour donner pertinence et crédit à leurs préconisations.

En chœur et sans la moindre dissonance, les manifestants, bravant le froid et sous une pluie battante, ont dit tout l’écœurement que suscite en eux les plaidoyers et les déclarations faussement lénifiantes faites par les « soutiens » et ceux qui prennent quelque part fait et cause pour les ces pestiférés de terroristes. « Retour des terroristes, grande menace contre la sûreté du pays », « Non au retour des terroristes au pays », « Tous les Tunisiens contre le terrorisme », « On ne pardonne pas les criminels et on refuse leur retour », scandaient les centaines de manifestants scandaient-ils également. Et puis et surtout, il y a cette adresse reprise en boucle : « Ghannouchi, ces terroristes sont tes enfants et non pas ceux de la Tunisie ». Il faut dire que le chef du mouvement Ennahdha n’était pas blanc comme neige dans ce qui est regardé comme sa défense des « returnees ». Après avoir dorloté comme ses enfants les salafistes, il est revenu dernièrement à la charge pour asséner cette déroutante ordalie concernant Daech présenté sous les contours d’une « image de l’islam en colère, une image de l’islam qui perd la raison, mais nous on ne peut pas qualifier de mécréant quelqu’un qui dit ‘il n’y a de Dieu que Dieu. On peut lui dire qu’il est injuste, qu’il est dans l’erreur, qu’il est extrémiste, qu’il est radical mais on ne peut pas lui dire qu’il est mécréant ».

Les « aménités » de Ghannouchi

Des propos qui ont mis le feu aux poudres et qui continuent de soulever un tollé général à l’instar d’autres tenus par des hommes politiques, stigmatisés par les manifestants comme « graves » et catastrophiques » pour avoir affirmé qu’il n’y a rien de mal à ce que les terroristes tunisiens de retours du Levant, d’Irak et de Libye reviennent dans leur pays. Dans ce concert de protestations, le gouvernement est vivement appelé à faire montre de la plus grande fermeté contre ces jihadistes pour immuniser le pays contre le danger qu’ils représentent pour la sécurité de la Nation et des citoyens. Le collectif citoyen, par exemple, envisage de lancer, au concret, un plan d’action visant la sensibilisation des citoyens et des pouvoirs politiques quant aux conséquences du retour des terroristes tunisiens.

Il s’agit de la création de trois commissions qui œuvreront, notamment, au renforcement de la coopération judiciaire avec les pays concernés par ce fléau pour classer les terroristes traitres de la patrie, l’amendement des articles 54 et 57 de la loi antiterroriste en levant la restriction sur les délais d’écoute et d’infiltration.

Comme on peut le voir, le sursaut de la société civile n’a rien de panique. Il est l’expression d’une réaction qui a vocation à être mobilisatrice aussi largement que possible, mais également un relais qui porte le sentiment général profond des Tunisiens que pour eux, le retour des terroristes est une question vitale, à traiter sans compromis ni compromission, celle d’une partie de la classe politique.

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De tous temps, la démarcation entre l’action syndicale et la politique a été embrumée, sans contours précis, ouvrant des boulevards dans lesquels l’un et l’autre s’autorisent à s’insinuer, brouillant les cartes et revendiquant des périmètres qui ne sont pas les leurs. Le problème prend un relief particulier en démocratie, plus encore dans les pays qui s’y essayent comme la Tunisie où les règles tardent à être définitivement convenues pour donner lieu à une sorte de guérilla où la conquête des territoires sociaux est entendue comme un exercice légitime sous peine de déboucher sur des empiètements de différents ordres.

Jeudi soir, lors d’une émission télévisée de grande écoute, on a vu et entendu le secrétaire général du syndicat de l’enseignement secondaire, Lassaâd Yacoubi, demander, pour la énième fois, la tête du ministre de l’Education, Néji Jalloul, pour avoir humilié, disons manqué de respect, envers les enseignants, et aussi pour mal gérer son département. Dans son envolée, il a aussi menacé de poursuite des grèves et des mouvements de protestation au cas où le chef du gouvernement garderait son ministre. Un syndicaliste est-il dans son rôle dès lors qu’il exige du chef du gouvernement de limoger un ministre de son cabinet ? Telle est, loin de toute autre considération, la fondamentale interrogation qui se pose. Elle interpelle et inquiète même, d’autant que constitutionnellement, c’est au chef du gouvernement qu’il appartient, comme le stipule l’article 92 de la Loi fondamentale, de procéder aux « nominations aux emplois civils supérieurs et leurs cessations. Ces emplois sont fixés par loi ».

Nonobstant les griefs et la gravité de ce qui peut être reproché à un ministre en exercice, il n’incombe à personne, sauf au chef du gouvernement, d’apprécier l’opportunité de se séparer des services d’un membre de son gouvernement, et par conséquent de le décider. C’est un impératif et un principe intangible de l’action gouvernementale. Y déroger pour quelque motif que ce soit créerait immanquablement un précédent tout aussi immanquablement fâcheux qui ôte tout fondement pertinent à l’ordonnance de l’activité de l’Etat et l’exposerait au discrédit. Constitutionnellement et politiquement donc, ce ne serait rigoureusement pas la bonne décision à prendre.

Certes il arrive au pouvoir syndical dans la démocratie d’aujourd’hui de céder à la tentation de dépasser son rôle de contre-pouvoir, et de vouloir que la concertation avec le gouvernement ne se limite pas à une consultation, mais cela lui interdit, dans tous les cas de figure, de participer réellement à l’élaboration de la décision politique.

Savoir arbitrer entre les intérêts

Sans doute, le pouvoir syndical sort-il ce faisant de son rôle traditionnel et largement convenu. Mais force est de reconnaître que pareille évolution présente des dangers incontestables, en mêlant le syndical et le politique. Et ceci peut avoir cependant des aspects positifs si les syndicats se montrent capables d’arbitrer entre les intérêts particuliers et l’intérêt national, entre les intérêts des catégories privilégiées et ceux de ceux qui le sont moins. Mais nous ne sommes pas dans cette logique.

D’abord, parce que les syndicats, comme les définit entre autres Max Weber, ne sont que des groupes de pression spécialisés « dans l’étude et la défense des droits et des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels des personnes visées par leurs statuts ». Et à l’instar de toute organisation, ils cultivent une identité spécifique qui tient aux objectifs qu’ils poursuivent dans la défense des intérêts professionnels de leurs membres,           autant qu’aux moyens spécifiques qu’ils emploient pour les atteindre, nommément actions revendicatives, grèves, négociations et manifestations.

Ensuite, il est établi que l’action syndicale a un effet sur la politique, et il ne saurait en être autrement puisque qu’il y a un droit du travail qui est élaboré et voté par les politiques. Mais l’action syndicale se doit de rester dans la défense des salariés, pas dans le contre-pouvoir politique, l’idéologie politique. Prendre ses aises avec cette frontière reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore, avec toutes les conséquences et les tentations qui pourraient en découler dans un pays qui cherche à se doter d’une architecture qui jette les fondements d’un pouvoir universellement accepté à l’enseigne de la démocratie et de l’effective participation de tous à la chose publique.

Siérait-il à un corps enseignant qui officie dans une institution, émanation de la nation, donc du peuple, regardée comme la dépositaire de ses références intellectuelles et morales, de se laisser aller à des exercices purement politiques qui entachent sa vocation et lui valent l’exaspération des élèves et des parents due à des grèves à répétition et qui souvent, ont peu lieu d’être ?

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Cela fait un bail que les Tunisiens, dans leur écrasante majorité, appréhendent le retour des terroristes sans en faire un drame. En faisant depuis quelques semaines une si virale irruption dans le débat publique, la question tourne carrément à la paranoïa que nourrit sans trêve une polémique où chacun y va de sa théorie mais où, circonstance aggravante, le sommet de l’Exécutif, présidence de la République et Primature, se signalent par une cacophonie, déconcertante pour l’harmonie de l’Etat, et déroutante pour l’opinion publique. A une telle enseigne que l’impression s’est vite formée que l’on tire à hue et à dia, entraînant dans ce sillage toute la classe politique et l’ensemble de la société civile.

Combien sont-ils, de quoi sont-ils capables, sont-ils dangereux autant qu’ils sont, que faudra-t-il en faire, a-t-on les moyens de les mettre hors d’état de nuire ? Les interrogations abondent qui donnent toute la mesure de la panique qui est en train de s’emparer du pays sans que soit clairement et définitivement identifiés l’étendue de la menace qu’ils présentent et le danger qu’ils font courir à la Tunisie. Alors que l’heure du retour approche à grands pas à mesure que s’accélère l’allure de la débâcle des terroristes en Syrie, en Irak et en Libye, le gouvernement en est encore au stade de la réflexion sur une stratégie propre à neutraliser les « returnees » tunisiens sans que soit arrêté l’arsenal des premières mesures urgentes pour le faire. Il s’y greffe même une logomachie presque philosophique sur les bases constitutionnelles, légales et judiciaires de l’action à entreprendre. Dans cet exercice, à l’évidence, c’est l’essentiel qu’on galvaude, alors même que l’urgence commande des décisions énergiques, immédiatement applicables, et des moyens conséquents pour leur donner corps et efficience.

C’est la vanité même d’épiloguer, dès lors qu’il y a péril en la demeure, sur les garanties qu’il importe de mettre en place pour que les terroristes de retour puissent bénéficier en termes de droits de l’Homme et des traitements y associés, alors que c’est la sécurité du citoyen tunisien qui est notoirement en jeu et que la commission d’un acte terroriste n’est pas une vue de l’esprit, mais une probabilité plus que vraisemblable qu’il faut considérer avec tout le sérieux qui s’y attache. D’autant que, suite à des années passées sur le terrain, certains terroristes sont devenus de véritables machines à tuer, sans le moindre état d’âme. Ils connaissent toutes les filières pour se procurer des armes, alors que d’autres sont devenus des experts en matière de fabrication et d’utilisation d’explosifs qu’ils peuvent confectionner à partir de produits de consommation courantes, tels que les fertilisants et les engrais. Certes, tous les « returnees » ne sont pas à ranger dans cette catégorie, mais un seul peut déclencher le drame tant redouté, et il faut parer à toutes les éventualités, même celles provenant des seconds couteaux et de la chair à canon, tels qu’utilisés par leurs commettants de Daech ou d’Ennosra.

Le devoir de protection

La Tunisie a un devoir de protection envers son peuple. Elle a l’incontournable obligation de prendre les mesures qui immunisent les Tunisiens contre un danger si imminent et si précis sans s’embarrasser d’inutiles scrupules vis-à-vis de terroristes aguerris et même de ceux qui le sont moins ou pas du tout. Car, comme l’atteste l’expérience, l’immersion dans l’univers du terrorisme a ceci de particulier d’ouvrir grandes les portes de l’enfer quel que soit le rang du préposé à l’acte. Il n’en demeure pas moins utile de savoir gérer la principale difficulté qui réside dans le fait qu’il n’y a pas une mesure unique qui permette de traiter ces retours car la multiplicité des profils appelle une variété et une approche sur mesure des différentes situations. Le ministère de l’Intérieur affirme qu’il a les moyens de le faire avec une base de données constamment actualisée avec force chiffres et registres qui permettent à ses services de traiter avec la rigueur et le professionnalisme requis les flux attendus de ceux qui retourneraient dans le pays. Son patron, Hédi Mejdoub, tout en concédant que la question du retour des Tunisiens des foyers de tension préoccupe autant la population, a affirmé qu’il ne faut pas non plus qu’elle prenne beaucoup d’ampleur. Le ministère est capable de gérer les Tunisiens de retour des foyers de tension, a-t-il assuré.

Venant d’un ministre de l’Intérieur, ces propos ont de quoi être lénifiants, et on peut leur prêter crédit sur la foi des réussites alignées par ledit ministère tout au long de l’année qui vient de s’achever. Mais force est de noter aussi que l’on n’est pas totalement sur le même registre. Ceux dont on craint le retour sont d’un autre acabit, dont le profil est totalement inédit, ce qui appelle des réponses autrement vigoureuses et à toute épreuve au rebours des tâtonnements et des couacs débités en guise d’assurances, notamment par les locataires de Carthage et de la Kasbah.

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Vieille de bientôt un quart de siècle, la funeste loi 52 relative à la consommation des stupéfiants, promulguée le 18 mai 1992, va être rangée au magasin des vieilles lunes. Elle sera remplacée par une autre dont le projet est actuellement discuté par la commission de législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple. Une loi scélérate, sans doute, sauf qu’elle n’a pas été votée dans l’urgence, autrement dit mûrement et sournoisement réfléchie pour réprimer un fait de délinquance qui aurait pu et surtout dû être traité différemment, la juridiction saisie étant pieds et poings liés par le caractère dérogatoire du droit commun du texte applicable, ôtant au juge tout pouvoir d’appréciation et opportunité d’intime conviction. La suite, on la connaît : les interpellés, surtout les primo-délinquants, sont jetés en prison à tour de bras, gonflant une population carcérale déjà surabondante, un taux de récidive exponentiel, des vies démolies, des existences abimées, le plus souvent pour un simple joint, alors que, dans le même temps, le fléau prend une ampleur sans précédent.

Un aveuglement qui a pris beaucoup de temps avant que le législateur se dessille et se résolve à apporter à un problème de santé publique autre chose que la criminalisation tous azimuts des usagers et le recours massif à l’enfermement, accompagnant la naissance d’un « Etat carcéral », pour parler comme certains auteurs. Pour autant, le « tout répressif » n’est pas totalement abandonné sauf pour les consommateurs qui ont pour la première fois maille à partir avec la justice auxquels est reconnue la latitude de solliciter des soins et une thérapie leur permettant d’échapper à une peine privative de liberté et d’accéder à un traitement de substitution et à la couverture sociale. A cet égard, une commission nationale a été créée ainsi qu’un réseau de commissions régionales ayant vocation à prendre en charge les consommateurs placés ainsi dans des établissements publics ou privés dédiés, pour apporter des traitements aussi bien préventifs que curatifs.

Pour le reste, cependant, et comme le souligne l’exposé des motifs du nouveau projet de loi, est maintenu le caractère répressif des faits liés au commerce illicite des stupéfiants, généralement structuré et transfrontalier, et ce au travers de nouveaux mécanismes d’investigation, en soutien aux attributions et prérogatives de la justice pénale en matière de poursuites judiciaires, en accord avec les normes internationales, précise l’exposé des motifs.

Mais la nouveauté majeure introduite par la nouvelle législation est celle qui abroge aux fins d’annulation les dispositions de l’article 12 de la loi 52 interdisant explicitement au magistrat de faire bénéficier des circonstances atténuantes telles que prévues par l’article 53 du Code pénal tous les accusés de faits liés aux stupéfiants qu’il s’agisse de consommation, de détention à des fins de consommation, de fréquentation de lieux où l’on se livre aux stupéfiants ou des différents crimes y associés. Une injonction à laquelle le juge est rigoureusement astreint notamment en ce qui concerne le délit de consommation où la peine prononcée doit invariablement être d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 1000 dinars au minimum. Aux termes de la nouvelle loi, la juridiction saisie récupère son pouvoir d’appréciation et est habilitée à remplacer la peine privative de liberté par le travail d’intérêt général. S’y ajoute une peine complémentaire, celle du retrait du permis de conduire dont le juge fixera la durée.

L’injonction thérapeutique

C’est assurément l’avancée la plus remarquable de l’abrogation de la loi 52. Avec l’introduction de l’injonction thérapeutique, la prison cesse d’être un endroit pour le toxicomane et ne saurait être une réponse à un problème de santé publique qui ne cesse de se développer. Décidée par le ministère public, elle conduit à un classement sans suite lorsqu’un usager engage une démarche thérapeutique. Dans le cas contraire, elle débouche, notamment en cas de récidive, sur des poursuites. Il s’agit donc d’une mesure soumise à des critères strictement judiciaires. Néanmoins, on se gardera bien de considérer pour acquis qu’il existe et existera une infrastructure de soins et de thérapie qui puisse répondre aux objectifs qui lui sont assignés par le législateur. Ce serait comme si on mettait la charrue avant les bœufs, sachant que pareille expérience avait été tentée par le passé, par l’ouverture d’un centre dédié à Sfax, qui s’est retrouvé sans ressources matérielles et humaines pour devoir cesser d’exister. Cette fois-ci, il ne s’agira pas d’un centre orphelin, mais de tout un réseau qui devra couvrir tout le territoire du pays eu égard au nombre pléthorique, prévoit-on, des postulants à ce mécanisme, au moins pour échapper à la sanction carcérale.

D’autant que l’offre de la « zatla » en Tunisie est en net accroissement, et la demande pareillement. D’autant aussi que le cannabis est devenu moins cher, plus dosé et plus accessible que jamais, et recherché par pratiquement toutes les catégories de la population, jeunes et moins jeunes, riches et pauvres, filles et garçons, élèves, étudiants, employés, chômeurs… Tous en quête de paradis artificiels sous la pression de la conjoncture économique et sociale et des difficultés d’emploi et d’insertion. Au point que la Tunisie est devenue l’un des pays de la région où les niveaux de consommation de stupéfiants sont parmi les plus élevés.

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Les Tunisiens ne se sont pas mis sur leur trente-et-un (décembre) pour joindre deux années, 2016 qu’ils avaient hâte et à cœur d’oublier et 2017 dont ils craignent qu’elle soit au mieux l’exacte réplique de la précédente. Des appréhensions qui tirent leur essence d’une situation économique si mauvaise qu’elle est tenue en l’état par une autre, politique, qui empoisonne la vie à un peuple qui peine à voir le bout du tunnel, bientôt six ans après une révolution dont il a célébré la survenance pour retomber presqu’aussitôt dans la désillusion.

2016 a été, économiquement parlant, une année affligeante sous tous les rapports, qui a vu quasiment l’ensemble des paramètres cligner au rouge, pour ne pas dire pire. Une croissance au plus bas, un chômage au plus haut, des déficits qui se creusent à vue d’œil, un endettement exponentiel, un investissement léthargique, avec, en filigrane, l’improvisation érigée en système de gouvernement. La tentation serait forte d’attribuer la responsabilité de ce sombre tableau à l’Etat, qui cherche encore l’introuvable vision qui lui permette de tracer une voie claire pour reprendre les choses en main pour affirmer son autorité partout où elle est bafouée, mais autant à ses partenaires sociaux pris des démons que l’on sait, et plus encore aux Tunisiens eux-mêmes qui n’ont pas pris la vraie mesure des défis qui les assaillent.

Avec un dérisoire taux de croissance de 1,5% au lieu des 2,5% prévus, il tiendrait mathématiquement du miracle de faire grand-chose et de ne pas échapper à la rituelle loi des finances complémentaire pour combler un trou de 3,3 milliards de dinars et bien davantage en 2017. Un exercice dont les gouvernements de l’après-Révolution sont invariablement coutumiers pour s’être heurtés en chemin à des « imprévus » dont le financement est d’autant plus inapproprié qu’il se répercutera sur l’exercice suivant, précipitant les caisses de l’Etat dans une spirale sans fin. C’est assurément dévastateur pour le chômage dont le taux de 15,5% demeure une plaie qu’il sera difficile de résorber alors que les universités déversent chaque année sur le marché du travail des centaines de milliers de diplômés qui ne trouvent pas acquéreur. Un écueil social de moins en moins gérable en raison de ses répercussions de divers ordres, notamment sécuritaire et sociétal.

S’y greffe un déficit budgétaire de 5,7% du PIB alors que la norme convenue est de 3% , nourri par un taux d’endettement public de 63,9% du PIB en 2016, soit 10 points de plus qu’en 2015, sans parler de l’endettement extérieur qui devrait grimper à 66,2% du PIB, un taux sans aucune mesure avec celui attendu en 2017, pas moins de 70%, avec les remboursements du service de la dette, ce qui pourrait placer la Tunisie dans la posture du pays tenu de demander le rééchelonnement de sa dette, une première dans son histoire.

L’inflation est de retour

Des tourments aussi avec le retour de l’inflation qui, après une parenthèse massivement saluée sous le gouvernement Essid, est en train de faire une inquiétante réapparition, atteignant 4% en novembre 2016, un symptôme patent de la dégradation du pouvoir d’achat, qui devrait abonder dans ce sens cette année avec le retour presqu’acquis des tensions inflationnistes et ipso facto de la flambée des prix.

2016, c’était aussi la dégringolade de la production pétrolière et du phosphate. Le bassin minier a toujours aussi mauvaise mine avec une crise qui dure depuis cinq années consécutives, occasionnant aux caisses de l’Etat des pertes de 5 milliards de dinars pour cause d’une chute de la production de 60%. Et ce qui s’y passe ne semble présager de rien de bon, avec des arrêts de travail récurrents, des grèves qui s’enchaînent, le plus souvent pour des causes obscures, notamment à l’occasion de la proclamation des résultats de concours de recrutement ou tout simplement de retard dans le paiement de primes. Une hémorragie qui n’est pas près d’être stoppée malgré les « gestes de bonne volonté » du gouvernement. S’agissant du pétrole et du gaz, la production n’est pas logée à meilleure enseigne avec une production qui s’amenuise pour une raison ou pour une autre, comme ce fut le cas de Petrofac qui n’arrive pas à se relever des graves convulsions qui n’ont de cesse de la secouer au point que la compagnie envisage sérieusement de quitter définitivement le pays dont la production gazière se trouvera, ce faisant, amputée de 12%.

La funeste question du Dinar

Plus grave encore est la situation dans le secteur du tourisme qui croule sous les effets des attentats terroristes de 2015, et dont les recettes sont en constante chute due aux interdictions de voyage décrétées par nombre de pays émetteurs, notamment la Grande-Bretagne. L’attaque de Berlin, dont l’auteur présumé est un ressortissant tunisien, n’est pas pour arranger les choses, même si un léger redressement est constaté suite aux flux, il est vrai épisodiques, des Russes et des Algériens.

Enfin, il y a la funeste question du Dinar et de sa descente aux enfers. Au 29 décembre, il s’est déprécié de -14,1% par rapport au dollar contre une régression de – 7,6% en 2015, de – 11,5% en 2014 et de -6,1% en 2013, selon les derniers chiffres de la Banque centrale de Tunisie. Et il y a fort à parier que la tendance ne sera pas près de s’arrêter là au regard de l’ordonnance générale de l’économie tunisienne toujours suspendue aux appréciations des agences notation qui enchaînent les dégradations souveraines.

2017 sera-t-elle moins mauvaise ? Le président de la République et le gouvernement sont affirmatifs : l’économie ira mieux et l’année qui s’ouvre sera celle du décollage économique, soutiennent-ils sans autre forme de procès. Ils invoquent en chœur et sans ambages les résultats de la conférence internationale pour l’investissement Tunisie 2020, les engagements financiers qui y ont été pris et les promesses faites. Attendons voir !

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La récente attaque terroriste contre le marché de Noël de Berlin, qui a fait 12 tués et plus de 50 blessés, a jeté une ombre sur les fêtes de fin d’année à travers l’Europe. Vue de Tunis, elle a également eu un impact majeur, quoique différent, la Tunisie, après tout, est le pays d’origine d’Anis Amri, qui en est l’auteur présumé.

Comme les Européens, les Tunisiens craignent le terrorisme. Mais ils ne craignent pas seulement des attaques terroristes individuelles, comme celles du musée du Bardo à Tunis et de Sousse en 2015, ou même les nombreux assassinats politiques qui ont endeuillé le pays depuis le changement de régime en 2011. Les Tunisiens craignent que les bouleversements sociaux détruisent leur jeune démocratie, remarquable mais fragile. La Libye voisine offre un exemple frappant de ce que cela pourrait avoir l’air, selon Erik Berglöf, directeur de l’Institut des affaires internationales à la London School of Economics and Political Science

La façon dont le gouvernement tunisien tente de gérer en solitaire la situation n’est pas séduisante. Les Tunisiens savent que leur Etat est faible et est incapable de les protéger comme il se doit. Ils pourraient finir comme l’Egypte, qui est en train de devenir un Etat policier, ou glisser dans l’orientation prise par l’Algérie, où un bref flirt avec l’Islam politique il y a 25 ans a cédé la place à une répression musclée et des années de violent conflit.

Pis encore, les préoccupations concernant le terrorisme ont tout abîmé sauf l’importante industrie du tourisme, ce qui affaiblit sérieusement l’économie. Corrélativement, un pays qui reçoit déjà le soutien du Fonds monétaire international tente d’acheter la stabilité sociale en augmentant les recrutements dans le secteur public. Pour maîtriser le déficit budgétaire exponentiel, il a choisi d’augmenter les impôts, ce qui réduit la croissance.

Une spirale institutionnalisée

Cette spirale s’est institutionnalisée, alors que les principaux syndicats ne lâchent pas prise et que la société civile déchante. Les jeunes, en particulier, perdent confiance dans les institutions, un problème grave dans un pays où 38% de la population est âgée de moins de 25 ans.

Erik Berglöf qui a rencontré à Tunis des jeunes à l’occasion d’une conférence organisée par l’ONG britannique Forward Thinking, qui prône la compréhension entre le christianisme et l’islam, a constaté que ses interlocuteurs qui viennent de tout le spectre politique, ont une chose en commun: ils se considèrent comme des victimes de la mondialisation. A leurs yeux, la communauté internationale conspire contre eux, ce qui compromet leurs chances de trouver un emploi et de fonder une famille. Cette perception a créé un terrain fertile pour les recruteurs terroristes; La Tunisie a envoyé plus de djihadistes que tout autre pays pour combattre en Syrie et en Irak.

La menace du terrorisme transfrontalier a attiré l’attention internationale sur la Tunisie. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle il y a lieu de s’inquiéter sur le sort du pays. La Tunisie reste une lueur d’espoir pour la démocratie et la liberté politique dans la région. La communauté internationale doit aider à veiller à ce que la Tunisie puisse donner forme au potentiel de la révolution. Ceci doit inclure un soutien aux réformes visant le renforcement des institutions de l’Etat.

La crainte est que l’Europe ferme ses portes !

En dépit de tous ses défauts, le dialogue politique qui a été initié en Tunisie, grâce au mouvement islamiste Ennahda et aux partis non-religieux représentés au Parlement, a sauvé le pays de l’abîme politique. Mais à moins que le gouvernement puisse s’investir dans les réformes, le dialogue va s’effondrer, les perspectives des jeunes de Tunisie, à l’avenant.

Pour savoir comment s’en tenir face à une crise migratoire plus vaste, tout en atténuant ses dangers pour les migrants eux-mêmes, d’autres approches doivent être convenues avec des partenaires crédibles. Sur ce registre, la Tunisie fait figure de bon candidat. L’Europe a déjà été en mesure de négocier des accords avec la Tunisie pour restreindre les flux de migrants et renvoyer chez eux les déboutés du droit d’asile.

Cependant, l’attaque de Berlin a révélé les limites de la capacité institutionnelle de la Tunisie. Apparemment, l’expulsion d’Anis Amri de l’Allemagne a été retardée en raison de la lenteur de la bureaucratie tunisienne à confirmer son statut de ressortissant tunisien.

Voilà pourquoi la communauté internationale doit allouer à la Tunisie assez de ressources pour renforcer les institutions de l’Etat autant que la société civile, ainsi qu’une vision d’une intégration plus étroite avec l’UE pour que le processus politique soit mené à bon port, comme elle l’a fait en Ukraine, par exemple. Il ne saurait être question d’une adhésion à l’UE, mais d’une ouverture des marchés et d’un assouplissement des restrictions de visas (certes difficile à faire accepter après le massacre de Berlin).

La crainte, en Tunisie, est que l’Europe ferme ses portes. Une éventualité qui s’est précisée sitôt on a su que l’auteur de l’attaque de Berlin est de nationalité tunisienne. En tentant de s’isoler du monde extérieur, l’Europe finira par priver les citoyens de ce pays de tout espoir d’une vie meilleure chez eux, craint le directeur de London School of Economics and Political Science.

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Frustrée, ostracisée, laissée-pour-compte et surtout interdite d’espoir, la jeunesse tunisienne est tout cela à la fois. Six ans après une révolution dont ils n’ont vu que dalle, les jeunes du pays rongent leur frein dans l’attente de jours meilleurs qui ne viennent pas, sans doute pas avant longtemps au risque de s’essayer à des exercices aux contours douteux et aux fins fatales. C’est que pour eux, les jours s’égrènent à la cadence d’une spirale où tout est dépeuplé dans une Nation qu’ils ressentent comme une usine à frustrations associées à un mal-être endémique.

Formant les deux-tiers d’une population qui aurait pu en compter davantage n’eût-été la relativement salutaire politique de contrôle des naissances lancée dès l’aube de l’Indépendance, les jeunes de ce début de siècle auraient été logés à moins mauvaise enseigne si leurs gouvernants de naguère et d’aujourd’hui avaient mieux compris leurs attentes et saisi à leur juste valeur leurs aspirations. Qu’il se soit agi d’éducation, de formation, d’emploi, ou de culture, la culture dans toutes ses acceptions, les politiques mises en place ont fait lamentablement fausse route, car mal pensées et tout aussi impétueusement conduites. Faute de stratégies lucidement articulées et de vision même moyennement sagace, le cours des choses s’est misérablement travesti, miné en cela par une architecture politique fondée sur un exercice solitaire du pouvoir d’autant moins nécessaire qu’il étranglait les libertés dont les jeunes avaient avidement soif, et abîmait leurs chances de prospérer et de devenir ce qu’ils ambitionnaient d’être.

Parce que l’enseignement qui leur était dispensé à tous les étages était anachronique, sans partie liée avec l’air du temps, déconnecté du marché de l’emploi et ponctué de « réformes » aussi nombreuses qu’inutiles, il n’a fait que gonfler les légions des chômeurs, sans qualifications adéquates pour des postes qui cherchaient preneurs, alors que la fonction publique, constamment sursaturée mais prise d’assaut, épuisait et épuise encore les caisses de l’Etat sans livrer les prestations dont les usagers ont besoin. Le secteur privé, faute d’investissement, n’était pas mieux loti pour offrir du travail avec une croissance régulièrement déclinante pour flirter avec la valeur nulle et s’y installer à perpétuelle demeure. Résultat des courses : un chômage scotché au taux de 16% ou presque sans perspective de redressement avec des gouvernements peu enclins et incapables de faire bouger les lignes et une classe politique occupée à faire autre chose que ce qui lui dicte son mandat.

L’espérance bafouée

Autant dire que tous les ingrédients sont là pour nourrir cette vaste et virulente frustration qui habite chaque jour encore plus une jeunesse aux abois, sans perspective ni option sur l’avenir, bref une jeunesse programmée pour se révolter comme elle l’a montré un certain 14 janvier 2011 sans pour autant voir le bout du tunnel, ni une ténue lueur d’espoir que les choses allaient réellement changer. Il n’en fallait pas davantage pour que nos jeunes cèdent aux sirènes du terrorisme, des déviations de toutes sortes, et pour les plus sages d’entre eux à la tentation du départ.

Une étude réalisée par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) révèle que « sur un échantillon de 1168 jeunes tunisiens, 45.2% âgés entre 18 et 34 ans disent vouloir émigrer vers l’Europe ». Elle démontre qu’environ 25% des jeunes ont pensé à émigrer au lendemain de la révolution et que 30% pensaient déjà à quitter le pays auparavant. Déjà, 35 mille jeunes tunisiens ont émigré clandestinement vers l’Europe depuis 2011, un chiffre beaucoup supérieur à celui avancé par le gouvernement qui parle de 20 mille personnes. Il s’agit pour l’essentiel de jeunes et d’étudiants, non chômeurs, issus de quartiers marginalisés et victimes d’exclusion économique et sociale. Plus de 1500 personnes, dont mille Tunisiens, ont trouvé la mort en tentant de franchir illégalement les frontières maritimes italiennes.

A l’origine de ce flux migratoire, la détérioration des conditions de vie, la menace terroriste, la multiplication des mouvements de manifestation -notamment dans les régions intérieures- l’absence de solutions, le départ de plusieurs investisseurs étrangers, le recul du secteur touristique et l’impossibilité d’améliorer les conditions de travail dans le secteur agricole.

Un diagnostic accablant qui illustre toute la désespérance bafouée d’une jeunesse livrée à elle-même, dans l’indifférence presque totale de ceux qui ont vocation de la prendre en charge, de lui fixer un cap d’avenir et de lui donner l’espoir, si mince soit-il, que les lendemains seront moins mauvais.

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Déjà copieusement tumultueux, le débat public en Tunisie vient de se lester d’un casse-tête dont personne ne conteste le bien-fondé tant ses conséquences sont potentiellement désastreuses pour la sécurité du pays. C’est celui des jihadistes de retour des zones de tension, des « returnees » qui se préparent à revenir en masse sous les coups de boutoir qui leur sont assénés en Syrie, en Irak et en Libye. Que faudra-t-il en faire : les accepter, les refouler, les laisser dans la nature ou les punir ? Chacun y va de sa petite idée. D’aucuns préconisent de les déchoir de la nationalité tunisienne, d’autres de les interner dans des centres dédiés, d’autres encore de tenter de les « réformer ».Mais aussi, il y a ceux qui estiment qu’il faut faire avec en leur permettant de revenir au bercail moyennant soit des poursuites judiciaires, soit des thérapies d’autant plus fantaisistes qu’elles sont rigoureusement inopérantes.

La confusion s’installe même à la tête de l’Etat avec les palinodies du président de la République qui dit la chose et son contraire et au sein du gouvernement qui, là encore, se signale par une absence de vision qui ajoute à la complexité du dossier. La société civile, elle, et comme à son habitude, se répand en manifestations et mouvements assimilés pour relayer, dit-elle, le fin fond du tempérament national qui est hostile au retour de ces jihadistes « irrécupérables », alors que nombre de politiques plaident pour la déchéance de nationalité.

A première vue, pareille préconisation enfreint une disposition majeure de la Constitution qui, dans son article 25 stipule que « il est interdit de déchoir de sa nationalité tunisienne tout citoyen, ou           l’exiler ou l’extrader ou l’empêcher de retourner dans son pays ». Mais dans le même temps, il existe une disposition légale toujours en vigueur, qui soutient le contraire. C’est l’article 32 du code de la nationalité libellé en ces termes : « Perd la nationalité tunisienne, le Tunisien qui, remplissant un emploi dans un service public d’un Etat étranger ou dans une armée étrangère, le conserve, passé le délai d’un mois après l’injonction de résigner qui lui aura été faite par le Gouvernement tunisien, à moins qu’il ne soit établi qu’il a été dans l’impossibilité de le faire. Dans ce dernier cas, le délai d’un mois court seulement du jour où la cause de l’impossibilité a disparu. L’intéressé est libéré de son allégeance à l’égard de la Tunisie, à la date du décret qui prononcera la perte de la nationalité tunisienne ».

Dans ce sac de nœuds juridique, chacun peut avoir raison comme il peut avoir tort, mais, s’agissant de terrorisme, le principe de la hiérarchie des textes peut se prêter à des interprétions dictées par l’intérêt supérieur de la Nation, comme cela a été fait dans maints Etats en proie au terrorisme. Les gouvernants tunisiens succomberont-ils à cette tentation ou choisiront-ils d’amender la Constitution, indiscutablement par voie de référendum, pour se donner les moyens légaux d’immuniser le pays contre un danger réel ? En tout cas, il apparaît comme urgentissime qu’un mécanisme juridique soit trouvé pour que le problème des « returnees »           soit abordé avec tout le sérieux que dicte son extrême et imminente gravité, sans se perdre dans les palabres dont la classe politique est coutumière.

Les autres voies de la déradicalisation

Incontestablement, la Tunisie est en face d’une question qui ne souffre aucun atermoiement ni contretemps. Déjà 800 jihadistes de retour se trouvent sur son territoire, selon un décompte officiel du ministère de l’Intérieur qui tempère en affirmant détenir toutes les données les concernant. Un chiffre qui est appelé à passer du simple au quadruple voire au quintuple au vu de la cadence à laquelle s’accélère la déroute des organisations terroristes dans les foyers de conflits.

Visiblement, c’est l’option sécuritaire qui est, pour l’heure, la plus privilégiée pour s’attaquer à l’incommensurable problème des « returnees » même s’il n’y a pas assez de place pour les incarcérer. Certes, d’autres alternatives sont débattues comme par exemple les centres de « désintoxication » jihadiste qui ont essaimé dans maints pays aux prises avec pareille situation. Mais pourrait-on les repliquer en Tunisie, sachant que tels établissements requièrent d’immenses moyens financiers et des ressources humaines hautement qualifiées pour des résultats hypothétiques.

Le cas le plus fréquemment cité sur ce registre est celui de l’Arabie saoudite qui a lancé en 2004 un vaste programme de déradicalisation et de réhabilitation dont les initiateurs affirment qu’il a été un « énorme succès » avec 90 % de pensionnaires ayant renoncé à leur vision du monde radicale et 1.500 prisonniers sur les 3.200 insérés dans le programme libérés. Mai selon le Middle East Institute, ce sont les 10% restants qui posent problème, car ce chiffre inclut les extrémistes emprisonnés les plus violent et les plus dangereux. Bien que ces prisonniers soient peu susceptibles d’être libérés, réhabilités ou non, leur pourcentage signifie surtout que la campagne de réhabilitation n’est efficace que sur les délinquants mineurs et les sympathisants djihadistes lesquels peuvent être déjà à la recherche d’une alternative au djihadisme, compte tenu des déceptions dues aux circonstances de leur capture.

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La Tunisie va bientôt devenir l’un des bénéficiaires majeurs de l’aide étrangère dans le monde. Mais cet afflux d’argent étranger pourrait étouffer la demande pour les changements structurels qui sont nécessaires pour maintenir à flot cette démocratie naissante, selon le Washington Post qui souligne que l’aide généreusement dispensée à la Tunisie est censée améliorer l’économie du pays, désamorcer les troubles et accompagner la transition démocratique. Mais à moins que l’aide ne soit soigneusement ciblée, elle ne servira qu’à regonfler les perspectives politiques de la coalition gouvernementale sans lui dicter d’engager de véritables réformes.

L’octroi à la Tunisie d’une aide étrangère à des niveaux si substantiels, la plaçant dans le premier tiers des pays bénéficiaires dans le monde d’ici à 2013, s’est accéléré au cours des deux dernières années. L’aide bilatérale du gouvernement américain, à elle seule, a doublé entre 2014 et 2015, en dépit d’un contexte budgétaire difficile. Le Parlement Européen a accepté de doubler l’aide pour la porter à près de 400 millions d’euros par an et a appelé à un «plan Marshall» pour soutenir la démocratie en Tunisie. Le mois dernier, la conférence « Tunisie 2020 » a drainé au pays une myriade de nouveaux engagements d’aide et de prêts de pays étrangers totalisant 14 milliards de dinars, soit 35 pour cent du PIB de la Tunisie, autant que le budget total proposé par le gouvernement pour 2017.

La crise économique, un problème politique

La crise économique de la Tunisie n’est pas due uniquement au manque de fonds. C’est un problème politique qui appelle une solution politique. Certaines aides, comme les programmes de soutien à une société civile de plus en plus sûre d’elle-même, ont déjà eu un effet bénéfique sur l’amélioration de la transparence du gouvernement et la conscience politique et sociale. Mais une aide qui n’est pas minutieusement conçue pour bénéficier au plus grand nombre au lieu de se borner à légitimer la coalition au pouvoir, finira par tourner court. Des décennies de recherche en sciences politiques et économiques ont abouti à la conclusion que le potentiel de l’aide étrangère à promouvoir la croissance économique dépend essentiellement de la transparence des institutions gouvernementales. Récemment, des chercheurs utilisant de nouvelles données complètes sur l’aide étrangère ont montré que l’aide tend à « amplifier » les institutions politiques existantes et les rendre résistantes au changement, pour le meilleur ou pour le pire.

Des tendances contreproductives liées à la corruption se font jour en Tunisie, ce qui mine les intentions derrière l’aide. Le favoritisme dont bénéficient les puissantes familles de l’élite a été un problème endémique et paralysant depuis l’époque où Zine el-Abidine Ben Ali était au pouvoir. Et dans un récent sondage, 36 pour cent des chefs d’entreprises ont déclaré que la corruption est un «obstacle majeur» pour faire des affaires, et 32 pour cent ont dit qu’ils offriraient des «cadeaux» si leurs entreprises étaient en concurrence pour les marchés publics. Des recherches sur le terrain en Tunisie cette année ont révélé que de puissants conglomérats contrôlent l’accès à des contrats lucratifs avec des entreprises publiques, en empêchant les petites entreprises d’y soumissionner. Dès lors que les plus grandes entreprises en Tunisie appartiennent à l’État, ceci pose un grave problème.

Avenir démocratique incertain !

Les parlementaires ont eu de nombreuses occasions de proposer des réformes politiques visant à lutter contre la corruption. Mais peu de progrès ont été accomplis. La refonte de l’archaïque code de l’investissement en Tunisie a pris plus de deux ans d’efforts persévérants pour finalement être adoptée le mois dernier dans une version édulcorée avec des perspectives douteuses pour améliorer la croissance économique. Le Parlement a créé une instance de lutte contre la corruption dirigée par un avocat fougueux, qui a, depuis, annoncé son intention de poursuivre en justice les fonctionnaires et les hommes d’affaires. Cependant, en dépit de sa volonté de porter la question sur la place publique, l’instance doit encore poursuivre toute personne autre que les fonctionnaires subalternes sur des accusations de petite corruption. Ces maigres résultats sont dus en partie au fait que l’instance n’est habilitée qu’à déférer les affaires devant les tribunaux, lesquels sont accusés de complicité avec des hommes d’affaires corrompus.

La transition démocratique en Tunisie a bien besoin d’une importante aide économique extérieure. Mais un soutien inconditionnel du gouvernement actuel qui ne lie pas l’aide aux mesures contre la corruption et pour la transparence va saper l’opposition politique et envoyer à l’opinion publique le message que rien n’a changé et que le statu quo a de beaux jours devant lui. Une aide octroyée en l’absence de ces conditions dispenserait la coalition gouvernementale de l’urgence de s’attaquer à des chantiers difficiles, lui donnant la possibilité de s’attribuer le mérite de l’aide même si elle retarde la mise en place de réformes concrètes. La Tunisie a besoin de voir émerger une nouvelle contre-coalition autour de la réforme, qui fédère les jeunes désenchantés par l’impasse politique, les chefs des petites entreprises, les entrepreneurs et les professionnels dont l’intérêt est fermement attaché à une plus grande transparence du gouvernement et à l’innovation économique.

Pour conférer de la stabilité à cette nouvelle démocratie, les élites politiques tunisiennes doivent s’investir dans un changement structurel profond pour démanteler les importants réseaux du capitalisme de copinage qui entravent le développement économique. En l’absence de telles reconfigurations politiques, l’avenir démocratique de la Tunisie restera incertain.

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Faute de l’apprendre de la bouche des responsables tunisiens, c’est en Israël même qu’a été confirmé l’assassinat par le Mossad de l’ingénieur aéronautique tunisien Mohamed Zouari. Et c’est le correspondant militaire de l’influent journal israélien Yediot Aharonot, Alex Fisherman, qui s’en est chargé dans un article où il a détaillé le message que les services de renseignement israéliens ont voulu adresser à Hamas.

Il a d’abord estimé que les auteurs de l’assassinat voulaient que tout le monde sache que la victime a trouvé la mort dans la ville où elle était née 49 ans auparavant avec huit balles dans le corps. En outre, le cerveau de l’opération a tenu à ce que le mouvement Hamas lui-même révèle la nature de l’activité de Mohamed Zouari au sein de l’organisation et impute la responsabilité de son assassinat au Mossad. « Rendre publiques ces informations est un élément de dissuasion dans la guerre quotidienne contre le ‘terrorisme’ qui a lieu non seulement le long des frontières mais aussi à des milliers de kilomètres d’Israël », selon les dires de Fisherman qui note que, quelques heures après l’opération, les forces de sécurité tunisiennes ont annoncé avoir saisi les voitures des auteurs de l’assassinat où ont été trouvées des armes ainsi que des téléphones cellulaires, sans doute laissés à dessein.

Il y a aussi des assassinats tranquilles. Il suffit de se rappeler la tentative d’assassinat de Khaled Mashaal en Jordanie, ou l’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh à Dubaï, qui étaient tous deux à la fois supposés « mourir de mort naturelle » sans aucune trace de violence. Ces cas ont fait les manchettes de l’actualité en raison de l’impossibilité de garder secrètes ces opérations. L’assassinat de Zouari rappelle celui des scientifiques iraniens qui ont été tués par des hommes armés en pleine rue. Ces assassinats ont fait rapidement les gros titres de la presse, et là encore le Mossad est pointé d’un doigt accusateur.

Citant la presse tunisienne, Alex Fisherman a fait état de plusieurs tentatives pour mettre en garde l’ingénieur et le dissuader de poursuivre sa collaboration avec les organisations « terroristes ». L’assassinat était apparemment le dernier moyen de l’arrêter, a souligné le correspondant militaire de Yediot Aharonot, qui ajoute sur un air de fausse ingénue que «  s’il y a une part de vérité dans l’affirmation selon laquelle Israël était derrière l’assassinat, on peut supposer que celui qui a donné le feu vert à l’opération – en d’autres termes, la plus haute personnalité politique de l’Etat- a estimé que l’assassinat arrêterait les organisations palestiniennes de se doter de capacités qu’ Israël considère comme une «ligne rouge».

D’après des rapports étrangers cités par la même source, Israël opère en Syrie pour contrecarrer les livraisons d’armes au Hezbollah, comme elle l’a fait au Soudan pour barrer la route à la contrebande d’armes vers Hamas. Si Zouari était effectivement une cible pour Israël, l’étendue des dégâts due à ses activités justifierait hautement le risque d’avoir des ennuis avec la Tunisie, un pays avec lequel Israël serait heureux d’entretenir des relations.

L’ « arme surprise »

La presse tunisienne a indiqué que le talentueux ingénieur n’est pas spécialisé uniquement dans la fabrication des drones, mais a également commencé à développer des systèmes robotiques pour l’armement marin. Si le Hamas mettait la main sur une telle capacité, cela mettrait en danger les bâtiments de la Marine israélienne et les plates-formes de forage de puits de pétrole, ce qui représente une menace très problématique pour Israël.

Les officiers du Commandement Sud affirment que la force de dissuasion d’Israël vis-à-vis de Hamas est limitée dans le temps. Il y a une course aux armements qui a lieu entre la construction du mur anti-tunnel qu’Israël érige le long des frontières de la bande de Gaza et les intenses préparatifs de guerre menés par Hamas.

A ce jour, le mouvement Hamas a achevé la construction de près de 100 kilomètres de tunnels défensifs. Dans le même temps, il a essayé de reconstruire presque la totalité du tunnel offensif à la frontière avec Israël, détruit lors de la guerre de Gaza de 2014. L’organisation a considérablement augmenté sa puissance sous-marine, tente de ramener les capacités de ses roquettes aux volumes et gammes qui étaient les leurs auparavant et a augmenté ses unités spéciales – la Nukhba – portant leurs effectifs à environ 4000 personnes. Surtout, Hamas mobilise d’énormes énergies dans la fabrication de l’«arme surprise», qui peut saper le moral d’Israël et sa détermination à combattre. L’un de ces plans porte sur le domaine robotique – tant en mer que dans les airs. L’assassinat de l’ingénieur tunisien pourrait perturber ou au moins retarder les activités d’armement du Hamas dans ces domaines, conclut le correspondant militaire de Yediot Aharonot.

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L’affaire de l’assassinat de l’ingénieur aéronautique tunisien Mohamed Zouari, déjà énigmatique au départ, est désormais ponctuée de développements, qui sont autant de rebondissements qui ajoutent à l’opacité du dossier. Les investigations se poursuivent à une allure accélérée, débouchant sur des arrestations de suspects, tous tunisiens, et l’identification de deux ressortissants étrangers, un Belge d’origine marocaine et un Suisse que les enquêteurs soupçonnent d’être impliqué dans l’assassinat.

Un développement aux dimensions retentissantes s’est greffé sur l’affaire. Il s’agit d’un reportage effectué à partir de la Tunisie par un journaliste de la chaîne tv israélienne Channel 10, se permettant de promener sa caméra de Tunis à Sfax, sur le lieu même où a été assassiné devant son domicile Mohamed Zouari, avec force interviews de témoins. Le journaliste israélien serait entré en Tunisie avec un passeport allemand, pour trouver sur place toute l’aide dont il avait besoin pour « faire son travail », et ce auprès d’une des nombreuses sociétés de production audiovisuelle pirates qui ont essaimé en Tunisie après la Révolution, proposant leurs services et reportages à des médias internationaux, sans être agréées par les autorités du pays.

Dans une conférence de presse tenue lundi soir, le ministre de l’Intérieur, Hédi Mejdoub, a confirmé que le journaliste en question est arrivé à l’aéroport de Tunis-Carthage, samedi matin, avec un passeport allemand sur lequel est spécifiée la profession : écrivain. Il s’est rendu aussitôt à Sfax à bord d’une voiture louée au nom de l’épouse de l’un des deux individus qui l’ont accueilli et accompagné. Le journaliste de Channel 10 a regagné la capitale Tunis le jour même dans la soirée et passé la nuit dans un hôtel de la capitale réservé via Internet. Il a quitté la Tunisie le lendemain après avoir envoyé son reportage à Channel 10 sans intervenir en direct.

Le ministre de l’Intérieur, qui, dans une déclaration liminaire, avait passé en revue les faits liés à l’assassinat de l’ingénieur tunisien et les rôles respectifs des 10 suspects tunisiens actuellement interrogés par les enquêteurs, ainsi que ceux des deux étrangers dont un ressortissant belge d’origine marocaine, chargé de servir d’interlocuteur pour les « agents » locaux auxquels ont été confiées les missions de logistique, notamment de location de voitures utilisées dans l’exécution du meurtre.

Des armes de fabrication tchèque

Hédi Mejdoub a indiqué, concernant l’identité des auteurs de l’assassinat, qu’il s’agit de « parties étrangères », sans préciser lesquelles. Il n’a pas non plus affirmé qu’il s’agit d’agents du Mossad, soulignant que, au vu des éléments disponibles de l’enquête, « on ne peut pas l’affirmer », a-t-il dit. Le ministre a cependant précisé que les armes utilisées sont de fabrication tchèque sans indiquer comment elles ont été introduites en Tunisie et par quel moyen acheminées vers les lieux du meurtre. « Les données disponibles à l’heure actuelle et les premiers éléments de l’enquête concernant les personnes à qui profite l’assassinat de Zouari sont une piste favorisant l’implication de services étrangers dans cet assassinat », a dit le ministre ajoutant que « le crime a été planifié par des parties étrangères en dehors de la Tunisie ».

Il faut remarquer que le ministre de l’Intérieur, invoquant l’extrême complexité de l’affaire et la confidentialité de l’enquête, s’est gardé de répondre avec la précision et la netteté requises aux questions des journalistes, en attendant que les investigations livrent leurs conclusions définitives. Hédi Majdoub a, à cet égard, rendu hommage aux efforts déployés par les enquêteurs et la qualité de l’action fournie pour arriver en si peu de temps aux résultats dont il a été fait état, notamment en ce qui concerne la jeune femme tunisienne recrutée il y a environ six mois sur Internet comme journaliste et qui était chargée par ses employeurs d’interviewer Mohamed Zouari. Les policiers tunisiens ont réussi à la convaincre de revenir en Tunisie « pour sa propre sécurité » alors qu’elle se trouvait dans une capitale européenne, qui serait Budapest, capitale de la Hongrie.

Sociétés de production pirates

Selon les éléments de l’enquête et les recherches menées dans cette affaire, le belge d’origine marocaine recherché est le propriétaire d’une société de production opérant dans le secteur de culture et médias, où la journaliste et le journaliste photographe arrêtés dans cette affaire, travaillaient et avaient effectué auparavant une interview avec Mohamed Zouari. D’après une source judiciaire, le nom de la journaliste arrêtée a été mentionné dans le contrat de location de deux véhicules saisis dans cette affaire d’assassinat.

Autre développement en rapport avec le volet journalistique de l’affaire, il a été révélé ce lundi que plusieurs sociétés de production audiovisuelle ont été créées en dehors de tout cadre légal et en l’absence de toute autorisation, depuis la Révolution. Elles travaillent pour le compte de médias internationaux dont la chaîne tv israélienne Channel 10 qui a eu maille à partir avec la justice tunisienne dans le cadre d’une affaire où sa société partenaire locale a été condamnée en premier ressort en 2013 à cesser ses activités, pour voir un jugement en appel la rétablir dans son statu quo ante, a précisé l’ex secrétaire d’Etat à l’Intérieur et actuellement avocat, Lazhar Akremi, ce lundi , sur une chaîne privée de la place.

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Le ministre de l’Intérieur, Hédi Majdoub, tient en ce moment une conférence de presse pour faire la lumière sur les tenants et les aboutissants de l’assassinat de l’ingénieur aéronautique Mohamed Zouari.

Il a affirmé que la victime, depuis son retour en Tunisie en 2011, n’était pas connue pour des contacts suspects ni pour des activités avec des vis-à-vis étrangers ou palestiniens.

Le ministre a indiqué également que selon les premiers éléments de l’enquête, des « parties étrangères » sont impliquées dans l’assassinat sans préciser lesquelles.

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Le meurtre de l’ingénieur aéronautique tunisien Mohamed Zouari n’est pas près de livrer ses secrets comme c’est le cas dans pareilles affaires, où, plus est, les services secrets israéliens sont impliqués. L’enquête continue et huit individus de nationalité tunisienne ont été arrêtés, alors que deux autres suspects, un Tunisien et un Belge d’origine marocaine, sont toujours recherchés.

Le porte-parole des tribunaux de Sfax et substitut du procureur général près de la cour d’appel, Mourad Turki, interrogé sur une éventuelle implication du Mossad dans cette affaire, relayée sur les médias et les réseaux sociaux en Tunisie, a indiqué qu’il n’y a pas d’indice qui corrobore cette thèse.

Mais les médias arabes, tunisiens et autres, pensent avoir des raisons suffisantes et pertinentes d’accuser le Mossad d’être responsable de l’assassinat de l’ingénieur tunisien, retrouvé criblé de balles à Sfax. Les soupçons pesant sur les services secrets israéliens sont appuyés par le fait que Mohamed Zouari avait partie liée avec les Frères musulmans et le mouvement palestinien Hamas. Celui-ci a reconnu samedi que l’ingénieur de 49 ans était membre de son aile militaire, alors que, selon d’autres sources, il était en contact avec Hezbollah.

Certains commentateurs israéliens, en particulier ceux de la chaîne Channel 10, souscrivent à la piste du Mossad, mais, au fil des jours, les milieux israéliens commencent à douter que l’opération de Sfax soit l’œuvre d’espions et d’assassins, comme l’affirme le « Jerusalem Post ». Il invoque les témoignages recueillis sur les lieux du crime par la police tunisienne pour dire que l’auteur ou les auteurs n’ont pas agi avec le professionnalisme qui a caractérisé les précédents assassinats de scientifiques iraniens et d’éléments de Hamas et du Hezbollah attribués au Mossad au cours de la dernière décennie.

Les photos prises de la scène du crime montrent clairement que les assassins ont arrosé la voiture de la victime de balles, tandis que les assassinats passés attribués au Mossad ont été effectués par des voitures piégées opérées par télécommande ou par empoisonnement. L’utilisation de pistolets avec des silencieux était le trait caractéristique des opérations du Mossad dans les années 70, 80 et jusqu’au milieu des années 90.

Selon d’autres rapports, une femme «journaliste» tunisienne qui disait vivre en Hongrie a pris contact avec Mohamed Zouari deux jours avant sa mort. Ceci est également très inhabituel et aurait pu susciter les soupçons de la cible et mettre en danger l’ensemble de l’opération.

En outre, les enquêteurs tunisiens ont révélé avoir trouvé deux fusils avec silencieux et quatre voitures de location utilisées par les auteurs. Laisser derrière soi ces éléments de preuve tangibles est synonyme de négligence dont on ne connaît pas de précédents au Mossad, à moins que ces objets aient été laissés dans le but d’incriminer des innocents et dissimuler les véritables auteurs.

Encore, Zouari a quitté la Tunisie dans les années 90 sous la pression du gouvernement pour émigrer en Syrie, où il a commencé à travailler pour le Hamas. En 2011, après la révolution qui a apporté la démocratie en Tunisie, il est retourné dans son pays natal et a ouvert un établissement où il enseignait comment développer et assembler de petits drones.

D’après certaines sources           médiatiques, Mohamed Zouari a également travaillé pour Hezbollah. Une affirmation étrange, soutiennent maints analystes et experts en sécurité israéliens, rappelant que Hezbollah est soutenu par l’Iran qui a un programme de drones très développé, et il est peu probable que le mouvement chiite libanais ait besoin d’un ingénieur tunisien pour développer ses drones.

Enfin, le processus de prise de décision dans les opérations spéciales est très compliqué. Il comprend des volets et des considérations diplomatiques. Surtout, le souci y est prioritaire de minimiser les risques et de ne pas mettre en danger la vie des agents chargés d’exécuter l’opération. Le tout nécessitant le feu vert du premier ministre israélien.

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La Tunisie, première démocratie du monde arabe, est promise à un boom économique sans précédent alors que la nouvelle administration du président élu Donald Trump fait le ménage dans la camarilla des copains de l’ex secrétaire d’Etat Hillary Clinton, estime Capitol Intelligence, leader du renseignement financier pour la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord).

Son rédacteur en chef exécutif et fondateur Peter K. Semler précise que la Tunisie a déblayé la voie vers sa renaissance économique à travers la Conférence internationale pour l’investissement « Tunisie 2020 » en s’assurant des engagements financiers de l’ordre de plus de 8 milliards de dollars pour des projets d’infrastructure publics-privés.

Nonobstant la décision du président Barack Obama d’attribuer à la Tunisie le statut d’allié majeur non-membre de l’OTAN, les États-Unis ont vivement irrité le gouvernement tunisien dirigé par le pro-américain Youssef Chahed en se faisant représenter à la conférence Tunisie 2020 par une insultante délégation de second rang, conduite par un simple secrétaire adjoint au Commerce, Arun Kumar, alors que le secrétaire au Commerce Penny Pritzker et secrétaire d’État John Kerry ont brillé par leur absence, note Capitol Intelligence.

Une grande part des problèmes économiques de la Tunisie peut être imputée à l’ex secrétaire d’Etat Hillary Clinton qui a utilisé sa familiale « Clinton Global Initiative » pour attribuer les contrats du Département d’Etat aux ONG américaines aux mains de ses fidèles telles que l’Initiative d’investissement pour le Moyen-Orient de l’ancienne secrétaire d’État Madeleine Albright, l’« Albright Capital Management », pesant 750 millions de dollars pour les marchés émergents, le cabinet d’avocats « DLA Piper », sous la coupe des Clinton et co-présidé par l’ancien sénateur George Mitchell et l’Institut Aspen ayant partie liée avec le Département d’Etat et financé par le réseau Partenariat Afrique du Nord pour l’opportunité économique (PNB-NAPEO).

Un réseau de personnalités influentes pro-Tunisie

Le ministre tunisien du Commerce et éminent dirigeant du mouvement Ennahdha, Zied Ladhari, a déclaré qu’il est convaincu que les relations étroites de la Tunisie avec les USA ne changeront pas sous la nouvelle administration Donald Trump. Ennadha, un parti conservateur, entretient des liens de profonde amitié avec le président républicain du Comité des forces armées du Sénat, John McCain, avec le président du Comité des affaires étrangères du Sénat, Bob Corker et de nombreux républicains de la Chambre, notamment le président de la Chambre Paul Ryan.

En fait, souligne Capitol Intelligence, les relations avec les républicains du Congrès permettent d’espérer que l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Tunisie pourra être adopté directement par le Congrès dès lors qu’il bénéficie d’un large soutien aussi bien de la part des Républicain que des Démocrates, y compris du membre influent sortant de la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants, le démocrate Sander Levin, qui a travaillé en Tunisie en tant que haut fonctionnaire de l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Il a déclaré à Capitol Intelligence que l’économie tunisienne est trop petite pour représenter une menace pour les entreprises américaines.

Passant en revue la politique en dents de scie de l’administration Obama vis-à-vis de la Tunisie, Capitol Intelligence rappelle le retrait par la secrétaire d’État Hillary Clinton de tout le personnel diplomatique non essentiel de l’ambassade US à Tunis et la mise mis en garde déconseillant les voyages des citoyens américains suite  à l’attaque contre les locaux de l’ambassade américaine septembre 2012, entraînant la cessation immédiate des activités des entreprises américaines dans le pays à l’exception notable de Honeywell International. Au demeurant, l’interdiction de voyage n’a été levée qu’à la suite de l’audience accordée le 4 avril 2014 par Barack Obama à Mehdi Jomaâ, alors chef du gouvernement.

Trump, approche pragmatique et rationnelle

L’administration Trump devrait adopter une approche pragmatique et rationnelle dans un pays stratégique comme la Tunisie avec la nomination d’un grand pétrolier texan de la trempe du PDG d’ExxonMobil, Rex W. Tillerson comme secrétaire d’État. Tillerson, qui a gravi les échelons pour devenir l’un des grands dirigeants de sociétés pétrolières du monde, est l’un des principaux connaisseurs de l’Afrique du Nord en raison des activités d’Exxon en Libye et en Algérie.

Il est un diplomate chevronné avec une vaste expertise dans la conclusion d’accords avec les dirigeants étrangers sur les droits pétroliers et le partage de production, entretenant de bonnes relations personnelles avec tous ceux qui comptent partout dans le monde.

Tillerson aura à cœur de rompre avec l’ « insondable incompétence » de Hillary Clinton qui a obligé sa « femme de confiance », la présidente de l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), Elizabeth Littlefield, à traîner les pieds pendant près de cinq ans avant d’obtenir une maigre facilité de crédit de 50 millions de dollars pour permettre à la Tunisie d’avoir son McDonald.

Malgré la honteuse absence des Etats-Unis à la conférence «  Tunisie 2020 », les grandes entreprises américaines telles que General Electric , Honeywell International , Delphi Automotive et Caterpillar, développent rapidement leurs entreprises rentables dans le pays et ont commencé ou vont commencer à utiliser Tunis comme une plaque tournante pour le marché de l’ Afrique du Nord et de l’ Ouest avec une population de 350 millions et une croissance moyenne du PIB de l’ ordre de 7%.

Le succès de la conférence Tunisie 2020 peut fournir à des sociétés telles GE, Honeywell, Fedex et géant allemand Siemens, l’opportunité d’investir dans des projets d’infrastructure rentables sans ingérence inutile d’experts non qualifiés, mais ayant des relations politiques et économiques, conclut Capitol Intelligence.

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L’agence de notation Capital Intelligence Ratings (CI) a confirmé les notes de la Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT). Celle de solidité financière (FSR) de la BIAT est maintenue à ‘BB’, soutenue par son solide profil de liquidité avec un niveau élevé des dépôts des clients, ainsi qu’une base solide d’actifs liquides et une bonne rentabilité. Elle est limitée par une situation de faible capitalisation, un ratio de créances douteuses élevé et un environnement opérationnel difficile. La perspective pour le FSR est «Stable». Les notes à long et court termes en devises de la BIAT sont confirmées respectivement à «BB» et «B». Les perspectives pour toutes les cotes demeurent stables. La note de soutien est confirmée à «3», reflétant la position de leader de la BIAT en termes d’actifs et de dépôts des clients en Tunisie et de forte probabilité d’un soutien de l’Etat.

La BIAT, la plus grande banque de Tunisie par les actifs et les dépôts de la clientèle, est l’une des principales banques du secteur privé en Tunisie, avec une solide franchise bancaire au niveau national. La Banque contrôle plus de quatorze pour cent des actifs du secteur. Cependant, au titre des           dépôts de la clientèle, elle a de loin rang de leader, avec une part de marché de plus de cent dix-sept pour cent. La croissance de ses dépôts de la clientèle au cours des dernières années a été d’une certaine façon au-dessus de la moyenne du secteur, un bon résultat au regard de la situation difficile du pays. Sa base de dépôts clientèle en fait la banque dont le coût de financement est le plus bas du secteur, ce qui se traduit par une marge d’intérêt relativement large, soutenant ainsi la rentabilité et le rendement de la Banque.

2015 a été une année où la BIAT a gagné en solidité en termes de rentabilité, avec un revenu brut plus élevé et un moindre coût du risque propulsant beaucoup plus haut le bénéfice net. Le bénéfice d’exploitation a également augmenté et la Banque enregistre le deuxième plus haut bénéfice d’exploitation de l’actif moyen de la place. Les résultats de la Banque au 1er semestre 2016 ont également été solides, tirés par des produits et des revenus de commissions plus élevés.

A l’instar de toutes les banques en Tunisie, la BIAT a été touchée par l’environnement économique faible au cours des dernières années, ce qui a entrainé une augmentation du niveau des créances improductives. Néanmoins, celles-ci ont été statiques en 2015, bien qu’elles aient augmenté au premier semestre 2016 sous l’effet d’une certaine pression sur les secteurs du tourisme, des industries manufacturières et des services. Le ratio des créances douteuses sur les prêts bruts de la Banque est d’environ la moitié de celle du secteur. La couverture de provisionnement de la Banque est adéquate. La principale faiblesse de la BIAT tient à son assise financière.

La BIAT a été créée en 1976 par un consortium d’investisseurs groupant des institutions locales et des particuliers, ainsi que des banques arabes et européennes, qui ont acquis les succursales nationales de la Banque britannique du Moyen-Orient et de la Société Marseillaise de Crédit. La BIAT est une banque universelle, qui offre des services bancaires aux entreprises ainsi qu’aux consommateurs à travers un réseau de 198 agences. À fin juin 2016, le total des actifs se chiffrait à 10.125 millions de dinars tunisiens, soit 4,6 milliards de dollars US.

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Dans son roman « Un fils tombé du ciel », l’écrivain chinois Lao She a légué à la postérité une réflexion qui conserve une extraordinaire pertinence un demi-siècle après sa mort : « C’est parfois d’une situation désespérée que jaillit l’espoir ». On se laisserait prendre à la tentation de trouver une affinité           entre cette pensée et l’esprit qui a présidé à l’allocution prononcée samedi par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à la clôture des débats parlementaires sur la loi de finance 2017. En changeant ce qu’il faut changer, convenons que la situation, sans être désespérée, est difficile, voire très difficile. Et pour un chef du gouvernement qui a une haute opinion de son office, l’essentiel n’est-il pas de se convaincre et surtout de convaincre que l’on peut s’en sortir ? Youssef Chahed a visiblement pris le parti de le faire en affirmant que « le gouvernement ambitionne de voir l’année 2017 être celle de la relance économique et de l’accélération du rythme de croissance, grâce à l’investissement, la production, l’exportation et la création d’opportunités d’emplois pour les jeunes ».

L’architecture mise en place permettra-t-elle d’y arriver ? Le chef du gouvernement y croit dur comme fer, invoquant notamment le retour de la confiance des partenaires de la Tunisie. Oui, mais encore ! Les engagements pris et les promesses prodiguées à tour de bras seront-ils à eux seuls suffisants pour redresser le pays et le remettre sur les rails de la croissance ? Encore une interrogation qui n’est pas près de livrer une piste. D’autant que la littérature des conférences internationales sur l’investissement enseigne qu’il ne faut pas prendre leurs conclusions pour de l’argent comptant. Il n’en reste pas moins que l’engagement plus ou moins ferme pris à Tunis par les bailleurs de fonds, publics, faut-il tenir à le préciser, peut dissiper des doutes quant à sa mise en œuvre.

Autre plaidoyer qui irait dans ce sens, l’arrangement conclu avec l’UGTT au sujet des augmentations salariales. Un obstacle de moins sur la voie tracée par le gouvernement pour se donner les moyens de conduire ses politiques sans accrocs majeurs. Mais ce n’est pas encore le gage crédible que la situation sociale sera indemne de convulsions. Et il n’est pas exclu que d’autres voix suivies de mouvements sur le terrain se fassent entendre pour des « causes » qui ne manqueront pas d’être plaidées, le plus souvent par tempérament syndical.

Des aléas à la pelle

Et puis, la ci-devant controversée loi de finances 2017 ne semble pas avoir vocation à procurer à l’Etat les ressources qu’il escomptait pour redémarrer la machine et mettre de l’ordre dans

ses finances, pour cause de « résistances » âprement conduites, par exemple, par certaines professions libérales, et non des moindres. Le gouvernement arrivera-t-il à atténuer les déficits simples et jumelés pour pouvoir gérer commodément ses finances, payer ses fonctionnaires et investir dans les projets créateurs d’emplois et incitatifs à l’investissement, singulièrement dans les régions de l’intérieur ? Il est à espérer qu’il n’aura pas besoin d’édicter une loi de finances complémentaire, une autre, pour combler les trous. D’autant qu’il va immanquablement devoir réviser ses prévisions et ses hypothèses concernant notamment celles relatives au prix du pétrole, 50 dollars le baril, alors que les pays de l’OPEP viennent de conclure un « accord historique » aux termes duquel ils se sont engagés à diminuer leur production de 558.000 barils par jour, avec son corollaire naturel d’une augmentation des cours mondiaux de l’or noir, qui vont grimper bien au delà des 50 dollars le baril.

Ce ne sont là que quelques uns des aléas que la Tunisie doit s’apprêter à confronter et qui devront grever les ressources que son gouvernement entend mobiliser pour soutenir ses programmes de développement. Il s’y ajoute bien d’autres écueils inhibiteurs. Au point que le ministre du Développement, de l’investissement et de la Coopération internationale, Fadhel Abdelkéfi-et il sait de quoi il parle- a asséné pas plus tard que ce weekend, le constat que voici : – « La situation est compliquée. Il ne faut un big-bang et s’attaquer à la réalisation des grands projets. Les revenus fiscaux sont par terre ! La solution aux caisses sociales est un mix entre trois composants. La privatisation des entreprises publiques est encore un tabou alors qu’elles sont déficitaires. On ne peut pas rester dans le pourrissement. L’administration est bloquée par les lois. La collecte des impôts est très faible».De quoi doucher bien des ambitions !

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