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Abdeljalil Ben Salem

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Tout le monde avait applaudi son jeune âge, lorsqu’il avait été nominé à la tête du gouvernement tunisien. Il est vrai que l’allure de ce pimpant quadragénaire, détonnait dans une scène politique dominée par deux octogénaires qui gouvernent, l’un avec l’autre ou l’un pour l’autre.

Issu de semaines de longues négociations mercantiles entre les partis politiques qui s’étaient ligués contre son prédécesseur qui s’accrochait au fauteuil de la Primature, personne n’a osé faire le lien entre l’âge de Youssef Chahed et son inexpérience politique. C’est ce manque d’expérience dont fait preuve, depuis quelques semaines, le chef du gouvernement tunisien. Le chef du gouvernement tunisien révoque, démet et renvoie à tour de bras.

Cela en ferait de lui, peut-être, le boss à craindre et le chef de gouvernement qui règne sur sa tribu, mais c’est aussi une image qui ne contribue pas à lui créer l’autre imagen, nécessaire de l’homme de l’unité nationale alors qu’il est supposé être le chef du GUN (Gouvernement d’unité nationale).

Moins d’un mois après sa prise de fonction, Youssef Chahed jetait déjà son dévolu sur les gouverneurs et faisait tomber les têtes, et pas peu : 12, d’un coup. Sale temps pour les gouverneurs (Voir notre article). Y avait-il urgence à semer la terreur dans leurs rangs ? Les priorités de la Tunisie étaient-elles logées là ? Assurément non, à en croire le discours de haute facture servi par Chahed lors du vote de confiance à l’ARP.

Le 1er novembre 2016, c’est le Délégué de Manouba, Anis Ouji, qui est limogé. Le mouton qu’il avait égorgé en l’honneur de Chahed, alors ministre des Collectivités locales, ne lui épargnera pas le limogeage. Le jeudi 29 septembre, Chahed décidait de démettre de leurs fonctions les délégués d’El Faouar, dans le gouvernorat de Kébilli et d’El Kalaa El Kébira, dans celui de Sousse.

Le dernier à faire les frais de la colère de Chahed qui semblerait presque avoir pété les plombs, a été son ministre des Affaires religieuses. Ce dernier n’en était certes pas à sa première bévue. Il s’était déjà illustré, bien avant sa nomination au poste de ministre, dans une vidéo où il affirmait devant une assemblée d’enturbannés salafistes yéménites, que «la jeunesse suivra votre voie et ancrera la pensée islamiste et les sciences de la Chariaa». Cela n’avait alors pas dérangé le chef du gouvernement, les apôtres d’une telle pensée étant déjà ses partenaires au gouvernement. Mais lorsque, le 3 octobre, Abdeljalil Ben Salem déclarait «avoir eu l’audace de dire à l’ambassadeur d’Arabie saoudite en Tunisie, et au Secrétaire Général du Conseil des ministres des Affaires étrangères et Intérieur arabe (Saoudien) : « réformez votre école, historiquement, le terrorisme en est issu» et que «le Takfir (accusation d’apostasie) n’a émané d’aucune autre école de l’Islam, excepté celle Hanbalite, et Wahhabite».

Il fut un temps, en 1986, la Tunisie avait vécu ce qui avait été alors présenté comme les «lundis noirs». Aux derniers jours du règne de Bourguiba, il y avait chaque lundi un remaniement ministériel, le jour même où était diffusé sur l’unique chaîne tv en Tunisie le feuilleton français « Châteauvallon  » , vite rebaptisé pour la circonstance  par les Tunisiens  « ChâteauCarthage ». Ces changements se faisaient parfois, sans que le ministre démis ne soit au courant. L’un d’eux, alors ministre de la Santé, faisait un speech en réunion publique, lorsque son chauffeur se penche sur lui pour lui dire qu’il vient d’être démis de ses fonctions. «Je suis donc foutu», lui rétorque, surpris, le ministre. Ben Ali, lui aussi, ne faisait pas dans la dentelle. On se rappelle ce Sommet de la terre en Amérique du Sud au cours duquel un ancien ministre avait été démis et d’où un ancien PDG de l’ONAS était rentré du sommet, fut nommé ministre en place et lieu du ministre qu’il accompagnait. Chahed serait-il l’héritier de ce mauvais mode de gouvernance de la période sénile de Bourguiba et des mauvais jours de Ben Ali ?

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Il faut croire que oui, au vu d’abord de l’explication officielle de ce renvoi d’un ministre de son gouvernement, ce qui est du reste de son droit et peut-être de son devoir. Reste cependant qu’il l’a fait, sans l’art et sans la manière. Chahed avait oublié les sacrosaintes règles diplomatiques du «linge sale qui se lave en famille». Un Chahed qui ne défend pas collègues, ministres du gouvernement Essid dont il faisait partie, qu’il avait aussi lâchés sous l’effet des pressions de l’UGTT. Les observateurs de la scène politique se demandant s’il n’aurait pas dû, temporiser, laisser passer le souffle de la colère des amis saoudiens et celui de toute la blogosphère, avant d’éjecter son ministre et le faire ainsi d’une manière qui cacherait mieux sa réaction épidermique à la colère saoudienne, tel que c’est désormais interprété. Et s’il tient à être le «Lucky Luke» qui tire plus vite que son ombre, pourquoi a-t-il, contrairement à toutes les démocraties qui se respectent et à plus forte raison dans une dite démocratie célébrée par tout le monde libre, refusé de prendre position sur ce qui se passe en Turquie et les dizaines de milliers d’arrestations arbitraires décidées par le «frère» Erdogan. C’est pourtant lui, l’idole des dirigeants d’Ennahdha, le parti islamiste qui n’a jamais renié ses racines, qui pourrait très bien suivre son exemple en cas de prochaine victoire, à Dieu ne plaise. Mais cela fâcherait certainement Echeikh et son propre parrain de Carthage.

 

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