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Abdelwaheb Maatar, Karim Harouni

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L’idée était d’abord

L’idée était d’abord, celle d’une mission économique et commerciale du Cepex à Ouagadougou, la capitale Burkinabée. S’y est greffée par la suite, l’ouverture de la nouvelle ligne de Tunisair vers le pays où le Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) dispose d’un immense siège et fait institution et dont ont dit qu’il est «le pays des gens intègres».

Les routes y sont en bon état et la ville y est propre, malgré la poussière rouge qui couvre les bas-côtés où prolifèrent les commerces ambulants. Les habitants y travaillent sans relâche comme en témoignent les embouteillages, rares dans les pays africains, mais non ceux d’une circulation désordonnée et irrespectueuse de l’ordre, mais des voitures et des milliers de motocyclettes que conduisent d’élégantes femmes noires et qui s’arrêtent en ordre aux feux rouges de la circulation dans des couloirs dédiés.

Plus de 100 hommes d’affaires et deux ministres étaient au rendez-vous, Abdelwaheb Maatar et Karim Harouni qui avait d’abord décliné l’invitation de Tunisair, avant de l’accepter et y emmener même un accompagnateur qui ne quittait jamais son iPad en guise d’appareil photographique. Et bien que les bonnes affaires aient été au rendez-vous, les opérateurs n’en diront rien. Les plus actifs étaient certainement les écoles et les cliniques privées. Mais le plus intéressant n’était pas là. C’était, en effet, du côté des deux ministres qui habitaient des Suites junior à 620 DT (195.000 FCFA) la nuit, qu’il fallait chercher. Et on ne sera pas déçu !

 

Ce sont d’abord deux ministres, l’un du CPR et l’autre d’Ennahdha, qui ne se voyaient que pour les volets officiels de leurs rencontres, comme lorsqu’ils allaient rencontrer Blaise Compaoré, le président Burkinabé, connu pour être un ami de l’ancien président tunisien Ben Ali, ou les ministres burkinabés qui recevaient leurs cadeaux sans en donner à leur tour. CPR et Ennahdha, se regardaient presqu’en chiens de faïence (ndlr : aux 2 ministres ; ouvrez le dictionnaire avant de vous enflammer de colère !), depuis les sièges séparés où ils avaient été installés dans le nouvel Airbus A320 de Tunisair, jusqu’aux petits déjeuners dans l’hôtel de la chaîne libyenne dont certains rideaux parsemés de trous et la moquette étriquée, qu’ils prenaient sur des tables séparées. Des comportements qui rappellent la «joyeuse atmosphère» de la Troïka à Tunis.

– Maatar qui pique une colère et rit de Harouni.

Le ton sera donné, dès la première journée de la visite, par Abdelwaheb Maatar qui osera peut-être de nouveau nous démentir, encore sur des propos et des réactions dits devant témoins. En effet, à ce ministre, du commerce précisons-le, qui se plaignait du «gouvernement de l’ombre» à La Kasbah, il fallait parcourir 2.953 kilomètres jusqu’à Ouagadougou pour avoir le temps d’écouter les doléances des exportateurs tunisiens. Maatar n’avait manifestement pas préparé son dossier et il lui fallait, parfois, les petits papiers glissés devant lui par le cadre du ministère qui l’accompagnait.

Le ministre du Commerce piquera, par la même occasion, une colère contre une femme d’affaires représentant une école privée connue. Elle parlait d’un candidat burkinabé qui aurait été maltraité en Tunisie et il l’accusait de ne pas savoir de quoi elle parlait. Il se calmera par la suite et lui demandera, plus poliment, de lui présenter le dossier de cette affaire. Maatar qui n’oubliait pas ses rancunes contre les journalistes même à 3.000 kilomètres de Tunis, piquera une autre colère, cette fois, à la fin du séjour, contre Tunisair. Cela se passait dans la salle Vip de l’aéroport de Ouagadougou et le ministre n’était pas du tout content du retard qu’enregistrait l’avion venant de Bamako (Mali) pour transporter sa seigneurie ministérielle. «Comment peut-on ouvrir une ligne, sans une étude préalable » questionnait-il de manière rude. Devant le silence du ministre du Transport qui laissait ainsi défoncer l’entreprise sous sa tutelle, ce sera un des cadres de la compagnie qui lui répondra, fermement, que Tunisair a mené, pour cette ligne, deux études. Mais cela, il ne le savait pas.

Maatar se moquera aussi, assez finement il faut le dire, de son collègue du gouvernement Larayedh. Abdelkrim Harouni avait pris l’habitude, à l’occasion de cette visite où Tunisair était à l’honneur, que «lorsque le transport va, tout va». Maatar qui en riait sous cape, le présentera ou lui donnera la parole, au moins à deux reprises, comme étant «le ministre qui aime répéter l’antienne, lorsque le transport va, tout va». Maatar, sera même politiquement incorrect, en rappelant à l’ordre le ministre Harouni devant son public. Les deux ministres étaient devant les représentants de la colonie tunisienne à Ouagadougou. Prenant la parole, le ministre Harouni ne pouvait s’empêcher d’aborder son sujet favori : les réalisations de la Révolution, et s’y épanche même. Mais voici que Maatar qui l’interrompt pour lui dire de passer à l’essentiel ! C’était gauche, mais le ministre du Commerce qui dément aussi vite qu’il ne parle, ne le savait pas !

– Harouni qui «fait la tronche» et qui aime les photos et en redemande.

Le ministre du Transport, qui s’était fait prier pour inaugurer le premier vol de nuit de la nouvelle ligne africaine pour Ouagadougou, avait commencé son voyage par une poignée de main donnée à tous les passagers, avant de prendre son siège en première classe.

Moins détendu que lors de son voyage en Corée du Sud où nous l’avions accompagné (peut-être était-ce à cause de cela !), Harouni sera moins souriant, même lorsque toute la salle de sa conférence de presse éclate de rire à la blague du PDG du Cepex. Ce dernier avait osé dire, spontanément à son habitude, que «une femme a besoin de 9 mois pour accoucher, même si on se mettait à plusieurs pour lui faire l’amour». Eclat de rire d’un auditoire africain, sauf de Abdelkrim Harouni qui boudait et «faisait la tronche» (ndlr pour le ministre pour qu’il ne nous punisse pas, une seconde fois, par la publicité : faire la tronche, selon le dico, c’est faire la tête).

Le ministre n’avait qu’une idée en tête : obtenir l’accord des autorités burkinabaises sur la 5ème liberté pour la nouvelle ligne de Tunisair à Ouagadougou. Il demandera cela, presque pendant toutes ses rencontres. On ne sait pas s’il l’avait fait devant Blaise Compaoré, rencontre d’où les journalistes tunisiens avaient été exclus. Ce qui est sûr, c’est qu’il a toujours essuyé un refus poli des autorités burkinabé.

Harouni sera confronté, dès sa première conférence de presse, à l’effet dévastateur d’un article écrit par un passager burkinabé, sur le racisme des autorités aéroportuaires tunisiennes. Il s’en tirera en promettant de diligenter une enquête. Il ne manquera pas son sujet favori, pour flatter son ego, en disant qu’il «aura fallu une révolution et des élections libres» pour ouvrir cette nouvelle ligne aérienne.

Le ministre tunisien du Transport fera tout pour amadouer les autorités burkinabaises et obtenir ce pour quoi il était venu ; la 5ème liberté. Il fera ainsi plein de promesses et ira jusqu’à surprendre l’ambassadrice du Burkina Faso en Tunisie, qui le lui fera remarquer, en annonçant l’ouverture prochaine d’une nouvelle ambassade de Tunisie à Ouagadougou. Il fera sensation auprès des journalistes locaux, en annonçant qu’il va régler le problème des visas qui envenime les relations commerciales entre les deux pays.

Sinon, Karim Harouni s’était illustré par l’incalculable nombre de photos qu’il se faisait prendre de tous ses faits et gestes, par son accompagnateur muni de son iPad et en demande même lorsque son accompagnateur l’oublie. Tout est, pour lui, issu de la révolution et s’étend volontiers sur ses années de prison, comme s’il avait toujours besoin de compassion et qu’il ne croit toujours pas que cela fait bientôt deux ans qu’il a pris la place de ceux qui l’avaient mis en prison.

Khaled Boumiza.

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