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Ahmed_El_Karam

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Lui, il est issu de la Banque Centrale de Tunisie, avant d’être embauché par le groupe Ben Yedder qui avait racheté, en 1970 ? le CFCT (Crédit Foncier et Agricole de Tunisie), avant d’en faire en 1995 l’Amen Bank. Et c’est Ahmed El Karam qui accompagnera cette transformation, avant de devenir président du directoire de la banque. C’est tout ce parcours qui en fera une référence, presqu’incontournable, en matière d’expertise économique et financière.

Lorsqu’il nous parle de la situation économique et financière de la Tunisie, c’est un regard mi-figue mi-raisin qui détonne par rapport à tout ce qui se dit sur la place, officiellement et par d’autres experts, qu’Ahmed El Karam porte sur ce qu’il connaît pourtant mieux que d’autres, étant lui-même un des principaux acteurs de cette conjoncture.

Son analyse est que «le risque tunisien est un peu exacerbé pour deux facteurs essentiels. D’abord, un facteur qui pèse lourdement sur l’appréciation de ce risque sur la confiance des opérateurs, celui du terrorisme, auquel il faudrait donc accorder une importance particulière. Ensuite, le risque politique et social où les horizons ne sont pas nets. Les opérateurs sont perplexes. Ils entendent parler de réformes qu’ils ne voient pas. Cette situation d’attentisme est désormais la règle alors que le pays a un besoin urgent de rompre avec la récession et de provoquer une croissance forte créatrice d’emploi».

  • Le choix d’un régime parlementaire était une erreur

Et s’il la juge d’abord «assez difficile», il reste pourtant convaincu que cette même «situation demeure gérable». Il cite, pour appuyer son avis d’une résilience prouvée de l’économie tunisienne, les deux crises par lesquelles la Tunisie était passée en 1969 et en 1986. Et lorsqu’on lui fait remarquer que la conjoncture internationale n’était pas la même, il nous oppose qu’elle est maintenant «encore bonne», avant d’jouter que «le problème est en nous-mêmes, non dans la conjoncture».

Et Ahmed El Karam d’avancer, dans ce qui paraît être la suite logique d’un raisonnement qui se tient, que «pour s’en sortir, il nous faut des idées fortes, des idées généreuses, qui rompent avec le passé et ouvrent de nouveaux horizons pour les opérateurs». Fort lui-même en références historiques, le président du directoire de l’Amen Bank rappelle à ce propos la lumineuse et forte idée de feu Hédi Nouira de la loi 72 qui avait alors créé de l’emploi, créé toute une industrie du textile, ouvert un nouveau chantier de croissance et boosté les exportations «et nous avions vécu des années glorieuses avec cette loi 72» rappelle-t-il, sans oublier d’évoquer l’autre idée forte du «Plan d’Ajustement structurel (PAS) de 1986, avec comme sous-jacent, la privatisation et l’argent est sorti et investi, créant ainsi de nouvelles opportunités».

Au détour d’une question à Ahmed El Karam sur la partie responsable de la faute, on découvre alors un homme qui n’a pas perdu le sens politique des choses, malgré son éloignement de la politique. «Nous avons choisi un régime parlementaire. Qui dit système parlementaire, dit consensus et qui dit consensus, dit inévitablement un temps plus long. Les réformes identifiées mettent ainsi un temps énorme pour se mettre en place», dit le président du directoire de la 2ème banque privée du pays.

Etonnés de son raisonnement, nous lui posons la question de savoir s’il considère alors que ce choix était une erreur. Il confirme. «C’est un fait, le régime parlementaire est une erreur dans un pays en développement. Les pays qui ont un régime parlementaire, ont aussi un pouvoir exécutif fort pour ne pas bloquer les choses et j’aurais aimé pour la Tunisie un régime présidentiel avec un contrôle fort par le parlement pour pouvoir prendre les mesures qu’il faut et les mettre immédiatement en exécution». En face de tout cela, pour lui «le gouvernement fait ce qu’il peut et gère dans des contraintes qui s’imposent à lui, dans un gouvernement de coalition et sans forte majorité au parlement, ce qui constitue un environnement qui ne permet pas d’aller vite avec les réformes dont on a besoin maintenant».

  • Quatre amnisties, propose le banquier …

Pour aller vite et faire face à tout cela, Ahmed El Karam propose quelques idées fortes. A l’entendre et à y penser, l’idée n’est pas mauvaise et même pas du tout, même si l’on ne peut pas toujours être d’accord sur le principe de l’amnistie.

Le président du directoire de l’Amen Bank propose, ainsi, quatre amnisties «pas politiques, mais purement économiques, qui réconcilieront les opérateurs avec l’administration, leur permettront d’apurer leurs situation et de repartir du bon pied pour mieux affronter la crise». Et El Karam de rappeler que «toutes les grandes réformes économiques en Tunisie ont été précédées par des amnisties».  Ceci légitimerait, comme il ne le dit pas directement, ses propositions.

D’abord, une amnistie de change, par ailleurs, demandée par certains partis politique, même de la coalition gouvernementale comme l’UPL. «Il y a beaucoup de Tunisiens qui gèrent des avoirs à l’étranger. Peu importe l’origine et les moyens. Pourquoi ne peut-on pas leur permettre de le faire en Tunisie, ouvrir des comptes en devises chez les banques tunisiennes aux conditions du marché international contre une dîme de 5 ou 6 % à l’Etat. Le Maroc l’a déjà fait en 2014 et il a gagné 2,5 milliards  d’euros», dit-il. Et lorsqu’on lui rappelle l’échec de pareille mesure, avant la révolution, il répond que cette amnistie «n’avait pas été faite de manière franche, pour des opérateurs qui se déclarent et n’a pas été suivie de mesures qui sécuriseraient les opérateurs et qui ne se sentent pas piégés», comme par exemple l’assouplissement du contrôle de change et d’autres dispositions techniques.

Ensuite, une amnistie fiscale. «Vous savez que l’Etat a des créances arriérées sur les entreprises et les particuliers, d’un montant de 5 milliards DT et qu’il ne va pas pouvoir recouvrer. L’amnistie devient alors une simple écriture, mais avec un effet de nouvelles entrées pour le budget de l’Etat. Appelons ces gens-là, faisons des compromis et des accords avec eux. Cela permettra aussi de faire revenir l’argent détourné dans les circuits officiels. L’Algérie l’a fait contre dépôt de tout dans les banques et l’Etat et prélèvement de 7 % pour le trésor et l’Etat qui donne un quitus fiscal à ceux qui y avaient adhéré. En Tunisie, cela pourra faire rentrer une grande partie de l’argent de la contrebande dans le circuit officiel et l’Etat y gagnera sans dépenser un sou».

Il y a ensuite l’amnistie douanière, «cela permettra au moins de désengorger le port de Radès où des centaines de conteneurs pourrissent depuis des années et fera gagner d’importants montants à  l’Etat. Faites encore l’amnistie de la sécurité sociale. Appelons les entreprises fragilisées par la crise, trouvons des arrangements avec elles au lieu de les alourdir avec les pénalités, cela donnera une bouffée d’oxygène à l’investissement et permettra de le faire redémarrer. Voilà des mesures audacieuses, capables de faire le choc salvateur qui fera redémarrer l’économie tunisienne», dit encore à juste titre le président du directoire d’Amen,  El Karam.

  • … et de grands projets

Le président du directoire de l’Amen Bank n’en continue pas moins en attendant de rêver à ce que tout cela finisse par arriver. Il rêve ainsi que tout l’argent que récoltera l’Etat tunisien de ces quatre amnisties servira à  accélérer l’exécution de tous les projets d’infrastructure. Mais qu’il en profite pour lancer de grands projets régionaux, en prise directe sur l’économie de la région. Il imagine ainsi, à l’image du projet de la centrale laitière de Sidi Bouzid lancée par un privé, un grand projet au Sud pour le traitement des dattes à Tozeur. Il propose aussi le lancement d’un grand projet de construction de logements sociaux autour de Tunis et dans les régions. Des projets capables de relancer le secteur du logement et traînera derrière lui plus d’une activité économique.

Tout cela pourrait, comme il le dit, faire l’objet d’un seul texte. Encore faut-il que la Gauche et tous les partis qui veulent que le gouvernement tombe, laissent passer un tel projet. Cela demande avant et surtout de l’audace de la part du gouvernement !

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