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Ali Larayedh, gouvernement

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Rarement un gouvernement aura gaspillé autant de chances de s’afficher comme celui qu’on attendait pour donner au moins une perspective de redressement à un pays qui ne sait plus à quel saint se vouer. En sortant un cabinet sur lequel les partis politiques qui lui ...

Rarement, gouvernement aura gaspillé autant de chances de s’afficher comme celui qu’on attendait pour donner au moins une perspective de redressement à un pays qui ne sait plus à quel saint se vouer. En sortant un cabinet sur lequel les partis politiques qui lui ont donné naissance, ne tarissent pas d’éloges (on ne sait pas pourquoi, d’ailleurs), Ali Larayedh qui n’espérait pas tant, est, pourtant, intimement convaincu, dans son for intérieur, qu’il fait sinon œuvre inutile, du moins décevante.

Certes, il a concocté à la hâte un programme pour les neuf mois de son mandat, mais, à y bien regarder, hormis quelques projets dont on se demande, du reste, comment il va s’y prendre pour les mettre en œuvre, on a eu droit à un composé de généralités, pour ne pas dire un océan de platitudes. Peut-être nous démentira-t-il en se rattrapant, mardi, devant l’assemblée nationale constituante dont il va solliciter la confiance, mais tout donne à penser que ce sera difficilement le cas, eu égard à l’immensité des chantiers auxquels le nouveau gouvernement est sommé de s’attaquer, et au peu de temps dont il dispose pour le faire.

Comment pourrait-on donner crédit à une formation gouvernementale dont le souci premier de ses initiateurs est de dire, en tout premier lieu, qu’il s’agit de réaliser les objectifs de la Révolution, sans prendre la peine de préciser comment et s’il en a les moyens. Cela se nomme en toute rigueur politique et journalistique un serpent de mer que l’on sort du chapeau magique chaque fois que « ça va mal ». D’autant que les « objectifs de la Révolution » ne sont guère du petit nombre et qu’il s’y attache une complexité et des controverses si vives que le tout laisse peu de place même à un soupçon de consensus, pourtant un minimum pour réaliser une partie de la portion congrue des objectifs de la Révolution, tels qu’ils sont entendus et compris par les uns et les autres.

Dans le « contrat politique » convenu, lors des consultations ayant précédé la formation du gouvernement, on ne manquera pas d’être interpellé par cette disposition mettant l’accent sur « le souci d’établir un solide partenariat entre toutes les parties concernées par ce gouvernement ». Un exercice d’équilibrisme dont les funambules seront les trois pontes de la coalition qui sont et demeurent Ennahdha, le CPR et Attakatol. Vaste programme, serait-on tenté de se convaincre, et ajoutons, sans le moindre risque d’erreur, irréalisable. Certes, comme le stipule la bonne règle juridique, qui peut le plus, peut le moins, mais on voit mal comment Ennahdha aura la ressource et la lucidité de s’affranchir des ses dogmes et indélébiles constantes pour devoir composer avec ses partenaires, alors que les élections arrivent à grands pas, que ses ambitions vont croissant et que son registre s’agissant de la conservation du pouvoir donne vraiment froid au dos, non seulement au CPR et à Attakattol qui n’ont rien à lui envier, dans le cas qui nous occupe, mais aussi à tous les partis de l’opposition, qu’ils soient représentés à l’assemblée nationale constituante ou non. S’attendre à voir le parti islamiste faire des concessions, sauf s’il s’agit de concessions de pure forme, est, par tous les paramètres, une authentique fiction politique.

Si la conviction des observateurs est faite concernant le volet politique, celle des économistes l’est encore plus quand il s’agit de scruter ce que ce gouvernement nous réserve pour ce qui est des chantiers économiques qui sont en prise directe sur le quotidien des citoyens et des régions. Il est fortement souligné dans le contrat politique approuvé par les parties prenantes dans le gouvernement que celui-ci « s’attachera à renforcer le développement régional et à déployer tous les efforts pour mettre en œuvre les programmes économiques, sociaux et de santé dans les différentes régions, notamment celles qui ont souffert de marginalisation et de privations ». Plus loin, il insiste sur l’urgence de « lutter contre la pauvreté, la hausse des prix, notamment en sévissant contre la spéculation et la contrebande et en activant les mécanismes de contrôle ». Enfin, il forme le projet d’ « encourager l’investissement national et étranger et de créer le climat, les incitations et les mécanismes juridiques qui y contribuent ». On ne pourrait y voir qu’un harnachement de pures professions de foi d’autant plus surannées qu’elles avaient été dites et redites sur toutes les fréquences, plus est, par les mêmes ministres qui rempilent dans la nouvelle équipe gouvernementale. C’est à se demander si c’est un gage de renouveau et d’efficacité, alors que les ressources à mobiliser sont moindres que par le passé, que la philosophie à laquelle est adossé le développement est la même et que le temps imparti à l’exécution de ces programmes est d’une brièveté lilliputienne.

Enfin, on nous promet un « débat national aux fins de l’achèvement de l’étape constitutive ». De quel débat national nous parle-t-on, alors que rien, rigoureusement rien, n’a pu émerger de deux ans de débats nationaux ? A moins que le chef du gouvernement, Ali Laarayedh, ait vocation à inventer la poudre et à mettre la main sur la pierre philosophale, mais ceci est une autre histoire.

Le fait est que , au regard des antécédents de l’écrasante majorité des membres de ce gouvernement et des ressorts partisans qui sont les leurs, il serait utopique d’attendre des percées , si minimes soient-elles, de nature à baliser autrement la route et à donner un signal sous quelque forme que ce soit, aux Tunisiens qui ont, à juste titre et à bon droit, la nette conviction qu’ils en ont encore pour trois longs trimestres avant d’entrevoir un soupçon d’issue à la condition qui leur est faite depuis la Révolution.

Et puis, méditons cette exclusion dont est frappée la presse dans le contrat politique du gouvernement où elle ne figure nulle part, contrairement à l’instance des élections et celle de la magistrature. Cherche-t-on à la laisser en l’état à des fins que l’ont peut aisément deviner ?

Mohamed Lahmar

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