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Asma Ben Hmida, ENDA

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 La micro-finance en Tunisie

 La micro-finance en Tunisie, ses difficultés ainsi que ses perspectives de développement ont fait l’objet d’une interview accordée par Assma Ben Hmida, directrice exécutive de l’institution de la micro finance, Enda Inter-arabe, à Africanmanager. Elle y parle aussi  des effets de la Révolution sur Enda et les bailleurs de fonds étrangers. Elle s’explique également sur la part d’Enda dans  les  70 millions de dinars accordés par la BEI et la BID pour renforcer la micro finance en Tunisie. Interview :

 En quoi Enda est pionnière en microcrédit ?

Enda est un acteur de développement très important en Tunisie. Elle a été pionnière en introduisant en Tunisie, dès 1995, « les bonnes pratiques » de la micro-finance internationalement reconnues. Rappelons que la mise en place de la BTS est intervenue en 1997, la première loi sur le microcrédit en 1999, suivie par  la création des associations de microcrédit, à partir de 2001.

Depuis le lancement de son programme de microcrédit, Enda a octroyé 1 150 000 microcrédits d’une valeur de 784 millions de dinars ; 378 000 micro-entrepreneurs ont obtenu au moins un prêt et certains plus de 40 prêts successifs.

Aujourd’hui, Enda a 67 agences dont au moins une dans chaque gouvernorat. Elle emploie 1 000 personnes dont plus de 80% de diplômés universitaires et, au cours de 2011, elle a recruté 200 personnes à un moment où dans d’autres secteurs, le chômage allait croissant.

35% de notre portefeuille sont dans les zones rurales. Effectivement, Enda a commencé à financer les petits agriculteurs en leur offrant des prêts adaptés à leurs capacités de remboursement et aux activités agricoles saisonnières, plus risquées en raison des aléas climatiques et de la dispersion.

Après la Révolution, nous avons lancé, avec l’appui de la Confédération suisse, un nouveau produit destiné à encourager les jeunes chômeurs à créer leur propre entreprise.

 Les choses ont-elles vraiment bougé après la Révolution ?

Bien entendu, les effets de la Révolution ont touché les micro-entrepreneurs. 30% de nos clients ont été touchés directement ou indirectement : pillages, vol de bétail, locaux incendiés, marchés ou sources de fournitures perdus (en Libye notamment) et bien d’autres difficultés. Enda est restée auprès d’eux, refinançant ou rééchelonnant leurs prêts, dans certains cas, apportant un soutien sur notre fonds social ou avec des dons de Tunisiens à l’étranger. Bien entendu, la Révolution n’a pas réduit le besoin de financement des micro-entrepreneurs, bien au contraire.

La  bonne nouvelle est que le Tunisien, et surtout la Tunisienne, des quartiers populaires et des zones rurales veulent travailler et emprunter pour renforcer leur  micro-entreprise et améliorer leurs  conditions de vie sans passer par la charité. La culture de remboursement qu’Enda a introduite en Tunisie depuis 1995 demeure très forte et enracinée chez la majorité des micro-entrepreneurs, malgré les difficultés.

La deuxième bonne nouvelle est que la femme est encore plus active. 70% des clients d’Enda sont des femmes. Mais Enda est en train d’augmenter la part des hommes dans son portefeuille pour leur permettre de surmonter le chômage par l’auto-emploi et  contribuer au bien-être de la famille au lieu de rester dépendant de la femme.

 Quels effets de la Révolution sur les bailleurs de fonds étrangers ?

Il faut rappeler que l’impact de la Révolution a été très dur pour les Tunisiens : augmentation du chômage, augmentation des prix, surtout alimentaires, baisse générale du niveau de vie. La Révolution nous a montré que la micro-finance a aujourd’hui un rôle encore plus grand à jouer. Dès le deuxième jour de la Révolution, nos partenaires internationaux nous ont appelés et nous ont offert de nous appuyer par des financements : la BEI, la SFI, Oikocredit, SIDI/FEFISOL, l’ambassade de France, l’ambassade britannique, la Confédération Suisse. Nous avons négocié avec l’AFD un emprunt à taux concessionnel pour financer les petits agriculteurs des régions défavorisées et un don avec l’Union Européenne pour introduire les nouvelles technologies.

 Du côté du refinancement, nous sommes conscients que la dégradation de la situation économique du pays va influencer notre capacité à mobiliser des fonds pour les prochaines années.

Enda fait régulièrement des notations qui sont des évaluations externes et objectives des performances de l’institution. La semaine prochaine, nous ferons notre cinquième notation et nous espérons que le déclassement de la note de la Tunisie n’influencera pas la note d’Enda.

 Quels sont les problèmes rencontrés par Enda et les institutions de micro finance en général ?

Aujourd’hui, le problème numéro 1 pour Enda est l’accès au refinancement pour pouvoir financer notre croissance et toucher le maximum de pauvres. N’oubliez pas qu’il y a un million de micro-entrepreneurs tunisiens qui ont besoin d’accéder au microcrédit ; seulement un tiers de cette demande est actuellement satisfaite. Ce n’est pas un problème de demande ou de qualité de travail ou de produits. Enda a déjà mis en place tous les types de produits pour servir la population avec des services bien adaptés. En termes de crédit, nous avons le savoir-faire et nous pouvons financer aussi bien les activités urbaines que l’agriculture, l’élevage ou la création d’entreprise. Mais nous manquons d’argent.

Enda est refinancée par 10 banques tunisiennes et quatre institutions financières internationales. Les banques connaissent de gros problèmes de liquidité et tendent à placer leur argent, par exemple, dans le crédit à la consommation qui leur rapporte plus qu’Enda qui avait négocié de très bon taux. Quant aux bailleurs internationaux, nous attendons prochainement des montants assez importants de la part de la BEI, la SFI et l’AFD, et peut-être aussi de la Citibank. D’ailleurs, la Banque européenne de Reconstruction et de Développement (BERD) deviendra peut-être un bailleur d’ici la fin de l’année. S’agissant de fonds d’investissements internationaux, certains souhaiteraient soutenir Enda, mais en devises, ce qui nécessite la couverture du risque de change. Nous essayons de convaincre les banques tunisiennes de nous donner une certaine priorité, compte tenu de notre vocation sociale.

 Comment vous voyez les solutions alors ?

J’appelle à ce que les investisseurs se mettent ensemble et trouvent un mécanisme pour couvrir le risque et mettre en place un fonds, pas forcément pour la Tunisie uniquement, mais pour tout le Maghreb, voire la Méditerranée pour refinancer les institutions de micro-finance. Je ne pense pas qu’il s’agisse de quelque chose d’impossible. Au Maroc, il y a le Fonds « Jaida », pour le refinancement des institutions de micro-finance, créé par le gouvernement marocain avec l’aide de bailleurs internationaux, pourquoi pas un fonds pareil en Tunisie ?

Nous adhérons à toutes les initiatives prévues par la nouvelle loi sur la micro-finance : centrale de risques pour éviter le surendettement, ainsi que  l’observatoire de la micro finance (qui sera financé par la BEI et le gouvernement du Luxembourg et mis en place avec l’appui de l’ONG luxembourgeoise ADA), l’autorité de contrôle. Nous souhaiterions aussi que le ministère des Finances et les bailleurs, mettent en place un fonds de garantie pour permettre aux IMF de prendre plus de risques et notamment la création d’entreprises par les jeunes. Plusieurs institutions internationales comme l’Union européenne et la BEI vont financer des programmes pour renforcer le secteur en Tunisie. Espérons que cela fera avancer les choses.

 La Banque Islamique pour le Développement et le FADES avaient déjà débloqué à la Tunisie environ 70 MD pour renforcer la micro finance, Quelle était la part d’Enda ?

 L’année dernière après la Révolution, le ministère de l’Investissement et de la Coopération internationale a invité Enda, la BFPME et la BTS pour informer les bailleurs de fonds de l’impact de la révolution sur nos programmes. Enda a expliqué que la Révolution nous avait frappés de plein fouet et que nous avions besoin d’urgence de refinancement pour nous permettre de continuer de soutenir les micro-entrepreneurs. Nous étions presque sûrs de cet appui. Or, nous avons appris que la Banque islamique et le Fades ont accordé à la Tunisie un crédit de 70 millions de dinars avec des conditions très souples qui ont été accordés à d’autres institutions de l’Etat, mais rien pour Enda. Nous ne comprenons pas pourquoi rien n’a été accordé à Enda qui pourtant a fait ses preuves comme acteur de développement efficace, contrairement à certaines autres institutions qui ont coûté très cher à l’Etat. Il semble que rien n’a changé par rapport au passé !

 Quelle serait alors la réaction d’Enda ?

Par manque de ressources nouvelles, et avec les difficultés de remboursement compréhensibles de certains de nos clients, nous avons été obligés de réduire notre croissance au lieu d’appuyer plus de gens qui en ont vraiment besoin.

Quelles sont les perspectives de développement pour Enda ?

Une piste très importante est la technologie pour toucher plus de pauvres dans les zones dispersées et pour réduire le temps d’attente des micro-entrepreneurs dans nos agences. Par exemple, nous allons équiper les agents de crédit de tablettes qui leur permettront d’avoir accès en temps réel aux données concernant chaque client; elles permettront aussi des mini-formations pour les micro-entrepreneurs chez eux. Nous allons également développer le mobile banking (paiement par téléphone mobile). Avec la technologie, nous pourrons réduire nos coûts, faire gagner du temps et de l’argent aux clients et mieux servir les zones rurales isolées.

J’ai visité des institutions de micro-finance en Amérique latine et en Afrique sub-saharienne où l’emploi de la technologie est déjà très répandu. Dans ce domaine, la Tunisie demeure très en retard, en partie en raison de résistances de la part des autorités qui refusent de donner leur accord pour des technologies courantes et qui ont fait leurs preuves partout dans le monde, par exemple, au Kenya et au Pérou. Il y a aussi le financement de nos clients par Internet à travers deux grandes institutions en ligne, KIVA aux USA et Babyloan en France. Nous pourrions attirer du financement pour des micro-entrepreneurs par des Tunisiens résidant à l’étranger (ou en Tunisie) et d’autres citoyens qui désirent contribuer au développement de notre pays à travers la micro-finance. Mais là aussi nous attendons les autorisations.

Le ministère des Finances est en plein préparation pour la mise en place d’un nouveau cadre juridique organisant la micro finance en Tunisie, quelles opportunités peut-on en  tirer ?

Dans le cadre de la nouvelle loi, Enda compte créer une société anonyme et transférer ses activités financières vers cette société. Pour cela, nous devrons procéder à une mise à niveau, à l’amélioration de nos compétences et de notre système d’information. Nous cherchons pour cela un appui sous forme d’assistance technique étrangère. La SFI et la BEI ont déjà commencé à nous financer.

Avec le changement de la loi, nous espérions pourvoir introduire l’épargne. En effet, il a été démontré dans beaucoup de pays que les pauvres ont autant, sinon plus, besoin de pouvoir confier leur épargne à une institution en laquelle ils ont confiance. Malheureusement, la collecte des dépôts est formellement interdite par la loi. Parfois, il est difficile de comprendre ce qui motive le législateur. Contrairement à ce qu’on semble croire, ouvrir cette possibilité aux institutions de micro-finance augmenterait la mobilisation de l’épargne, car les pauvres épargnent peu à la Poste et encore moins dans des banques.

Après cette « transformation », l’ONG Enda restera en place et proposera des activités d’appui et d’accompagnement aux micro-entrepreneurs: formation, appui à la commercialisation, cercles d’information et de discussion, éducation financière et citoyenne et d’autres activités encore.

 Khadija Taboubi

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