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BCT, Tunisie, Chedly Ayari

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Il y a quelques jours

Il y a quelques jours, le marché financier tunisien s’affolait et affolait avec lui, opérateurs économiques et salles de change dans les banques tunisiennes.

Dans une économie tunisienne, loin d’être riche en devises étrangères et qui se retrouve, depuis quelques mois dans «une zone creuse de tirages sur les prêts» contractés à l’étranger, intervenait ce que le gouverneur de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) qualifie de «facteur conjoncturel violent». Entre la dernière semaine d’avril et la première semaine de mai, plusieurs entreprises, locales ou de droit tunisien, introduisaient subitement des demandes d’achat de devises. Il s’agit essentiellement de Tunisiana qui devait expatrier 98 MUSD de bénéfices, comme le lui en donne droit la législation tunisienne en matière d’investissement, la Stir (Société tunisienne des industries de raffinage) qui avait besoin de 60 MUSD, la Steg pour un montant de 57 MUDS. Cela, sans oublier les besoins en devises exprimés par l’office national de l’huile (10 MUSD), par l’Entreprise des activités pétrolières (ETAP, 67 MUSD) et l’Office national du commerce (10 MUSD).

– Une bulle monétaire créée par l’interbancaire.

En l’espace de quelques semaines, le marché faisait face à une demande de 350 MUSD. Dans leur pressante demande, les clients cotent sur plus d’une banque. Les banques se braquent, paniquent et cotent large de leur côté, pour essayer de se couvrir en cas de risque. A cela, s’étaient ajoutés les bruits, bien que démentis, d’une dévaluation du Dinar tunisien. Cela, sans compter l’effet spéculatif des entreprises qui disposent d’un CPD (Compte professionnel en devises). C’est tout cela qui a affolé les taux de change sur la place financière tunisienne et fait vaciller le cours du Dinar tunisien qui s’en trouve dévalué. On en voyait, jusqu’à ce jeudi 16 mai 2013, les effets. L’euro en était arrivé à 2,15 DT et le dollar US à 1,64 DT. Pour le gouverneur de la BCT, ce qui est désormais appelé une «bulle monétaire», était presqu’attendu, au vu du «trend baissier du DT, qui a commencé bien avant la révolution. Pour Chedly Ayari, «cela reflète les fondamentaux, un peu choqués, de l’économie tunisienne et le système s’essoufflait même à partir de 2009». Il rappellera dans des propos lénifiants, comme pour démystifier le phénomène et tranquilliser les opérateurs, que la monnaie tunisienne avait connu une dévaluation par rapport au dollar US, de 12 %, en 2005, de 7 %, en 2008 et de 8 %, en 2010. En 2003, le DT s’était dévalué de 8 % par rapport à l’euro. Et de signaler enfin, qu’au 13 mai 2013, le DT ne s’était dévalué que 4,6 % par rapport à la monnaie européenne et de 5,5 % par rapport au dollar US. La monnaie tunisienne s’est même surévaluée de 12,3 % par rapport au yen japonais !

– La BCT veillait au grain

«Nous étions à l’étranger, mais nous étions accrochés à nos téléphones et nous gérions très bien la situation avec la direction concernée», a dit Chedly Ayari, Gouverneur de la BCT, qui en parlait d’une manière, plutôt sereine. «Notre objectif était de ramener les taux dans des limites correctes et de stabiliser la volatilité qui était excessive».

Une «bulle monétaire» a ainsi été créée, mais de manière artificielle, malgré l’existence de causes économiques, plutôt structurelles. A comprendre Chedly Ayari, cette bulle a été créée sous l’effet des échanges interbancaires et celui de la spéculation, ce qui rendrait possible sa maîtrise.

La BCT est ainsi intervenue, malgré ses réserves en devises qui en était revenues à 99 jours d’importation, pour injecter les devises sur le marché interbancaire afin d’en calmer les soubresauts. Ce rôle de régulateur, «dans les limites de 1 % » du volume, comme tient à la préciser Chedly Ayari, lui aura coûté, depuis le début de l’année et jusqu’au premier avril dernier, par exemple, 1,6 milliard DT. Cela, sans compter les dernières interventions pour stabiliser la monnaie tunisienne. Elle arrivera, selon un communiqué distribué lors de ce point de presse, à faire échanger le Dinar à 2,14 euros, contre une pointe à plus de 2,2 et à 1,64 dollars US contre une pointe à 1,69.

– Elle annonce plus de ressources, à venir et étudier de limiter les CPD.

La BCT compte, en tout cas, continuer sa pression sur l’interbancaire afin, si ce n’est pas de faire revenir les taux comparatifs à ceux du début de l’année 2013, au moins de stabiliser le cours du Dinar et éviter que sa glissade continue vers des abysses plus difficiles à maîtriser. Le Gouverneur Ayari annonce pour cela, que la Tunisie a décidé de recourir au tirage, précoce, sur le prêt, initialement préventif accordé par le FMI (Fond Monétaire International) initialement prévu pour 12 mois après la signature. Une enveloppe de 750 MUSD en devises (150 à la signature, le 7 juin prochain et 600 MUSD, entre septembre et décembre prochains) devrait ainsi augmenter les réserves en devises. Il annoncera aussi la décision de la Tunisie de sortir une nouvelle fois sur le marché financier obligataire international, avec une nouvelle garantie américaine pour 500 MUSD et avec une nouvelle garantie japonaise pour l’équivalent de 400 MDT qui constitue la seconde tranche du prêt japonais.

Toutes ces ressources, même si elles n’arrivent pas à faire face encore aux besoins du budget tunisien en ressources extérieures, arriveront tout de même, du moins la BCT l’espère, à calmer le marché interbancaire.

Mais la BCT pense aussi à revoir la réglementation concernant le CPD. Jusqu’ici, les entreprises détenant des comptes professionnels en devises, avaient le droit de détenir la totalité de leurs revenus en devises, sur une période d’une année. «Ramener les CPD à seulement 3 mois, la question est actuellement à l’étude», lance le Gouverneur de la BCT, comme un avertissement aux spéculateurs. Chedly Ayari est conscient que «c’est un signal fort, qui peut avoir un impact violent et faire peur au privés tunisiens». Il ne leur en rappellera pas moins, que «en octobre dernier, on avait rappelé les CPD à leur devoir et ils n’ont rien fait». A bon entendeur donc, salut !

Khaled Boumiza.

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