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Ben Ali, Trabelsi, Banque, Tunisie

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Nous avions évoqué, dans notre édition du lundi 14 février 2011, les deux dernières listes de la BCT et du CMF. Nous revenons aujourd’hui sur ce sujet et surtout sur la liste de la BCT même si elle n’est pas définitive, mais sous un autre angle, celui qui concerne les banques.

Alors que le secteur bancaire refuse encore de communiquer sur l’état de ses engagements avec les membres des deux familles de l’ancien président déchu, il se borne d’une seule voix à assurer que toutes les banques ont les contreparties nécessaires pour tous les crédits accordés, des crédits qui disposeraient tous de toutes les garanties nécessaires.

Le CMF a certes demandé à toutes les entreprises cotées en bourse de communiquer sur les dégâts qui leur ont été occasionnés par les effets collatéraux de la révolution. Aucune institution bancaire tunisienne n’a cru nécessaire [le CMF n’a pas non plus rechigné là-dessus] d’éclairer les épargnants sur l’importance des crédits accordés aux membres des clans Ben Ali et Trabelsi.
Une lecture de la liste mise à jour, le 7 février 2011, des banques chefs de file pour les entreprises et groupes des deux familles [faite selon l’importance des crédits signalés à la centrale des risques, ce qui fait du chef de file le plus important créditeur], nous donne pourtant un premier éclairage certes pas chiffré-la BCT et les banques tenant ce chiffre encore secret-, sur qui était engagé, avec qui et quelle banque donnait le plus de crédits à quel groupe.

Ils ont frappé à toutes les caisses…même la BFPME.

Première constatation : Aucune banque commerciale, publique ou privée, n’avait pu dire non à une demande de crédit d’un des Ben Ali, des Trabelsi ou de leurs partenaires. Toutes y sont, de la STB à la BH en passant par l’Amen, l’UBCI, l’UIB, la Biat ou la BNA. Les banques publiques avaient été, pendant les 23 ans de règne de Ben Ali sur la Tunisie et de ses familles sur l’économie de la Tunisie, celles qui finançaient le plus, sinon en grande majorité, les affaires des deux familles et les banques où se trouvaient aussi le peu de dépôts qu’elles mettaient de côté.

Sur les  175 entreprises des deux familles et de leurs alliés et partenaires, presque le  tiers (56 entreprises) avait la STB en tant que chef de file bancaire. En seconde position des chefs de file, se trouve la BNA (27 entreprises diverses), suivie de la Banque de l’Habitat (25 entreprises), l’ATB (21 entreprises), la Biat, Attijari (9 entreprises où elle est chef de file) et la BT (bizarrement 8 entreprises uniquement). Même la déficitaire BFT n’y a pas échappé, puisqu’elle se retrouve chef de file avec 5 projets, suivie de l’Amen Bank avec 4, sans tenir compte des autres pools où elle est aussi présente. On ne retrouve certes pas l’UIB dans le listing chef de pool, mais cette banque figure au 2ème rang dans la colonne «Etablissements de crédits engagés ».
 Les Trabelsi ont frappé à toutes les portes et à toutes les caisses, y compris celle de la BFPME qui a fini par donner crédit à Jalila Trabelsi (on ne sait pas à quelle période). On aurait aussi pu croire que les banques mixtes pourraient être épargnées. Que nenni. La TQB, Al Baraka, la BTE et la NAIB ou la Stusid se retrouvent chefs de file ou dans la seconde colonne de la liste pour au moins un projet pour chaque banque.

Le secteur public a plus donné que les autres.

Il y avait presque une spécialité par banque, selon les familles. C’est ainsi qu’on trouve la STB essentiellement chef de file pour des crédits et des engagements donnés en faveur de Belhassen Trabelsi et son homme de confiance Mohamed (dit Hamadi) Touil et de Mourad Trabelsi. Mais Moncef aussi, Adel, Naceur, Imed, Samira et Jalila étaient passés par là. Derrière la STB, en 2ème rang, se rangeaient plus d’une autre banque, publique et privée et même certaines société de leasing, et cela pour tous les engagements. Chez la STB, on retrouve aussi l’hôtelier Youssef Mimouni. Ses liens avec les familles ne seraient pas de nature familiale, mais existeraient bien.

Cet hôtelier, on le retrouve aussi à la BNA, banque engagée aussi avec le groupe Princesse d’El Materi, très peu avec Belhassen Trabelsi, assez avec Moncef Trabelsi, mais bien avec le reste des membres du clan, comme Moncef, Imed, Naceur, Adel et Néfissa (ironie du sort, son projet s’appelle La Terre Bénite !). On retrouve même le fameux Ali Seriati où la BNA est chef de pool, pour une SMVDA.

Chez l’ATB, c’est presqu’à parts égales entre Princesse Holding, Jalila Trabelsi et Lazhar Sta, sans oublier Mourad Mahdoui (chez la STB aussi) le publicitaire et Slim Chiboub ainsi que Nader Trabelsi. A la BH, on retrouve le nouveau Hakim Hmila (avec Attijari, BNA, Biat, STB et même la BTL en 2ème rang), encore Belhassen Trabelsi pour Tunisie Sucre où il n’aurait pourtant que 15 % et Karthago Groupe et  Carthage Cement. On y retrouve aussi Imed, son Loft, sa Sotudef, sa Batimed, son café El Maazim et son Cash & Carry, sans oublier l’omniprésente Jalila, la sœur de Leila. Même l’Amen Bank, banque de la famille Ben Yedder qui nous assurait n’avoir jamais coopéré avec les Trabelsi, on la trouve au 2ème rang, engagée avec Belhassen Trabelsi chez Carthage Cement et la société touristique Tunisie Golfe, bien qu’elle ne soit chef de file que pour 4 entreprises sur la liste et pour des groupes indirectement liés aux familles en question.

Le plus important est de considérer trois choses. D’abord que ces crédits sont donnés en contrepartie de garanties réelles. Les entreprises, biens mobiliers et immobiliers, existent (il faudra en effet vérifier si ce ne sont pas de vides coquilles) bel et bien et pourraient servir à rembourser les crédits. Ensuite, que rares sont ceux parmi les PDG de banques qui auraient pu dire non à une famille qui avait toujours, le Président de la République et la femme du chef de l’exécutif, pour chaperon et plus d’une fois l’engagement se fait sur leur ordre écrit, sinon oral. Enfin, dans certains cas, les engagements pris par les banques constituaient de réelles opportunités pour les banques. Le cas de Tunisiana, comme celui de Carthage Cement et d’autres, ont constitué des opportunités de création de valeur et de bénéfices pour les banques dont le travail est de donner du crédit et qui auront su s’entourer des précautions d’usage et des garanties que les membres de la famille donnaient volontiers, tant ils croyaient ne jamais connaitre un moment comme celui du 14 janvier 2011.

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