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Caïed Essebssi, Tunisie

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Précisons d’abord que ce qui s’est passé, vendredi dernier, au Palais de Carthage, n’était pas une conférence de presse, mais simplement un discours en présence d’une presse locale et internationale, priée par les services du Premier ministre de ne pas poser de questions.

La presse locale essaiera quand même de forcer cette instance, mais trouvera un Premier ministre, certes caressant dans le sens du poil vis-à-vis de la presse, mais décidé à ne pas se laisser entraîner sur  le terrain glissant des Q&R. «On m’a assuré qu’il n’y aura pas de questions », dira-t-il, avant de s’éclipser derrière une porte coulissante de la petite salle de réunion. Un début, pour le moins mitigé, pour la liberté de la presse et le respect de cette liberté par le politique. «Mais ne tirons pas sur l’ambulance », commentera un des journalistes présents.

Dans ce qu’il serait donc plus juste d’appeler un discours de presse, Béji Caïed Essebssi dont c’était la première sortie publique depuis sa nomination  par Foued Mbazzaa, a plutôt bien parlé. Lentement, avec force articulations, des points et virgules et des regards mi-souriants là où il faut, le nouveau Premier ministre a parlé dans une langue accessible à tous avec un mélange d’arabe littéraire et de dialecte tunisien, avec  à l’appui des versets du Coran,  des citations d’illustres historiens arabes et de dictons populaires. Un discours de bon père de famille, constructif, informatif juste dans les proportions qu’il faut pour un premier discours liminaire d’un Premier ministre à la tête d’un gouvernement qui n’est pas encore complet et qui irait, nous dit-on, plutôt vers un replâtrage de celui de Ghannouchi que vers une refonte totale de celui de son prédécesseur. Un discours qui en dit long sans tout dire et sans en dire assez. Caïed Essebssi en avait conscience, qui disait «accordez-nous le préjugé favorable ». L’excuse était ainsi toute trouvée pour ne pas aller au fond de choses dont il ne tenait pas encore tous les tenants et les aboutissants.

Tranquillisant, rigoureux et légaliste à la fois.

Le discours du nouveau Premier ministre tunisien avait ainsi réussi le tour d’être tranquillisant face à une conjoncture encore troublée dont sortait à peine la Tunisie de l’après Ben Ali, après la levée du sit-in d’El Kasbah. Un discours dont les intonations renvoyaient à un passé bourguibien encore dans les bonnes mémoires des quinqua et des quadra, mais un discours dont les quelques accents de fermeté étaient très bien appréciés, surtout lorsqu’il parlait de l’ancien chef de l’Etat qu’il traitait de déserteur, lorsqu’il parlait des images de désordres et de débordements policiers qu’il a pu visionner ou lorsqu’il évoquait l’obligation de rétablir l’ordre et l’autorité de l’Etat, en disant que cette autorité «s’est beaucoup détériorée et il ne nous reste plus de temps pour renvoyer cela à une date ultérieure, car nous sommes au bout du gouffre et même une semaine serait de trop». Par deux fois, lorsqu’il parlait de l’ordre et des désordres et de ses entretiens avec le ministre de l’intérieur, il se tournera, juste du regard, vers Farhat Rajhi qui passera par deux fois l’index sur la bouche, probablement dans un signe de gêne et de profonde prise de conscience de cela.

Tranquillisant, le discours l’a aussi été, lorsque le Premier ministre évoque la seconde constante de son action dans ce mandat transitoire, celle de «rompre définitivement avec l’ancien régime ». Il répondait ainsi à l’une des principales demandes du sit-in et de la Révolution.

Mais Caïed Essebssi sera beaucoup plus rassurant  quand il indique que «cela n’est pas chose facile et nous ne voulons porter préjudice à personne », et d’ajouter que «ce n’est pas tout ce qui porte un nom ou a fait une action qui sera accusé» ou encore lorsqu’il disait que, dans l’ancien «régime, il y a des symboles, mais aussi des pions ». Suivez son regard… ! Celui d’un fin politicien, d’un ancien homme de loi et d’un fin connaisseur des arcanes de la place politico-sociale tunisienne !

Piques, messages et phrases assassines.

En vrai renard politique (dans le sens de la ruse), Caïed Essebssi profitera aussi de cette sortie médiatique retransmise en direct par toutes les TV et radio locales pour lancer quelques messages à toutes fins utiles et pour glisser quelques «phrases assassines » en direction de quelques uns parmi les forces politiques en place.

Le premier message, il le concernera personnellement lorsqu’il affirme qu’il ne possède qu’une voiture et même pas de maison, encore moins d’actions. «La sobriété est de l’argent inépuisable », dira-t-il. On lui rappellera certes que le dicton parle de trésor, il maintiendra le mot argent avec un sourire narquois.
L’homme semble être ainsi au courant de tous, chez les siens (son gouvernement) dont il dit qu’aucun d’eux ne se présentera aux prochaines élections. Beaucoup, parmi les présents à ce discours, auraient aimé l’annonce à ce propos d’une décision faisant injonction aux ministres de déclarer leurs biens, meubles et immeubles, avant et après l’entrée au gouvernement.

Il glissera aussi cette précision-engagement de taille dans cette conjoncture politique tunisienne de manque de confiance généralisé et de pressions sociales, que son gouvernement sera vraiment de transition et de gestion des affaires courantes. Rien ne changera donc, d’ici le 24 juillet prochain, date des élections de la Constituante. Il dira, comme si cela devait couler de source, que la Constitution de 1959 a été suspendue et les deux Chambres (Députés et Conseillers) aussi.

Il ne terminera pas son discours avant de lancer cette «phrase assassine » à l’adresse de Rached Ghannouchi qui se moquait, quelques jours avant, de lui, se demandant de quel vieux coffre  on l’a tiré [Caïed Essebssi] et qu’on l’aurait sorti des archives. «Nous ne sommes pas du  même coffre » répondra-t-il toujours souriant, et un rien blagueur, avant de lancer au «Cheikh Rached que j’aime et que je respecte, je voudrais dire qu’il est lui aussi dans les archives. Il aurait pu dire qu’il fait partie des archives. Le choix des mots pour Caïed Essebssi n’était certainement pas fortuit.

La politique, certes, mais l’économie aussi.

On ne terminera pas sans signaler que le nouveau Premier ministre tunisien n’a pas oublié l’économie, même si cette dernière n’a pris qu’une toute petite partie de son discours et même si dès son entrée dans la salle du discours ,Essebssi cherchait Mustapha Kamel Nabli, gouverneur de la BCT de la voix et des yeux comme un point de repère de son action à la tête du gouvernement de transition. «L’emploi n’est pas possible sans la croissance à des chiffres de 8 à 9 % » a-t-il dit, «et elle est actuellement proche de zéro. Nous avons besoin aussi de la coopération internationale, et tout cela ne peut pas être fait sans la sécurité et la stabilité » a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a été un peu plus prolixe en évoquant  l’engagement que lui a donné le ministre du Tourisme de «sauver la saison touristique de l’effondrement » et en affirmant que «actuellement, personne ne travaille dans l’administration ». Les observateurs nationaux et internationaux en attendait plus sur le volet économique,  mais ce ne semblait pas, pour l’instant, la priorité de Béji Caïed Essebssi.

On notera enfin cette présence du Général Rachid Ammar dans la salle du discours, assis dans la rangée réservée aux membres du gouvernement. Les places étaient au nombre exact des membres présents du gouvernement, le Général Ammar, souriant et décontracté, a apporté lui-même une chaise et s’est mis à côté du Gouverneur de la BCT. Dans un système tunisien où l’armée était toujours dans les caserne et jamais dans l’arène politique, cette présence avait de quoi surprendre, même si l’homme semblait jouir d’une très bonne image, médiatique surtout, et bien accepté par tout le monde.

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