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Carnegie

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La Fondation Carnegie pour la paix internationale, basée à Washington,  a récemment publié plusieurs rapports et  tribunes libres qui  sonnent l’alarme et  proposent  ce qui équivaut à un grand marchandage pour «sauver» la Tunisie.

Un Livre blanc, intitulé «Entre Danger et Promesse : un nouveau cadre pour le partenariat avec la Tunisie », fournit une vue claire et convaincante des nombreux problèmes auxquels le pays fait actuellement  face à  l’intérieur comme  à  l’extérieur. « La situation en Tunisie est devenue dangereuse», préviennent  ses auteurs.

« Une combinaison de vents contraires internes et de tourmentes régionales  a douché  les espoirs des Tunisiens quant à  un nouveau contrat social consolidé. Malgré  notamment un large soutien et le consensus rhétorique, l’aide et les réformes n’ont pas pu matérialiser de manière visible pour les citoyens ordinaires, et la Tunisie a poursuivi sa descente aux enfers économiques, avec des tensions sociales, des troubles, et la montée de la radicalisation  « .

Résumant les craintes croissantes de certains Etats voisins, le rapport cite  un homme politique tunisien majeur  qui  souligne que , « si le monde ne se réengage pas maintenant sur les défis de la Tunisie,  alors que les dirigeants internationaux ne reconnaissent pas la réalité  de la crise, « peut-être que nous ne serons pas plus ici pour recevoir leur aide ». Dans ce cas, » les conséquences de la propagation de l’extrémisme, la migration clandestine vers l’Europe, et la vulnérabilité de la Tunisie aux chocs de ses voisins immédiats, la Libye et l’Algérie, se feraient  vite sentir. « 

Gouverner et semer la ruine !

La solution préconisée par  Carnegie est, à certains égards, le point culminant de la grande frustration ressentie par les décideurs européens et nord – américains concernant  l’incapacité des Tunisiens à protéger leur propre pays en réformant les  structures du pouvoir de facto qui continuent de gouverner et de semer la  ruine. Comme l’un des auteurs du livre blanc, Marwan Muasher, l’a écrit dans un article avec  le président de Carnegie William J. Burns: « Bien que la révolution ait mis à niveau le  système politique de la Tunisie d’un régime autoritaire vers un gouvernement démocratique, son système opératoire  – ses institutions étatiques, ses lois, sa  bureaucratie, les tribunaux et la police – est resté en grande partie inchangée. Ils sont demeurés fidèles  à leur vocation originelle : s’emparer des  ressources de l’Etat et sans les distribuer. En conséquence, malgré les meilleures intentions de la nouvelle direction de la Tunisie, des milliards de dollars et des dizaines de projets  n’ont jamais été concrétisés, poussant les Tunisiens  dans la rue. Cela a rendu beaucoup plus difficile pour les dirigeants tunisiens  de s’assurer le soutien  du peuple  pour les nécessaires, mais douloureuses réformes économiques, ce qui  a ébranlé la confiance internationale dans le pays et sapé les efforts visant à obtenir un soutien international.

 » Tout autant, les Tunisiens eux-mêmes y assument une  responsabilité importante. Trop peu a été fait pour juguler la corruption,  reconstruire la machine fragile de l’état, l’égalité  entre les sexes, venir en aide  aux régions et aux groupes traditionnellement marginalisés, et faire des progrès sur une longue liste de réformes législatives cruciales. À moins que les Tunisiens ne soient prêts à aborder ces questions frontales, aucun niveau de soutien international et aucune batterie  de gestes rassurants, n’auront d’effet durable ».

Ceci est, bien sûr, un avertissement sévère adressé à la classe politique tunisienne.

« Vous avez admirablement changé votre boîte à outils, reconnaît Carnegie. Et vous avez fait de grands progrès dans la tâche beaucoup plus difficile de forger un consensus politique entre les islamistes et leurs adversaires. Mais maintenant, vous faîtes face à la ruine et devrez avoir  le courage de réformer. Si vous faites cela, les puissances  étrangères  seront prêtes à vous aider à chaque étape du parcours. Si vous ne le faites pas, elles  ne seront probablement pas en mesure d’apporter  beaucoup d’aide dès lors que les investissements finiraient tout simplement  par être gaspillés », avertit Carnegie.

La confiance dans un « cercle vertueux »

Pour  éviter ce scénario, les trois auteurs du livre blanc de Carnegie – Marwan Muasher, Marc Pierini et Alexander Djerassi – proposent  que les dirigeants tunisiens poursuivent la réalisation de quelques gains rapides, de  projets pilotes et de  réformes claires (bien que très modestes), qui tous renforceraient la confiance des bailleurs de fonds extérieurs pour se réinscrire  dans un «cercle vertueux».

Le pays devrait mettre en place « un mécanisme rapide pour mettre en œuvre des projets visant à favoriser le développement économique et social et la création d’emplois», disent-ils. «Les nouvelles procédures de coordination interministérielle, les marchés publics  et la sécurité des projets de développement sont nécessaires pour traduire  le financement intérieur et extérieur en résultats concrets pour les Tunisiens, en particulier les jeunes et les couches de la populations  marginalisées. »

Une sensibilisation du public et un effort de dialogue plus inclusif pourraient également être nécessaires, ajoutent-ils, parallèlement  à un  plus grand soutien pour l’accroissement de la  capacité du Parlement (les députés ne disposent même pas de bureaux, beaucoup moins d’assistants et d’infrastructure informatique), ainsi que des «centres économiques d’excellence  qui seraient créés partout en Tunisie pour favoriser la décentralisation « .

Que des  mécanismes spécifiques finissent par être mis en place, l’essentiel demeure  le même: les Tunisiens doivent commencer à lutter contre la corruption endémique (les marchés gris et noir sont désormais considérés comme de plus grande taille que l’économie formelle) et ils doivent prendre des mesures concrètes pour commencer à s’échiner à  sortir du bourbier. » En l’absence de pareil  effort, « aucun niveau de soutien international ne sera utile».

Les  gouvernements occidentaux  ont l’obligation de lancer  un «plan Marshall»  fait de subventions et  prêts sans  intérêt, pour stimuler massivement l’économie et renforcer le secteur de la sécurité.

En d’autres termes, il est temps pour l’Occident de mettre la main à la poche  et de  laisser les Tunisiens choisir comment se  réformer.

Bien que cette approche puisse  être plus acceptable pour certains Tunisiens, elle souffre en fait du même problème qui entache le  « nouveau cadre de partenariat » de Carnegie: le sous-jacent déséquilibre structurel des faibles forces démocratiques en face des  réseaux parallèles à l’Etat  qui opèrent en toute impunité.

« Injecter de l’argent  dans un système qui a été, et est toujours, de facto contrôlé par un triangle d’airain : les  oligarques des affaires, les acteurs du secteur de la sécurité et les mafias traditionnelles (c’est-à-dire l’approche privilégiée par de nombreux nationalistes et gauchistes) ne ferait que gonfler la richesse et rentabilise celle  de ceux qui ont longtemps été prépondérants.

Après tout, l’Etat parallèle de la Tunisie est  exceptionnellement maître dans  l’art de la cooptation, de la subversion et réorientation, en particulier dans un climat de terrorisme et d’inquiétudes  européennes primordiales concernant les  flux de réfugiés, conclut Carnegie.

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