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cimentier français

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Le groupe français Lafarge n’a pas voulu faire le deuil de son unité de production de ciment en Syrie et tenait mordicus à  pérenniser son activité, dans le chaos que l’on sait. Cet acharnement l’a amené, du printemps 2013 à la fin de l’été 2013, à faire des «arrangements (…) avec les groupes armés environnants, dont l’organisation Etat islamique (EI)», dit le journal Le Monde. C’est ainsi que le cimentier a, indirectement, subventionné les combattants sanguinaires de Daech.

L’usine en question est la cimenterie de Jalabiya, à 150 kilomètres au nord-est d’Alep. Lafarge en fait l’acquisition en 2007, la retape et entame la production en 2010. «Jusqu’en 2013, la production se maintient malgré l’instabilité croissante dans la région due à la guerre civile qui a débuté en 2011», souligne le journal.

Mais les choses se gâtent «à partir du printemps 2013», l’EI «prend progressivement le contrôle des villes et des routes environnant l’usine de Lafarge», écrit Le Monde. « Des courriels envoyés par la direction de Lafarge en Syrie, publiés en partie par le site syrien proche de l’opposition Zaman Al-Wasl et que Le Monde a pu consulter, révèlent les arrangements de Lafarge avec le groupe djihadiste pour pouvoir poursuivre la production jusqu’au 19 septembre 2014, date à laquelle il s’empare du site et Lafarge annonce l’arrêt de toute activité», poursuit le quotidien.

C’est ainsi que Lafarge eut l’idée, toujours d’après Le Monde, de mobiliser Ahmad Jaloudi «pour obtenir des autorisations de l’Etat islamique pour laisser passer les employés aux checkpoints». Des mails échangés «permettent de conclure que la direction de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts», ajoute le journal.

Une autre petite bombe a été lâchée par Le Monde: «un laissez-passer estampillé du tampon de l’EI et visé par le directeur des finances de la « wilaya » (région) d’Alep, daté du 11 septembre 2014, atteste des accords passés avec l’EI pour permettre la libre circulation des matériaux». Pour produire son ciment, Lafarge a aussi missionné «des intermédiaires et des négociants qui commercialisaient le pétrole raffiné par l’EI, contre le paiement d’une licence et le versement de taxes», dit le journal.

Lafarge s’explique… très mollement

Face au tolet, le groupe Lafarge Holcim a dû monter au créneau hier mardi 21 juin 2016 pour s’expliquer. Il a reconnu, dans un mail envoyé à l’AFP, avoir fait fonctionner une cimenterie à Jalabiya entre 2010 et 2014. Mais motus sur ses petits arrangements avec Daech. Le cimentier français s’est borné à dire ceci : «Lorsque le conflit s’est rapproché de la zone de l’usine, la priorité absolue de Lafarge a toujours été d’assurer la sécurité et la sûreté de son personnel, tandis que la fermeture de l’usine était étudiée». Un peu mince pour faire dégonfler la pression. Ce n’est pas avec cette ligne de défense que Lafarge fera l’économie d’une enquête judiciaire ou parlementaire.

Le texte envoyé à l’AFP précise que quand les activités de l’usine ont été gelées en septembre 2014, «l’ensemble des collaborateurs a été évacué, mis en congés payés et l’accès à l’usine leur a été interdit». Lafarge ajoute : «En décembre 2015, compte tenu de l’évolution de la situation en Syrie, il a été décidé de mettre en oeuvre un plan incluant des licenciements et, quand cela était possible, le transfert de certains collaborateurs dans d’autres unités du groupe».

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