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Crisis Group

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A peine dessillée au lendemain de la Révolution du 14 janvier 2011, la Tunisie a eu soudainement maille à partir avec la nomenklatura politique et économique du régime qu’elle venait de renverser. Les mécanismes faisaient foison qui leur demandaient des comptes. La justice s’en est mêlée  pour traîner devant les tribunaux hommes politiques, hommes d’affaires et bien d’autres soupçonnés d’avoir partie liée avec le ci-devant pouvoir. Ceux que cette forme d’inquisition scandalisait se sont ralliés à un mécanisme qui avait fait ses preuves dans des situations comparables. C’est la  justice transitionnelle qui apparaît alors comme la voie la plus propice à la restauration d’une société harmonieuse, permettant à cette dernière de traiter le passé pour aborder le futur de manière apaisée.

Six ans après, la justice transitionnelle peine à tenir ses promesses malgré la mise en place d’une instance dédiée, l’Instance Vérité et Dignité et des multiples initiatives lancées ici et là pour engager le pays sur la voie de la réconciliation. Le centre d’études International Crisis Group (ICG), a livré ce mardi une intéressante analyse de la question et surtout une issue « médiane », précise-t-il.

Il relève d’entrée de jeu que « les  tensions politiques entre défenseurs et adversaires du processus de justice transitionnelle en Tunisie, en particulier de son application dans le domaine économique, retardent la mise en place de politiques publiques à même de dynamiser l’économie et de combattre la corruption », pour soutenir que « des compromis sont nécessaires pour réconcilier ces deux camps et approfondir les efforts menés par l’Etat en matière de lutte contre la corruption et de désenclavement des régions les plus négligées sous l’ancien régime ».

Des concessions sont indispensables de part et d’autre. D’une part, il est nécessaire de dissiper le malentendu qui assimile justice transitionnelle, et le rôle légitime qu’elle peut jouer en matière de justice et de réconciliation, aux mesures ad-hoc prises durant la période dite de « justice révolutionnaire », perçue par certains comme une « chasse aux sorcières » à l’encontre d’hommes d’affaires et de hauts fonctionnaires. D’autre part, au vu de la dégradation de la situation économique, le pays ne peut attendre que l’IVD formule ses recommandations finales en 2018-2019. Une loi générale régularisant sous certaines conditions la situation des Tunisiens auteurs de détournements de fonds et d’évasion fiscale devrait être promulguée rapidement. Au lieu de se soumettre à des mécanismes de conciliation ouvrant la voie au clientélisme et à l’extorsion de fonds, ceux-ci confieraient le recensement de leur patrimoine à des cabinets d’experts-comptables, responsables sur le plan pénal en cas de fausses déclarations.

Surtout, International Crisis Group affirme que les  opérateurs économiques , doivent pouvoir se libérer des mesures de « justice révolutionnaire » dont ils se disent victimes depuis plusieurs années, et les agents de l’Etat accusés de malversations sous l’ancien régime doivent pouvoir régulariser leur situation. En échange, la coalition gouvernementale et la présidence de la République doivent faciliter la collaboration des institutions publiques avec l’IVD et encourager la médiatisation de ses activités, notamment de ses auditions publiques.

Plusieurs hommes d’affaires disent n’avoir confiance en aucune commission de conciliation ou d’arbitrage, que celle-ci soit placée sous la tutelle du gouvernement ou de l’IVD. Selon eux, leurs responsables respectifs extorqueront des fonds pour le compte de leur propre camp politique et enterreront les dossiers compromettants contre un pot-de-vin, lequel servira à enrichir un parti ou à financer une campagne électorale. Les affaires de corruption et de malversation, soutiennent-ils,  ne peuvent se régler de gré à gré, en particulier dans le contexte actuel de course effrénée pour l’argent. Les conciliations rendent les hommes d’affaires davantage captifs. Il faut une amnistie générale accompagnée de strictes procédures de contrôle du patrimoine des opérateurs économiques et financiers.

Quelle que soit l’ampleur réelle du système de clientélisme et de chantage décrit par un certain nombre de citoyens, la volonté de beaucoup de le maintenir explique la réticence des partis politiques à proclamer une loi d’amnistie générale. Ceci contribue à bloquer le système économique et administratif. Pour plusieurs hommes d’affaires, il faut donc s’attaquer par des mesures concrètes à ce mécanisme qui risque de cartelliser l’économie et de gangréner l’Etat. Si ceci semble nécessaire, la lutte contre la corruption doit dans le même temps devenir une priorité politique.

Car le risque réside moins dans le retour de l’ex-famille régnante que dans la généralisation de ce système de chantage et de racket.

Parallèlement, recommande ICG, des mesures de lutte contre le clientélisme, le népotisme et la corruption doivent être pensées et rapidement mises en œuvre. Le dialogue entre les régions, notamment entre les entrepreneurs des zones frontalières, du Sahel (partie nord de la côte orientale) et de la capitale, doit être favorisé, et de nouveaux mécanismes de transparence élaborés sur les appels d’offres publics.

Il ne s’agit pas de modifier le mécanisme de justice transitionnelle ancré dans la Constitution de janvier 2014, mais plutôt de trouver une voie médiane permettant d’accroître la confiance des élites politiques envers celui-ci afin que l’IVD puisse poursuivre ses activités dans un environnement plus favorable.  « Le processus de justice transitionnelle en Tunisie n’a pas encore revêtu sa forme définitive. Mais d’ores et déjà, le gouvernement devrait le soutenir au lieu de l’entraver », conclut ICG.

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L’attaque Ben Guerdane a été repoussée par les forces armées et de la sécurité, mais marque un nouveau départ. Elle n’a pas de précédent depuis le  «coup de Gafsa » du 27 Janvier 1980, quand des hommes armés par la Libye et soutenus par le renseignement militaire algérien ont pris le contrôle de la ville de Gafsa et a appelé à une révolte populaire. La Tunisie devrait s’attendre à de nouvelles attaques et  se préparer à en atténuer leur impact en gardant à l’esprit  sept points clés détaillés par l’International Crisis Group dans une toute récente note. Les voici :

Ce n’était pas  une simple attaque « terroriste ».

Ce fut une attaque simultanée contre une caserne de l’Armée, le district de la Garde nationale et l’arrondissement de  police de la ville, doublée de trois assassinats d’un douanier, d’un policier et d’un officier de l’unité antiterroriste de la Garde nationale. Ce fut une tentative d’insurrection locale, coordonnée par quelque 50 membres de cellules dormantes de Daech à  Ben Guerdane. Le terme «terroriste» masquerait les objectifs politiques de l’assaut: gagner le soutien d’une partie de la population notoirement rebelle de la ville en incitant à  une insurrection, ce qui permettrait de  prendre  le contrôle militaire de la ville. Daech a diffusé un message djihadiste révolutionnaire à travers les  haut-parleurs de la mosquée à l’aube et a tenté de distribuer des armes. Sous cet angle, l’attaque de Ben Guerdane ressemble à celle de Gafsa en 1980.

Il y avait trop peu de forces de Daech, et elles ont commis des erreurs.

Lors de l’attaque de Ben Guerdane les forces « jetées dans la bataille » par Daech étaient insuffisamment nombreuses  et ont commis des erreurs tactiques en dépit de leur connaissance du terrain. Mais les forces armées tunisiennes  n’auront  pas toujours l’avantage numérique. Les forces armées, celles de la  Garde nationale et la police doivent  redoubler de vigilance et tirer rapidement les leçons opérationnelles et stratégiques. A quelques kilomètres de Ben Guerdane, Zarsis, une plaque tournante de la migration clandestine vers l’Europe, ou Djerba, une destination touristique majeure où vit la communauté juive de Tunisie, pourraient être ciblés. Dans l’Ouest du pays, les djihadistes opérant dans les montagnes le long de la frontière avec l’Algérie pourraient tirer profit de la moindre  nouvelle crise pour attaquer Kasserine située à proximité et aller jusqu’à  Sidi Bouzid.

Une réponse régionale est impérieuse.

La tentative d’insurrection à Ben Guerdane n’est pas une  affaire tuniso-libyenne uniquement, mais un problème régional qui exige une réponse régionale,  en particulier,  un renforcement significatif de la coopération politique et de sécurité algéro-tunisienne. La topographie  mentale adoptée par Daech  ne respecte pas les frontières établies en Afrique du Nord au cours du XXème  siècle. Les spécialistes de l’organisation Daech soulignent  que cette dernière  rêve de rétablir les frontières historiques de la dynastie Aghlabide (800-901), qui a gouverné un émirat semi-indépendant grosso modo  sur l’ancienne province romaine d’Afrique proconsulaire, y compris la Tripolitaine (ouest de la Libye), la Tunisie actuelle et la moitié de l’Est algérien. Dans cette vision, Ben Guerdane est un point de liaison stratégique d’une zone «libérée» qui lierait le Sud-est de  la Tunisie à la Libye occidentale. L’activité  commerciale de la ville a longtemps été dominée par une économie parallèle basée sur un marché informel de change de devises étrangères et  la contrebande; elle  pourrait devenir un point de convergence entre les jihadistes et les réseaux criminels régionaux.

L’heure n’est pas aux règlements des comptes.

La classe politique tunisienne et les médias doivent absolument éviter toute tentative de tirer profit de l’attaque pour régler des comptes ou ressusciter  la fracture entre islamistes et laïques. Un examen serein des faits est nécessaire, pas les polémiques.

L’impératif d’un nouveau discours national.

Un nouveau discours national est nécessaire pour s’attaquer aux  fractures régionales et sociales, en particulier au sentiment d’exclusion ancestrale dans le Sud du pays. Les attaques  de la dernière année contre le  Musée du Bardo à Tunis en mars,  la station touristique à Sousse en juin, et contre la garde présidentielle en novembre,  ont affaibli le vieux discours de  » l’unité nationale » prôné par la classe politique. La Tunisie devra faire davantage pour préserver la culture du compromis et l’inclusion de la société civile en 2013-14 qui ont valu au Quartet du Dialogue national le prix  Nobel de la paix.

Les forces de sécurité doivent réagir de façon mesurée.

Cette condition sera nécessaire lors de l’interrogatoire de ceux des résidents  de Ben Guerdane qui peuvent avoir apporté un soutien logistique ou autre aux assaillants de Daech. L’ampleur de l’attaque suggère  qu’ils pourraient être des centaines. Une vague d’arrestations massives et sans discrimination  accompagnées de brutalités policières pourrait entraîner la radicalisation des  familles, nourrie par les frustrations locales, et renforcer le soutien à Daech à l’avenir.

La coopération locale sera nécessaire pour accroître  la sécurité.

La frontière entre la Tunisie et la Libye ne peut pas être sécurisée  en l’absence de  la collaboration étroite de la population locale, en particulier les cartels de la contrebande opérant dans la région. Essayer de lutter contre ces derniers en même temps que les djihadistes ne ferait que disperser les énergies et alimenter le  ressentiment de la population locale envers l’Etat, dès lors que la majeure partie de l’économie locale dépend de cette contrebande. Afin d’assurer leur coopération, Crisis Group a fait valoir que le gouvernement devrait envisager la création de zones de libre-échange à la frontière qui légitimerait au moins une partie du commerce transfrontalier, conclut International Crisis group.

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