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CTGE, Emir Ben Salah, Tunisie

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Les patrons sont-ils trop payés ? Une question à laquelle s’emploie à répondre Emir Ben Salah, chercheur en sciences de gestion et membre du Centre Tunisien de Gouvernance d’Entreprise (CTGE), qui ouvre le débat en notant que la question a été au centre de débats exacerbés depuis la réussite de la révolution tunisienne et que « tout le monde semble avoir sa petite idée sur ces patrons gracieusement payés, et y va de sa propre explication et élabore sa théorie particulière ».

La sienne propre s’adosse au  constat que « les gens ordinaires ne peuvent admettre que certains dirigeants soient si ‘bien payés’ pour atteindre pour quelque uns d’entre eux des centaines de fois le SMIG. Les connaisseurs et autres personnes averties n’arrivent pas à expliquer le pourquoi des choses », Et il enchaîne en citant le cas de Tunisie Telecom où certains salaires jugés scandaleusement mirobolants ont  a secoué l’entreprise avec des  conséquences qui ne se sont pas fait attendre : deux PDG ‘démissionnés’, des cadres licenciés, des contrats annulés, des salaires revus à la baisse, et un climat social des plus détestables. La faute à qui ? Le syndicat et les employés toutes catégories confondues ont dénoncé les disparités salariales et les injustices dont sont victimes les employés de cette boîte et fustigent le top management, soupçonné de toutes les dérives et tous les maux. L’explication de la direction de l’entreprise, qui a tardé à communiquer (le 15/03/2011) a néanmoins le mérite d’avoir été claire et nette.

Il s’agit bien de « contrats de travail exceptionnels », affirme-t-il et il explique pourquoi :

D’abord,  « Pour faire face à un environnement concurrentiel de plus en plus difficile, face à la non flexibilité du statut en vigueur pour pouvoir attirer des compétences tunisiennes aux conditions de marché de l’emploi Tunisie Telecom a été contrainte de recourir à des contrats à durée déterminée de 3 ans et ceci dans l’attente de trouver une solution définitive au sujet du statut du personnel.
Ensuite, les cadres contractuels ont été sélectionnés exclusivement parmi les compétences tunisiennes, en Tunisie ou à l’étranger pour répondre à des objectifs de renforcement de fonctions clés spécifiques, principalement en marketing, commerce, systèmes d’information et finances. Ces compétences -débauchées d’entreprises nationales et internationales- ont été intégrées dans le respect strict des règles de gouvernance de la Société : le recrutement de l’ensemble de ces cadres s’est fait selon un processus d’évaluation au sein du comité d’intégration de l’entreprise et de validation définitive par le Conseil d’Administration.

Constat bien établi à la faveur d’une étude de benchmark réalisée par un cabinet international spécialisé en ressources humaines : les niveaux des salaires retenus sont en ligne avec ceux pratiqués par la concurrence et par le marché tunisien pour les cas d’espèce. Et contrairement à ce qui s’est dit dans certains médias, la moyenne des salaires de ces contractuels est autour de 3500 DT net/mois, et ils représentent moins de 3% de la masse salariale globale de l’entreprise, soit très loin des 37 millions de dinars et des 30% dont parlent certaines sources. » Fin de l’explication de Tunisie Télécom. Servira-t-elle à calmer l’ardeur des récalcitrants et autres opposants à la direction. Seul l’avenir nous le dira.
Le chercheur relève que l’exemple de TT est assez spécifique en raison notamment de son statut juridique et économique particuliers. Mais hélas, n’est pas unique. Et il pose le problème de la compétence des dirigeants. Dans la pensée collective, note-t-il, un dirigeant exceptionnellement bien payé est un dirigeant qui possède certaines compétences particulières, rares et/ou spécifiques. Cette controverse a refait surface après la révolution tunisienne suite aux révélations sur le salaire de l’ancien PDG de la société ENNAKL qui percevait un salaire mensuel net de 130000 dinars, soit l’équivalent de 260 enseignants contractuels, de 120 assistants universitaires, de 85 assistants hospitalo-universitaires etc. Ce salaire a été perçu comme une véritable insulte au tunisien moyen, instruit et qui a passé de longues années sur le banc des écoles. Pourquoi un tel salaire ? Est-ce que ce PDG possède des compétences extraordinaires pour mériter de tels émoluments ? Quel(s) rôle(s) joue-t-il dans la gestion à proprement parler de son entreprise et dans l’élaboration des stratégies futures. Force est de constater que certaines entreprises n’ont pas besoin de «super dirigeant» ou de « dirigeants superstar » avec des compétences spécifiques et particulières exceptionnelles, elles ‘marchent toutes seules’. L’environnement concurrentiel est assez faible et ses produits se vendent sans grands efforts. À la limite ces dirigeants n’ont ‘aucun mérite’. Ce PDG mériterait d’être poursuivi pour abus de biens sociaux.

Emir Ben Salah rappelle qu’en 2004, il avait réalisé lui-même une enquête auprès des directeurs des établissements hôteliers tunisiens afin de déterminer leurs profils de direction et de compétences. Quelques questions avaient trait à leurs rémunérations. Après des efforts colossaux et beaucoup de refus et de réticence de la part de ces dirigeants, il est  parvenu à établir une grille de leurs salaires. Les salaires de ces dirigeants variaient de 700 dinars mensuels à 25000 dinars mensuels, avec des salaires mensuels moyens de 2000 dinars. L’écart est énorme ! Mais que le constat le plus important c’est que les salaires diminuaient avec l’âge, les performances, les compétences et les diplômes. C’était ahurissant. L’explication mérite un autre papier.

Cependant, les salaires ne sont que la partie émergente de l’Iceberg, dit-il. Les avantages en nature (les primes, les bonifications, voitures, le carburant, le téléphone, les diners, les voyages, etc.) sont parfois aussi importants que les salaires perçus. Il y a aussi les indemnités d’arrivées et les indemnités de départs, les jetons de présence, etc.

Dans la foulée nombre d’interrogations sont soulevées: les dirigeants des entreprises tunisiennes méritent-ils les salaires qu’ils perçoivent ? Selon quels critères ces salaires sont-ils fixés ? Nos dirigeants ont-ils la même stature que les dirigeants des grands groupes internationaux ? Peut-on parler de « super dirigeants », de sauveur et de messie dans notre environnement?
Si le dirigeant de PME est souvent à l’origine de la création de l’entreprise. Celle-ci porte même parfois son nom et l’implication dans le temps est souvent clairement marquée par la succession familiale. Ce n’est majoritairement pas le cas pour les très grandes entreprises, le dirigeant est plus souvent étranger à la création de l’entreprise. De plus, il n’est pas rare de voir se succéder plusieurs dirigeants sur des périodes plus ou moins longues. Les dirigeants de PME pourraient se targuer d’une certaine légitimité salariale eu égard à tous les efforts qu’ils ont fournis pour créer et développer leur entreprise, ce qui n’est pas le cas pour les PDG de ces entreprises auxquelles ils sont étrangers. Le tunisien ordinaire peut admettre qu’un dirigeant se fasse rémunérer dans sa propre boite comme il le souhaite, mais ne peut comprendre qu’une entreprise à laquelle le dirigeant est étranger lui offre 50 fois ou 100 fois le salaire d’un cadre moyen surtout lorsque cette entreprise a bénéficié pendant des années de subventions publiques de tout genre.

Les salaires de la plupart des dirigeants des PME sont très loin de ceux de l’industrie pétrolière ou encore du secteur bancaire. Le salaire annuel brut moyen d’un dirigeant d’entreprise s’élève à 110 417 dinars selon une étude de Sigma Conseil en Février 2010. C’est bien peu de choses à côté des 1.000.000 dinars (1million de dinars) annuels de revenus de certains PDG dont celui de la société ENNAKL– hors bonus et jetons de présence. Mais derrière cette moyenne se cachent de grandes disparités, liées à la taille de l’entreprise mais aussi à son secteur d’activité. Sigma Conseil pense que ce manque de transparence et de limpidité dans l’explication de ses disparités au niveau des salaires est lié au caractère familial du mode de gouvernance des entreprises tunisiennes et exclut tout « dérapage » ! Sigma Conseil constate que les écarts sont à la fois conséquents entre le secteur privé et public d’une part et entre les entreprises privées elles-mêmes. L’explication fournie par cette entreprise de sondage impute ces différences au nouveau cadre législatif jugé assez précoce et hâtif, où le législateur s’est inspiré plus du cadre législatif européen. Cependant, Sigma Conseil trouve que ce cadre est garant de plus de transparence et de contrôle que ce soient par l’AG ou/et par le Commissaire aux Comptes. Si telle est l’Explication, pourquoi alors une telle grogne ?

Le chercheur  souligne que les salaires ne sont malheureusement pas indexés sur le niveau de la performance. Certaines entreprises qui ont réalisé des performances médiocres et en deçà des espérances des actionnaires ont vu leurs dirigeants bénéficier d’augmentation de salaires contre toute logique.
Il est vrai que la notion de performance est assez difficile à définir et à déterminer. Les composants de la performance de l’entreprise ne sont pas que financière, ils sont également sociaux, sociétaux, managériaux, et même citoyens. Limiter la performance aux seuls indicateurs financiers est injuste et erroné. Les différents indicateurs de performance sont liés les uns aux autres, un climat social instable ne peut qu’engendrer une certaine vulnérabilité au niveau de la performance globale de l’entreprise. Le bien-être de l’entreprise ne peut être confiné aux chiffres de croissance, aux ratios d’endettement et de liquidité ou encore au bénéfice réalisé.

Le problème de la rémunération des dirigeants pose de nouveau le problème de la gouvernance d’entreprise et notamment les mécanismes de contrôle des dirigeants. Dans un environnement tunisien dominé par l’actionnariat familial, et où séparation des fonctions de propriété et de direction n’est pas encore à l’ordre du jour, le doute continuera à planer.

Il conclut comme il a commence en posant la question de savoir si on peut/doit encadrer la rémunération des dirigeants, et s’il est  éthiquement ou moralement correct des salaires aussi élevés dans une Tunisie de l’après révolution ?

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