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Dette, Tunisie

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Du Premier ministre aux ministres, le gouvernement tunisien bat les pavés européens et internationaux à la recherche de financement. De l’Algérie qui a bien voulu donner 100 millions de dollars US, au G8 auquel la Tunisie demande 30 milliards USD, en passant par la France qui avait annoncé au moins 250 millions d’Euros et par Catherine Ashton qui demande à la BEI (Banque Européenne d’Investissement) de doubler ses prêts à la Tunisie, à hauteur d’un milliard d’Euros, les promesses de financement pleuvent. Certains membres du gouvernement tunisien se permettent même le luxe de critiquer cette aide. On retient à ce titre cette déclaration de l’ancien ministre de l’Industrie lors d’une conférence à Rome et qui trouvait que «les chiffres avancés par l’Union européenne [258 millions d’Euros] sont ridicules et montrent qu’elle n’a pas compris l’ampleur des événements historiques dans le sud de la Méditerranée». Après lui, Mehdi Houas, ministre tunisien du Tourisme se disait «déçu par l’Europe et ses 17 petits millions d’Euros». Plusieurs questions se posent cependant au sujet de tous ses crédits, car c’est bien de crédits qu’il s’agit, non d’aides,  de dons ou de subventions. L’Europe est déjà assez endettée elle-même et traîne déjà les boulets de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, pour penser à aider, bénévolement, les autres.

Des effets d’annonce qui «remplissent d’air le ventre de l’affamé».

La première et la plus importante de ces questions est de savoir et d’interpeller le gouvernement tunisien à ce sujet, où sont les projets sur la base desquels ont été demandées ces aides financières ? On ne sait par exemple pas sur quelle base ont été calculés les 30 milliards USD demandés par le gouvernement tunisien au G8, lors de sa dernière réunion à laquelle a été invitée la Tunisie, en récompense à sa Révolution et pour avoir ainsi lancé ce que la presse anglophone appelle «le printemps arabe» ? Aucun tunisien n’a jusqu’ici entendu parler ou n’a vu de fiches projets, clairs et lucides qui pourraient être présentés aux bailleurs de fonds, parmi les institutionnels tels que la BEI, la Banque Mondiale ou même la BAD (Banque Africaine de Développement) qui promet déjà à la Tunisie 500 millions USD immédiatement déboursables. La même remarque pourrait être faite s’agissant des 258 millions d’Euros de l’Europe, des 500 millions USD de la Banque Mondiale que le Gouverneur de la BCT a récemment fièrement annoncés ou même des petits 100 millions USD de l’Algérie dont la promesse avait été apportée par le Premier ministre Caïed Essebssi, lors de sa première sortie internationale, à Alger. C’est en fait l’absence de ces projets, clairs, précis, bien ficelés et bancables qui nous fait dire que toutes ces importantes sommes d’argent ne relèvent encore que du simple effet d’annonce qui ne rend service qu’à ceux qui le font, «ne remplit pas le ventre de l’affamé » et ne donne pas de l’emploi au chômeur !

S’endetter, c’est bien, en abuser, ça craint !

Deuxième et non moins importante question : pourquoi la Tunisie s’endette-t-elle plus, alors qu’elle dispose déjà d’autres ressources, non encore consommées. Pour cela, un exemple et des plus édifiants. Derrière la Maroc, la Tunisie est le second pays ayant bénéficié de prêts et de dons auprès de la BAD (Banque Africaine de Développement). Cela tant en termes d’approbations que de décaissements. Entre 1967 et 2009, la Tunisie a bénéficié de 4,164 milliard USD, selon les chiffres de la BAD. Elle n’en a cependant consommé que 3,202 milliards USD effectivement décaissés.  Presqu’un milliard USD reste donc à sa disposition, puisque ce sont  des fonds déjà approuvés. Pourquoi la Tunisie de l’après Ben Ali, celle qui ne gère que l’immédiat, celle où les demandes les plus urgentes sont de gestion et non de construction et des demandes non créatrices de valeur, de croissance et d’emplois, cherche-t-elle tant et si fort à s’endetter plus encore ? Chercherait-elle simplement à financer l’appui budgétaire dont elle a besoin pour couvrir les augmentations salariales, en prime de la Révolution et pour faire face aux demandes, pressantes [comprenez  celles qui se font sous la pression de la rue, des sit-in et des barrages routiers] ? Si c’est le cas, il est du devoir de tous de s’élever contre cette dette qui ne fera qu’hypothéquer l’avenir de la Révolution et celui de l’avenir de la Tunisie de l’après Ben Ali qui espère un avenir meilleur que celui de crouler de nouveau sous la dette.

Khaled Boumiza

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