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L’expert financier

L’expert financier, Oualid Jaafar propose des solutions urgentes et vitales pour gérer le retard intervenu dans le budget de l’Etat pour 2012, et débloquer une situation, marquée par la continuité du mouvement de protestations et de revendications sociales dans les différentes régions du pays. Interview

Quelques jours nous séparent de la nouvelle année, alors que le budget de l’Etat n’est pas encore adopté ?

Le retard accusé dans l’adoption du budget de l’état va conduire à un retard dans le déblocage de tout ce qui est dépenses d’investissement, qui constitue des relais de croissance. On finira par se trouver dans une situation où les dépenses effectuées seraient uniquement des dépenses de fonctionnement (les salaires, les frais de fonctionnement). Les dépenses stratégiques seraient différées jusqu’à l’adoption finale du budget.

En fait, en accusant un retard dans l’adoption de ce budget, il y aura un retard du déploiement des investissements et un décalage dans le commencement de résolution des grands problèmes. Donc, les prévisions de croissance pour 2012 ne seraient pas réalisées.

Mais de quelle manière pourrait-on rattraper ce retard ?

Il faut compter que l’on va mettre un ou deux mois pour adopter le budget. Il faudrait agir avec célérité dans l’engagement de dépenses d’investissement. Donc, il faut adopter des mesures d’exception pour engager les investissements. Puisqu’on sait très bien que le processus de la mise en place des dépenses d’investissement et de choix d’entrepreneurs nécessite du temps. Il serait-utile de penser à des mesures spéciales pour l’année 2012, qui permettraient d’avoir plus de souplesse dans le déblocage des dépenses d’investissement. A mon avis, c’est l’unique solution.

En fait, certains pensent qu’il est important d’entamer l’examen du budget de l’Etat juste pour les 6 premiers mois de 2012 pour mieux préciser les priorités. Qu’en pensez-vous ?

Je ne serais pas pour l’élaboration du budget pour la période de 6 mois. Comme tous les pays du monde, un budget de l’Etat est généralement élaboré pour une année sauf dans des situations d’exception. Citons comme exemple, un blocage dans la composition du gouvernement, dans ce cas précis, il y a des mesures spéciales de déblocage par tranche. D’ailleurs, la loi d’organisation des pouvoirs a prévu qu’au cas où le budget de l’Etat ne serait pas élaboré, le président de la république autorise les dépenses pour un trimestre. Il ne s’agit pas d’un signe favorable pour les investisseurs étrangers et les intervenants locaux dans ce pays.

En fait, élaborer un budget pour 6 mois, c’est consolider l’idée de provisoire et dire qu’il n’y a pas de visibilité pour les 6 mois prochains. Alors qu’un investisseur ne veut pas s’engager sur la base des mesures fiscales et des mesures budgétaires qui sont uniquement pour 6 mois.

Parlons du programme d’action prononcé dernièrement par le chef du gouvernement Hamadi Jbeli lors de l’annonce de la composition de sa nouvelle équipe à l’assemblée constituante ?

La déclaration du Chef du Gouvernement a porté sur des lignes générales. Il n’y a pas des mesures spécifiques ou des choix détaillés. Ce sont les défis qui ont été annoncés : lutte conter le chômage, une croissance aux alentours de 4%. A mon avis , ce taux n’est pas réaliste.

En comparaison avec le Maroc qui n’a pas connu de bouleversements sociopolitiques et qui est en train de bénéficier de la fuite des investisseurs en raison de l’instabilité en Tunisie en plus de la création des projets d’envergures comme récemment le «Morroco Mall», en plus des retombées positives de l’augmentation du prix du phosphate sur les marchés mondiaux, le taux de croissance a été estimé à 4.5%, est-ce logique de prévoir pratiquement un même taux de croissance pour la Tunisie? Je pense que le taux annoncé est un taux imprudent où il y a une «overdose » d’optimisme qui part du fait que la Libye contribuera à la redynamisation de l’activité économique en Tunisie. Il n’y a pas de certitude concernant cette contribution surtout que les centres de décision politique ne sont pas clairement identifiables actuellement en Libye.

Sur un autre plan, Il n’y a pas eu d’annonce de mesures urgentes et vitales concernant le tourisme, l’un des vecteurs principaux du développement économiques hormis une campagne dédiée à la promotion de ce secteur. Ce genre d’action est insuffisant vu le climat politique du pays. Pour cela, il faut agir en se concentrant sur le volet sécuritaire et donner des signaux clairs pour rassurer nos clients étrangers et surtout une réforme structurelle du secteur notamment en ce qui concerne l’endettement bancaire et la transparence financière des unités touristiques.

En tant qu’expert, quelles seront les mesures pour remédier à cette situation et surtout pour promouvoir un autre secteur, celui des banques qui serait en proie à des difficultés en 2012 , qui pourraient entraver son développement ?

Avant d’aborder le sujet du paysage bancaire. Il est primordial de préciser les défis auxquels nous faisons face. Bien que la situation soit complexe, les facteurs déterminants sont très clairs : un taux de chômage très élevé qui avoisinerait 20% d’ici fin 2011, la balance de paiements courants où on est en train d’accuser des déficits qui se creusent. A

vec ces deux problématiques, on a au niveau du secteur bancaire, une liquidité très serrée. La Banque centrale ne cesse d’injecter de l’argent permettant aux banques d’octroyer des crédits. A cela s’ajoutent les réserves en devises qui sont en baisse. A tous les niveaux la situation est donc complexe

Comment résoudre le chômage ? Il y a des moyens qui peuvent être rapidement déployés mais qui vont certainement pénaliser l’avenir du pays surtout au niveau de la fonction publique. A signaler à ce titre qu’il y a un paradoxe au niveau des choix du gouvernement en nommant un ministère délégué pour la réforme de l’administration tout en considérant l’administration comme un outil qui contribuerait à résoudre le spectre du chômage. Deux orientations ne pouvant pas aller de pair. Objectivement, c’est de la démagogie

Alors comment faire pour y remédier ?

Il est important de relancer l’investissement privé que ce soit local ou étranger.

Afin de stimuler les entrepreneurs nationaux, il est important de mettre en place une justice transitionnelle pour pouvoir redémarrer à partir des bases solides. Autre volet, l’amnistie fiscale est très importante, et permettrait de rassurer les hommes d’affaires. L’amnistie de change aussi demeure fondamentale pour garantir le rapatriement de fonds.

Quant aux investisseurs étrangers qui ne jurent que par les avantages compétitifs, le ministère de l’Intérieur est appelé à appliquer la loi en ce qui concerne la multiplication des grèves et des sit-in. Même avec le slogan « Invest in democracy », les étrangers ne voudraient pas investir dans une démocratie ou le climat des affaires n’est pas propice à la productivité.

Avec la crise internationale, la logique est la compression du coût et le respect des délais et tous les éléments qui favorisent la productivité. Notre climat actuel n’encourage pas la productivité. Alors comment avoir des avantages compétitifs ? Ce n’est pas évident. Notons qu’il y a des signaux positifs à partir desquels, on pourrait être optimiste. Les exportations ont été pénalisées mais s’agissant de certains secteurs comme le Textile et les IME, on a des taux de croissance très intéressants. Peut- être, est-il nécessaire de rebondir sur ces secteurs pour promouvoir les exportations.

S’agissant de la sphère monétaire, la théorie monétariste précise que « l’inflation est un phénomène monétaire lié à la croissance de la masse monétaire » ; est-ce cela qui explique l’inflation en Tunisie ? A noter qu’il y a une injection massive d’argent aujourd’hui. Le taux de croissance de financements bancaires à l’économie évolue actuellement à 12% avec des pointes de 20% chez certaines grandes banques. En ce qui concerne les dépots, sont entrain d’évoluer timidement à4%.

Certains experts considèrent donc que l’inflation est l’inadéquation entre l’évolution de la masse monétaire et la production de la richesse au niveau du pays. Alors que Hechmi Alya, a expliqué l’inflation en Tunisie par l’offre et demande et la structure de nos produits « l’inflation n’est pas un phénomène monétariste en Tunisie». Ainsi il considère que si on équilibre l’offre et la demande, le phénomène de l’inflation serait en grande partie jugulé.»

Toute la question maintenant porte sur le financement de l’économie en 2012 surtout avec l’annonce du gouverneur de la Banque centrale concernant l’atteinte des limites au niveau des leviers monétaires.

A notre avis, si la BCT continue à injecter massivement des flux monétaires dans le secteur bancaire, la masse monétaire va augmenter, la monnaie en circulation de pays serait augmentée. En revanche, le niveau des réserves en devises est en baisse. Le taux de change devra s’aligner tôt ou tard et la valeur de notre monnaie baisserait. Conséquence : les importations seraient encore plus chères, la structure des coûts de nos entreprises serait pénalisante et les entreprises ne seront plus compétitives. Sur le plan interne, l’inflation augmenterait.

Plusieurs interrogations viendraient à l’esprit : Est-ce que la BCT va continuer dans cette voie, ce qui aura des répercussions négatives sur la valeur du dinar tunisien ? Est-ce un choix raisonnable ? Est-ce qu’on va baisser les coûts du marché monétaire via une diminution du TMM pour diminuer le niveau des charges financières des entreprises pour diminuer leurs coûts de financement ?

Pour ce qui des actions «régaliennes», je pense que l’Etat va probablement lever les fonds en intérieur et même en extérieur parce qu’on n’a pas de choix pour combler nos déficits et redémarrer l’activité économique. Il faut des ressources additionnelles émanant des organismes de coopération en les orientant exclusivement vers l’investissement. Pourquoi ne pas émettre un emprunt national comme celui préconisé en France avec un taux de rémunération de l’ordre de 2% similaire à celui de l’épargne. Pour cet emprunt national, l’assemblée constituante devrait fixer une enveloppe destinée pour les secteurs stratégiques.

Et pour l’indépendance de la Banque centrale ?

L’indépendance de cette structure est importante dans la mesure où elle préserve les équilibres globaux du pays. Elle ne doit guère être instrumentalisée mais il y aura toujours une coordination entre l’autorité monétaire et le pouvoir exécutif. La gouvernance exige la nomination d’un gouverneur pour une période déterminée, au cours de laquelle il serait inamovible.

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