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forêts africaines

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La Chine raffole de toutes les matières premières africaines et se jette sans retenue sur les minerais, le pétrole, le poisson… Mais quand ça commence à menacer la survie de la faune et de la flore du continent, enfin ce qui en reste après des décennies d’années d’exploitation anarchique et déraisonnable, alors il faut peut-être s’arrêter et examiner avec minutie le problème. L’étude que vient de rendre publique l’ONG Greenpeace sur le sort réservé aux forêts par les Chinois est alarmante. Et le mot est faible.

Cette enquête montre que 75 % du bois coupé en Afrique atterrit sur le marché chinois, comme ce fut le cas pour l’ivoire. Le bois s’est même hissé à la troisième place des matières premières les plus prisées par les Chinois. Mais la Chine est en fait une étape, car le bois brut est travaillé sur place, transformé avant d’être expédié vers l’Europe essentiellement. Le problème de fond c’est que toutes ces opérations se font dans le mépris le plus total des règles de la transparence. Le Cameroun, le Gabon, la République du Congo et le Mozambique sont les plus touchés par ces transactions frauduleuses pour la plupart.

L’enquête de Greenpeace a surtout ciblé le bois exploité au Cameroun et au Congo. A signaler que le bassin du Congo, avec plus de 250 millions d’hectares, est la deuxième forêt la importante du monde. Plus de 75 millions de personnes survivent grâce à cette étendue verte, aux côtés d’espèces animales menacées telles que les gorilles et les chimpanzés. Mais voilà, quand c’est une affaire de gros sous, l’être humain a très peu d’égard pour le reste…

Un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars!

Le pactole brassé par la filière du bois est évalué à 6 milliards des dollars, un business tellement juteux qu’il fonctionne comme un sésame sur toutes les barrières légales et morales. Les opérateurs sont tellement voraces qu’ils font main basse sur des essences rarissimes, précieuses et protégées qui plus est, telles que le bois de rose qui vient du Madagascar. C’est une matière qui sert à fabriquer des meubles somptueux qu’affectionne particulièrement une clientèle européenne huppée. Dans le bassin du Congo également, les exploitants dévorent à vitesse grand V plus de 10 000 espèces de bois tropicaux dont un tiers n’existe que dans cette partie du monde.

Les chiffres de Greenpeace font état de neuf millions d’hectares de forêts qui ont été rayés de la carte entre 2000 et 2013. C’est une véritable tragédie pour la biodiversité. Pourtant dans certains pays on tente de sévir contre les trafiquants, mais c’est une goutte d’eau dans cet océan de commerce illégal. Au Gabon, par exemple, on fait tout pour freiner l’exploitation illégale de Kevazingo, un bois précieux. En 2015, vingt-six personnes, dont cinq Chinois, ont été appréhendés près de Makokou, dans le nord-est du Gabon, pour exploitation illicite d’espèce protégée. Mais les autorités ne donnent pas le bon exemple puisque le pays est l’un des plus gros exportateurs de cette matière rare d’Afrique centrale avec environ 18 000 m3 acheminés vers l’étranger chaque année. Ce bois est très usité dans les meubles massifs, les parquets, moulures, instruments de musique. La côte du Kevazingo a connu une telle envolée que les prix ont littéralement explosé. Le mètre cube se vend présentemnet entre 1 500 et 3 000 euros sur le marché chinois, d’après Luc Mathot, responsable de l’ONG Conservation Justice, qui a pondu un rapport pointant du doigt une « véritable organisation mafieuse de blanchiment du bois et une corruption à tous les étages ».

Des progrès à faire

De l’autre côté la Chine, où les capitaux ne manquent pas et qui a le monopole sur le bois africain, dicte ses conditions aux exploitants africains. Finalement les Africains eux-mêmes sacrifient leur habitat et hypothèquent leur avenir et celui de la planète pour pas grand-chose. Les fruits de ce trafic illégal irresponsable ne servent même pas à améliorer de manière notable les conditions de vie des trafiquants locaux. L’Afrique perd sur toute la ligne, en d’autres termes.

L’Union européenne et les Etats-Unis ont corsé leur arsenal répressif sur le commerce du bois africain, mais la Chine elle continue d’ignorer superbement cette affaire de la plus haute importance pour l’environnement à l’échelle du monde. Il y a deux ans, un observatoire regroupant les responsables africains, chinois et les principaux exploitants du continent a vu le jour. Le but de la manoeuvre : Etablir un code de bonne conduite dans l’importation du bois africain et mettre un coup d’arrêt à l’exploitation sauvage. La Chine n’a pas pu faire autrement que d’accepter le principe de cette régulation. Du moins selon les déclarations. On attend les actes. Quand aux Africains, il est grand temps de comprendre que l’exploitation raisonnable du bois est, au-delà de la survie économique, une affaire de survie tout court.

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