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Il y a quelques semaines, lorsque la rue a campé sous les murs du palais de La Kasbah, le gouvernement a fini par céder et son chef n’a dû son entrée en grâce auprès d’un syndicat intransigeant qu’à un moment de forte émotion habilement capturé par les cameras d’une chaîne TV privée. Depuis, c’est le syndicat ouvrier qui est devenu le président effectif de cette Tunisie de l’après Ben Ali.
Il y a quelques semaines, lorsque la manie du « dégage » avait commencé à essaimer à une échelle plus large pour régler les comptes personnels de certains renvoyés et de certains pris la main dans le sac avec certains responsables et chefs d’entreprises publiques, le gouvernement avait préféré se taire et laisser faire la rue, se souciant peu de l’intégrité physique de ceux qui dirigeaient ces entreprises publiques et qui auraient pu tout simplement déserter leurs postes et faire comme les fuyards du clan Ben Ali. Aucune protection ne leur avait était offerte sur leurs lieux de travail, et même leurs appels au secours, au moment des saillies syndico-populaires,  n’ont pas été entendues, et s’ils l’étaient, la police a vite fait de lâcher en pleine nature ceux qu’elle venait juste de sauver des griffes des assaillants, refusant même de les sécuriser.

Plus d’un dirigeant d’entreprise publique, « dégagés » ou officieusement remerciés ou qui se sont mis en retraite sont encore sur les bancs, sans qu’un responsable politique ne prenne contact avec eux, ne les réconforte et encore moins ne les soutienne. Le gouvernement tunisien attend certainement que la rue l’y autorise.

Le gouvernement tunisien de transition vient tout dernièrement de faire encore preuve de son incapacité à dire non à ce que veut, décide et fait la rue tunisienne, en sommant un  PDG de banque de rester chez lui. Cela aurait dû ou pu ressembler à une nouvelle nomination. Cela aurait été dans l’ordre des choses. Cette demande a été pourtant faite en l’absence de toute décision claire et officielle d’un remaniement quelconque et sans nul souci pour la vacance à laquelle donnera lieu  cette demande de rester chez soi sur le travail de la banque. Il aura simplement  fallu qu’une employée sorte sur Face-Book pour crier sa colère contre ce PDG pour que le gouvernement de transition acquiesce et se taise. Le gouvernement attend certainement, là aussi, que la rue l’y autorise.
Répondant à une question d’un journaliste d’une chaîne TV, actuellement en vogue chez les nouveaux politiciens tunisiens qui courent les plateaux TV, une question mettant en cause les dernières nominations de gouverneurs, le nouveau ministre de l’Intérieur n’a pas exclu la possibilité de reconsidérer ces nominations si quelqu’un apporte les preuves des allégations  avancées contre tout gouverneur, et il sera changé. C’est là aussi un ministre de souveraineté qui fait preuve d’un manque flagrant d’autorité vis-à-vis d’une rue que tous connaissent versatile. La rue a déjà recommencé et demande déjà à plus d’un nouveau gouverneur de dégager. Où s’arrêtera-t-elle et qui l’arrêtera ?

La rue syndicale demande et le gouvernement s’exécute. C’est ce qui vient en effet de se passer chez Tunisair. Toutes les filiales de la compagnie réintègrent le capital de la compagnie, et ce sont tous les fruits d’une grande opération de restructuration financière et sociale dans une entreprise, qui plus est en bourse (l’AGE de Tunisair se réunira d’ailleurs prochainement juste pour entériner au nom de la démocratie du peuple un accord déjà signé) qui volent en éclats pour que les salariés des uns ressemblent aux ceux  des autres et pour que le syndicat et l’UGTT recouvrent toute leur puissance revendicative chez Tunisair. La rue a ainsi demandé et le gouvernement tunisien a encore abdiqué.

La Tunisie dispose  en fait actuellement d’un gouvernement de transition qui ne transige pas, d’un gouvernement gouverné par le syndicat, d’un gouvernement qui se soucie peu d’un patronat pétrifié et putréfié et qui envoie tout le monde au siège de la Commission de la Corruption. Un gouvernement qui reçoit toutes les délégations internationales que Ben Ali et son gouvernement ne recevaient pas, mais qui ne reçoit pas les hommes d’affaires [exception faite peut-être de quelques chefs d’entreprises étrangères avec Nouri Jouini] et ne les écoute pas alors que l’avenir de la Révolution dépend étroitement de l’issue de son économie, de l’export et de l’investissement.

C’est en effet un gouvernement avec un ministre de l’Industrie qui se soucie peu du sort de plus de 3000 employés dans l’industrie du textile, mis en danger par la Coface, un gouvernement dont le ministre en charge du commerce et de l’artisanat ne parle même pas le dialecte de ses administrés et à qui on doit à chaque fois traduire en français les importantes notes de ses collaborateurs pour qu’il puisse en prendre connaissance et peut-être décider de décider quelque chose dans une administration contestée par tous et partout. Un ministre du Commerce et du Tourisme que la moitié des journalistes quitte dès la première de ses conférences de presse d’où il exclut la presse électronique (ce technocrate a pourtant toujours travaillé dans le secteur des TIC). Ceci dit, On n’a pas encore entendu parler le ministre des affaires sociales Mohamed Ennaceur, ce «vieux de la vieille » que tout le monde présentait comme un très bon connaisseur du syndicat ouvrier et un bon négociateur avec l’UGTT.


Tous ces ministres, sont dans un gouvernement qui ne prend même pas la peine de défendre ses hommes d’affaires que tout le monde jette, comme disait l’ancien président français Mitterrand* lors des obsèques de Bérégovoy, «en pâture», en Tunisie comme en Suisse et en Europe, sur les TV, les journaux et sur Internet. Et alors qu’on attendait le nouveau ministre des Affaires étrangères à la Coface pour défendre les exportateurs tunisiens que la compagnie française d’assurance du commerce extérieur ne veut plus assurer, on le retrouve plutôt chez MAM à essayer de la sauver des griffes de la presse française et à réaliser ses propres rêves à lui (« Parler à côté de Michèle Alliot-Marie », a-t-il dit en introduction de son intervention, « c’est pour moi un honneur, c’était peut-être un petit rêve que je faisais, et que l’histoire ou l’accélération de l’histoire m’a permis de réaliser. ».Et de s’emballer : « J’aime écouter Michèle Alliot-Marie en toutes circonstances et dans toutes les tribunes ». Dixit Le Point).

Des ministres aussi qui font partie d’un  gouvernement où celui de l’Intérieur se fait attaquer et voler dans ses propres bureaux sans que quiconque ne s’en indigne (n’est-ce pas la rue de ses policiers qui l’a attaqué, qui a pu sortir tout aussi librement qu’elle est entrée et qui a obtenu en prime d’importantes augmentations salariales) et ne demande des comptes. Un gouvernement enfin,qui n’a aucune stratégie de communication, sauf lorsque son porte-parole décide de le faire et généralement de nuit.

Que peut-on attendre d’un tel gouvernement ? Surtout pas, selon nous, de mettre le pays sur la bonne voie de sortie de crise de l’après Révolution.
En attendant, la rue regarde chaque jour dans son beau miroir l’image internationale de sa propre révolution et se joint elle-même au concert des ceux qui en font l’éloge en promettant de l’aider financièrement, veut TOUT et MAINTENANT et attend impatiemment comme le retour du Messie, la redistribution de l’argent des Trabelsi qui résoudrait tous ses problèmes et ceux de la Tunisie, faisant de cette Révolution le marteau et la faucille de l’économie tunisienne.

*« Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celle qui protège la dignité et la liberté ». Dixit : François Mitterrand, Président socialiste.

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