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Le baromètre politique de Sigma Conseil pour le mois de mars 2016 est une véritable curiosité et vaut le détour. En effet on a appris que 68.5% des citoyens sondés sont satisfaits du rendement du chef du gouvernement, Habib Essid, contre 30,5% qui ne le sont pas. Dans la même étude on lit que 36% des Tunisiens interrogés font confiance à Habib Essid. Bon, l’écart entre le taux de satisfaction chez les citoyens et la confiance qu’inspire le chef du gouvernement est très conséquent et, à tout le moins, pose problème. En toute logique, la corrélation entre ces deux variables devrait être plus étroite ; en principe quand on est satisfait d’une personne la confiance monte proportionnellement. Les spécialistes de Sigma Conseil devront nous expliquer le gap entre ces deux éléments. Mais pour le moment arrêtons-nous sur cette affaire de satisfaction par rapport au rendement du chef du gouvernement…

C’est Habib Essid qui doit être content, lui qui est plébiscité avant même d’avoir livré la bataille de la réforme et du développement de la Tunisie. Il faut espérer, pour le bien de tous, qu’il n’interprétera pas ce résultat comme un brevet de satisfecit et qu’il ne se dira pas que pour préserver cette auréole au-dessus de sa tête, il faut laisser les choses en l’état, faire du statu quo et ne surtout pas songer à bousculer le pays avec des réformes douloureuses que tous les bailleurs de fonds de la Tunisie jugent inéluctables. Il faut espérer qu’Essid ne se dira pas qu’il ne sert à rien de s’échiner à travailler plus, à braquer l’opinion publique contre lui en tentant de remettre le pays au travail puisqu’après tout les Tunisiens sont contents de leur sort.

Une dangereuse spécificité tunisienne

La lecture de cette étude est problématique à bien des égards. En effet il ne faut pas être un expert chevronné pour constater que Essid en est encore aux balbutiements de son plan quinquennal, plan lequel va être articulé avec les conclusions du dialogue national sur l’emploi. En d’autres termes, quoi qu’en dise le gouvernement, pour qui cette initiative de l’UGTT est une vraie bouée de sauvetage (en termes de temps gagné, d’espérance semée dans la tête des chômeurs sans aucune obligation de résultat, de répit sur le front syndical, etc.), les citoyens en ont pour des années au moins avant de voir ne serait-ce qu’un bribe de concrétisation. Et encore si toutes les conditions sont réunies (paix sociale, climat sécuritaire propice, relance de la machine économique, conjoncture internationale favorable..), ce qui est loin d’être garanti.

Alors les Tunisiens sont satisfaits de quoi ? Ils sont satisfaits de ces finances publiques grevées par des dépenses de fonctionnement astronomiques ? De ce climat d’affaires atone où les investisseurs étrangers sont attentistes, s’ils n’ont pas carrément quitté le pays ? De cette fonction publique pléthorique et vorace en deniers publics, au point de pousser le pays à s’endetter à vitesse grand V ? De cet immobilisme ambiant dans lequel sommeillent de gros projets potentiellement pourvoyeurs d’emplois ? De cette dangereuse spécificité tunisienne paralysante où une centrale syndicale irresponsable multiplie les demandes sociales et s’assoit à la table des dirigeants du pays pour mieux les contrôler et empêcher qu’on mène les réformes difficiles où forcément une fonction publique improductive laisserait des plumes ? Etc.

A ce qu’on sache Essid n’a encore rien fait de tangible lui valant ce capital de sympathie. Tout au plus on peut lui faire de crédit de bonnes intentions, de voeux pieux. Mais quand on a été élu pour agir et obtenir des résultats, et non satisfaire les désidératas des uns et autres pour ne pas soulever une bronca populaire, c’est un peu mince pour asseoir une popularité. Alors peut-être que les citoyens interrogés par Sigma Conseil ont été induits en erreur par la formulation des questions et qu’ils ont répondu à côté. Très peu probable quand on connait le professionnalisme de cette boite. Reste l’autre possibilité, terrifiante : Les Tunisiens prennent cet immobilisme ambiant, cette absence de réformes, donc de vagues, pour un certain idéal de société, un horizon indépassable. Cette torpeur générale, cette léthargie qu’alimentent le ton monocorde et les actions tièdes du chef du gouvernement est le poison qui étouffe à petit feu l’économie du pays. Et les citoyens ont l’air d’aimer ça, très loin des sentiers âpres du travail harassant et des sacrifices qui ont fait des Japonais, des Allemands et des Anglais de grands peuples après une deuxième guerre mondiale qui a laissé leurs économies exsangues et sinistrées…

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