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Kamel Ayadi, corruption,

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Kamel Ayadi

Kamel Ayadi , expert dans la lutte contre la corruption, a expliqué le retard pris pour commenter le classement de la Tunisie dans le domaine de la transparence, par la nécessité de confronter les quatre rapports sur l’état de la corruption dans le monde (Transparency International, Index de l’autorité de la loi, transparence financière, baromètre de la corruption en fonction des secteurs) . Chaque rapport a sa méthodologie , et son champ spécifique ,dit-il , et l’idée formée à partir d’un seul rapport , reste étriquée et unilatérale , et peut même induire en erreur et faciliter la politisation des résultats annoncés , ce qui amène à fausser le jeu et rendre inopérante la lutte contre ce fléau .

Ce sont là les remarques préliminaires énoncées par le président de la Commission internationale de lutte contre la corruption pour la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, aux journalistes présents au point de presse, le samedi 7 décembre 2013 . Kamal Ayadi , qui est associé à l’élaboration du rapport du « baromètre de la corruption en fonction des secteurs  » , assure que le dossier exige une approche adaptée , mais ne va pas jusqu’à dire qu’il est mieux outillé que les autres, soulignant que son souci premier était de familiariser les journalistes avec ce dossier complexe et de les sensibiliser au rôle qu’ils ont à jouer dans la lutte contre ce fléau .

Ce discours de la méthode qui revendique des jugements relativisés et des conclusions nuancées, donne aux résultats avancés en la matière tout leur relief. Il est vrai que le climat postrévolutionnaire a fait perdre à la Tunisie 18 points dans le classement mondial dans la transparence , selon le dernier rapport de Tranparency International , publié le 3 décembre, lui accordant le 77ème rang mondial, mais la courbe ascendante de la corruption , en Tunisie , a commencé son inexorable envolée, depuis 2003 , période où le clan des Trabelsi a émergé et a commencé à sévir dans la vie publique . Kamel Ayadi rappelle , pour illustrer ses propos , que la Tunisie occupait, en 1998, le 33ème rang, classement proche, à l’époque , de celui de la France et de plusieurs pays européens , mais elle passe entre 2003 et 2007 du 39ème au 61ème rang .

Ces deux bonds (celui de 2003 et de 2011), selon l’approche de Kamel Ayadi , ne sont pas de même nature : le premier était délibéré et utilisait les lois et les institutions de l’Etat pour généraliser ce fléau , le second profite justement de l’absence de l’Etat et est consécutif à l’instabilité générée par la Révolution .

Kamel Ayadi relève que le classement de la Tunisie n’est toujours pas alarmant comparativement aux pays émergents ( l’Inde , le Brésil ) , et les pays de la région (Maghreb , Moyen-Orient et Afrique ) , mais insiste sur le fait que l’amélioration de la situation est tributaire de la réussite du processus de transition démocratique , et prévoit trois scénarios possibles dans ce cas de figure .

En règle générale ,dit-il , dans tous les pays qui ont connu une révolution, la courbe de la corruption commence par monter, dans un premier temps , pour atteindre un palier maximal avant de revenir à des niveaux acceptables , parallèlement aux progrès enregistrés dans le processus démocratique et dans l’instauration des institutions efficaces . Ce scénario est le meilleur, mais il suppose que la mise en œuvre du processus démocratique se déroule sans accroc ni dérapage ; sinon l’un des deux autres scénarios s’imposera .Dans le premier cas, la courbe ascendante de la corruption fléchit lentement à partir du palier maximal et ne revient à la normale que dans des échéances plus lointaines. On sera, dans ce cas, toujours dans un schéma positif, malgré la lenteur de l’évolution. Mais le schéma négatif est illustré par le troisième et dernier scénario où la courbe de la corruption grimpe encore plus , après avoir atteint le niveau maximum , dans son élan initial , commun aux trois scénarios .

Ce dernier scénario , de loin le plus à redouter , peut être le produit de la jonction de deux phénomènes : la généralisation et la banalisation de la corruption et l’inefficacité des mécanismes de contrôle et de répression de ces pratiques .

L’expert tunisien en matière de lutte contre la corruption relève toutefois que l’éradication de la corruption n’est pas le corollaire de la démocratie ni de la liberté d’expression , si une culture positive de rejet par la société de ces pratiques condamnables est absente , et si une législation adéquate (draconienne ) et des institutions efficaces manquent également .Il cite l’Indonésie et le Liban qui enregistrent une corruption élevée , malgré un climat ambiant , caractérisé par le pluralisme politique et la liberté d’expression .

Pour Kamel Ayadi, les notations internationales et les classements ne donnent qu’une idée approximative de la corruption et sont ,le plus souvent , loin de la réalité , soulignant que la corruption est un phénomène caché et les indices qui donnent une idée de son importance ne sont pas à la portée des analystes . Les seules indices évidents sont les affaires déférées devant la justice, mais elles ne constituent que la partie apparente de l’iceberg, car les dossiers qui parviennent à la justice sont peu nombreux et mettent du temps pour être définitivement tranchées .

Les rapports internationaux, eux, ne sont pas élaborés sur la base de données scientifiques, quantifiables et vérifiables mais uniquement sur la base de sondages d’opinions et d’enquêtes sur le terrain, qui ne reflètent qu’une partie du vécu des gens et de leurs avis. Devant ces difficultés de l’approche, les experts choisissent pour dresser les contours du sujet, de refléter la perception du phénomène par les citoyens. Mais est-ce suffisant ?

La perception des Tunisiens du phénomène indique que le secteur le plus corrompu n’est autre que celui de la police (69% des interviewés), les partis politiques suivent avec 66% .Si l’appareil judiciaire est taxé de corruption par 56% des Tunisiens , les médias, eux, recueillent 53% des avis défavorables , au moment où les responsables officiels n’en recueillent que 49%, et l’ANC 40% .

Les défis que la lutte contre la corruption doit relever se rapportent aux liaisons dangereuses entre le pouvoir ( les partis politiques ) qui a besoin de l’argent à flot et sans contrôle aucun , et le monde de l’argent qui a besoin de s’allier au pouvoir pour devenir encore plus efficace et plus puissant .

Le réalisme et la nuance des premiers moments du discours de Kamel Ayadi laissent la place à un sentiment mitigé quant à l’avenir de la lutte contre la corruption au vu de deux éléments de taille . Le 1er concerne l’idée exprimée par 65% des Tunisiens disant ne pas voir de rôle positif à jouer dans la lutte contre la corruption ; le deuxième est le rôle assez modeste joué par les banques dans cette lutte . Kamel Ayadi dit pudiquement qu’elles ne sont pas habilitées à jouer le rôle qui leur est dévolu dans la chasse à l’argent sale et au blanchiment d’argent .Mais est-ce une question de moyens ou un problème de volonté.

Le seul point positif dans ce tableau est que la lutte internationale contre la corruption se renforce pour resserrer l’étau autour des corrompus et des corrupteurs.

Aboussaoud Hmidi

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