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Lamine Hafsaoui, BTS

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L’entrepreneuriat entre l’actualité et les perspectives, la Banque Tunisienne de Solidarité entre la promotion et la mise en place d’une nouvelle économie qui réponde aux défis du contexte actuel, voilà quelques uns des axes principaux de l’entretien que nous a accordé Lamine Hafsaoui, Pdg de la BTS. Interview :

 Comment se présentait  la situation en matière d’entrepreneuriat avant la Révolution?

On ne peut pas dire que l’entrepreneuriat est en train de bénéficier d’un esprit développé en Tunisie, et il y a impérativement qu’il émane d’une culture sociale qui  soit bien ancrée chez les futurs entrepreneurs potentiels, essentiellement les jeunes.

La culture entrepreneuriale n’est pas trop développée,  puisque, en raison  d’un processus historique, l’Etat a développé l’éducation, la formation mais c’est juste pour préparer les cadres pour qu’ils dirigent le pays. Dans ce sens, on peut dire que tout le monde étudie pour devenir des salariés dans le public. A partir de 1972, et avec la promotion du secteur privé, l’objectif est devenu  de fournir des salariés chez les nouveaux promoteurs. Jusqu’à cette période, le développement de l’entrepreneuriat n’était pas l’un des objectifs déclarés du pays.

A partir des années 80 et avec la généralisation de l’enseignement, nos universités ont déployé des efforts pour fournir de plus en plus des cadres, et on s’est rendu compte que le développement ne peut pas être absorbé par une activité salariale que ce soit dans le public ou dans le privé, qu’il faut diversifier l’économie et  améliorer le taux du croissance tout en multipliant les entreprises. Pour atteindre ce but, il faut qu’il y ait des entrepreneurs. A partir de ce moment, on a commencé à initier l’esprit entrepreneurial dans notre pays. Depuis, il y a eu du  travail qui a été fait, il y a une nouvelle souche d’entrepreneurs qui a été crée. Leur nombre a été limité et cette culture a commencé à prendre forme. Bien qu’on ne puisse pas gagner ce pari,, il faut continuer à batailler pour que cette culture soit enracinée dans notre Tunisie.

Il y a des limites objectives dans le développement de l’entreprenariat, à savoir la petite taille  de notre pays et l’exiguïté de notre marché. On ne peut développer les entreprises de façon illimitée, parce que l’espace économique est limité. C’est vrai qu’on est ouvert sur l’extérieur, mais cela  n’est pas donné à tout le monde, car cette ouverture nécessite des mécanismes, un savoir-faire pour pouvoir conquérir des marchés et surtout en avoir les moyens.
Avant le 14 janvier, on peut dire qu’on a commencé à établir cette culture mais on n’a pas enraciné cet état d’esprit dans notre société.

 Quel est l’impact de la Révolution sur l’esprit d’entreprise en Tunisie surtout que la situation n’est pas claire pour le moment ?

 3 mois après l’avènement de la Révolution, on ne peut pas affirmer que tout va changer. C’est vrai qu’on a fait la révolution, mais on ne peut pas révolutionner une culture ou des esprits. Je ne pense pas qu’il y ait  eu un grand changement sauf que les gens sont en train de se chercher, essayé de trouver des pistes. Nous sommes en train de chercher la voie possible, de trouver notre avenir.

Comment faire en sorte que l’esprit d’entreprise qui crée de la richesse et la justice sociale trouve s’incruste  dans le nouvel ordre du jour politique du pays?

Il faut signaler tout d’abord que l’entrepreneuriat est avant tout un état d’esprit, ce n’est pas une technique, puisque les techniques, on peut les apprendre dans les universités. Cet d’état d’esprit doit gagner à s’améliorer dans un environnement de liberté et de critique. Cela permettra de faire le bon diagnostic de la situation et de promouvoir l’avenir.

Je suis optimiste de nature, et je pense que les événements qu’a vécus notre pays vont permettre d’ouvrir des voies de promotion économique et sociale qui pourrait créer un fait multiplicateur dans notre vie économique. Et cela nous mènera  à multiplier les entreprises en tant que source de richesses. Une démarche qui nécessite de consolider le partenariat que ce soit à l’intérieur du pays ou à l’extérieur. La multiplication des partenariats pourrait jouer un rôle dans la croissance du nombre des entreprises qui pourraient être une locomotive de croissance.

Quand les choses se stabilisent politiquement, notre pays est capable de doubler son taux de croissance qui était durant des années aux alentours de 5% et de passer à une vitesse supérieure avec un taux de croissance au moins de 8 à 10%, ce qui permettra de multiplier le nombre des entreprises, de réduire  le chômage et de mettre la Tunisie à un niveau supérieur.

Parlons maintenant de la BTS, entant que mécanisme d’appui pour les jeunes promoteurs, comment jugez-vous la situation de la BTS durant cette période ? 

La BTS est un très beau mécanisme qui a bien fonctionné en donnant des résultats. Après la Révolution, ce que j’ai ressenti, c’est que la BTS est devenue un mécanisme incontournable. La preuve qu’on est sollicité par tous les ministères et surtout par la jeunesse, nous avons enregistré une ruée des demandes et une évolution importante des demandes présentées à la BTS. Cela prouve que la BTS est un mécanisme utile. Dans ce contexte, ce qui doit changer c’est que la BTS pourrait jouer mieux son rôle si elle est conçue comme un mécanisme intégré à un système de développement global, c’est-à-dire que la BTS ne peut pas à elle seule faire le développement. Il faut qu’il y ait d’autres interventions. Il faut que l’Etat intervienne  pour établir l’infrastructure qui est le cadre obligatoire et nécessaire pour le développement. Il faut qu’il y ait des locomotives de développement dans les régions, c’est-à-dire  de grands projets qui s’installent et qui vont amorcer par la suite la création d’un tissu de PMEs. Il ne faut pas que notre intervention soit administrée, il faut qu’elle soit une émancipation d’une nécessité socio-économique, et de cette façon la BTS pourrait jouer pleinement son rôle dans la mesure où il existe la possibilité de développer des centaines  et voire des milliers des microprojets. S’il n’y a pas une nécessité socio-économique, ces projets vont être voués  à l’échec. Donc, le développement ne peut jamais être conçu de façon intégrale que si on place des mécanismes  sans complexités. Il faut simplifier la vie et mettre tout le système à la disposition des gens et surtout des promoteurs parce qu’il y a toujours un parcours de combattant pour ces derniers.

La priorité de la BTS dans cette étape transitoire ?

Il s’agit de continuer à aider les gens ayant des idées de projets et des projets viables et particulièrement les jeunes promoteurs sérieux. En fait, le grand problème déjà chez la BTS, c’est que la majorité des gens qui viennent chez nous, c’est par défaut et surtout parce qu’ils n’ont pas trouvé un boulot salarié. Ceux-ci ne forment la catégorie que nous préférons. Ce que nous préférons, c’est de voir des promoteurs qui viennent par un choix, et ceci nécessite un environnement socio-économique adéquat parce qu’il faut s’appuyer sur l’exemple de Sfax  qui est la région où on a financé le plus grand nombre de projets puisqu’on y a atteint les 10 000 projets financés par la BTS. Cette plateforme réussie revient à la volonté des jeunes, et des moins jeunes de la région à monter leur propres projets dès leur jeune âge, surtout que l’environnement familial aussi bien que l’environnement socio-économique à Sfax encourage ce genre d’initiative et booste la culture entrepreneuriale qui ne cesse de se développer dans cette région , beaucoup plus qu’autres région comme Sidi Bouzid ou autres… Toutefois, il faut pas dire que les habitants des régions intérieures ne sont pas travailleurs ; au contraire, on trouve de jeunes compétences et des ambitieux qui sont en quête de richesse et de développement, mais ils n’ont pas cet esprit d’entrepreneuriat parce qu’ils n’ont pas reçu cette éducation et n’ont pas l’environnement socio-économique adéquat qui les incite à devenir entrepreneur et à réussir donc pour ceux qui se présentent à la BTS par défaut, et par manque de connaissance ou de garantie. La BTS se soucie de ne pas financer un projet voué à l’échec. Nous avons acquis l’expérience durant dix ans qui nous permet une certaine expertise pour mieux évaluer les projets et les promoteurs pour prendre la décision de financement. Cela dit, dans des conditions spéciales , il faut parfois prendre des mesures spéciales, on essaie d’être un peu plus «  cool » pour ne pas prendre en compte certaines lacunes pour aider les jeunes a acquérir le financement souhaité, et on accepte le taux d’échec qui en découle.

Quel rôle pourrez-vous jouer dans cette étape de crise, et comment envisagez-vous affronter la situation actuelle ?

Comme à l’accoutumée, nous jouons le rôle qu’on a toujours eu pendant des années. Nous apportons notre soutien à tout projet finançable sans pour autant être rigides malgré les conditions spéciales que nous vivons après la Révolution. Ce n’est pas uniquement le contexte socio-économique et politique qui va changer, tous les changements qui vont en résulter vont aider tout le monde à trouver le bon chemin et à s’orienter vers une meilleure voie. 

Avez-vous conçu une stratégie spécifique pour faciliter l’octroi des crédits et des financements surtout que de nombreux  jeunes ont beaucoup souffert de vos procédures jugés rigides ?

C’est vrai qu’on a gardé les mêmes procédures qui nous ont été imposées administrativement depuis des années et qui occasionnent une certaine lenteur dans les phases d’exécution ou de réalisation de certains projets. Après le 14 janvier, plusieurs procédures administratives ont été supprimées, et maintenant on aura une relation directe avec le client, et si le promoteur du projet présenté à la BTS est sérieux, on fournira toutes les garanties pour accorder le financement dans les plus brefs délais. Par contre, il y a des conditions objectives qui font qu’il y a une certaine lenteur qui s’impose. Par exemple, si on donne l’accord à un jeune promoteur qui ne trouve pas son autofinancement, ce n’est pas la banque qui va lui accorder cette part de financement parce que la règle, pour nous, c’est que chacun des jeunes promoteurs doit apporter sa contribution financière et doit se mobiliser pour ce projet qui va lui appartenir. Dans ce même contexte, il faut rappeler que la BTS a allégé les conditions d’octroi des crédits et des microcrédits, mais on ne peut pas se passer des principes de base en matière de financement, et si ces principes sont respectés, il n’y aura aucune raison pour que le promoteur souffre de difficultés… 

On voudrait savoir un peu plus sur la situation des jeunes promoteurs bénéficiaires de crédits avant le 14 janvier ? 

Pour nous, le meilleur indicateur de la situation de nos promoteurs, c’est le taux de recouvrement. Avant la révolution du 14 janvier, ce taux se situait  entre 85 et 90 % ; donc c’était un taux respectable pour ne pas dire élevé par rapport au taux de recouvrement enregistré ces trois dernières années qui a atteint un plus que 80%. C’est vrai que ce taux a chuté durant les trois premiers mois de l’année 2011 pour atteindre au mois de janvier les 40%.Au mois de février, nous étions à 50 % avant de remonter pour atteindre les 60 % au mois de mars. J’espère qu’au mois d’avril, on grimpera encore pour retrouver les taux tant réalisés auparavant. Je pense que c’est une situation passagère et la courbe retrouvera sa croissance durant les mois à venir…

Wiem Thebti

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