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Lynchages publics, Tunisie

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Un opposant qui s’en va faire sa guerre en dehors du champ de bataille n’est pas toujours bon à citer, mais Moncef Marzouki a été actuellement la seule voix raisonnable dans cette Tunisie qui vit actuellement un état d’insécurité et de déliquescence médiatique.

Alors que les émeutes dans les rues commencent déjà à laisser la  place à d’autres émeutiers sur d’autres agoras et places publiques, Marzouki a  été paradoxalement le seul à tirer la sonnette d’alarme contre la chasse aux sorcières. Dans l’insouciance, sécuritaire et politique la plus complète, cette dernière a pourtant bel et bien commencé.

Quatre exemples jusqu’à présent édifiants à ce propos. D’abord, celui du PDG de la Star, une entreprise publique en association avec un grand groupe stratégique français, qu’on descend de son bureau au milieu de chants patriotiques et des Allah est Grand, qu’on malmène publiquement et qu’on chasse en pleine rue de Marseille à Tunis, à coups de pieds dans le derrière.
Ce premier lynchage public a été organisé par l’un de ses anciens cadres qui avait pourtant réussi à trouver emploi dans une autre grande entreprise publique, avant que cette dernière ne le mette sur le banc.

Ensuite, celui de Hédi Djilani, président de l’Utica qu’on poursuit  jusque dans ses locaux et devant lesquels on ameute une centaine de manifestants par facebook , sur instigation  d’un président de fédération qui avait pourtant très bien profité de sa position de président  sous l’ancien régime, pour engranger les contrats pour sa propre entreprise. Dégage, lui signifiait dans une atmosphère de vocifération, un ancien chef d’entreprise qui a perdu plus d’argent qu’il n’en avait et qui avait été l’un des premiers, lors de la toute première campagne présidentielle de Ben Ali, à supplier, dans les locaux de Dar El Ouard à la Place Pasteur à Tunis, qu’on distribue ses petites fioles de «Parfum du 7 novembre » dans les manifestations de cette campagne. Hédi Djilani résistera en s’en tenant aux  procédures régissant tout acte de sortie. Il a présenté, hier mercredi, sa démission de la présidence de l’organisation patronale et de son Bureau exécutif.

Autre  dirigeant, autres circonstances, celui du Centre de Météorologie (pourtant ni entreprise commerciale, ni institution politique) qu’on sort de ses bureau et qu’on traîne dans la foule demandant son jugement, comme s’il était le dernier des criminels de droit commun.

Le dernier lynchage en date a été celui du PDG de l’OACA, l’Office de l’aviation civile, violenté physiquement par une cohorte de mécontents et qui demandaient sa tête en toute impunité et en toute illégalité. Dans l’ivresse des mouvements de foule où les forces de sécurité on brillé par leur absence, la loi, qui devait être le seul et unique point de référence, a été bafouée, transformant tout le monde en inquisiteur.

Tous ces actes de lynchage, public et médiatique- car le but est de filmer et de poster sur facebook- se font dans l’impunité la plus complète et dans une atmosphère où l’UGTT devient juge (dans le gouvernement) et partie (syndicat ouvrier) et se transforme même en tribunal révolutionnaire.

C’est en effet ce même syndicat ouvrier, sous la houlette de ces syndicats professionnels, qui lance un appel à la délation à l’intérieur des institutions, bancaires et financières, appelant entre autre ses adhérents à «rechercher et à rassembler les documents qui pourraient servir d’éléments à charge contre  tous les PDG des banques ou qui confirmeraient leur implication dans des opérations de fuite de capitaux ou d’opérations suspectes ».

C’est toute cette image négative, répulsive pour l’investisseur étranger et les pays amis qui commencent déjà à penser à la meilleure manière d’aider la Tunisie de l’après Ben Ali à se relever, que donne la société tunisienne d’elle-même. C’est dans cette atmosphère de chasse aux sorcières et de recherche des têtes à couper que ceux qui ont fait la révolution tunisienne laissent faire les nouveaux profiteurs de leurs efforts et de leurs morts pour régler leurs comptes personnels, se refaire une virginité ou tout simplement pour un «Ote-toi  de là que je m’y mette !».

Dans l’insécurité qui règne actuellement, cela peut demain arriver à n’importe que responsable, n’importe quel PDG ou n’importe quel chef d’entreprise dont les ouvriers ne sont pas contents. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage, et ce qui reste de la Révolution du Jasmin accuse tout le monde et fera encore tomber des têtes inconscientes, simplement parce qu’elles ont été un jour près du sérail ou dans son  giron.

Au lieu d’appeler les ouvriers à reprendre le travail et à redoubler d’efforts pour faire sortir la Tunisie par la bonne porte économique de sortie de crise, le syndicat ouvrier se transforme ainsi en juge d’instruction, en juge et en bourreau, tout en trempant partout dans la politique et en faisant la course folle aux fauteuils.

Il est temps, nous semble-t-il, que les voix d’appel au calme reprennent le dessus sur les manifestations et les contre-manifestations, politiques et politiciennes. Il est temps d’appeler à la raison et de donner le temps à la justice de faire sereinement et convenablement son travail !

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