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Piégée entre le marteau des odeurs fétides et l’enclume des piqures des maringouins répandus par myriade dans les abords d’une obsolète décharge de margines, sous produits obtenus après trituration des olives, surgit, de roc en roc, muette et rapide, Zeinouba Jouini, une femme à la soixantaine, originaire de « Fadden Souk », une bourgade sereine et tranquille située dans la délégation de Teboursouk du gouvernorat de Béjà (Nord-ouest de la Tunisie).
Mine soucieuse, soupirs coupés, cœur exubérant de mélancolie, elle est venue se lamenter d’une vie qui s’est muée en un insoutenable calvaire lorsque sept ans auparavant six propriétaires de huileries bâtissaient une décharge collective de margines jouxtant sa maison.
Depuis le débarquement de cet invité malvenu, se faufile au milieu d’une végétation rustique, un flot d’eaux puantes de margines, dépeignant avec force un sacrilège incessant contre Dame nature et sa progéniture.
 » Mes quatre enfants ont dû déserter cet endroit. Quant à moi, j’ai choisi d’y rester parce que la vie est dure et je dois survivre. « , s’écrie Zeinouba sur un ton coléreux en se souvenant du sort de sa famille depuis l’implantation de la décharge de margines à 50 m de son domicile.
« Depuis, j’endure une allergie chronique. Mes yeux rougissent souvent à cause de l’air pollué par les odeurs nauséabondes provenant des margines. « , se plaigne-t-elle encore avant de poursuivre :  » ma vie est devenue un cauchemar, un vrai cauchemar surtout en été, lorsque canicule et maringouins me poussent à me cadenasser derrière les portes et fenêtres verrouillées de ma maison « .
Et pourtant, Zeinouba rechigne à s’incliner face à son sort. Nonobstant sa situation financière précaire, elle persévère à consulter son médecin sans manquer nul rendez-vous. Son souci est de sortir de cet enfer, de ce destin qu’elle n’a pas choisi mais qu’elle a dû en subir les affres pour longtemps.
 » Mon médecin me conseille souvent de m’éloigner de la décharge de margines. Pour lui, c’est la seule et unique solution pour échapper saine et sauve de cette ambiance morbide « , révèle-t-elle.
Une solution qui ne semble pas lui plaire trop car viscéralement attachée à sa terre et à ses origines.
Imbue de ce sentiment d’appartenance, Zeïnouba ne se lasse pas à prendre attache avec les autorités concernées pour demander juste cause. C’est ainsi que depuis 2010, date de construction de cette installation obsolète, elle a porté cinq plaintes devant le gouvernorat de Béjà et la délégation de Teboursouk.
Toutes ont eu le même sort : refus implicite ou rejet motivé. L’administration s’obstine à invoquer à chaque fois le motif des  » terres domaniales « , terres appartenant par le passé aux colons français et nationalisées au lendemain de l’indépendance.
A entendre la version livrée par les autorités locales, Zeinouba n’est pas en mesure de réclamer nul droit ou de prétendre à quelconque privilège. Son maintien sur les lieux est un acte nul et nul d’effet. Elle n’a d’autre choix que de s’incliner face à l’implacable fatalité de son sort ou de quitter à jamais l’endroit où elle vit.
Un endroit qu’elle a hérité, sans discontinuité, d’aïeul en aïeul, en vertu d’un titre possessoire probant. Un endroit pour lequel elle a déployé, énergie et économies, pour le ressusciter lorsqu’il était menacé de ruine.
Les souffrances qu’endurent Zeinouba et sa famille abrègent le sort de deux cent familles habitant  » Fadden Souk « . Cette bourgade dont la tranquillité paysanne s’est vue érodée sous l’effet d’une décharge qui fait figure de dragon  » quincéphale  » (cinq bassins), menaçant irréversiblement sol et sursol.
Cette enquête d’investigation veut démasquer, preuves et témoignages à l’appui, les dysfonctionnements des organes de contrôle de l’Etat :Ministère de l’environnement et Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE) s’agissant de superviser des décharges anarchiques de margines implantées, ici et là, par les propriétaires des huileries.
Bilan glaçant : Evacuation nocive et hasardeuse d’une matière hautement toxique, atteinte aux règles de bonne gestion des déchets, et violation flagrante de l’esprit de la réglementation en vigueur régissant la matière.
Les habitants de  » Fadden Souk  » : voix brisées, voix sans voix
Rencontrés par l’auteur de l’enquête, des concitoyens de Zeinouba cloués au sol de  » Fadden Souk  » ne mâchent pas leurs mots pour déplorer crûment la décharge des margines qui les a tenu en otage, convertissant leurs foyers en sordides habitations où il ne fait plus bon vivre et confisquant à jamais leurs terres arables, leur principale source de survie.
Manifestant une exaspération à son comble, le directeur de l’école primaire  » Aïn Ben Chebl « , Mounir Jouini a révélé que la décharge de margines se situe à 200 m de son école abritant 150 élèves et à 300 m du quartier résidentiel du village.
 » Un emplacement inapproprié qui contrevient aux conditions requises par l’Agence nationale de protection de l’environnement exigeant une distance de sécurité de 2 km « , se lamente t-il, déplorant des odeurs galopantes tout au long de l’année, rendant cours et activités sportives, une tâche ardue à entreprendre.
Et le directeur de l’école d’ajouter que  » cette décharge anarchique n’a jamais fait l’objet de suivi, ni d’entretien depuis sa création « , fustigeant les autorités régionales qui ont préféré bazarder le dossier des margines à travers le forage de cinq bassins s’étalant sur une superficie de 3 hectares de terres arables.
 » Vainement, nous avons déposé trois plaintes par l’entremise du commissariat régional de l’éducation en vue d’ordonner la fermeture de cette installation ou revendiquer sa relocalisation loin de l’école. « , relate-t-il sur un ton brisé, taxant de  » laxisme  » les autorités locales qui refusent de leur prêter attention.
Quid du délégué de la localité de  » Fadden Souk  » Mohamed Jouini, l’autre revers de la médaille ?
A entendre sa version des faits, tout est en règle, rien n’échappe au hasard.
 » La décharge est bien contrôlée par la commission technique régionale des décharges de margines dans le gouvernorat de Béjà « , se targue t-il, soulignant à ce titre que  » son implantation est tout à fait conforme aux normes en vigueur « .
Etayant ses arguments, Mr jouini se refuse à toute tentative de délocaliser la décharge de margines vers une autre région de la délégation de Teboursouk.
 » La terre sur laquelle se trouve l’actuelle décharge relève de la domanialité publique. Sa nature argileuse empêche la pénétration des margines dans les eaux de surface. « , cite-t-il en substance, rappelant que  » deux autres décharges anarchiques ont été installées par le passé dans la région, condamnant à jamais les eaux de surface de la ville de Teboursouk.  »
 » La première étant construite à proximité du lac montagneux avoisinant la carrière de pierre. La seconde dans la région de Fej Rih jouxtant les broussailles de Aïn Jammala . Les deux étant fermées depuis 2009. En cause, le changement du goût des eaux « , s’attarde-t-il sur les détails.
Une version qui ne semble pas de l’avis du représentant régional de l’ANPE dans le Nord Ouest, Ridha Nezfi qui tient à préciser que la décharge est non autorisée, dès lors qu’elle a été construite sans  » le certificat de non-contestation « , un document-clé délivré par l’ANPE aux propriétaires des huileries au fin d’implanter une décharge autorisée.
Et le même responsable d’ajouter que la création de cette décharge par la délégation de Teboursouk a été dans l’esprit des décideurs locaux une solution provisoire proposée aux propriétaires des huileries situées dans la région (10) en vue de réduire le déversement anarchique des margines dans les oueds et les cours d’eau.
Par delà les versions qui se contredisent, se heurtent et frôlent la vérité, l’histoire de Zeinouba et de  » Fadden Souk  » avec les margines et les décharges anarchiques ne peut plus être un récit bon enfant. C’est plutôt un scénario, un drame, une tragédie qui se dessine subrepticement à la craie sur le tableau assombri d’un environnement qui capote sous l’œil hagard des habitants locaux.
C’est ainsi que lors d’une visite de terrain dans la délégation de Beni Hassène (gouvernorat de Monastir) (Centre-Est du pays) à 187km de la capitale, l’auteur de l’enquête d’investigation a dressé le même constat : souffrances, répugnance et odeurs nauséabondes, tel est le lot quotidien des habitants de la ville.
Depuis 2006, date de l’implantation de la décharge de margines à 100m du stade municipal, se dégagent tout au long de l’année des odeurs fétides et insupportables dissuadant les jeunes férus du sport d’adhérer à leur club sportif.
De visu, formé de 13 bassins, la décharge s’étend sur une superficie de 5,3 H. Elle a été créée par le propriétaire d’une huilerie dans la ville de Moknine à 12,5 km de Beni Hassène, sans pour autant se prévaloir de l’autorisation de la commission régionale des décharges de margines de Monastir.
 » Dame nature en paye le cher prix « , s’indigne le président de l’association  » Environnement et Développement  » de Beni Hassène, Romdhane Kachat, citant en exemple l’érosion du sol, la défoliation des arbres et une criante atteinte aux oliviers avoisinants la décharge.
Après vingt plaintes portées devant les autorités régionales et d’innombrables mouvements de protestation observés par les citoyens et les composantes de la société civile, le gouverneur de Monastir a finalement approuvé en 2014 un ordre de remblaiement de cette décharge anarchique et d’aspiration des margines.
Une décision restée malheureusement lettre morte sans suite ni lendemain. En effet, bien que le délégué de la région, Abdelmajid Gharsalli ait tenté de nous convaincre que la décharge en question n’a pas été exploitée en 2015, il n’en reste pas moins vrai qu’à la date de rédaction de cette enquête, le remblaiement de la décharge demeure assorti à la condition de la levée des margines asséchées et de l’évaporation du reste des bassins, autant de mesures qui tardent à venir.
L’introuvable équilibre entre production et stockage des margines
Le gouvernorat de Béjà à l’image de celui de Monastir constitue par excellence une des régions oléicoles du pays. Forte d’une superficie de 1,76 million d’hectares consacrés à la culture des oliviers et de 74 millions d’oliviers, la Tunisie produit en moyenne 792 mille tonnes d’olives par an entre 2009/2014, selon la Direction de la production agricole du ministère de l’agriculture.
Malgré les énormes quantités de margines produites annuellement (800-1300 tonnes), selon la méthode de trituration et produites par 1850 huileries, reparties comme suit : 13% au nord du pays, 50 % au centre et au sahel et 37% au sud, seules 125 décharges implantées dans les différentes régions du pays sont destinés à recevoir ces quantités avec une capacité globale de stockage de 1,3 million m², dont 40% dans la région sud.
Ces décharges se subdivisent en trois catégories : des décharges collectives construites sur des terres domaniales et gérées par des particuliers, des décharges bâties sur des terrains privés et gérées par des particuliers et des décharges individuelles (gérées par le propriétaire de l’huilerie sur son propre terrain).
Une brève lecture de la cartographie des décharges en Tunisie révélée par une étude ciblant 116 décharges implantées dans les différentes région du pays, réalisée par le ministère de l’environnement au titre du  » plan national de gestion des margines  » (2007-2013) fait ressortir un constat frappant qui laisse pantois le commun des mortels : 33% des décharges sont classés anarchiques et considérés nuisibles à l’environnement (38 décharges), 51% sont dépourvues de mesures de sécurité telles que la clôture et le gardiennage (59 décharges). Seules 15% des décharges s’avèrent conformes aux normes requises (19 décharges).
Selon l’étude, 53% de l’ensemble des décharges (116 décharges) sont situées sur des affleurements géologiques très perméables, ce qui constitue une source de pollution des eaux souterraines. En contrepartie, 47% des décharges sont implantées sur des affleurements géologiques de perméabilité faible ou moyenne.
L’étude recommande la fermeture de 38 décharges anarchiques pour défaut de normes requises. Néanmoins, seule la décharge anarchique de Beni Hassène a été fermée sur décision prise par le gouverneur, la seule autorité habilitée à prendre de telles mesures.
La même étude souligne que chaque décharge de margines classée fermée sera accompagnée de travaux de réhabilitation afin d’éviter les problèmes de pollution. Au rang de ces travaux, cite la même source, figure le démantèlement des équipements, l’enlèvement de la couche supérieure d’une épaisseur de 40 cm environ, le remblaiement des bassins de stockage par compactage de couches successives de 20 cm. Suivra la dernière et ultime étape, celle de la mise en place d’une couche de couverture finale en terre végétale de 40 cm sur toute la surface de bassin.
Le coût global des fermetures des décharges estimé selon l’étude s’élève à 6.104.012 DT (soit l’équivalent de trois millions de dollars).
Les margines, cette mine de substances toxiques…
Document de référence en la matière, l’étude commandée par le ministère de l’environnement sur la gestion des margines nous renseigne que cette matière est une véritable mine de substances toxiques. C’est ainsi que les margines contiennent entre 7 et 15% d’éléments organiques, 1 à 2% de sels minéraux, tels que le carbonate, le O-phosphate, le potassium et le sodium.
Les analyses chimiques des échantillons de margines effectuées par le laboratoire d’analyses relevant du Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis (CITET, officiel) montrent aussi que les éléments organiques des margines sont riches en matières polluantes dont la plus nocive celle des poly-phénols qui représentent près de 20% des matières organiques.
Voulant percer les mystères de ces substances toxiques, nous avons eu recours à un expert. Chercheur en géologie et également expert international auprès des tribunaux en géologie et environnement, Mohamed Sghaier Caïd nous a donné son avis sur les poly-phénols. Cette substance toxique peu biodégradable, nous renseigne-t-il, provoque plusieurs maladies respiratoires et dermatologiques, de même qu’elle pollue irréversiblement l’air, le sol et la nappe phréatique.
Et l’expert d’ajouter que la plupart des décharges en Tunisie ont été implantées sans nul recours à une étude technique sur l’évacuation et le traitement des margines et sans souci aucun pour la santé des citoyens ou la protection de l’environnement.
Dans le même ordre d’idées, le Pr. Abdelmajid Ben Jemaa, chercheur au Laboratoire de Toxicologie, ergonomie et environnement professionnel de la Faculté de Médecine de Tunis et aussi Chef service de médecine du travail et des maladies professionnelles à l’hôpital Rabta nous fait savoir que  » l’odeur âcre du phénol provoque un malaise. Il a aussi un effet dévastateur sur l’environnement, dans la mesure où il détruit les micro-bactéries qui nourrissent la croûte du sol, rendant ainsi la terre stérile à jamais « .
Quid des expériences comparées avec les margines ? Bien au-delà de nos frontières, au Pays du Levant, au Liban fluvial et lacustre, au Liban de  » Vous puez ! « , une initiative dénonçant l’incurie du gouvernement sur le dossier des déchets, au Liban de la photo du gigantesque « serpent » de sacs poubelles amassées au nord de Beyrouth, vient de paraître une récente étude scientifique sur les margines.
Publiée en 2013 dans la revue impactée  » Nature et technologie  » de l’université Hassiba Ben Bouali Chlef (Algérie), l’étude porte sur la qualité des eaux du  » Nahr Hasbani  » (Sud Liban) et a été élaborée par le Pr. Kamel Salim, professeur ès Sciences de la nature à l’université libanaise.
En vertu de cette étude, il est désormais communément admis et scientifiquement scellé que les margines sont riches en O-phosphore, un élément polluant hautement dangereux qui affecte les eaux de surface et souterraines. Ce phosphore qui existe abondamment dans les margines accélère la croissance des algues et augmente la probabilité d’une eutrophisation entraînant un déséquilibre écologique dans les eaux naturelles.
Toujours selon la même étude, les sucres des margines provoquent aussi une augmentation de la population microbienne et par conséquent une augmentation de la consommation d’oxygène dissous, donc la réduction de sa disponibilité pour d’autres organismes vivants. Les lipides forment un film imperméable, ce qui empêche la pénétration des rayons lumineux et de l’oxygène dans les eaux.
Pour faire bref, court et simple : Les margines sont des eaux hautement polluantes, faiblement biodégradables et massivement destructrices.
Face à une nocivité exemplaire d’un phénol qui tue, ravage, annihile, la pratique nous révèle silence, impunité et affront à la loi.
L’exploitation des décharges anarchiques, un affront à la loi
En Tunisie, 84% des décharges exploitées (33% non classées et 51% dépourvues de mesures de sécurité) ne répondent pas aux normes requises en matière de bonne et saine gestion des déchets des margines.
Ceci montre combien le statut juridique des décharges de margines implantées en Tunisie constitue un affront à la loi et une violation flagrante du dispositif juridique régissant la matière, plus précisément le décret n° 85-56 en date du 2 janvier 1985 relatif à la réglementation des rejets dans le milieu récepteur.
Ce texte fixe les conditions dans lesquelles sont réglementés ou interdits les rejets dans le milieu récepteur. A ce titre, il interdit explicitement le déversement des graisses et des huiles végétales dans les oueds et lacs ou leur évacuation à travers des canaux d’assainissement, dès lors qu’elles impactent le fonctionnement des stations d’épuration et provoquent une élimination des bactéries, indispensables dans l’analyse des éléments organiques dans les canaux d’assainissement.
Bien plus, la construction des décharges des margines bafoue frontalement les dispositions de la loi 96-41 relative aux déchets, au contrôle de leur gestion et de leur élimination, un texte de base en matière environnementale. C’est ainsi que l’art.4 de la présente loi interdit de mener des activités produisant des déchets susceptibles d’avoir des effets négatifs sur le sol, la faune et la flore ou de causer la dégradation de sites et des paysages ou de polluer l’air ou l’eau ou d’engendrer des nuisances sonores ou des odeurs.
Un tas de mesures prohibitives restées lettre morte dans le contexte des décharges de  » Fadden Souk  » et de  » Beni Hassène « , implantées arbitrairement à proximité des agglomérations urbaines, provoquant ainsi nuisance et déplaisance des habitants de ces deux régions.
Aux dires de l’art.46 de ladite loi, tout contrevenant est passible d’une amende allant de 100 dinars à 50 mille dinars, selon la gravité du préjudice.
Néanmoins, dans la pratique courante, il est d’usage courant de voir l’Agence nationale de protection de l’environnement recourir à la transaction environnementale pour régler ces problèmes avec les propriétaires des huileries exploitant la décharge, nous confie Baccar Tarmiz, Directeur de la direction d’évaluation des études environnementale au sein de l’ANPE.
Selon les normes requises par l’ANPE, poursuit le responsable, il est indispensable que les décharges de margines soient clôturées et éloignées des agglomérations urbaines et des zones fragiles, telles que les sebakhs, les réserves naturelles et la nappe phréatique.
S’agissant du bassin des margines, cite la même source, sa profondeur ne doit pas dépasser 1,5 m au plus afin de faciliter l’évaporation des margines et doit en contrepartie contenir une couche argileuse isolante ou des couvertures imperméables d’une épaisseur de 50 cm au plus, empêchant la pénétration des margines dans la nappe phréatique des eaux.
Dans la pratique, ces violations sont récurrentes et se produisent sur une grande échelle. En effet, la plupart des décharges implantées en Tunisie ne sont pas conformes aux normes de sécurité et de conception architecturale, telles que la profondeur et la clôture de la décharge et la proximité des agglomérations urbaines.
Il s’agit là d’un constat établi, en chiffres et données scientifiques, par l’étude du ministère de l’environnement en vue de l’élaboration du plan national de gestion des margines (2007-2013)
Cette récente étude déplore le non-respect des normes de gestion des margines par les propriétaires des huileries, l’insuffisance des moyens logistiques (nombre insuffisant des contrôleurs et des moyens de transport) qui sont de nature à entraver la mission des contrôleurs déployés par l’ANPE chargés de superviser les décharges, de constater les infractions et de dresser les procès-verbaux contre les contrevenants, autant d’attributions relevant de la police judiciaire.
Lors des  » descentes  » sur terrain opérées par les 32 experts-contrôleurs déployés dans les différentes régions du pays, l’ANPE a recensé 14 infractions en 2015 contre 71 infractions en 2010, la plupart ayant trait au déversement anarchique des margines dans le milieu naturel, a fait savoir Tahar Abdennabi, responsable à la Direction de contrôle des activités polluantes au sein de l’ANPE, décortiquant un rituel de contrôle se résumant en quatre mots-clés : Plainte reçue, visite d’inspection rendue, constatation de l’infraction établie et problème traité en bonne et due forme.
A entendre le même responsable,  » l’ANPE a été saisie en 2016 de 9 plaintes provenant des différentes régions du pays, toutes décriant l’insoutenable calvaire des odeurs dégagées par des décharges de margines et font actuellement l’objet de suivi assidu de la part de l’Agence.
Un suivi qui demeure, quoique l’on dise quoi que l’on fasse, embryonnaire et cantonné dans les arcanes de l’administration.
Pour l’expert environnemental auprès des tribunaux, Mohamed Sghaier Caïd,  » on ne peut parler de procès spécifiques en matière de gestion des décharges de margines. Les plaintes portées par les citoyens sont souvent adressées à l’autorité régionale ou au ministère l’environnement « .
Ce constat a été confirmé par Baccar Termiz, responsable à la direction de l’évaluation des études environnementales de l’ANPE qui, en bon administrateur, estime que  » les décharges de margines font figure de solution d’ultime recours « .
 » Par le passé, durant les années 80 du siècle dernier, on avait pris coutume de déverser les margines dans les oueds, les terres agricoles et les canaux d’assainissement, une pratique qui a provoqué des préjudices irréparables « , tente-t-il de rappeler.
Aux yeux de notre responsable, le principe de base pour l’Etat est de gérer les déchets de margines au low cost.
 » Pour l’Etat, il est impérieux d’implanter un nombre réduit de décharges avec le moindre coût. Chaque décharge forme en soi un point noir écologique « , poursuit-il
 » Actuellement, il n’y a aucune alternative aux décharges. La seule solution à envisager est la valorisation de l’exploitation des margines dans le secteur agricole ou dans l’industrie des produits de beauté, conformément aux études réalisées dans nombre pays « , enchaîne t-il encore.
 » L’implantation des décharges n’est pas du ressort de l’Etat. C’est un devoir qui incombe au propriétaire de l’huilerie lui-même, dès lors qu’il est l’auteur de la pollution « , cite-t-il en appui de ses propos, soulignant que  » la fermeture des décharges classées est une compétence qui relève exclusivement des gouverneurs. L’Agence ne peut que retirer les certificats de non-contestation « .
De balançoire en balançoire, de sentier en sentier, les habitants des Fadden Souk et de Beni Hassène, à l’image de leurs co-concitoyens dans plusieurs recoins de ce pays, se sentent éperdument égarés, encerclés de cette crainte tenant prisonnier leur sort qui se meurtrie chaque jour sous les coups de boutoir d’une administration environnementale ensommeillée.
Une Administration ensommeillée ou le syndrome de  » ni vu, ni su  »
Face à la déferlante de griefs envers la manière dont on traite le sort des décharges de margines, il était pleinement justifié de donner la parole aux décideurs publics pour scruter leur point de vue sur la question. Leurs positions oscillant entre un non catégorique, une promesse volante de faire le possible et un « ni vu, ni su « , font pâle figure de petites phrases style qui résonnent dans les oreilles comme les battements cadencés d’un tambour.
Interrogé par l’auteur de l’enquête, le Directeur de la prévention des risques au Ministère de l’environnement, Abderrazek Marzouki a nié  » avoir eu connaissance  » de la décharge de  » Fadden Souk « , prenant note de nos observations et promettant de faire le possible, son possible, tout son possible pour éclater la vérité sur ce dossier.
En guise d’alternative, il nous propose de valoriser l’exploitation des margines, notamment dans la production des produits de beauté ou de l’utiliser en tant qu’engrais fertilisant du sol.
Scientifiquement avérées, ces propositions s’appuient sur des études scientifiques élaborées par l’Institut Zitouna, le Centre international des technologies de l’environnement de Tunis (CITET) et le Centre de Biotechnologies de Sfax.
 » Ces recherches ont conclu à un fort potentiel d’exploitation des margines dans le domaine de l’engraissement du sol « , nous révèle le 1er responsable de la Direction du Transfert et de l’Innovation technologique au CITET, citant en exemple l’épandage des margines qui a donné ses preuves en Italie, en Espagne et au Portugal.
Dans le contexte tunisien, des expériences menées par le CITET ont abouti à l’utilisation des margines en tant qu’engrais conformément aux conditions scientifiques et aux normes prévues au décret n°2013-1308.
Ce texte réglementaire fixe avec soin les conditions et les modalités de gestion des margines provenant des huileries en vue de leur utilisation dans le domaine agricole ainsi que les quantités de margines épandues chaque année. Il interdit, en outre, l’épandage dans les terres qui sont à une distance inférieure à 200 m des habitations et des voies de circulation, à une distance inférieure à 300 m des cours d’eau, à forte pente et qui entraîneraient le ruissellement des margines hors du champ d’épandage et dont la nappe phréatique est située à une profondeur de moins de 10 m.
Cette enquête d’investigation a été réalisée avec l’appui du centre ARIJ pour le journalisme d’investigation arabe et sous la supervision de nos deux collègues Mark Lee Hunter et Bahija Ben Mabrouk

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