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Dans une interview exclusive accordée à Africanmanager, Ridha Bouzouada, directeur général de l’Energie au ministère de l’Energie et des mines a annoncé l’introduction du mécanisme d’ajustement des prix du carburant, le 1er juillet prochain. Il a par ailleurs évoqué la situation de Petrofac affirmant que le blocage de l’activité a causé des pertes surtout qu’elle représente 11% de la production nationale, ce qui se traduira par le recours à l’importation de gaz algérien.

En dépit de cette situation préoccupante, il s’est montré optimiste surtout qu’aucune compagnie pétrolière n’a quitté la Tunisie. Interview  :

Pouvez-vous nous dresser le bilan énergétique ?

Durant les quatre premiers mois de 2016, on a affiché une baisse 2% des ressources disponibles avec un recul de la demande d’énergie primaire de 5%.

Le déficit du bilan d’énergie primaire a atteint à fin avril de l’année en cours 1217 Ktep-pci contre 1319Ktep à fin avril 2015. Cependant, on a enregistré une amélioration du taux d’indépendance énergétique qui est remontée à 59% à fin avril 2016 contre 57% à fin avril 2015.

Pour le gaz naturel, il y a eu une baisse de 10% de la production qui a atteint 6,1 millions de m3/j à fin avril 2016.

Concernant le pétrole brut, la production s’est située à 46,9 mille barils/j à fin avril 2016 contre 52,9 mille barils/j à fin avril 2015, ce qui correspond à une baisse de 11%.

Trois facteurs sont à l’origine de cette baisse. Le premier est d’ordre climatique vu que l’hiver n’était pas trop froid, ce qui a provoqué une baisse au niveau de l’utilisation de GPL et de l’énergie. Par conséquent, on a affiché une chute au niveau de l’importation des produits pétroliers et celle du gaz.

Faut-il noter que la baisse des produits pétroliers est impactée par la prolifération du marché parallèle. Ce dernier, qui représente plus de 10% durant le premier semestre de l’année en cours, a impacté la consommation des produits blancs.

Parlons un peu de la situation actuelle de Petrofac. Peut-on avoir plus de détails surtout que le blocage continue ??

Petrofac s’est installée à Kerkennah, considérée comme une région spécifique et socialement différente par rapport à d’autres. Deux tendances étaient alors en présence . La première plaidait pour l’implantation  de cette compagnie dans cette zone alors que la seconde était franchement contre l’investissement dans le secteur des hydrocarbures pour cause de pollution environnementale.

Parmi les autres facteurs, Kerkennah est aussi connue par la présence de plusieurs associations qui continuent à déclencher les mouvements de protestation.

A mon avis, le problème n’est pas lié à Petrofac où au ministère de l’Energie et des mines, mais plutôt au  gouvernement. D’ailleurs, les parties qui bloquent l’activité de la compagnie n’appartiennent ni à la compagnie, ni au ministère de tutelle.

Quelles sont les répercussions d’une telle situation??

Les investisseurs sont conscients que l’insécurité sociale demeure un problème non résolu depuis quelques temps..Ceci ne peut qu’engendrer un état de doute auprès des investisseurs surtout par rapport à leur avenir en Tunisie.

Qu’en est-il des pertes enregistrées jusqu’à ce jour??

La production de Petrofac représente 11% de la production nationale. Dans pareille situation et avec une activité en baisse, on se trouve obligé de  recourir à l’importation du gaz algérien avec un prix supérieur.

Avez-vous envisagé des scénarios alternatifs pour sortir de l’ornière?

Nous sommes obligés de  trouver une mix énergétique et de diversifier les sources. D’où l’importance de réfléchir à d’autres ressources. Ceci nous a poussés à travailler sur d’autres domaines dont notamment l’énergie renouvelable et le charbon.

Ces solutions sont en cours d’évaluation . De même,  des études sont en cours d’élaboration pour connaître la fiabilité de ces ressources.

Cette situation a-t-elle obligé certaines compagnies à quitter le pays??

Non, pas à ce point,  puisque la situation sécuritaire ne cesse d’améliorer. Cette amélioration vient à un moment opportun où l’on se penche actuellement sur l’élaboration du nouveau projet du code des hydrocarbures.

Pouvez-nous donner le nombre exact des compagnies ayant quitté le pays depuis l’avènement de la révolution ?

Jusqu’à maintenant, on n’a pas déploré aucun départ.. Au contraire, je vous assure qu’il y aura un soulagement et le démarrage de l’activité d’ici la fin de l’année en cours.

Pour rappel, le nombre des compagnies qui détiennent des intérêts en Tunisie s’est élevé à 71, avant la révolution. Ajoutons à cela 50 permis et autant de concessions.

Pour l’étape actuelle, l’activité des concessions est maintenue et c’est logique, car la durée de leur périodicité est de 30 années.  Cependant, le nombre de permis a connu un recul pour atteindre 29 dont 3 sont gelés pour plusieurs raisons.

De toutes les  façons, l’activité demeure de plus en plus préoccupante puisqu’ aucun puits n’a été foré. Les sociétés de services n’ont par conséquent aucune activité.

On peut dire qu’on est actuellement en phase de « stand-by ».

Mais, ceci est de nature à entraîner répercussions. Qu’en pensez-vous?

C’est vraiment une perte d’emplois. Actuellement, deux sociétés de forage sont en service. Mais cela n’empêche qu’on a perdu depuis la révolution 500 postes d’emplois.

Qu’en est-il du projet du code des hydrocarbures ?

Le projet avance considérablement, à hauteur de 50%. Je saisis cette occasion pour annoncer que la première version de ce nouveau projet du code devrait être fin prête à la fin de l’année 2016.

Ce nouveau projet comporte trois volets dont le premier concerne l’adaptation du code à l’article de la constitution ainsi que la clarification des dispositions qui prêtent à équivoque.

Le 2ème volet concerne la transparence et la réglementation des procédures  d’octroi des autorisations qui étaient soumises auparavant à des formalités administratives ordinaires.

Pour le 3ème volet, il touche la question du gaz de schiste et les niches d’énergie non conventionnelle ainsi que leurs impacts sur l’environnement et l’économie nationale.

Le ministre de l’Energie et des mines promet la transparence totale sur les contrats pétroliers. Avez-vous une date précise de  la publication de ces contrats ?

Les conventions et contrats conclus avec les différentes compagnies pétrolières seront publiés dans deux semaines sur les sites web du ministère et de l’Entreprise Tunisienne d’activités pétrolières (ETAP).

Qu’en est-il du mécanisme d’ajustement automatique des prix  du carburant ?

Ce mécanisme sera introduit à partir du premier juillet prochain concernant ’essence, le gasoil et le gasoil 50. Ce projet consiste à ajouter 5% de la valeur de chaque titre d’essence vendu.

Comment vous voyez l’avenir du secteur?

Je reste optimiste surtout que la fin de l’année sera marquée par le redémarrage de l’activité. C’est important dans la mesure où ce secteur connaitra un nouveau départ avec la clarification de la réglementation, la stabilité sécuritaire, mais aussi la sécurisation de différents points d’activités et de l’ensemble des champs pétroliers.

Reseaux Sociaux

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