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Ce n’est un secret pour personne, les chancelleries occidentales, et même la plupart des dirigeants du monde, auraient aimé voir la démocrate Hillary Clinton occuper le fauteuil de Barack Obama. Mme Clinton est sans nul doute, au regard de sa grande maitrise des dossiers intérieurs et extérieurs, une alliée plus sûre, plus fiable. En effet l’ancienne secrétaire d’Etat, du fait de son long passé d’élue et de conseillère de son mari de président – Bill Clinton – pendant 8 ans, en a sous le pied et en jette par sa stature, son charisme, son intelligence, et j’en passe. Mais voilà, c’est le républicain, Donald Trump, indiscutablement moins brillant que Mme Clinton à tous les niveaux, le type aux déclarations fracassantes sur les musulmans et les Mexicains, aux nombreuses casseroles dans la gestion de ses sociétés, aux moult dossiers de harcèlement sexuel, que les Américains ont choisi. C’est aussi cela la démocratie, la « vox populi », elles ne débouchent pas toujours sur des choix rationnels. Mais il y a eu des précédents aux Etats-Unis : Georges Bush fils, un républicain, comme Trump, a été réélu en 2004 malgré une levée de boucliers de toute l’intelligentsia américaine, une mobilisation sans précédent des stars de la musique et du cinéma et une fronde massive des médias ; dans une moindre mesure, les électeurs américains ont porté au pouvoir, à deux reprises (1980 et 1984), un ancien acteur, Ronald Reagan, un républicain également.

L’Amérique de Trump fait peur, inquiète, ou à tout le moins suscite de fortes interrogations car le président a été élu dans une atmosphère délétère où les anathèmes, les provocations, les propos xénophobes, islamophobes, le populisme, le nationalisme – de la part du républicain – et les affaires – les mails explosifs de la démocrate – ont volé la vedette aux sujets plus sérieux, moins clivants, plus constructifs. Et à ce jeu là c’est Trump qui a été le plus fort, amenant sa rivale sur un terrain auquel sa bonne éducation et son statut de femme de tête – tête pleine et bien faite – ne l’ont pas préparée. Le républicain a su surfer sur les peurs et les angoisses des citoyens américains (terrorisme, invasion musulmane ou par les hordes de migrants mexicains, etc.). Cette élection était l’élection de la peur, de la terreur, Trump est donc forcément vu en tant que président de cette Amérique qui terrorise le monde. La chancelière allemande, Angela Merkel, est la première dirigeante européenne à exprimer clairement cette crainte en envoyant un message très fort à Donald Trump, hier mercredi 09 novembre 2016.

Trump devra ranger son costard de candidat sulfureux

Mme Merkel a commencé par féliciter le nouvel homme fort des USA, et de la planète, des propos de circonstance mais aussi dictés par les liens puissants entre les deux pays depuis 1949, date de la création de la République fédérale d’Allemagne. La chancelière tient à ce que les relations entre son pays et les Etats-Unis restent en l’état, et a indiqué à Trump la voie à suivre pour cela. Et elle n’a pas mâche ses mots !
Dans un discours très bref mais tonique – une minute et vingt secondes! -, Mme Merkel a renvoyé le nouveau président américain dans les cordes. « Celui qui dirige ce grand pays [que sont les Etats-Unis], compte tenu de sa puissance économique considérable, de son potentiel militaire et de son rayonnement particulier, a une responsabilité vis-à-vis du reste du monde », a déclaré Mme Merkel, avant de mettre le curseur sur les « valeurs communes » entre l’Allemagne et les Etats-Unis : « La démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité humaine, quels que soient l’origine, la couleur de peau, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle ou les opinions politiques », a-t-elle ajouté. Une allusion à peine voilée aux débordements de langage de Trump durant la campagne électorale. Pour Mme Merkel, le respect de ces « valeurs » est fondamental. « C’est sur la base de ces valeurs que je propose au futur président des Etats-Unis de travailler étroitement l’un avec l’autre ».

Reste à savoir ce que Trump va faire de cette prise de position très ferme de la chancelière allemande. On est à peu près sûr que Trump, comme tous les présidents américains qui l’ont précédé, va faire sienne cette doctrine gravée sur le marbre : L’Amérique et les Américains avant tout, au-dessus de tout. Il va donc soigner prioritairement les intérêts supérieurs de la nation, quel qu’en soit le prix. La seule inconnue, et elle est de taille, c’est comment il va procéder ? Avec quelles alliances ? Quels amis ? Il se murmure, de plus en plus, qu’il pourrait se rapprocher du président russe, Vladimir Poutine, avec qui aucun président américain n’a voulu parler directement. Cela aussi ça terrorise les Européens, pour qui la Russie est une épine dans le pied (dans le règlement du conflit en Ukraine, en Syrie, dans les dossiers économiques, notamment le gaz…). Bref, Mme Merkel, par sa sortie musclée, porte la voix d’une Europe qui tremble, comme le reste du monde du reste…

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