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L’ancien représentant de la Tunisie à l’UNESCO

L’ancien représentant de la Tunisie à l’UNESCO, Mezri Haddad a accordé à Africanmanager, une interview exclusive dans laquelle il a qualifié la nouvelle constitution de la Tunisie d’un chef d’œuvre d’hypocrisie et de casuistique qui consacre, de façon sournoise, le pouvoir de la cléricature. Selon lui, la nouvelle constitution est aussi « une mixture indigeste digne d’un étudiant en première année de droit, dont il faut savoir décrypter les sens cachés et dont plus de la moitié des articles ne mérite pas de figurer dans une Constitution mais dans le code civile et dans le code pénal ».

Mezri Haddad a accusé les islamistes, qu’ils soient Frères musulmans, wahhabites, salafistes, djihadistes…, d’être les principaux ennemis de l’islam. Il est allé jusqu’à qualifier la révolution tunisienne d’une conspiration suivie d’une régression vertigineuse. Interview :

On a parlé négativement du Livre noir de la présidence de la République, peut-on parler de points positifs ?

Oui, je pense qu’il y a au moins trois points « positifs ». Primo, cela montre de quelle nature est la moralité de celui que Rached Ghannouchi a désigné à Carthage pour des services rendus aux Frères musulmans et à leur cause islamo-atlantiste. Secundo, cela démontre les limites éthiques et politiques du ramassis de margoulins déguisés en conseillers dont il s’est entouré au palais de Carthage, qui n’incarne plus la splendeur d’un Etat souverain, mais une vulgaire officine qatarélienne. Tertio, il rappelle aux opposocrates et aux droits-de-l’hommistes cités dans ce torchon noir, qui ont fragilisé en dix ans l’édifice national, ainsi qu’aux adeptes tardifs de la révolution bouazizienne, que lorsqu’on participe au mythe révolutionnaire et à l’abrutissement de la populace, on finit toujours par en payer le prix.

Comment voyez-vous la nouvelle constitution de la Tunisie ?

C’est un chef d’œuvre d’hypocrisie et de casuistique qui consacre, de façon sournoise, le pouvoir de la cléricature. C’est aussi une mixture indigeste digne d’un étudiant en première année de droit, dont il faut savoir décrypter les sens cachés et dont plus de la moitié des articles ne mérite pas de figurer dans une Constitution mais, au meilleur des cas, dans le code civile et dans le code pénal. Les incultes qui l’ont scribouillé ne savent pas qu’une Constitution, même si elle constitue une loi fondamentale et une normativité juridique suprême, est beaucoup plus un texte philosophique que juridique, qu’elle exprime plus une philosophie du droit que le droit lui-même, encore moins une règle de droit. Ces gens là, qui n’ont pas lu Schmitt, Rawls ou Kelsen, confondent constitutionnalisme, codification et normativité. Même si on ne la connaît pas dans son intégralité, cette constitution est « libérale » dans son syncrétisme et totalitaire dans sa finalité intrinsèque, parce qu’elle ne limite pas le pouvoir de l’Etat, ne distingue pas clairement la sphère privée ou sociale de la sphère publique ou politique, c’est-à-dire l’Etat de la société, ou la foi de la loi. Sans parler de la séparation du religieux et du politique, la question fondamentale qui est esquivée par tous au nom d’une exception islamique trompeuse et fallacieuse. Je n’ai pas le temps de vous démontrer ici que la distinction du temporel et du spirituel, du sacré et du profane, du théologique et du politique est islamiquement correcte et même coraniquement fondée.

Ce n’est pas ce que pensent les médias français, qui ont salué la nouvelle constitution et plus particulièrement la parité homme-femme !

Les élucubrations essentialistes et paternalistes de certains médias n’impressionnent que les esprits creux ou non-affranchis du complexe du colonisé. Leur Constitution de 1958, encore en vigueur aujourd’hui, n’a pas été rédigée par des chauffeurs de taxi, des concierges, d’ex-taulards et de jeunes voyous, mais par les meilleurs constitutionnalistes de France, que De Gaulle a chargés de cette mission hautement intellectuelle et politique. Par référendum, cette Constitution a été par la suite soumise au peuple français et approuvée par lui. C’est ainsi qu’agissent les peuples civilisés. Il aurait fallu procéder de la même façon, en ajoutant au préambule de notre Constitution de 1959, la Déclaration universelle des droits de l’homme. Je me suis, dès le départ, opposé à l’abolition de la Constitution des pères fondateurs et à l’idée même d’une assemblée constituante, mais la tendance générale était à la singerie de la révolution française. Quant à l’égalité entre la femme et l’homme, elle était déjà une réalité sociologique et institutionnelle sous le régime de Bourguiba et de Ben Ali. Si les intentions des usurpateurs de l’ANC étaient bonnes, il aurait fallu inscrire le CSP (code du statut personnel) dans la Constitution. Malgré ses artifices « libéraux », il y a dans cette constitution un imam caché qui n’interviendra pas à la fin des temps mais bien plus tôt qu’on le pense ! J’ai déjà déclaré que lorsque les Tunisiens retrouveront leur mémoire collective, leur dignité et leur souveraineté, cette constitution sera expédiée au Qatar qui en aura bien besoin !

Qu’est-ce qui vous mécontente dans cette constitution dont l’adoption va quand même permettre à la Tunisie de sortir de la crise et de repartir du bon pied ?

Certains prêtent à la constitution des vertus curatives et miraculeuses. Ainsi, avec cette constitution, la Tunisie va retrouver sa croissance économique d’antan, sa paix sociale d’autrefois, sa sécurité perdue… Non, il faudrait une décennie ou deux pour reconstruire ce qui a été détruit en moins de trois ans. C’est que le mal est profond et les dégâts énormes sur tous les plans. Je ne lis pas l’avenir de la Tunisie dans une constitution déclarative et formelle, mais dans l’état réel de l’économie tunisienne, dans la concurrence et bientôt l’affrontement sur le sol tunisien de plusieurs forces étrangères, dans les mutations sociologiques en cours, dans le changement accéléré des mentalités, dans les passions sociales en ébullition. C’est dans l’histoire que je lis l’avenir ! De plus, je ne fais aucune confiance à une constitution qui se soucie de protéger et de promouvoir la religion plus que l’individu. Ceux qui ont mis en veille leur slogan constitutif, « Notre constitution, c’est le Coran », pour anesthésier la société civile et tromper l’Occident, feignent d’ignorer que Dieu n’a chargé personne pour veiller sur l’islam. Dans la Sourate Al-Hijr, il a clairement dit : « C’est Nous qui avons fait descendre le Coran et c’est Nous qui en sommes les gardiens exclusifs ». Les islamistes, qu’ils soient Frères musulmans, wahhabites, salafistes, djihadistes…, ne sont pas les protecteurs de l’islam mais ses principaux ennemis.

A votre avis, y aura t-il des élections en 2014, et si c’est le cas quel parti sera victorieux ?

Il est peu probable que des élections puissent avoir lieu avant 2015. Deux forces centrifuges s’y opposeront parce qu’elles ont tout intérêt à ce que le provisoire perdure le plus longtemps possible : le président intérimaire et l’assemblée constituante qui s’est octroyée un pouvoir législatif qu’elle n’aurait jamais dû avoir n’eût été le populisme et l’hystérie pseudo-révolutionnaire de certains professeurs de droit. Le jour où elles se tiendraient, si tous les partis d’inspiration nationaliste ou de référence idéologique destourienne ne sont pas unifiés et solidaires, ce sont les Frères musulmans et leurs alliés réactionnaires qui gagneront, parce qu’ils ont l’argent, un gisement électoral d’ignorants, une influence décisive sur la future ISIE et, quoique l’on pense, le soutien stratégique de certaines puissances occidentales qui ont « libéré » la Tunisie de son indépendance.

Est-ce aux Etats-Unis que vous faites allusion ? Si c’est le cas, on constate au contraire qu’après l’attaque de leur ambassade à Tunis et l’assassinat de leur ambassadeur en Libye, ils ont reconsidéré leur position à l’égard des courants islamistes.

C’est ce que veulent faire croire nos « libérateurs » et ce n’est qu’une illusion médiatique. Porter au pouvoir les islamistes là où le « printemps arabe » s’est manifesté, n’était pas une manœuvre tactique mais un choix stratégique. Or, on ne renonce pas à une stratégie mûrement réfléchie et déployée par les néoconservateurs dans le cadre du Grand-Moyen-Orient, parce qu’on a subi quelques effets conjoncturels et secondaires. La politique américaine est un mélange assez subtil de cynisme, de naïveté et de prospective. Même s’ils ont été surpris par la résistance héroïque du peuple syrien et outragé par le sursaut nationaliste égyptien, pour les Américains, la carte islamiste reste donc un atout majeur de leur géopolitique, pas seulement dans le monde arabe, mais dans les quatre coins du globe, en Russie, en Chine, en Afrique et même en Europe. Quant à l’endiguement (containment) de l’islamisme terroriste, la différence entre George W. Bush et Barack Hussein Obama, c’est que le premier voulait les éradiquer en les désignant comme ennemis, et le second voulait les dompter en les considérant implicitement comme amis. Cette amitié ou alliance s’est manifestée dans la destruction de la Libye et la croisade contre la Syrie. Elle se manifeste lorsque des kamikazes se font sauter à Moscou, à Beyrouth ou à Bagdad. Les Américains n’ont pas appris des leçons du passé et notamment du 11 septembre 2001. Tôt ou tard, ils subiront les revers de leur relation incestueuse avec le wahhabisme maximaliste saoudien et le néo-wahhabisme frèriste qatarien.

Pourquoi vivez-vous si mal la révolution tunisienne ?

Précisément parce qu’elle n’a pas été une révolution mais une conspiration suivie d’une régression vertigineuse. Par où est passé le « printemps arabe », il n’a laissé derrière lui que ruine et désolation. Et nous ne sommes encore qu’au début d’un long cycle de décadence, d’anarchie et de néocolonialisme. Je vis ce malheur comme Hannibal et Jugurtha ont vécu la défaite et la trahison, et comme Platon a assisté à la décadence de la splendide Athènes, et comme Ibn Rochd a vécu le début de la décadence des Almohades, qui préfigurait la chute de Grenade. Nous sommes dans un cycle long de l’Histoire, dont on ignore encore les caprices à venir, encore moins la destination finale.

Khadija Taboubi

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