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Mo Ibrahim

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La fondation Mo Ibrahim, du nom du milliardaire anglo-soudanais et ancien magnat des télécoms qui a mis sa fortune au service de la gouvernance du continent, a publié, lundi 3 octobre 2016, à la fois les indicateurs 2015, mais aussi la rétrospective complète depuis le premier exercice du genre, en 2006, rapporte le journal Le Monde ce mercredi 05 octobre.

Certains pays africains connaissent des remontées spectaculaires, et d’autres des chutes abyssales, à l’instar de la Libye. Le pays est d’ailleurs emblématique d’une détérioration générale de la sécurité et de l’Etat de droit qui sont « le plus grand défi auquel le continent est aujourd’hui confronté, a déclaré Mo Ibrahim en commentant les résultats de son indice. Une gouvernance solide et un leadership avisé sont essentiels pour pouvoir relever ce défi, maintenir les progrès récemment accomplis et confirmer le potentiel considérable du continent ».

Alors, comment va l’Afrique, dans cette mer de chiffres et cette nuée de courbes ? En trois mots : un peu mieux. En dix ans, le score moyen du continent en matière de gouvernance globale a progressé d’un point (sur 100) : 37 pays, dans lesquels habitent 70 % des Africains, ont amélioré leur note générale, laquelle est l’addition des indices de quatre domaines : la sécurité et l’Etat de droit ; la participation citoyenne et les droits humains ; les opportunités d’une économie durable ; et, enfin, le développement humain. Parmi les champions des Indices Ibrahim de la gouvernance en Afrique, il y a avant tout la Côte d’Ivoire (+13,1 points), suivie du Togo (+9,7), le Zimbabwe (+9,7), le Liberia (8,7) et le Rwanda (8,4). Le seul fait de voir Abidjan et Harare se côtoyer en tête d’un classement montre qu’il faut se plonger dans les détails des indicateurs. Voici sept éléments à retenir de cette incontournable base de données.

1. Les progrès de la Côte d’Ivoire

Arrivant en 21e position au classement général, la Côte d’Ivoire reste loin derrière les champions que sont Maurice, le Botswana ou le Cap-Vert. Mais elle affiche la plus forte amélioration, et cela dans plusieurs catégories, dont celle de la sécurité et de l’Etat de droit (+17,3 points), qui est l’un des points noirs du continent.

Ces améliorations ne sont pas en soi une surprise pour un pays qui revient de loin après une décennie de crise. Mais la Côte d’Ivoire affiche aussi de belles performances dans des domaines moins attendus, comme une élévation de 25 points de la transparence publique alors que la tendance du continent en la matière est à la baisse. Elle améliore sa note en droits humains (+18,6 points), dépassée seulement par la Tunisie (+22,4), et en participation citoyenne (+ 36,5), un indice qui mesure la liberté d’action des ONG ou l’implication de la société civile dans les processus politiques. On voit progresser ses infrastructures (+10) ou l’environnement d’affaires pour les entreprises (+13,3). Elle fait moins bien en développement rural (+3,6) ou en développement humain (+7,8), dont le secteur de la santé (seulement +0,5) est un angle mort.

De fait, la Côte d’Ivoire partage sa note globale de 52,3 sur 100 avec le Mozambique, mais elle est presque partout à la hausse alors que le Mozambique, lui, après avoir été « l’enfant chéri des investisseurs », selon une des collaboratrices de Mo Ibrahim, régresse de façon inquiétante, en particulier dans le domaine de la sécurité et de l’Etat de droit.

2. Des divergences de plus en plus fortes

« L’Afrique est un seul pays », proclame un site web pour se moquer de ceux qui traitent le continent comme un seul bloc. De fait, dans le dernier indice Ibrahim de la gouvernance, les 54 pays sont bien distincts et les écarts sont flagrants : près de 70 points sur 100 séparent le meilleur élève (Maurice) du cancre (la Libye), alors que les 52 autres s’échelonnent entre ces deux extrêmes. Le Togo est le seul pays à s’améliorer dans tous les domaines et termine 33e du continent avec une amélioration de 9,7 points sur la décennie. Le Zimbabwe, lui, 39e du continent, fait de grands progrès en sécurité des personnes (+8,1) et en genre (+20,9), mais décline en environnement d’affaires et fait partie des dix pays dont les infrastructures ne progressent pas.

3. La Libye effondrée, Madagascar en chute

Sur la décennie écoulée, la chute la plus spectaculaire est celle de la Libye, du 29e rang au 51e (-18 points). Seuls le Soudan du Sud, la Centrafrique et la Somalie sont moins bien classés. En cause, bien sûr, le chaos guerrier qui s’y est installé depuis la chute du régime Kadhafi.

Cependant, une série d’autres dégringolades dans le classement inquiètent déjà ou devraient inquiéter les observateurs. Pas tellement l’Erythrée, parfois qualifiée de « prison à ciel ouvert », dont personne n’attend grand-chose. On se demande plutôt où ce pays avait trouvé les 5,6 points qu’il a perdus pour se retrouver désormais au 50e rang, entre le Soudan et la Libye. Prenons plutôt Madagascar. Au 33e rang, entre le Gabon et le Togo, l’île ne fait pas trop mauvaise figure. Mais sa chute de 7,6 points est la deuxième plus forte du classement, après celle de la Libye. Les facteurs sont multiples : sécurité et Etat de droit, opportunités économiques et développement humain. De fait, Madagascar affiche un triste record : son indicateur de corruption et de bureaucratie a reculé de… 78,1 points (sur 100). Même les infrastructures, pourtant en hausse sur le continent, ne sauvent pas l’île, qui est l’un des dix pays à voir ce domaine se détériorer.

Parmi les autres pays qui perdent des points, il y a l’Algérie, désormais distanciée par son rival marocain dans presque toutes les catégories. Mais aussi l’Afrique du Sud et le Mozambique. Si bien que, sur la carte, les pays qui décrochent forment deux ensembles régionaux : Libye, Algérie et Mali au nord-ouest, et Afrique du Sud, Mozambique et Madagascar au sud-est.

4. Les indicateurs sont-ils prédictifs ?

A suivre les courbes de la décennie écoulée, il est frappant de constater que les indicateurs de l’Egypte et de la Libye ont fléchi avant le « printemps arabe » en 2011, et que ceux du Mali ont également reculé avant le coup d’Etat de 2012. « Il faut prendre des précautions, les statistiques que nous utilisons ne sont pas fiables à 100 %, estime une collaboratrice de Mo Ibrahim. Mais oui, dans plusieurs pays, on voit arriver la crise. »

Et de citer également le cas du Burundi, où les indicateurs ont plongé avant que le président Pierre Nkurunziza ne brigue de force un troisième mandat au printemps 2015 et provoque une crise politique dont le bilan, selon la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), est très lourd : en un an, au moins 700 personnes ont été tuées ; 4 300 détenues, 800 disparues ; des centaines, torturées. Enfin, plus de 250 000 personnes ont fui le pays.

5. Alerte rouge sur l’emploi des jeunes

Il est un indicateur qui interpelle et que les équipes de Mo Ibrahim ont nommé « education provision ». C’est la perception, mesurée par les sondages d’Afrobaromètre, de la façon dont les gouvernements répondent aux besoins en éducation. Or cette perception baisse considérablement (-12,4 points en dix ans pour le continent) alors que l’offre éducationnelle, elle, progresse (de 4,2 points en moyenne de huit indicateurs). Une différence interprétée comme une preuve de l’inadéquation des formations avec les besoins du marché de l’emploi et le résultat de politiques par les gouvernements et les bailleurs de fonds pour développer l’offre éducative sans tenir compte de la demande, en particulier celle du secteur privé, en théorie le grand pourvoyeur d’emplois. « Les jeunes Africains sont désormais davantage formés que leurs parents, mais moins employés, souligne une collaboratrice. Des jeunes sans perspective économique, et sans prise sur la politique, c’est dangereux », ajoute-t-elle.

6. L’urgence énergétique

Au chapitre des infrastructures, il y a de bonnes nouvelles, comme le bond des infrastructures numériques et des technologies de l’information (+23,6 points). Mais le déclin de l’offre électrique sur la décennie (-4,7), plus inquiétant et plus étonnant vu le discours dominant sur l’électrification de l’Afrique, serait en marche. Cet indicateur, emprunté au World Economic Forum, pointe cinq pays avec un déclin important, de 30 points ou plus : le Botswana, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, l’Egypte et la Zambie. Pour les analystes de la Fondation Mo Ibrahim, ces chiffres montrent la détérioration des réseaux de distribution de l’électricité, tandis que la production électrique, elle, s’est souvent améliorée. De fait, 40 % de la population du continent a vu se détériorer son accès à l’électricité en dix ans.

7. L’incroyable gâchis pétrolier

Il est un tableau du rapport Mo Ibrahim qui va conforter les partisans de la théorie de la malédiction des ressources : celui sur l’absence complète de corrélation entre les prix du pétrole et les autres indicateurs. En résumé, quatorze pays producteurs ont vu leurs revenus exploser avec les prix du baril entre 2006 et 2014. En ont-ils profité pour améliorer leurs indicateurs sur les opportunités économiques, la diversification de leurs économies ou élargir leur assiette fiscale ? Pas le moins du monde. Ces trois indicateurs restent désespérément plats pendant le boom pétrolier. Leur moyenne de diversification des économies est de 2,9 points sur 100. De façon générale, les pays pétroliers ont moins progressé, sur l’ensemble des indicateurs, que les pays non pétroliers. « Ils n’ont rien fait, quel gâchis ! », conclut une collaboratrice de la fondation.

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Cette année vous ne verrez aucun ancien dirigeant d’Afrique subsaharienne parader au motif qu’il a raflé le prix Mo Ibrahim. Et pour cause, la fondation du milliardaire anglo-soudanais n’a pas pu identifier l’oiseau rare remplissant les critères. Résultats des courses : Les 5 millions de dollars du prix vont rester dans les caisses de la fondation.

Il est vrai que la fondation, qui a été créée en 2006 par Mohamed « Mo » Ibrahim, a corsé l’affaire, dans le but, dit-elle, de soigner l’image de l’Afrique et inciter les dirigeants du continent à en faire davantage pour enrayer le fléau de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Première condition pour avoir une chance d’être récompensé : Avoir lâché le pouvoir – présidence ou gouvernement – durant ces trois dernières années. Deuxième critère : Avoir été élu démocratiquement mais aussi avoir exercé son mandat dans les limites définies par la Constitution de son pays. Enfin dernière exigence, et non des moindres : Avoir « fait preuve d’un leadership exceptionnel ».

Autant dire que dans un continent où le tripatouillage de la Constitution pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir, le bourrage des urnes, le clientélisme politique, la corruption et l’intimidation des opposants font légion, les candidats ne se bousculent pas ! « Lorsque nous avons mis en place ce prix, il y a dix ans, nous avons délibérément placé la barre très haut », a déclaré à cet effet le président de la fondation, Mo Ibrahim. Il a tellement bien fait les choses qu’il n’y a eu que quatre lauréats en 10 ans. C’est bien maigre, mais compréhensible au regard de la situation du continent…

Les perles rarissimes

En 2014, le Namibien Hifikepunye Pohamba a été primé pour son travail « de cohésion et de réconciliation nationales », dit le site de la fondation.

En 2011, « le jury a été impressionné par la capacité visionnaire du président cap-verdien Pedro Pires qui l’a conduit à transformer son pays en un modèle de démocratie, de stabilité et de développement », a affirmé Salim Ahmed Salim, président du Comité indépendant.

En 2008, c’est Festus Mogae, ancien président du Botswana, qui avait été honoré pour avoir « assuré la stabilité et la prospérité durant son mandat », en dépit de la pandémie du sida.

Et en octobre 2007, la première distinction avait été décernée à l’ancien président du Mozambique Joaquim Chissano, qui avait brillé dans son combat pour débarrasser son pays de la famine et de la violence. Il avait également marqué les esprits en boudant un troisième mandat pour se focaliser sur l’amélioration des institutions démocratiques. Les types de sa trempe se comptent sur les doigts de la main dans notre chère Afrique.

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Le Cap-Vert est le deuxième pays le mieux classé par l’Indice Ibrahim de Gouvernance 2011, qui évalue plusieurs facteurs tels que la sécurité, les droits de l’Homme, le développement et l’économie, indique la Fondation Mo Ibrahim.

Selon la fondation, créée par l’homme d’affaires britannique d’origine soudanaise, Mo Ibrahim, le Cap-Vert a obtenu une note de 79 sur 100, derrière Maurice (82), mais prend cependant le premier rang des 53 pays africains, sur le plan de la “Participation et droits de l’Homme” (78 points), tandis que dans les domaines de “Sécurité et État de droit” et “Opportunité économique durable”, il s’est retrouvé en troisième place (respectivement 87 et 68 points).

Sur les domaines qui composent l’indice Ibrahim, la plus mauvaise position du Cap-Vert (4ème) a été obtenue dans la catégorie “Développement humain”, qui comprend les domaines de la sécurité sociale, de l’éducation et de la santé, quand bien même l’archipel a pu obtenir 83 points, bien au-dessus de la moyenne générale des pays évalués, estimée à 56 points.

Ce qui explique l’attribution du Prix Mo Ibrahim 2011 à l’ex-président cap-verdien, Pedro Pires, qui, selon  le Comité d’attribution, a fait de son pays un « modèle de démocratie, de stabilité et de prospérité ».

La Fondation Mo Ibrahim félicite la consistance du Cap-Vert et de quatre autres pays africains en matière de Bonne gouvernance, à savoir: Maurice (82 points), Botswana (76), Seychelles (73) et Afrique du Sud (71).

D’après le rapport publié par la Fondation Mo Ibrahim, qui élabore chaque année cette évaluation, « au long des cinq dernières années, les progrès les plus remarquables ont été atteints par le Liberia et la Sierra Leone, deux pays qui émergent de longues guerres civiles ».

Madagascar, qui « a enregistré récemment une agitation civile, a enregistré le déclin le plus marquant », souligne-t-il.

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