Tags Posts tagged with "Moez Labidi,"

Moez Labidi,

par -
0

La proposition du chef du gouvernement, Youssef Chahed de reporter les majorations salariales initialement prévues pour 2017 pour l’année 2019 ne cesse de soulever un tollé . Entre sympathisants et opposants, le report tel qu’annoncé par Chahed demeure une proposition.

Dans une interview accordée à Africanmanager, l’expert économique, Moez Labidi a affirmé que la décision de reporter les majorations salariales est incontournable pour alléger les contraintes de remboursement qui pèsent sur la Tunisie aujourd’hui. « La masse salariale et le service de la dette amputent le potentiel de l’investissement public et du coup, plombe le gouvernement sur le terrain des réformes de façade, des mesurettes sans saveur à caractère cosmétique », a-t-il expliqué.

Labidi a toutefois indiqué que la sortie de l’impasse financière reste tributaire de la capacité du gouvernement à générer un choc de confiance. Or, le ticket d’entrée au stade de la confiance impose trois conditions : Primo, un gouvernement capable de faire respecter la loi, et non un gouvernement qui brille par ses reculades. Secundo, un gouvernement audacieux, pleinement engagé dans une lutte sans merci contre la corruption et le banditisme de l’informel et du formel, et  non un gouvernement qui flirte. avec les patrons du commerce parallèle et les lobbies du régime forfaitaire.
Et enfin, un gouvernement équitable dans le partage de l’austérité, et non un gouvernement dont l’arme fiscale s’abat uniquement sur les salariés et les entrepreneurs citoyens.

Moez Labidi a par ailleurs indiqué qu’en somme, la dégradation des finances publiques justifie la décision de reporter les majorations salariales initialement prévues pour l’année prochaine à 2019. Mais pour garantir des retombées positives et éviter de nourrir la symphonie populiste, très active sur ce terrain, cette mesure  devrait s’inscrire dans un package de décisions où tous les agents économiques supportent une partie du sacrifice. Il  à ce propos expliqué qu’il est inconcevable que les salariés et les entreprises travaillant dans la légalité, continuent de payer la facture salée de l’austérité, alors que les hauts responsables de l’Etat continuent de profiter d’un régime de retraite juteux, et les barons de l’informel et les lobbies du formel échappent, encore une fois au radar des locataires de la kasbah.

« L’état des finances publiques est non viable même à court terme »

« Réformons au plus vite notre économie avant que la bêtise humaine (politique, syndicale, …) nous déforme pour des décennies », a fait remarquer Labidi, estimant que l’homme politique frileux devrait disparaître au profit de l’homme politique courageux et le syndicalisme de blocage devrait s’éclipser pour laisser sa place à un syndicalisme responsable et le patron chasseur de prime devrait laisser sa place à l’entrepreneur citoyen. « C’est ainsi que nous pourrons échapper au chaos et bâtir la Tunisie de demain. Sinon, la cure d’austérité avec son cortège de populisme et de révolte sociale serait à nos portes », a-t-il conclu.

par -
0

« La contribution du Tunibor (Tunis Interbank Offered Rate) au développement du marché monétaire tunisien est certaine. D’abord, le Tunibor va s’imposer comme un nouveau benchmark pour la rémunération des dépôts et des crédits, remettant ainsi en cause la main mise du taux moyen mensuel du marché monétaire (TMM) sur l’ensemble des opérations de crédits. L’introduction d’un taux interbancaire sur plusieurs échéances de court terme permet de relooker les opérations de pricing du risque sur chaque maturité ». C’est ce qui ressort d’une étude élaborée par l’expert en économie Moez Labidi et publiée par l’intermédiaire en bourse Mac Sa.

L’expert a dans le même cadre indiqué que le lancement du Tunibor et l’introduction de nouvelles références de taux courts allant du jour le jour à 12 mois, qui en résulte, favorisent l’émergence d’une courbe de taux et renforcent l’attractivité de la place de Tunis. L’arrivée du Tunibor pourrait également dynamiser le marché des dérivés et forcer la BCT à accélérer le lancement des produits de gestion de risque de taux d’intérêt (swap de  taux, Forward rate agreement, …). « C’est à la fois, une pièce manquante dans le puzzle du risk management des banques de la place, et une opportunité de taille pour les entreprises et les particuliers dans leurs stratégies de gestion du risque de taux », a-t-il assuré.

Le Tunibor pourrait toutefois, selon lui, s’écarter en fonction du niveau de la liquidité sur le marché. L’assèchement de la liquidité pousse le Tunibor à la hausse. Et la sur-liquidité de la place serait ressentie à travers sa baisse. « Une forte hausse du Tunibor, par rapport aux taux directeurs de la BCT, serait très favorable pour les banques. Celles-ci profiteront d’une liquidité à taux faible auprès de l’autorité monétaire pour la prêter à un taux élevé (Tunibor) aux particuliers et aux entreprises », a affirmé Labidi, estimant toutefois qu’une forte hausse traduit un assèchement de la liquidité sur le marché, qui pourrait résulter d’un manque de confiance entre banques. Phénomène observé sur le marché interbancaire américain, lors de la crise des « subprimes », lorsque les indicateurs de stress financiers ont flambé (c’est le cas du TED spread) suite à la forte hausse du Libor dollar. « Une telle situation pourrait paralyser l’offre globale de crédits et précipiter un scénario de credit crunch », a-t-il expliqué.

Selon Labidi, il y a toujours un risque de manipulation du Tunibor par des banques de la place. « Quand la croissance est de retour, certaines banques, à la recherche d’une marge plus juteuse, peuvent être amenées à majorer les taux proposés afin de pousser le taux interbancaire de la place (Tunibor) à la hausse. Ou, au contraire, « lorsqu’une banque se retrouve dans une situation de fragilité financière, elle risque d’encaisser une prime de risque plus élevée (majoration du Tunibor) quand elle s’adresse aux autres banques pour demander de la liquidité. Pour éviter un tel risque, elle serait tentée de cacher sa fragilité en annonçant, lors de la procédure du calcul du taux interbancaire, un Tunibor faible pour pouvoir profiter de la liquidité à bon marché », a-t-il dit.

Il a fait remarquer par ailleurs que si de telles manipulations se limiteront à une seule banque, l’impact sur le taux de référence est quasi nul, car, dans la procédure de détermination du Tunibor de référence, les propositions de taux les plus extrêmes (à la baisse ou à la hausse) seront impérativement écartées.
Par contre, si plusieurs banques s’entendent sur la volonté de manipuler les cotations, le risque devient plus sérieux. Car une telle entente pèserait sur le niveau du Tunibor, et du coup, sur tous les contrats et les produits financiers associés (dérivés et autres).

Labidi a, dans le même contexte, indiqué que certes un pas a été franchi pour échapper aux dictats du TMM, « la place de Tunis gagnera en attractivité grâce à ce type de réforme, « néanmoins, tant que la mauvaise performance de l’économie tunisienne continue de peser sur le système financier, via le climat des affaires, la prudence doit être de mise. Car des réformes « à la va-vite» peuvent très vite devenir contre productives surtout, lorsque le régulateur brille par son excès de conservatisme et son manque de détermination pour sanctionner les dérapages », a-t-il ajouté.

Rappelons à ce propos que le Tunibor est le taux que les banques retiennent pour se prêter entre elles « en blanc ». Autrement dit, c’est un taux de référence pour les échanges de liquidités entre banques sans garantie. Les échéances du Tunibor vont d’un jour, une semaine, un mois, …., à 12 mois.

par -
0

L’universitaire et expert en économie Moez Labidi a affirmé dans une déclaration ce mercredi 7 septembre 2016 à Africanmanager que la remise en cause du régime spécifique de retraite dont bénéficient les ministres, les secrétaires d’Etat, les gouverneurs et les députés aura un impact positif chez les Tunisiens et sera mieux appréciée que la réduction des salaires des ministres et des secrétaires d’Etat.

« L’annonce d’une telle mesure pourrait renforcer le capital de confiance dont Youssef Chahed a besoin », a assuré Labidi. Il a expliqué par ailleurs que le Tunisien attend aujourd’hui une bonne réforme fiscale qui élargit l’assiette et réduit la pression fiscale, principalement pour les ménages.

par -
0
« Les marchés de capitaux ne jouent pas encore un rôle déterminant dans la mobilisation de l’épargne et le financement de l’économie réelle »

L’universitaire et expert en économie Moez Labidi a affirmé dans une déclaration ce mercredi 7 septembre 2016 à Africanmanager que la réussite de l’action gouvernementale dépend de la capacité du nouveau chef du gouvernement, Youssef Chahed, à générer un choc positif. « Certes, la décision de Chahed de revoir à la baisse les salaires des membres de son gouvernement s’inscrit dans cette logique mais elle n’aura d’impact que lorsqu’elle sera inscrite dans un package de mesures d’austérité », a-t-il dit.

Il a, dans le même contexte, assuré que la réduction des salaires des ministres et des secrétaires d’État est une mesure parmi d’autres qui n’aura de sens que lorsqu’elle sera accompagnée de mesures touchant le train de vie de l’État.

par -
0

La composition du nouveau gouvernement de Youssef Chahed, dévoilée samedi 21 août 2016 depuis Carthage, ne cesse de faire polémique. « C’est le gouvernement le plus faible… le moins convaincant… le moins compétent… et ce, malgré le grand nombre de portefeuilles qu’il compte », a-t-on entendu. Les politiciens n’ont pas été les seuls à réagir, les économistes ont également mis leurs grains de sel dans le débat et certains d’entre eux n’ont pas manqué d’émettre des réserves vis-à-vis de ce gouvernement.

Dans une déclaration à Africanmanager, l’universitaire et économiste Moez Labidi s’est montré insatisfait de la nouvelle équipe ministérielle :  » Le gouvernement de Youssef Chahed est juste un changement dans la continuité. La nouvelle composition me déçoit. C’est plutôt un gouvernement Essid recyclé. Chahed a raté le coche », a lâché Labidi.

Il a par ailleurs indiqué que certes il y a des noms respectables dans la nouvelle équipe ministérielle, mais le plus souvent ils ne sont pas à leurs places, selon lui. Il a cité l’exemple de Fadel Abdelkefi qui mérite, d’après lui, le dossier des Finances ou encore Lamia Zribi, qui serait idéalement placée au ministère du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale.

Labidi n’a pas toutefois caché que certains ministres désignés dans le nouveau gouvernement brillent par leur incompétence, soulignant qu’une première lecture de cette équipe révèle l’absence de volonté et de détermination pour combattre la corruption et instaurer les meilleures pratiques de bonne gouvernance dans l’administration tunisienne. Il a fait remarquer à ce propos que la désignation de Abid Briki, un ancien syndicaliste, à la tête du ministère de la Fonction publique, de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption offre un très bon exemple.

L’expert en économie a sous un autre angle indiqué qu’avec des ministres méconnaissant leurs dossiers (aucune expérience et aucune expertise dans le domaine), la Tunisie ne pourra que s’enfoncer davantage dans la crise, soulignant la désignation de Samir Bettaieb à la tête du ministère de l’Agriculture, de Imed Hammemi à la tête du département de l’Emploi et de la Formation professionnelle et Riadh Mouakhar au ministère des Affaires locales et de l’Environnement.

« J’ai l’impression que la présence des partis politiques dans le nouveau gouvernement s’inscrit beaucoup plus dans une logique de formation de leurs cadres pour l’enrichissement de leurs CV, qui sont le plus souvent «super light», que dans une volonté sérieuse pour sortir le pays de la crise. Autrement dit, une inscription à la « Star Académie Politique » !!! », a déclaré Labidi. Et d’ajouter dans le même ordre d’idées qu’avec ce gouvernement, nous restons dans les réformes cosmétiques. « Les réformes en profondeur ne seront pas encore au rendez-vous », a-t-il dit, faisant remarquer que la compétence est une condition nécessaire pour le choix du ministre approprié, mais sans négliger la condition de « programme ».  » Le choix des ministres et la redistribution des portefeuilles a été malheureusement fait selon des considérations et pas selon des programmes », a-t-il ajouté.

Rappelons qu’une séance plénière exceptionnelle consacrée au vote de confiance au gouvernement de Youssef Chahed se tiendra vendredi 26 août 2016 à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

Le vote de confiance est un vote unique sur l’ensemble des membres du gouvernement et la mission assignée à chaque ministre et secrétaire d’Etat. Pour obtenir la confiance de l’Assemblée, il est nécessaire d’obtenir l’approbation de la majorité absolue des députés (109 voix).

Par ailleurs, selon l’article 89 de la Constitution, dans le cas où le gouvernement obtient la confiance de l’Assemblée, le président de la République procède sans délai à la nomination du Chef du gouvernement et de ses membres.

par -
0

« La récente salve de publication des statistiques de la croissance et de l’emploi confirme encore une fois les difficultés de l’économie tunisienne à s’extirper des gouffres d’une croissance atone : Un taux de croissance, en glissement annuel, de 1% pour le premier trimestre 2016 ». C’est ce qu’a déclaré Moez Labidi, expert en économie, dans une note d’analyse publiée par intermédiaire en bourse Mac Sa.  Et de signaler dans le même ordre d’idées que les perspectives de l’économie tunisienne sont incertaines et le marché du travail continue d’envoyer des signaux négatifs pour la cohésion sociale. Des signaux menaçants pour le climat sécuritaire, déstabilisants pour les caisses sociales (CNRPS en tête de liste), et démoralisants pour les acteurs économiques, selon ses dires.

Il a par ailleurs expliqué que le taux de croissance peut paraitre à première vue satisfaisant pour une économie frappée par la nébuleuse terroriste et une météo peu clémente. Mais c’est aussi, selon lui, un chiffre décevant, surtout lorsque le gouvernement avance encore un taux de 2% (contre les 2.5% prévus par la loi des finances 2016). Raison pour laquelle, les institutions internationales (hors FMI qui campe aussi un taux de 2%) n’ont pas cessé de réviser à la baisse leurs prévisions de croissance pour l’économie tunisienne : 1.8% pour la Banque Mondiale et 1.6% pour la BERD.

Labidi a aussi qualifié le taux de croissance du pays d’alarmant pour un pays qui se prépare à rentrer dans le tunnel du remboursement des prêts post-14 janvier 2011. « Un tunnel semé d’embûches, surtout avec le durcissement des conditions de financement sur les marchés internationaux, généré par les anticipations d’une remontée des taux américains et par l’élargissement du spread souverain de la Tunisie. Une croissance molle couplée à des taux d’intérêt en hausse ne pourrait que pousser davantage le pays dans les méandres du surendettement », a-t-il dit.

La faiblesse de la croissance pèsera aussi, selon lui, sur les recettes fiscales et limitera les marges de manœuvre budgétaires des autorités pour démarrer sérieusement les grands chantiers de réformes. « La faiblesse de la croissance, observée aujourd’hui, n’est que la phase apparente d’un iceberg bourré d’amateurisme politique, de fièvre revendicative, de défaillance sécuritaire, de mauvaise gouvernance administrative et de manque de détermination pour faire respecter la loi. Le recours au financement externe est devenu incontournable, surtout avec la chute des recettes en devises dans certains secteurs lourdement sinistrés par le choc de la révolution et ses collatéraux : dégradation du climat sécuritaire (cas du secteur touristique) et la montée de la fièvre revendicative (activités minières en tête) », a-t-il expliqué.

Malheureusement aujourd’hui, avec l’avalanche de prêts qui s’abat sur la Tunisie et qui ne fait que doper les chiffres des réserves en devises de la BCT, le dernier en date celui du FMI (2,9 milliards de dollars sur quatre ans), l’endettement prend l’ascenseur quand la croissance traîne dans les couloirs du rez-de chaussée. « En somme, tant que la machine des réformes tarde à démarrer sérieusement, tant que le syndicalisme ne déserte pas le terrain des revendications démesurées et tant que le virus du populisme continue de se balader dans l’hémicycle de l’ARP, la Tunisie démocratique sombrera dans une croissance anémique qui à terme finira par ébranler la construction démocratique », a ajouté Labidi.

par -
0

Dans son analyse sur l »économie nationale publiée par l’intermédiaire en bourse, Mac Sa, l’expert économique, Moez Labidi de  perspectives de l’économie tunisienne sont incertaines et le marché du travail continue d’envoyer des signaux négatifs pour la cohésion sociale.

Il a dans le même contexte ajouté que des signaux menaçants pour le climat sécuritaire, déstabilisants pour les caisses sociales (CNRPS en tête de liste), et démoralisants pour les acteurs économiques. « Quand le moral des investisseurs et des consommateurs est en berne, la croissance est rarement au rendez-vous », a-t-il dit.

par -
0

L’expert en économie Moez Labidi a accordé une interview exclusive à Africanmanager où il a indiqué que le Brexit impacte l’Europe et le Royaume-Uni à travers deux effets. Un premier effet immédiat et un autre à moyen terme.

Pour l’effet immédiat, l’expert et analyste économique a signalé qu’il est facile de l’observer à travers l’ampleur de la volatilité sur les marchés des capitaux : une baisse historique de la livre sterling qui n’a jamais été atteinte depuis plus de 31 ans, la montée en flèche du prix de l’or, pour lequel les Britanniques ont augmenté de 32% leurs achats. Sur le marché mondial, le Brexit a également provoqué un mouvement de panique puisque les investisseurs en portefeuille avaient déserté les placements et les actifs en euros et en live sterling pour se positionner sur l’or et le dollar, considérés comme des valeurs refuge. Cet effet immédiat pourrait toutefois, selon Labidi, être tempéré par les interventions des banques centrales à travers l’achat des actifs en baisse (euros, livre sterling, obligations souveraines..).

L’autre effet du Brexit est à moyen terme. A ce stade, l’analyste en économie a expliqué que le Brexit pourrait provoquer la renégociation des accords signés depuis plus de 40 ans entre l’Europe et le Royaume Uni. Les Britanniques vont également se retrouver obligés de renégocier certains accords qui les lient aux pays européens ainsi que les partenaires de l’Union européenne, notamment la Tunisie. « L’entrée dans la ré-négociation impactera négativement la croissance économique non seulement européenne mais aussi britannique parce que ce processus de ré-négociation est générateur d’incertitudes et pourra freiner l’initiative d’investissement et repousse les stratégies de consommation des ménages, d’où un effet négatif sur la croissance en Europe et au Royaume Uni.

Il a toutefois indiqué que la baisse de la livre sterling pourrait atténuer le choc sur la croissance via l’amélioration de la compétitivité des exportations britanniques. Elle pourrait aussi avoir un effet positif sur la politique budgétaire dans la mesure où la sortie de l’UE offre plus de marges aux Britanniques puisqu’ils vont arrêter leurs contributions au budget de l’UE.
S’agissant de l’inflation, Moez Labidi a fait remarquer que le Brexit ne peut qu’avoir un effet négatif du fait de la baisse du livre sterling et de l’euro, soulignant toutefois qu’au niveau de la balance courante, la sortie du Royaume Uni va entraîner la chute des exportations des services financiers vers la zone euro. Et de rappeler à ce propos que les Britanniques enregistrent un excédent de 20 milliards d’euros sur les exportations de services financiers.

Évoquant l’impact du Brexit sur l’économie tunisienne, l’expert a assuré qu’un impact positif sur le dinar a été observé : « Le dinar tunisien a profité de la baisse de l’euro pour retrouver de la couleur », a affirmé Labidi, expliquant que cela n’a pas été le cas avec le dollar qui a profité de son statut de valeur refuge.

Toutefois Labidi n’a pas caché que la sortie de la Bretagne de l’Union européenne a un effet négatif sur l’économie tunisienne via le recul de la croissance de la zone euro. Le Brexit retarde la reprise dans la zone euro et du coup le solde courant ne peut pas espérer une amélioration dans la mesure où les exportations ne pourraient pas démarrer tant que l’économie européenne tarde à présenter des signes positifs :  » Avec le Brexit, l’avenir du projet européen est menacé, et ce suite au risque de déclenchement d’un effet domino au sein de l’Europe sous l’impulsion des partis populistes de l’extrême droite qui n’ont cessé de monter dans les élections ces dernières années », a-t-il dit.

Moez Labidi n’a pas aussi manqué de dire que cette nouvelle donne pèse aussi sur les comportements des travailleurs tunisiens à l’étranger, qui vont être amenés à réduire leurs transferts vers leur pays d’origine par crainte de chômage ou de baisse des allocations familiales.

Toujours dans le contexte de la Tunisie, Moez Labidi a en outre assuré que le Brexit a un effet immédiat dans la mesure où elle restreindra le cycle de normalisation de la politique monétaire américaine (hausse du taux d’intérêt de la banque fédérale américaine), et du coup le taux d’intérêt supporté par la Tunisie sur les marchés internationaux demeure dominé uniquement par la prime de risque déjà élevée. « Le Brexit complique l’équation de la croissance tunisienne », a-t-il conclu.

par -
0

Le dinar tunisien a battu son record de baisse historique  face au dollar américain. Sur Tunis, l’euro s’est  échangé, jeudi 9 juin 2016, à 2.4500 dinars alors que le  dollar a clôturé la séance à 2.1590 dinars. Une baisse  qui va certes alourdir la facture, surtout dans une  économie où tous les indicateurs clignotent  au rouge. Dans une déclaration ce vendredi  10 juin 2016 à Africanmanager, l’expert économique et ancien ministre des Finances Houcine Dimassi a mis en garde  contre l’alourdissement de la charge budgétaire destinée  au remboursement de la dette publique, et ce suite à la  dépréciation de la monnaie nationale face au dollar  américain.

Il a dans le même contexte ajouté que la dépréciation du  dinar tunisien face à la monnaie étrangère accentue  l’inflation et réduira les réserves en devises du pays.  Houcine Dimassi a par ailleurs expliqué la dépréciation  de la monnaie nationale face au dollar américain et à  l’euro par le fait que l’argent est injecté dans une  économie ou un système à faible productivité, citant le  cas de la masse salariale dans la fonction publique qui absorbe chaque année des  dizaines de milliards.

Il a ajouté que la dépréciation du dinar tunisien est due également à l’accentuation du déficit de la balance  commerciale, qui devient de plus en plus inquiétant. A cela  s’ajoute le déficit de la balance courante (les services)  du à la chute des entrées du secteur touristique et des  mines, estimant toutefois que la dépréciation de la  monnaie nationale pourrait aider, même si c’est un peu  difficile, à la relance des exportations et des transferts  d’argent des Tunisiens Résidents à l’Etranger (TRE).

Il a dans le même cadre indiqué que la formation d’un gouvernement d’union nationale sera catastrophique pour le  pays et son économie, surtout que ce nouveau gouvernement  sera dépendant des partis politiques et des organisations  nationales comme l’UTICA et l’UGTT. « C’est encore  pire si un gouvernement d’union nationale est mis en place  », a indiqué l’expert économique, avant d’expliquer  qu’un tel gouvernement exige de réconcilier  l’irréconciliable, ce qui est impossible, selon ses  dires.

Houcine Dimassi a, sous un autre angle, indiqué que la seule chose qui peut sauver le pays c’est un gouvernement de «  sauvetage » autonome vis-à-vis des partis politiques et  des organisations nationales.
De son coté, l’expert économique Moez Labidi a affirmé  à Africanmanager que la dépréciation de la monnaie  nationale est non seulement due à des facteurs structurels  mais aussi conjoncturels.
Pour ce qui est du structurel, Moez Labidi a expliqué que  l’essoufflement de la compétitivité de l’économie  tunisienne a entrainé la dégradation des fondamentaux de  l’économie nationale, qui s’est traduite par la baisse  des entrées en devises et la limitation des exportations.  Ajoutons à cela l’insécurité et son effet sur le  tourisme, le marché parallèle et la crise de la zone  euro.

Pour ce qui est du conjoncturel, Labidi a noté un effet saisonnier  suite au rapatriement des dividendes par les entreprises  étrangères, qui se traduit par la baisse du dinar.  Selon lui, la Banque centrale de Tunisie est
de moins en moins réactive face à la baisse du dinar et a  limité son intervention sur le marché financier, d’une  part pour éviter le risque de se retrouver avec des  réserves de change de moins de 90 jours d’importations,  et d’autre part pour répondre favorablement aux pressions  du FMI qui plaide pour une dépréciation de la monnaie  nationale.

Comme effet conjoncturel, Moez Labidi a également cité un  manque de professionnalisme de la part de certains hauts  responsables de la sphère financière, comme en témoignent  les derniers propos sur la faillite des banques tunisiennes  ou encore l’initiative du président de la République de  former un gouvernement d’union nationale, deux choses qui  ne peuvent que freiner l’investissement, impacter le  climat des affaires et pénaliser le dinar tunisien, selon  ses dires.   La dépréciation du dinar a un impact sur l’inflation et  du coup sur la détérioration du pouvoir d’achat et  l’alimentation de la fièvre revendicative. « Certes, la  dépréciation du dinar a un effet positif sur les  exportations, mais cela reste minime compte tenu de la crise  que traverse notre premier partenaire européen, mais  l’effet de la dépréciation du dinar sur l’importation
serait plus lourd, surtout avec la hausse du prix du baril de  pétrole et la chute de la production de céréales », a  indiqué Labidi.
De même, l’alourdissement de la facture des importations  des produits de base suite à la dépréciation du dinar  pourrait amplifier le budget de compensation et alourdir la  charge du service de la dette, surtout dans une période  marquée par une vague de remboursements programmée pour les  années 2016/2017.

L’expert économique a toutefois indiqué que le  déblocage du crédit du FMI et de l’UE pourrait  stabiliser le dinar pour une courte période, mais à court  terme le dinar demeure condamné à reprendre son trend  baissier tant que la dynamique de réforme n’est pas  déclenchée et tant que le gouvernement hésite à  appliquer fermement la loi.
Et d’ajouter que le dinar tunisien demeure aussi condamné  à reprendre son trend baissier tant que le discours  populiste ne déserte pas l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

par -
0

« La réforme du secteur bancaire tunisien est-elle à la hauteur des défis ? » tel a été le thème d’un débat organisé ce mercredi 25 mai 2016 à l’initiative de North Africa Bureau of Economic Studies Intl (NABES), une société dirigée par l’universitaire et l’ancien gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) Mustapha Kamel Nabli qui a soulevé un nombre de lacunes dans la loi bancaire récemment adopté par l’Assemblée du peuple. Cette loi souffre selon lui de quelques faiblesses citant le cas de la finance islamique qui n’aurait pas dû  faire partie de cette loi : « La finance islamique n’est pas le  banking mais plutôt un fonds d’investissement », a assuré Nabli, faisant remarquer que la finance islamique ne doit pas être considérée comme une fenêtre. De même, la loi bancaire n’a pas résolu la question des banques universelles, selon ses dires.

Mustapha Kamel Nabli a toutefois critiqué la « mainmise » du gouvernement sur le conseil d’administration de la BCT dans le cadre de la loi régissant le statut de cette institution financière. Le conseil d’administration de la BCT devrait inclure  plus de 3 membres du gouvernement, selon MKN.

Quant à lui, l’universitaire et économiste Moez Labidi a tenu à préciser que la réforme du secteur bancaire nécessite l’élargissement du périmètre de la régulation qui doit passer principalement par le système financier (banque centrale, marché des capitaux et secteur bancaire).

Labidi a aussi appelé à l’amélioration des fondamentaux de l’économie nationale tout en mettant en place des réformes audacieuses basées sur la restructuration financière et la bonne gouvernance.

« Trois décennies de réformes ont transformé le paysage bancaire mais n’ont pas réussi, jusqu’à présent, à remettre le secteur bancaire tunisien sur le sentier des standards internationaux de bonne gouvernance, de rentabilité, de qualité des actifs, de solvabilité », c’est ce qu’a indiqué l’universitaire et économiste Moez Labidi lors de ce débat.

Dans une déclaration à Africanmanager, il a expliqué que  le chemin est très long et les défis sont énormes (la concurrence, l’innovation, la performance, la bonne gouvernance, le financement du développement régional, l’intégration internationale, …), surtout pour une économie plombée dans un processus de transition politique où l’activité économique flirte avec la récession.

Selon lui, un package de réformes a été engagé récemment  dans le secteur (restructuration et recapitalisation des banques publiques, la loi bancaire et la refonte du statut de la BCT). « La dernière en date : la Nouvelle loi bancaire. Une loi innovante par la création d’un fonds de garantie des dépôts dans le but de  protéger les personnes physiques des risques qui peuvent secouer les établissements de crédit. De même, la bonne gouvernance gagne des points par l’intégration des dispositions de la circulaire de la BCT n°2011-06 », a-t-il précisé.

Moez Labidi a toutefois assuré que le bât blesse du côté du capital minimum requis pour l’octroi de l’agrément bancaire, qui a été ramené à 50 millions de dinars. Un niveau très insuffisant pour déclencher une véritable dynamique de concentration dans le secteur, débouchant sur des banques de grande taille capables d’accompagner les entreprises sur les marchés étrangers, et de rénover leur système d’information afin de moderniser davantage leur gestion de risque.

« Mais rien ne justifie le manque de profondeur dans les réformes. Rien ne justifie l’absence d’une vision ».

Moez Labidi a dans le même contexte indiqué que la réforme du système financier tunisien mérite mieux. « Le poids du secteur bancaire dans le financement de l’économie, l’importance des actifs détenus par les banques publiques, les relations « privilégiées » entre entreprises publiques et banques publiques, la marginalisation du marché financier (surtout obligataire), le potentiel inexploité des modes de financement alternatif,…, imposent l’urgence d’une réforme plus réfléchie et du coup, plus profonde, permettant au secteur bancaire tunisien de rattraper ses benchmarks. De ce fait, un certain nombre de ruptures s’avèrent incontournables », a-t-il dit.

Labidi a à ce propos noté une rupture avec une approche uniquement micro-prudentielle de la réforme et l’adhésion à une approche à la fois micro et macro-prudentielle qui intègre la réforme du secteur bancaire dans une démarche globale allant de l’ensemble du système financier aux entreprises stratégiques et aux secteurs systémiques.

Il a aussi proposé une rupture avec une rigidité réglementaire qui cache un excès de conservatisme, très néfaste pour la compétitivité de l’économie, mais aussi une rupture avec  le laxisme dans l’application de certains textes rénovateurs.

par -
0

« Face à un pays éreinté par cinq années de crises (flou institutionnel, multiplication des actions terroristes, amateurisme politique, fièvre revendicative, banditisme dans les circuits de distribution, …) qui ont lourdement dégradé les fondamentaux de l’économie, la BCT ne pourra pas faire mieux en matière de politique monétaire ». C’est ce que ressort du dernier Billet Economique élaboré par l’économiste Moez Labidi et publié par le Département Recherche de l’intermédiaire en bourse MAC SA.

Sous le titre « Le stimulus de la BCE est-il à la portée de la BCT », l’étude a dévoilé qu’aujourd’hui en Europe comme en Tunisie, l’incertitude géopolitique, la montée de l’insécurité et les dysfonctionnements structurels pèsent plus lourd que les interventions des banques centrales. Cependant, contrairement à la BCT dont les marges de manœuvre sont très minces, la BCE dispose encore, grâce à la profondeur de ses marchés de capitaux, de plusieurs outils non conventionnels.

« Si le recours à des taux d’intérêt négatifs ne se justifie pas pour le cas tunisien, compte tenu de la forte présence de pressions inflationnistes et de la faiblesse de l’épargne, le dynamisme du marché obligataire reste une piste prometteuse pour booster l’efficacité de la politique monétaire. La BCT ne pourrait pas espérer élargir la gamme de ses instruments non-conventionnels sans une réforme sérieuse du marché financier et notamment du compartiment obligataire », lit-on dans l’étude.

Les autorités monétaires tunisiennes peuvent-elles s’inspirer de la politique ultra-expansionniste de la BCE pour redonner des couleurs à des fondamentaux en berne ? La réponse de Moez Labidi est la suivante : Les dirigeants de la BCE priorisent les mesures qui permettent de faire repartir l’inflation et la croissance dans la zone euro. Ceux de la BCT partagent les mêmes soucis en matière de croissance, mais ils restent vigilants face au risque inflationniste. Car tous les ingrédients d’un dérapage demeurent présents : pressions baissières sur le dinar, revendications salariales excessives, contrôle partiel des circuits de distribution, … Et les gains enregistrés en matière d’inflation (de 6% en juin 2014 à 3.3% en février 2016) ne sont pas encore rassurants, comme en témoigne le maintien de l’inflation sous-jacente à un niveau relativement élevé (4,7% en février 2016). En ouvrant les vannes de la liquidité, les dirigeants de la BCE voudraient rapprocher l’inflation de l’objectif de 2%, alors que les prévisions tablent sur 0,1%. Cette différence de contexte, où les menacent inflationnistes continuent de peser sur l’économie tunisienne, justifie le maintien par la BCT de ses taux directeurs à un niveau positif, et explique le glissement des taux européens en territoire négatif.

Labidi a dans le même contexte indiqué que malgré l’avalanche de liquidités injectées par la BCT depuis la Révolution de janvier 2011 (près de 5 milliards de dinars aujourd’hui contre 962 millions de dinars en décembre 2010), aucun signe significatif de flambée des cours boursiers n’a été observé sur la place de Tunis.

Il a fait remarquer que le développement du marché obligataire pourrait améliorer l’efficacité de la politique monétaire. « En cas de dégradation de la conjoncture économique et de montée des pressions récessionnistes, les banques centrales seront amenées à baisser leurs taux directeurs. Or, dans certains cas, les taux d’intérêt atterrissent dans la zone de trappe à liquidité et l’économie ne démarre pas. Dans une telle situation, les autorités monétaires pourraient recourir au marché obligataire pour activer les instruments non conventionnels (Quantitative easing, Crédit easing, Operation twist, …). Seuls les économies disposant d’un marché obligataire dynamique pourront recourir à ce type d’instrument ».

Labidi    a souligné que dans le cadre de ces politiques, les banques centrales interviennent sur le compartiment secondaire du marché obligataire pour acheter des titres longs, poussant les cours des obligations vers la hausse et entraînant la baisse des taux d’intérêt à long terme. « Cette opportunité n’est pas offerte aux économies en développement, dont le marché obligataire secondaire est quasi inexistant, comme c’est le cas de la Tunisie. L’intervention on de la banque centrale sur le marché obligataire serait très utile pour contrecarrer l’essoufflement des instruments monétaires conventionnels. D’une part, les opérations d’achats de titres souverains pourront faire baisser les taux longs et du coup, alléger les conditions de financement des entreprises (investissements) et des ménages (investissements immobiliers et consommation) », a-t-il ajouté.

par -
0

Le 16 décembre 2015, la Federal Reserve américaine a démarré son cycle de resserrement monétaire, mettant fin à sept années de politique de taux zéro. Les taux directeurs de la FED (Fed funds rates) qui évoluent entre 0 % et 0.25% passeront ainsi à la fourchette de 0.25% à 0.50%. Cette politique a fait l’objet d’une note réalisée par l’universitaire et l’économiste, Moez Labidi et publiée par l’intermédiaire en bourse, Mac Sa.

Dans cette étude, Moez Labidi a démontré qu’au total, les effets du changement de la politique monétaire américaine sur la Tunisie ne seront pas d’une grande importance, au moins pour 2016, appelant à ne pas surestimer le risque d’une hausse des taux longs qui finira par renchérir le coût des sorties de la Tunisie sur le marché international. « C’est du côté du spread sur la Tunisie qu’il faut rechercher le risque de majoration du coût de l’emprunt tunisien, et non sur le marché obligataire américain. Car l’engouement des investisseurs pour les positions acheteuses en dollars reste intact, compte tenu de la faiblesse des rendements des titres longs japonais et européens. Un tel engouement permettrait de contenir la hausse des taux américains », a-t-il dit.

Toujours selon ses estimations, le fléchissement de la croissance dans le monde émergent et l’incapacité de la zone euro de sortir des méandres de la croissance anémique, pèseront sur les perspectives de la croissance américaine et de l’inflation, ce qui ne pourrait que plaider pour un rythme de normalisation beaucoup plus lent. « Un rythme de resserrement monétaire agressif, de la part de la FED, n’est pas à l’ordre du jour, pour 2016. Tous les scénarios resteront envisageables en 2017 », a-t-il indiqué.

Labidi a, dans le même cadre, souligné que « les retombées du durcissement de la politique monétaire américaine sur la Tunisie demeurent minimes si nous les comparons aux effets déstabilisateurs affectant certains pays du Golfe, d’Amérique Latine ou d’Asie : des sorties massives de capitaux et une forte dépréciation du taux de change, … des pays déjà largement fragilisés par l’effondrement des prix des matières premières. Le durcissement de la politique de la FED affecte l’économie tunisienne via plusieurs canaux », a-t-il précisé.

Selon lui, le changement de cap de la politique monétaire de la FED a rapidement déclenché des mouvements de sorties massives de capitaux du monde émergent et un retour vers les Etats-Unis. Ce positionnement sur le dollar a provoqué la montée des pressions baissières sur les devises émergentes et l’appréciation de la monnaie américaine. Une telle appréciation serait certainement dés inflationniste aux Etats-Unis, dans la mesure où elle empêche l’inflation de flamber pour retrouver rapidement son objectif f de 2%. Mais elle serait génératrice de poussées inflationnistes (inflation importée) en Tunisie, empêchant l’inflation de percer à la baisse la barre de 4%. De même, elle serait déstabilisante pour le budget de l’État de 2016 qui repose sur un dollar à 1.97 TND alors qu’il a déjà franchi la barre des 2 dinars, avant la décision de la FED.

Il a dans le même contexte ajouté qu’avec une dette externe dont le tiers est libellé en dollar, l’appréciation du billet vert pèsera lourd sur le budget de l’État. Rappelons qu’une appréciation du dollar face au dinar de 10 millimes fait supporter à la Tunisie un coût supplémentaire de 20 millions de dinars. Le trend baissier de l’euro et la chute du prix du baril de pétrole n’en arrivent pas moins aujourd’hui à neutraliser partiellement l’effet dollar sur les finances publiques. Chose qui n’est pas garantie pour 2017. Car si la reprise faisait son apparition en Europe et dans le monde émergent, la normalisation des taux, surtout en Europe, pourrait pousser les taux longs vers des niveaux plus élevés et mette l’euro sur un trend haussier, compliquant davantage l’équation de la dette tunisienne.

Moez Labidi a ajouté que la transmission des taux courts (du marché monétaire) au taux longs (du marché obligataire) pourrait renchérir les conditions d’emprunt sur le marché international, et du coup, la Tunisie serait forcée d’emprunter à un coût élevé. Car les taux longs américains restent la référence sur le marché obligataire international. Toutefois, la hausse des taux longs américains largement anticipée par les marchés suite au resserrement des taux de la FED, risque d’être insignifiante en 2016.

par -
0
La Tunisie a misé sur une sortie rapide de la crise de la dette souveraine européenne pour redonner des couleurs à ses exportations. Il n’en est rien : une menace déflationniste frappe la zone euro et la BCE demeure dans une situation embarrassante. Tout le monde s’attendait à un dénouement rapide de la crise libyenne. Il n’en est rien : la guerre des clans déchire le tissu ...<br />

La Tunisie a misé sur une sortie rapide de la crise de la dette souveraine européenne pour redonner des couleurs à ses exportations. Il n’en est rien : une menace déflationniste frappe la zone euro et la BCE demeure dans une situation embarrassante. Tout le monde s’attendait à un dénouement rapide de la crise libyenne. Il n’en est rien : la guerre des clans déchire le tissu social et gangrène la stabilité du pays, remettant aux calendes grecques les espoirs que pourrait susciter la reconstruction de la Libye.

Avec la formation d’un gouvernement de technocrates, l’espoir était presque au zénith. Un gouvernement indépendant et très éloigné des querelles politiciennes ne pourrait que remettre la Tunisie sur le chemin de la réforme. Il n’en est rien : un diagnostic qui a duré plus de trois mois pour lancer un débat national très mal conçu, encore de l’hésitation pour engager les réformes les plus urgentes, une loi des finances 2014 qui n’est pas encore discutée …

Une nette appréciation du dinar a fêté la formation du nouveau gouvernement. Aujourd’hui, la monnaie tunisienne commence à subir des pressions baissières, très embarrassantes pour la BCT surtout avec le tarissement de ses réserves de change.

Le recours à l’emprunt national était l’occasion tant attendue pour mobiliser l’épargne des bas de laine afin de boucler le budget de l’Etat sans toucher à la liquidité bancaire. Il n’en est rien : les institutions financières ont pesé de tout leur poids pour lever les fonds et boucler l’opération, dans un environnement financier marqué par l’assèchement de la liquidité.

La présente réflexion, de l’économiste du Broker Mac Sa le Professeur Moez Labidi qui se pose la question « y a-t-il de l’espoir après tant de déceptions, revient sur une série de déceptions (internes et externes) qui ont ébranlé les certitudes des analystes prédisant à la Tunisie de la révolution un niveau de croissance largement suffisant pour inverser la courbe du chômage.

– Libye : L’« Eldorado » s’enfonce dans le chaos

Avec la chute de Kadhafi, tout le monde s’attendait à un dénouement rapide de la crise libyenne. On parlait même de la naissance du nouveau Dubaï de l’Afrique du Nord. Des marchés juteux pour les hommes d’affaires tunisiens en termes d’exportations de biens et services, un flux d’investissements directs, et surtout une aubaine pour le chômage tunisien, qui pourraient dissiper la grisaille qui caractérisait l’environnement économique au lendemain du 14 janvier, bâtiment et tourisme en tête.

Trois ans après la chute du régime libyen, les institutions ne sont pas fonctionnelles. Même les services de sécurité sont incapables de maintenir l’ordre dans le pays. L’Eldorado libyen n’attire plus personne. Un pays en proie à une extrême violence. Pire encore, au terme de trois ans, la Libye s’impose comme la capitale du terrorisme religieux dans la région. Une grande déception pour les Tunisiens qui ont misé sur une reconstruction rapide pour booster leurs chiffres d’affaires. Les relations diplomatiques demeurent en dents de scie. Le banditisme dicte sa loi sur les circuits de distribution et profite des frontières encore poreuses. Bref, un climat d’instabilité politique et de violence urbaine, néfaste pour les affaires, s’installe. Et du coup, la reconstruction de la Libye est compromise.

– Taux de change : après l’optimisme démesuré, le dinar commence à perdre du terrain

L’appréciation du dinar, observée au lendemain de l’arrivée du nouveau gouvernement n’a pas cessé de s’évaporer. L’hésitation dans le traitement de certains dossiers y était pour beaucoup.

Résultat : du retard dans l’élaboration de la loi de finance complémentaire et dans la présentation de la nouvelle version du code d’investissement qui continue sa ballade entre La Kasbah et Le Bardo.

Les opérateurs ont misé, au départ, sur un gouvernement qui aura l’audace de déclencher le cycle des réformes, et la fermeté pour rétablir l’ordre afin que la machine économique puisse reprendre à son rythme habituel. De quoi alimenter les positions acheteuses sur le dinar.

Aujourd’hui, les pressions baissières sur le dinar sont de retour. Plusieurs indicateurs macro-économiques alimentent les inquiétudes des opérateurs. Le déficit courant ne cesse de se creuser : 3.8% pour les quatre premiers mois de 2014 contre 2.2% pour la même période de 2013. L’inflation est aussi de retour : après son recul de 6% à 5% entre décembre 2013 et mars 2014, elle entame un nouveau trend haussier, 5.2% en avril et 5.4% en mai. Un stock de réserves de devises tutoyant la barre de 90 jours (97 jours le 5 juin 2014), un indicateur largement suivi par les observateurs internationaux. Le géant de la notation, Moody’s, dans son dernier communiqué, envisagerait même une dégradation de la notation en cas d’une baisse significative des réserves en devises.

L’investissement direct étranger est encore plombé à cause du manque de visibilité politique générée par l’arrivée de la saison électorale. Bref, le dinar continue de subir de plein fouet la dégradation des fondamentaux et l’hésitation du gouvernement.

– Dialogue économique national : une dynamique de réforme grippée par les tergiversations politiques

Tout le monde s’accorde sur l’importance d’une démarche consensuelle pour déclencher une dynamique de réforme. Sous le soleil du Quartet, la Tunisie a évité de glisser dans les méandres de l’instabilité politique et son cortège de violence. Et la formation d’un gouvernement de technocrates a réveillé encore une fois, l’espoir de construire une Tunisie nouvelle, en rupture avec le « virus de la main tremblante » qui a frappé les différents gouvernements de la Tunisie post-14 janvier 2011.

Une grande déception! L’hésitation n’a pas quitté la Kasbah et, de ce fait, la dynamique de réforme encaisse, encore une fois, un mauvais coup.

La précipitation du gouvernement dans la préparation du dialogue national (aucune note d’orientation, domination des partis politiques, absence de certaines organisations professionnelles, confusion entre objectifs de court et de long terme …), a ouvert la porte à la symphonie populiste de certains partis pour jouer leurs partitions.

– Emprunt national : un montage mal ficelé

Peut-on parler de réussite de l’emprunt national ? Contrairement aux émissions classiques de BTA et aux émissions corporates sur le marché financier, où la réussite se mesure à la capacité de l’émetteur à lever le montant demandé, la réussite de l’emprunt national se mesure uniquement au degré d’attractivité de l’épargne échappant aux circuits financiers institutionnalisés (placements bancaires et financiers). Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui où c’est plutôt une partie de l’épargne bancaire qui a été détournée vers les titres de l’Etat. Et ceci, soit en puisant dans l’épargne des ménages, soit à travers l’implication des institutionnels et des établissements de crédit.

Le gouvernement arrivera, certainement au terme de la période de souscription (13 juin 2014), à collecter les 500 MD. Ses appels aux acteurs financiers de la place finiront par amener les institutions financières à s’impliquer davantage dans les opérations de souscription.

Lors du montage de l’opération, le Trésor n’a pas tenu compte d’un certain nombre de points :

Le mode de financement n’est pas très adéquat. La concentration des remboursements en 2016 et 2017 (emprunts qatari, américain, japonais, ..) plaident pour un remboursement in fine surtout pour l’emprunt de Type A dont la maturité est de cinq ans, et un remboursement avec quatre ans de délai de grâce pour les deux autres (de Type B et C).

L’implication des institutions financières est pénalisante à double niveaux. Elle est pénalisante pour l’investissement, dans la mesure où elle est génératrice d’effet d’éviction (crowding-out effect). Le financement des dépenses publiques évince l’investissement privé. Mais cette implication des institutions est aussi pénalisante pour le budget de l’Etat, puisque le Trésor serait amené à verser aux institutions impliquées dans l’opération, une rémunération dépassant celle des BTA, de quoi alourdir le service de la dette pour une économie déjà bien étouffée. Du coup, pourquoi tout ce tapage médiatique ? Ne serait-il pas plus rentable d’émettre plus de BTA pour mobiliser les 500 millions de dinars ? !

Enfin, l’appréciation de la prime de risque de l’émetteur souverain tunisien par les citoyens est largement supérieure à celle des agences de rating et des souscripteurs traditionnels des BTA. Cette différence d’appréciation explique le manque d’enthousiasme surtout chez les ménages, malgré un taux d’intérêt dépassant celui offert sur les BTA. Plusieurs facteurs justifient une telle réticence : pressions inflationnistes, craintes d’une affectation des fonds aux dépenses improductives, défaillances dans la stratégie de communication (référence abusive à la thèse de la « faillite de l’Etat »), …

– Perspectives politiques : une visibilité en demi-teinte

Certes, la cacophonie institutionnelle qui a plombé le climat des affaires durant les trois dernières années est bien derrière nous. Mais il est très tôt pour crier victoire, surtout lorsque les tiraillements politiques observés aujourd’hui demeurent très éloignés des priorités de la Tunisie. Le débat sur l’ordre des élections (organisation simultanée vs organisation séparée avec ses deux variantes) et les menaces de boycott brandies à gauche et à droite, nous offrent un très bon exemple.

La Tunisie n’a pas assez de marge pour redresser son économie. Les défis sont multiples et leur cumul pourrait devenir un cocktail explosif.

A court terme, le creusement des déficits jumeaux (budgétaire et courant) est devenu alarmant surtout dans une économie où le profil de la dette est déjà défavorable, et où la productivité du travail est noyée dans un océan de revendications démesurées. La Tunisie a besoin d’une réforme fiscale courageuse. Un lifting du côté des recettes de l’Etat doit précéder les efforts de maîtrise des dépenses (compensation), qui sont aussi inévitables.

A moyen terme, compte tenu du vieillissement de la population, la Tunisie devra opter pour une politique budgétaire stricte et crédible. La réforme du système éducatif est incontournable pour inverser la courbe du chômage des diplômés. C’est la rénovation du système de transport public (qualité, ponctualité, …) qui pourrait faire fondre les dépenses de compensation (volet énergétique),

Pour réformer, nous avons besoin certainement de décisions, mais surtout de vision. Evitons le bricolage et désinfectons la Kasbah du « virus de la main tremblante ». Car lorsque l’audace est défaillante, la performance économique est forcément absente.

Face à un banditisme dévastateur pour tous les secteurs (construction, circuits de distribution, transport, environnement, aménagement du territoire, …), l’Etat de droit doit être présent pour appliquer la loi avec la plus grande fermeté. Bref, osons déclencher la machine de la réforme, avant que l’ouragan des élections ne touche les côtes de la paix sociale.

par -
0
La Tunisie a misé sur une sortie rapide de la crise de la dette souveraine européenne pour redonner des couleurs à ses exportations. Il n’en est rien : une menace déflationniste frappe la zone euro et la BCE demeure dans une situation embarrassante. Tout le monde s’attendait à un dénouement rapide de la crise libyenne. Il n’en est rien : la guerre des clans déchire le tissu ...<br />

La Tunisie a misé sur une sortie rapide de la crise de la dette souveraine européenne pour redonner des couleurs à ses exportations. Il n’en est rien : une menace déflationniste frappe la zone euro et la BCE demeure dans une situation embarrassante. Tout le monde s’attendait à un dénouement rapide de la crise libyenne. Il n’en est rien : la guerre des clans déchire le tissu social et gangrène la stabilité du pays, remettant aux calendes grecques les espoirs que pourrait susciter la reconstruction de la Libye.

Avec la formation d’un gouvernement de technocrates, l’espoir était presque au zénith. Un gouvernement indépendant et très éloigné des querelles politiciennes ne pourrait que remettre la Tunisie sur le chemin de la réforme. Il n’en est rien : un diagnostic qui a duré plus de trois mois pour lancer un débat national très mal conçu, encore de l’hésitation pour engager les réformes les plus urgentes, une loi des finances 2014 qui n’est pas encore discutée …

Une nette appréciation du dinar a fêté la formation du nouveau gouvernement. Aujourd’hui, la monnaie tunisienne commence à subir des pressions baissières, très embarrassantes pour la BCT surtout avec le tarissement de ses réserves de change.

Le recours à l’emprunt national était l’occasion tant attendue pour mobiliser l’épargne des bas de laine afin de boucler le budget de l’Etat sans toucher à la liquidité bancaire. Il n’en est rien : les institutions financières ont pesé de tout leur poids pour lever les fonds et boucler l’opération, dans un environnement financier marqué par l’assèchement de la liquidité.

La présente réflexion, de l’économiste du Broker Mac Sa le Professeur Moez Labidi qui se pose la question « y a-t-il de l’espoir après tant de déceptions, revient sur une série de déceptions (internes et externes) qui ont ébranlé les certitudes des analystes prédisant à la Tunisie de la révolution un niveau de croissance largement suffisant pour inverser la courbe du chômage.

– Libye : L’« Eldorado » s’enfonce dans le chaos

Avec la chute de Kadhafi, tout le monde s’attendait à un dénouement rapide de la crise libyenne. On parlait même de la naissance du nouveau Dubaï de l’Afrique du Nord. Des marchés juteux pour les hommes d’affaires tunisiens en termes d’exportations de biens et services, un flux d’investissements directs, et surtout une aubaine pour le chômage tunisien, qui pourraient dissiper la grisaille qui caractérisait l’environnement économique au lendemain du 14 janvier, bâtiment et tourisme en tête.

Trois ans après la chute du régime libyen, les institutions ne sont pas fonctionnelles. Même les services de sécurité sont incapables de maintenir l’ordre dans le pays. L’Eldorado libyen n’attire plus personne. Un pays en proie à une extrême violence. Pire encore, au terme de trois ans, la Libye s’impose comme la capitale du terrorisme religieux dans la région. Une grande déception pour les Tunisiens qui ont misé sur une reconstruction rapide pour booster leurs chiffres d’affaires. Les relations diplomatiques demeurent en dents de scie. Le banditisme dicte sa loi sur les circuits de distribution et profite des frontières encore poreuses. Bref, un climat d’instabilité politique et de violence urbaine, néfaste pour les affaires, s’installe. Et du coup, la reconstruction de la Libye est compromise.

– Taux de change : après l’optimisme démesuré, le dinar commence à perdre du terrain

L’appréciation du dinar, observée au lendemain de l’arrivée du nouveau gouvernement n’a pas cessé de s’évaporer. L’hésitation dans le traitement de certains dossiers y était pour beaucoup.

Résultat : du retard dans l’élaboration de la loi de finance complémentaire et dans la présentation de la nouvelle version du code d’investissement qui continue sa ballade entre La Kasbah et Le Bardo.

Les opérateurs ont misé, au départ, sur un gouvernement qui aura l’audace de déclencher le cycle des réformes, et la fermeté pour rétablir l’ordre afin que la machine économique puisse reprendre à son rythme habituel. De quoi alimenter les positions acheteuses sur le dinar.

Aujourd’hui, les pressions baissières sur le dinar sont de retour. Plusieurs indicateurs macro-économiques alimentent les inquiétudes des opérateurs. Le déficit courant ne cesse de se creuser : 3.8% pour les quatre premiers mois de 2014 contre 2.2% pour la même période de 2013. L’inflation est aussi de retour : après son recul de 6% à 5% entre décembre 2013 et mars 2014, elle entame un nouveau trend haussier, 5.2% en avril et 5.4% en mai. Un stock de réserves de devises tutoyant la barre de 90 jours (97 jours le 5 juin 2014), un indicateur largement suivi par les observateurs internationaux. Le géant de la notation, Moody’s, dans son dernier communiqué, envisagerait même une dégradation de la notation en cas d’une baisse significative des réserves en devises.

L’investissement direct étranger est encore plombé à cause du manque de visibilité politique générée par l’arrivée de la saison électorale. Bref, le dinar continue de subir de plein fouet la dégradation des fondamentaux et l’hésitation du gouvernement.

– Dialogue économique national : une dynamique de réforme grippée par les tergiversations politiques

Tout le monde s’accorde sur l’importance d’une démarche consensuelle pour déclencher une dynamique de réforme. Sous le soleil du Quartet, la Tunisie a évité de glisser dans les méandres de l’instabilité politique et son cortège de violence. Et la formation d’un gouvernement de technocrates a réveillé encore une fois, l’espoir de construire une Tunisie nouvelle, en rupture avec le « virus de la main tremblante » qui a frappé les différents gouvernements de la Tunisie post-14 janvier 2011.

Une grande déception! L’hésitation n’a pas quitté la Kasbah et, de ce fait, la dynamique de réforme encaisse, encore une fois, un mauvais coup.

La précipitation du gouvernement dans la préparation du dialogue national (aucune note d’orientation, domination des partis politiques, absence de certaines organisations professionnelles, confusion entre objectifs de court et de long terme …), a ouvert la porte à la symphonie populiste de certains partis pour jouer leurs partitions.

– Emprunt national : un montage mal ficelé

Peut-on parler de réussite de l’emprunt national ? Contrairement aux émissions classiques de BTA et aux émissions corporates sur le marché financier, où la réussite se mesure à la capacité de l’émetteur à lever le montant demandé, la réussite de l’emprunt national se mesure uniquement au degré d’attractivité de l’épargne échappant aux circuits financiers institutionnalisés (placements bancaires et financiers). Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui où c’est plutôt une partie de l’épargne bancaire qui a été détournée vers les titres de l’Etat. Et ceci, soit en puisant dans l’épargne des ménages, soit à travers l’implication des institutionnels et des établissements de crédit.

Le gouvernement arrivera, certainement au terme de la période de souscription (13 juin 2014), à collecter les 500 MD. Ses appels aux acteurs financiers de la place finiront par amener les institutions financières à s’impliquer davantage dans les opérations de souscription.

Lors du montage de l’opération, le Trésor n’a pas tenu compte d’un certain nombre de points :

Le mode de financement n’est pas très adéquat. La concentration des remboursements en 2016 et 2017 (emprunts qatari, américain, japonais, ..) plaident pour un remboursement in fine surtout pour l’emprunt de Type A dont la maturité est de cinq ans, et un remboursement avec quatre ans de délai de grâce pour les deux autres (de Type B et C).

L’implication des institutions financières est pénalisante à double niveaux. Elle est pénalisante pour l’investissement, dans la mesure où elle est génératrice d’effet d’éviction (crowding-out effect). Le financement des dépenses publiques évince l’investissement privé. Mais cette implication des institutions est aussi pénalisante pour le budget de l’Etat, puisque le Trésor serait amené à verser aux institutions impliquées dans l’opération, une rémunération dépassant celle des BTA, de quoi alourdir le service de la dette pour une économie déjà bien étouffée. Du coup, pourquoi tout ce tapage médiatique ? Ne serait-il pas plus rentable d’émettre plus de BTA pour mobiliser les 500 millions de dinars ? !

Enfin, l’appréciation de la prime de risque de l’émetteur souverain tunisien par les citoyens est largement supérieure à celle des agences de rating et des souscripteurs traditionnels des BTA. Cette différence d’appréciation explique le manque d’enthousiasme surtout chez les ménages, malgré un taux d’intérêt dépassant celui offert sur les BTA. Plusieurs facteurs justifient une telle réticence : pressions inflationnistes, craintes d’une affectation des fonds aux dépenses improductives, défaillances dans la stratégie de communication (référence abusive à la thèse de la « faillite de l’Etat »), …

– Perspectives politiques : une visibilité en demi-teinte

Certes, la cacophonie institutionnelle qui a plombé le climat des affaires durant les trois dernières années est bien derrière nous. Mais il est très tôt pour crier victoire, surtout lorsque les tiraillements politiques observés aujourd’hui demeurent très éloignés des priorités de la Tunisie. Le débat sur l’ordre des élections (organisation simultanée vs organisation séparée avec ses deux variantes) et les menaces de boycott brandies à gauche et à droite, nous offrent un très bon exemple.

La Tunisie n’a pas assez de marge pour redresser son économie. Les défis sont multiples et leur cumul pourrait devenir un cocktail explosif.

A court terme, le creusement des déficits jumeaux (budgétaire et courant) est devenu alarmant surtout dans une économie où le profil de la dette est déjà défavorable, et où la productivité du travail est noyée dans un océan de revendications démesurées. La Tunisie a besoin d’une réforme fiscale courageuse. Un lifting du côté des recettes de l’Etat doit précéder les efforts de maîtrise des dépenses (compensation), qui sont aussi inévitables.

A moyen terme, compte tenu du vieillissement de la population, la Tunisie devra opter pour une politique budgétaire stricte et crédible. La réforme du système éducatif est incontournable pour inverser la courbe du chômage des diplômés. C’est la rénovation du système de transport public (qualité, ponctualité, …) qui pourrait faire fondre les dépenses de compensation (volet énergétique),

Pour réformer, nous avons besoin certainement de décisions, mais surtout de vision. Evitons le bricolage et désinfectons la Kasbah du « virus de la main tremblante ». Car lorsque l’audace est défaillante, la performance économique est forcément absente.

Face à un banditisme dévastateur pour tous les secteurs (construction, circuits de distribution, transport, environnement, aménagement du territoire, …), l’Etat de droit doit être présent pour appliquer la loi avec la plus grande fermeté. Bref, osons déclencher la machine de la réforme, avant que l’ouragan des élections ne touche les côtes de la paix sociale.

par -
0
En marge des Journées de l’Entreprise qui ont eu lieu

En marge des Journées de l’Entreprise qui ont eu lieu, les 6 et 7 décembre, à Sousse, Moez Labidi, expert économique et financier a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle il a noté que la reprise économique tardera encore à venir tant que la crise politique n’est pas résolue. Il a évoqué, en outre, la difficulté pour la Tunisie d’accéder au marché externe, et d’honorer ses engagements à rembourser ses dettes.

Comment jugez-vous la situation économique et financière actuelle du pays ?

La situation, aujourd’hui, est très délicate. Il y avait pas mal de contraintes qui pèsent sur l’économie nationale menant jusqu’à l’impasse politique qui est derrière le blocage des réformes, et l’impasse financière que vit la Tunisie depuis la Révolution.

L’impasse financière est ressentie sur le cycle de dégradation de la note de la Tunisie, l’hésitation du FMI à débloquer la deuxième tranche de crédit, ou encore la réticence de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) à nous accorder des crédits. Si on va rater l’année 2014, il y a de fortes chances que la sortie de l’impasse politique sera encore retardée, puisque l’année 2014 serait une année électorale. Le problème qui se pose, c’est que si on n’arrive pas à faire remettre au plus vite le pays sur le chemin de la reprise, on risque de ne pas être prêt pour le remboursement de 2O16 et 2017. A rappeler que la Tunisie doit rembourser, en 2016, et, 2017, les emprunts qatari, japonais et américain.

Que signifie la chute du dinar par rapport à l’Euro et au dollar ?

La chute du dinar se comprend à partir des pressions sur la balance des paiements où déficit courant ne cesse de se creuser. Plus les importations augmentent à un rythme plus fort que celui des exportations, plus on a besoin de devise. Autrement dit, il y a un effet de tarissement des réserves de change. C’est vrai que, ces derniers temps, ces réserves ont été dopées par la Banque centrale de Tunisie (BCT) à travers le dépôt qatari, mais cela risque de durer si les choses ne s’améliorent pas.

La pression sur les réserves de change s’exerce sur le cours du dinar et la banque centrale, dans ce cas, est devant un dilemme : soit elle défend le dinar et achète le dinar sur le marché des devises pour stabiliser le taux de change, mais le problème, c’est qu’elle risque de perdre des réserves, soit elle refuse de défendre le dinar et, dans ce cas, on aura une forte dépréciation.

Quel effet sur l’économie nationale ?

Cette dépréciation a un impact direct sur l’inflation à travers ce qu’on appelle l’inflation importée. La dépréciation du dinar aura aussi un impact sur le service de la dette de la Tunisie par rapport à la devise étrangère. Ainsi, la dépréciation de la monnaie n’attire pas les investisseurs étrangers. Certains disent que la dépréciation du dinar peut booster l’exportation, puisque les produits nationaux seront plus compétitifs, or ce raisonnement n’est pas très valable, aujourd’hui, parce que les exportations ne sont pas très dynamiques et, donc, ce raisonnement de baisser le dinar pour doper les exportations ne peut pas être valable dans ce contexte.

Selon vous, la Tunisie pourra-telle rompre avec les dégradations successives de sa note par les agences de notation internationales ?

Malheureusement, la Tunisie s’enfonce de plus en plus dans la catégorie spéculative, et tant que les choses ne s’améliorent pas surtout sur le plan politique, je pense que la dégradation est irréversible pour le moment. Il faut une réponse politique pour stopper la dégradation, rompre avec le rythme de dégradations et donner une réponse économique pour inverser la chute.

A cause de cette dégradation, non seulement on ne va pas sortir sur le marché international pour emprunter mais aussi notre pouvoir de négociation avec les bailleurs de fonds étrangers ou bilatéraux va être affaibli. Bien encore, les garanties vont devenir plus rares avec cette dégradation. Au niveau de la balance des paiements, la dégradation va beaucoup peser puisqu’on paye nos réserves en devises.

La Tunisie peut-t-elle accéder facilement aux financements externes ?

Je pense que les choses vont devenir très difficiles, et tant que les choses ne s’ améliorent pas au niveau de la politique, la Tunisie va miser sur le bilatéral c.à.d. sur les pays voisins et les partenaires du Golfe pour boucler le budget. Malgré tout cela, cette démarche reste insuffisante compte tenu du montant que la Tunisie souhaite prélever pour les deux prochaines années dont 5,5 milliards de dinars sur le marché externe et 2,5 milliards de dinars sur le marché local.

Pour l’emprunt interne, il n’est sûr de le réussir facilement à cause de l’insuffisance de la liquidité sur le marché.

Peut-t-on parler d’une reprise économique pour les deux prochaines années ?

Tout dépend du consensus politique. Il ya deux scénarios, soit le consensus est solide et on peut faire les réformes et, dans ce cas, on va sortir de la crise, soit le consensus est fragile et donc il n’y aura pas de réformes et on reste dans une situation de fragilité économique.

Le projet de la loi des finances 2014 va-t-il répondre vraiment aux besoins du pays ?

Le problème tient toujours aux hypothèses à mettre en place en matière de financement. Nous avons toujours une équation financière qu’on doit réussir pour mobiliser les capitaux nécessaires. Le citoyen accepte une dose d’austérité lorsqu’il voit que la facture d’austérité passe, en premier lieu, par la classe politique qui doit donner l’exemple.

Etes-vous avec les nouvelles taxes imposées sur les voitures particulières ?

Je vois qu’il faut taxer les voitures au delà de 5 chevaux. Celles ayant une puissance de 4 à 5 chevaux restent toujours dans la classe moyenne. Si le rationnement de dépenses est partagé par tout le monde, il n’y aura pas de problèmes. Mais, dans le cadre du projet de la loi des finances pour l’année 2014, ou on voit plus de sacrifices sur la classe moyenne.

Khadija Taboubi

Reseaux Sociaux

INTERVIEW

0
Dans une interview exclusive avec Africanmanager ce mercredi 18 janvier, le porte-parole de la Direction générale des prisons et de la rééducation, Kaïs Soltani,...

AFRIQUE

0
Cette année, l’Allemagne accueillera le premier événement privé exclusivement dédié au renforcement des liens commerciaux et des investissements entre l’Allemagne et le continent africain....

SPORT

0
Déclarations après le match Tunisie-Angola (43-34), disputé jeudi après-midi à Metz, pour le compte de la 5e et dernière journée du Mondial-2017 de handball...