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Mohamed Haddar, Economie, Tunisie

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Mohamed Haddar

Mohamed Haddar, président de l’Association des Economistes Tunisiens considère que les risques et défis se sont accentués depuis 2010, soit deux ans de la révolution. Les conditions de vie des Tunisiens sont devenues plus difficiles : la confiance a été mise à mal; l’économie est en panne avec un secteur informel en progression.

Dans ce climat particulier, Mohamed Haddar pense que le nouveau gouvernement ne peut pas, en neuf mois, faire face à tous ces problèmes. Interview

Comment évaluez-vous la situation économique du pays?

Rappelons que les principaux facteurs à l’origine de la révolution en Tunisie sont économiques: le chômage, particulièrement celui des jeunes diplômés ; la diffusion à grande échelle de la pauvreté et de la marginalisation, surtout dans les régions intérieures et les quartiers populaires des grandes villes ainsi que la corruption.

Malheureusement, par rapport à la situation qui prévalait durant le régime déchu, les risques et défis se sont accentués : les conditions de vie des Tunisiens sont devenues plus difficiles : la confiance est mise à mal ; l’économie est en panne avec un secteur informel en progression ; les services publics sont en nette détérioration ; le chômage atteint des records, en particulier chez les jeunes des régions déshéritées ; les prix augmentent à un rythme très rapide ; l’insécurité et la délinquance progressent. L’Administration, découragée, fonctionne au ralenti. Les investissements sont à l’arrêt, ou presque. C’est le règne de l’incertitude et de la peur du lendemain.

La Tunisie est confrontée, depuis des semaines à une crise politique, sociale, et par là même économique et financière. Tous les indicateurs clignotent au rouge. Et tout cela pourquoi ?

La situation que vous décrivez date depuis plus d’un an. Mais l’assassinat de Chokri Belaïd, qui marque un tournant dans l’histoire du pays, a soulevé une vague d’émotion, de rage et d’indignation et les premiers slogans de la révolution – « Travail, liberté, dignité »- ont été scandés. De fait, plusieurs événements vécus ont marqué négativement aussi bien l’opinion nationale qu’internationale. L’attaque de l’Ambassade américaine a un coût économique, social et politique élevé. Au-delà des affrontements avec des forces de police, ce choc a détérioré l’image internationale de la Tunisie, déjà sinistrée par un matraquage de préjugés.

Cette attaque a été marquée par une passivité des dirigeants du pays. Face à la violence, le gouvernement tergiverse, tandis que la population, déjà éprouvée par les difficultés économiques, est inquiète. Ce climat, de l’aveu des hommes d’affaires tunisiens, n’instaure pas la confiance et la visibilité, nécessaires pour une relance de l’investissement et la création de richesse et d’emplois. La référence à la perception des chefs d’entreprise tunisiens est significative du climat des affaires. Pour les entreprises, l’insécurité, la corruption et les politiques gouvernementales sont des facteurs essentiels qui endommagent le climat des investissements. Dans un tel climat, les entreprises avancent que le rétablissement de la stabilité politique, économique et sociale est actuellement le principal déterminant de l’investissement. En raison de l’instabilité politique, économique et sociale, les entreprises sont dans l’incapacité de faire des pronostics.

Le gouvernement d’Ali Laarayedh se trouve obligé de combler les lacunes et faire face aux problèmes confrontés dont souffrent les citoyens, surtout l’envolée des prix et l’érosion du pouvoir d’achat. Quelles seront les mesures à entreprendre ?

Avec les élections du 23 octobre, les tunisiens espéraient l’instauration d’un gouvernement fort de la légitimité des urnes, soucieux de mettre en œuvre les exigences de la révolution et répondant à leurs aspirations à la dignité, au bien-être et à la liberté en conformité avec leurs promesses électorales. Au niveau politique, les Tunisiens s’attendaient à la rédaction, en un an au maximum, d’une nouvelle Constitution qui permet à la société de s’organiser de manière à emprunter la voie de la « modernité ».

Au niveau économique, les Tunisiens attendaient du gouvernement de jeter les bases d’un modèle de croissance soutenue, durable et inclusive rompant avec l’exclusion sociale et régionale.

Au niveau institutionnel, les Tunisiens s’attendaient à la mise en place de nouvelles règles de jeux assurant bonne gouvernance publique et privée, traduite en dernière instance par l’exercice de la citoyenneté. Rien de tout cela ne s’est réalisé.

En effet, deux ans après la révolution, hormis la liberté d’expression, les Tunisiens, particulièrement ceux de l’intérieur, affirment ne pas avoir connu de résultats économiques et sociaux tangibles. Les deux principaux moteurs de l’économie, à savoir l’investissement privé et les exportations, sont relativement en panne avec un secteur informel en progression et une dégradation de la Tunisie par les principales agences de notation. En neuf mois, le nouveau gouvernement ne peut pas faire face à tous ces problèmes.

Récemment, l’ASECTU a suggéré l’élaboration d’une feuille de route consensuelle entre toutes les parties prenantes et sans exclusion aucune pour « rassurer les acteurs et les partenaires économiques, relancer l’investissement privé et la croissance économique et créer des emplois ». Quelles seront les grands axes de cette feuille ?

Dans son communiqué du 20 février, le Bureau de l’ASECTU a rappelé que les facteurs économiques sont à l’origine de ce soulèvement. Il précise aussi que deux ans après la révolution, la situation économique et sociale est difficile. Les conditions économiques et sociales des Tunisiens se sont détériorées.

Plus préoccupant encore, les deux principaux moteurs de l’économie, à savoir l’investissement privé et les exportations, sont en recul prononcé avec une économie informelle, en marge de toute régulation, en forte progression, à l’ombre d’un Etat en perte d’autorité et de prestige. Les citoyens sont aujourd’hui inquiets en raison de l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Ils comprennent mal pourquoi le processus de transition est en panne.

L’absence d’engagement des responsables au pouvoir (y compris l’ANC) sur une feuille de route et un calendrier précis, le manque de sécurité et de stabilité politique, l’émergence dans le paysage tunisien de la violence politique, ont érodé la confiance des citoyens dans les institutions de l’Etat et dans leurs gouvernants et ont jeté le doute sur l’issue du processus de transition et l’éventualité d’aboutissement aux prochaines élections.

Ce climat de tension, d’insécurité, de violence et d’impunité, ainsi que l’absence de feuille de route mettant fin à toutes les spéculations sur le processus de transition et sur les intentions des responsables au pouvoir, ne sont pas de nature à rassurer la population et les acteurs économiques et à redonner confiance aux investisseurs nationaux et étrangers et aux pays qui sont nos partenaires.

Il appelle les responsables politiques à dialoguer pour mettre fin à ces tensions et pour prendre un engagement clair et ferme sur la mise en œuvre d’une feuille de route dont l’élaboration se fera d’une façon consensuelle entre toutes les parties prenantes et sans exclusion aucune.

Cela contribue à instaurer la confiance, rassurer les acteurs et les partenaires économiques, relancer l’investissement privé et la croissance économique et créer des emplois.

La période actuelle exige un gouvernement de compétences avérées dans la gestion des affaires publiques et ayant une mission précise comprenant, en priorité, le rétablissement de l’ordre, de la sécurité et de l’Etat de droit, la gestion des affaires courantes en accordant une attention particulière aux dossiers économiques et sociaux.

C’est en donnant des signaux forts aux citoyens et aux investisseurs, en cultivant l’espoir des jeunes, que l’on pourra créer les conditions du redémarrage de notre économie et restaurer nos équilibres financiers externes mis à mal et donc, créer la richesse et l’emploi.

Wiem Thebti

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