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 La situation de l'organisation d'extrême gauche ‘’ Geast - Perspectives – El-Amel Ettounsi’’  ressemble à un fleuve qui finit dans le sable

La situation de l’organisation d’extrême gauche ‘’ Geast – Perspectives – El-Amel Ettounsi’’ ressemble à un fleuve qui finit dans le sable, selon l’expression de Soljenitsyne dans le titre de l’un des chapitres de son célère ouvrage « Le Pavillon des Cancéreux », où il décrivait comment cette maladie incurable démolit l’intelligence et la beauté et pervertit les sentiments humains.

Geast (Groupe d’études et d’action socialiste en Tunisie ) , qui commémore cette année ses 50 ans , et réunit plusieurs de ses anciens militants , samedi 20juillet , pour une assemblée constitutive d’une association chargée du cinquantenaire , a été créé par des étudiants et intellectuels, en 1963 , en opposition aux politiques de mainmise du Néo-Destour , puis du PSD sur les organisations nationales et particulièrement l’UGET .

Cette organisation avait donné, pendant les premières années, l’image d’un forum de courants politiques : les idées d’extrême-gauche coexistaient avec le panarabisme et faisaient bon ménage avec les thèses de centre-gauche. La littérature interne ou celle publiée dans le journal  » Perspectives  » étaient d’une limpidité frappante, et illustraient une richesse de réflexion que convoitaient les dirigeants destouriens de l’époque.

Jusque-là ,l’organisation n’affichait ni rupture avec le pouvoir ,ni démarcations entre courants politiques en son sein , et ne s’inscrivait nullement dans un projet de société différent de celui de Bourguiba, ni ne prônait un système politique qui lui était alternatif .Elle défendait la démocratie et faisait valoir sa capacité de fédérer des courants politiques variés ,chose que ne pouvait ni tolérer ni entretenir le parti au pouvoir.

Les anciens de perspectives qui ont maintenu le cap, comme ceux qui se sont dissociés de son projet politique, prennent cette période pour référence, et ont l’air de la regretter tous.

A partir1966-1967, se négocie un nouveau tournant, dont l’organisation ne va plus se remettre , jusqu’à son autodissolution en 1983 . La rupture était double : avec le pouvoir en place, et au sein même de l’organisation avec ceux qui ne cautionnaient pas l’adhésion au Maoïsme (Marxisme- Léninisme – Pensée Mao Tsé Toung, selon le jargon de l’époque). Juste après, commencent les années de braise : tortures ,prisons ,exil , résidence surveillée ,et privations .

Trois symboles différents illustraient , à la fois , Perspectives-Al-Amel –Ettounsi à l’extérieur : pour le pouvoir politique, Mohamed Mahfoud et Mohammed Charfi étaient les leaders, parce qu’ils avaient le plus de diplômes , pour la DST ( le contre-espionnage tunisien qui a traité le dossier de l’organisation pourtant à caractère politique ) , elle reconnaissait le trio Noureddine Ben Khedher ,Gilbert Naccache et Brahim Razgallah comme leaders du groupe ,parce qu’ils constituaient la direction ( le centre, selon le jargon léniniste) ,et pour l’opinion publique et le monde carcéral, le leader incontesté était Mohammed Ben Jannet qui avait dirigé les manifestations de 1967, dans la capitale , après l’agression israélienne contre les pays arabes ,et déjà incarcéré au moment des arrestations de 1968 .

Perspectives avait vécu, deux fois, » les ouvertures à l’accordéon » (ouvrir et refermer), entamées par Bourguiba et les siens, en 1970 et 1980 ,mais ne s’était jamais fait d’illusion sur leur issue : plus de fermeté à son égard et une répression qui va crescendo . Après les libérations conditionnées de 1970 , les dirigeants étaient, soit arrêtés ,soit poussés à l’exil ,après les évènements estudiantins de février 1972 . Depuis 1980, ils étaient laissés libres, et les poursuites et arrestations étaient individuelles et au gré des responsables régionaux (arrestations de Mohammed Salah Fliss, en 1980 et de Mohammed Khmili, en 1984).

Les militants qui étaient revenus terminer leurs études à l’université, ou entamer une carrière professionnelle, restaient toujours des ennemis aux yeux du pouvoir, et ne pouvaient accéder à des fonctions ou étaient carrément écartés de secteurs bien déterminés.

L’initiative de dissoudre l’organisation en 1983 venait d’un groupe d’anciens militants, mais ‘’Perspectives’’ est momentanément ressuscitée dans le cinquantenaire qui est commémoré tout au long de l’année en cours (une association dédiée au cinquantenaire a été créée : voir JORT du 22/4/2013 ) .

Deux éléments interpellent l’observateur dans ce récit : le premier est que le pouvoir sous Bourguiba et Ben Ali n’avait d’ennemi réel autre que l’organisation Perspectives, même dissoute et inopérante . Ceux qui ont passé par les geôles et les prisons peuvent en témoigner, et les investigations qui devraient avoir lieu dans le cadre de la justice transitionnelle vont mettre cette vérité en lumière devant l’opinion publique et pour l’histoire.

Le 2ème élément se rapporte au cheminement politique et idéologique de cette organisation : pourquoi le maoïsme a-t-il été choisi comme idéologie ? L’extrémisme a séduit une frange de la jeunesse qui découvre les limites des acquis de l’Indépendance, et veut faire des raccourcis ( alors à la mode dans le tiers-monde) pour réaliser les aspirations des couches populaires . Mais est-ce que l’extrême gauche était la solution indiquée aux problèmes de l’organisation et du pays ou était-elle un piège dans lequel est tombée cette jeunesse qui voulait se libérer du paternalisme bouguibien et du despotisme du pouvoir en place, et, dans la foulée, libérer le peuple de la pauvreté et l’édifier sur son avenir.

L’extrémisme avait ses prémisses au tournant des années 1966-1967, mais sa base politique s’est affermie et a pris forme, au début des années 1970 . Il trouvait racine dans la vision négative de tout ce qui était réalisé dans la Tunisie indépendante. La rupture systématique avec le régime était à l’ordre du jour. Pour les années 1955-1956, Perspectives – Al-Amel –Ettounsi épousait la thèse yousséfiste selon laquelle l’Indépendance était un pas en arrière ,pour les années Ben Sala , on reprenait les analyses de Hédi Nouira , pour la décennie de Hédi Nouira, on s’inspirait de celles de Ben Salah qui était dans l’opposition et exilé, et accessoirement des vuesde Ahmed Mestiri, embusqué à attendre son heure.

Le déclenchement du cours gauchiste à partir des évènements de février 1972, correspondait à la rupture entre Ahmed Mestiri et Bourguiba après le congrès de Monastir-1 en 1971. C’est vrai que cette rupture a consommé un échec moral et politique de l’équipe Hédi Nouira qui a engrangé les dividendes politiques de la chute de Ahmed Ben Salah , en tournant le dos aux promesses d’ouverture , mais n’est pas venue à bout du régime comme cela semblait être le cas.

La surchauffe politique qui s’en est suivie , et les déclarations et analyses qui l’accompagnaient avaient poussé l’organisation Perspectives-Al-Amel –Ettounsi à bâtir sa stratégie sur une chute imminente du régime de Bourguiba , en prenant pour de l’argent comptant les témoignages de Mestiri ( chahida chahidon min ahliha ) , et par la suite, ceux de Ben Salah, après son évasion .Seulement les choix idéologiques et stratégiques se font sur d’autres bases , et sont déterminés en fonction des intérêts propres des classes que la formation politique en question prétend défendre .

Aboussaoud Hmidi

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