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Bien malin l’expert qui réussira la prouesse de nous donner la trajectoire de l’économie tunisienne à court ou moyen terme. Allez, pour ne pas trop corser l’affaire, on se contentera d’une lecture assez juste de la situation actuelle. Le vice-président de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE), Walid Belhadj Amor, s’y est essayé ce matin du jeudi 21 avril sur Express Fm. Mais force est de constater qu’il nous a plutôt laissés sur notre fin. Néanmoins, à sa décharge, les autres spécialistes de la chose économique ou financière n’ont pas eu plus de succès.

Si on en vient à ce qu’a dit le vice-président de l’IACE, nous avons retenu une chose essentiellement. Il a déclaré que si la Tunisie a pu conclure avec le Fonds Monétaire International (FMI) un nouvel accord de prêt de 2,8 milliards de dollars sur quatre ans, c’est que le pays du jasmin inspire encore confiance au FMI.

Nous ne formulerions pas cette affaire de cette façon. En fait entre la Tunisie et le FMI ce n’est plus une affaire de confiance, mais d’assistance à un pays en danger. Le FMI n’a plus le choix de fait, c’est soit remettre à flot financièrement la Tunisie, soit constater la mort clinique du malade. Et avec elle la perte de toutes les créances. Impensable pour tout banquier qui se respecte. Or le FMI est, avant tout, une banque. Une super, une méga banque, mais banque tout de même, avec tous les réflexes, les tics et les travers de ces établissements si particuliers où le maitre-mot est profit maximal. Alors l’institution domiciliée à Washington est contrainte de perfuser le malade – la Tunisie – pour s’assurer qu’il reste en vie… et qu’il puisse restituer les sommes colossales qui lui ont été prêtées. C’est une affaire de pragmatisme et non de philanthropie, ou d’un quelconque élan humanitaire. Ni plus, ni moins.

Et puis si on regarde par l’autre bout de la lorgnette, la géostratégie – car derrière le FMI il y a des Etats actionnaires, qui ont des intérêts à protéger -, là également le FMI n’a pas d’autre choix que de soutenir la Tunisie. Vous imaginez les déflagrations d’un naufrage de la Tunisie, elle sur qui on a misé tellement pour servir de phare à des régions – Maghreb, Afrique subsaharienne et monde arabe – où la liberté, la démocratie et l’état de droit sont trop souvent, hélas, des notions abstraites et où les risques d’explosion sociale sont permanents ?

Mais le fait est que le FMI devient de plus en plus exigeant avec la Tunisie et veut une batterie de réformes structurelles profondes en échange d’une ouverture des vannes. D’ailleurs le député, membre de la commission des finances à l’ARP et ex-ministre des Finances Slim Bèsbes ne s’y est pas trompé et a pointé du doigt hier mercredi 20 avril sur Africanmanager les réticences du FMI face aux requêtes tunisiennes. La Tunisie pour le moment ne montre pas grand chose dans sa capacité à mettre en branle les réformes exigées par ses bailleurs. Et le FMI ne manquera sûrement pas de le lui rappeler à la rencontre de ce 13 mai. Et cette fois avec un ton certainement beaucoup plus ferme.

Un flou artistique qui ne peut plus durer

La Tunisie a été sauvée in extremis du péril d’une sortie hasardeuse sur le marché pour obtenir les deniers dont elle a désespérément besoin pour faire tourner la machine. En effet sortir de cette façon sur le marché c’est comme se tourner vers un usurier quand la banque vous a coupé le robinet. La punition immédiate est une hausse démesurée du taux d’intérêt, le prêteur sachant que le demandeur n’a pas d’autres choix que d’accepter les conditions qu’on lui impose. C’est exactement ce qui pendait au nez de la Tunisie, avec un taux d’intérêt de 5 à 6% sur le marché international, dit-on. Cette catastrophé a été empêchée par les Américains, qui ont mis à la disposition de la Tunisie un pactole de 500 millions de dollars.

Mais le ministre des Finances, Slim Chaker, a déjà pris date et a déclaré que cette virée sur le marché international n’est pas annulée, mais simplement différée. On peut supposer qu’il a déjà ses comptes et sait pertinemment que ce demi milliard de dollars sera très vite englouti par les dépenses publiques astronomiques, et que le prochain prêt du FMI, les 2,8 milliards de dollars, subira le même sort. Et la Tunisie devra in fine, à un moment ou à un autre, tenter l’aventure du marché international. C’est cela pour le moment l’horizon indépassable des autorités tunisiennes : L’emprunt, au lieu de songer sérieusement à faire repartir l’économie pour engranger des recettes fiscales, des devises étrangères, les cotisations sociales des chômeurs embauchés, etc. Jusqu’à ce que les bailleurs sifflent la fin. Et ça ne va pas tarder…

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