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Dans une interview exclusive accordée ce mercredi 5 octobre à Africanmanager, Hela Cheikhrouhou, ministre de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, a mis en garde contre les interruptions que connaissent la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) et le Groupe Chimique Tunisien (GCT).

Elle a dans ce cadre affirmé que ces mouvements sauvages sont en train de menacer la saison agricole puisqu’il n’y a plus de production ou de transfert de phosphate.

La situation est préoccupante pour elle, surtout que les usines du GCT risquent de s’arrêter et de ne plus produire le DAP, matière fortement attendue par les agriculteurs

Sur un autre plan, elle a bien défendu les mesures prises en faveur de la population de la région de Gafsa, faisant savoir que le gouvernement a eu le courage d’annoncer de nouveaux recrutements alors que les comptes publics sont dans le rouge.

La ministre a par ailleurs évoqué les démarches à suivre après l’adoption de la nouvelle loi sur les énergies renouvelables, tout en mettant l’accent sur les projets d’interconnexion. Interview :

Les sit-in dans le Bassin minier semblent avoir pris un caractère cyclique. En effet, après le règlement du litige à Mdhilla, voilà que le site de production de Metlaoui est paralysé par un autre sit-in anarchique. Pouvez-vous nous dresser le bilan ?

Des efforts déployés par ce nouveau gouvernement, qui a eu le courage d’aller de l’avant et d’annoncer plus de 2800 nouveaux postes d’emplois à la CPG, une annonce fortement attendue par la population depuis mai 2015 ; et en deux semaines on a lancé le concours dans un processus transparent. Mais voilà, on se trouve face à des contestations avec des personnes qui veulent arrêter la production.

Avec ce blocage, plusieurs experts évoquent le scénario de faillite. Qu’en pensez-vous et surtout est-il possible de chiffrer les pertes ?

Je ne parlerai pas aujourd’hui d’un scénario de faillite, mais je peux décrire une réalité qu’on observe, c’est une détérioration continue et certaine des fondamentaux économiques et financiers de la CPG et du GCT ainsi que leurs filiales, qui coutent énormément.

Il est à rappeler que ce groupe a pu générer, en 2010, 800 millions de dinars de bénéfice alors qu’en 2015, il a enregistré une perte de l’ordre de 200 millions de dinars, en consommant plus de deux tiers de son capital.

Donc, le fait de paralyser l’activité des opérateurs, cela veut dire qu’ils subissent aujourd’hui une masse salariale qui a été triplée alors que la production a fortement baissé.

De toute façon et malgré le qu’on continue à payer les salaires de 27 mille employés, l’équivalent de 500 millions de dinars, on n’arrive plus à produire que 3,5 millions de tonnes à cause de ces interruptions. Avec ce rythme, il est impossible de couvrir les charges du groupe..

Il y a autre chose : ces interruptions sont en train de menacer la saison agricole puisqu’il n’y a plus de production ou transfert de phosphate. Donc, les usines du groupe chimique risquent de s’arrêter et de ne plus produire le DAP, matière fortement attendue par les agriculteurs.

Si on continue dans ce processus, quel sera l’avenir du Groupe?

Je préfère ne pas imaginer une éventuelle continuité de blocage, mais je préfère imaginer que la raison va prévaloir et permettra à ce groupe de jouer pleinement son rôle. Sinon, on se retrouvera avec 27 mille foyers sans salaire.

Au niveau de votre département, avez-vous élaboré un plan d’action ou pensez-vous à recourir à des mesures courageuses pour mieux s’attaquer à ce problème?

En dépit de la situation difficile du groupe, c’est très courageux d’annoncer environ 3000 nouveaux postes d’emplois additionnels aux 27 mille. Nous avons annoncé le recrutement tout de suite et de manière transparente de ces employés dont nous n’avons besoin que partiellement car ils correspondent aux besoins de 2017 et 2018.

Donc, la première mesure a pour but d’obtenir la paix sociale.

La deuxième mesure est liée à l’utilisation des 40 millions de dinars restants dans le budget de la responsabilité sociétale pour prioriser des choses bien identifiées par la population comme étant nécessaires. Par exemple, 15 millions de dinars seront investis à travers la BTS et la BFPME et le fonds pour créer des centaines de micro-projets dans la région de manière à créer plus d’emplois.

On s’est orienté vers la création d’emploi, mais ces mesures sont peu médiatisées. Des mesures courageuses et même audacieuses. Car, il faut être courageux pour entamer une telle dépense alors qu’on est dans le rouge.

Outre la mesure de recrutement, y aura-t-il d’autres actions touchant par exemple le transfert de la production, sujet qui continue de susciter la polémique?

S’il y a des populations qui ne permettent pas le transfert de phosphate, la solution est de réfléchir à la réduction des coûts du groupe et à la révision de la structure salariale et enfin la composition des employés.

Avec ce climat morose, pourrait-on recourir à la solution sécuritaire?

Du moment que la population de la région ne dit pas clairement qu’elle souhaite la reprise de l’activité du phosphate, nous sommes en train de voir ce que la rue nous dit.

Aujourd’hui, la population doit se rendre compte que la société qui entretient tant de foyers est malade. Ces arrêts sauvages de la production nuisent non seulement à la majorité des Tunisiens à travers les finances publiques, mais aussi à la région elle-même en menaçant 27 mille foyers.

Sur un autre plan, la loi sur les énergies renouvelables a été adoptée depuis quelques temps. Quelles seront les nouvelles démarches à suivre?

Aujourd’hui, tous les textes de décret ou encore d’autres organisant le fonctionnement étaient produits. Ils restent quelques contrats types et autres qui sont au niveau de la présidence du gouvernement.

Le reste à faire est de finaliser la première série de projets qui sera annoncée.

A ce niveau, il faut indiquer qu’il y aura des projets sous forme d’autorisation pour les petites capacités et d’autres sous forme d’appel d’offre. Il s’agit de travailler sur la manière pour que ces appels d’offre soient structurés et faire en sorte que le retard accumulé dans  l’initiation dans projets de production indépendant de l’électricité par le renouvelable soit rattrapé.

Notre ambition d’içi novembre prochain, est de publier la capacité dont nous souhaitons acheter sous forme d’appel d’offre ou d’autorisation pour les différentes technologies dont notamment le solaire et l’éolien.

Votre département a annoncé un objectif de 30% pour la contribution des énergies renouvelables dans la production électrique à l’horizon 2030. Cet objectif est-il toujours d’actualité?

Cet objectif a été discuté dans le passé et il fera aussi l’objet d’un examen au niveau du Conseil ministériel comme étant l’un des principaux axes de notre stratégie énergie 2030, avec un objectif de 30% de notre production électrique sous forme d’énergie renouvelable.

Autant que possible, il serait bon d’essayer d’atteindre cet objectif le plus vite possible avant d’avoir un objectif qui va au-delà. Cela requiert une meilleure performance en termes de stabilité de réseau pour gérer cette intermittence d’énergie renouvelable, mais aussi de réfléchir à des solutions en termes d’interconnexion avec l’Italie par exemple pour absorber cette énergie intermittente.

A ce titre, qu’en est-il du projet d’interconnexion électrique tuniso-italien (ELMED) : potentiel des énergies renouvelables et cadre règlementaire ?

Les études sont en cours d’élaboration et beaucoup d’autres restent à faire. A ce niveau, nous sommes en train de mobiliser des dons pour finaliser ces études.

Un dialogue est en cours avec notre partenaire italien, l’Union Européenne et la Banque Mondiale pour voir s’il sera possible d’obtenir des financements sous forme de dons pour une partie des projets.

Y a-t-il des nouveautés par rapport au Plan solaire tunisien ( PST)?

Ce projet pilote a été adopté par le Conseil ministériel cet été. C’est l’un des piliers de la grande stratégie énergie et le cumul de tous les projets qu’il faut lancer.

Le PST est une appellation utilisée depuis 2008 englobant la série de projets dont la première série sera dévoilée d’ici la fin de cette année. C’est le programme des énergies renouvelables pour lequel il y a eu une nouvelle loi.

Et pour le projet du gaz du sud?

C’est l’un des plus grands projets de renforcement de l’infrastructure de production et de transport du gaz naturel dans le pays, outre la transformation d’une partie conséquente du gaz en GPL.

Ce « projet de développement de la concession Nawara» prend d’ailleurs toute son importance dans la conjoncture, mais voilà, il a rencontré d’énormes problèmes et a eu du retard..

Mais pourquoi ?

Cela est du aux contestations en termes d’accès aux terrains pour construire l’infrastructure et de requêtes accrues en termes d’emplois.

Actuellement, la plupart des obstacles ont été levés, mais il nous reste quelques problèmes liés aux terrains déjà payés et compensés et pour lesquels il y a encore des emprises illégales par certains individus. Donc, les travaux sont bloqués dans certains endroits, en attendant la résolution de cette question.

La production de pétrole brut a connu une chute de 89% à fin aout 2016, d’après les derniers chiffres dévoilés à Africanmanager. Y aura-t-il de nouveaux permis d’exploration pour dépasser cette situation?

La production moyenne était de l’ordre d’environ 80 mille barils/j contre 45 mille barils/j à fin août 2016 et ce, aussi bien pour le pétrole que pour le gaz.

C’est  pour cette raison que les nouveaux permis d’exploration et de développement requièrent une clarification au niveau de l’ARP en ce qui concerne l’article 13 de la Constitution.

La commission de l’industrie, de l’énergie, des ressources naturelles, de l’infrastructure et de l’environnement est en train d’examiner cette question et nous estimons la résolution de ce problème au cours de cette année.

Ce changement juridique est  important dans la mesure où le nombre des permis d’exploration a baissé passant de 50 permis il y a cinq ans à seulement 27 actuellement.

Avec la mise en place d’un nouveau mécanisme de révision des prix des hydrocarbures lancé (Gazoil, Gazoil 50 et Essence) en juillet dernier et avec l’instabilité du prix du baril, envisagez-vous de réviser à la hausse les prix des hydrocarbures?

Les prix des hydrocarbures vont certainement suivre les tendances du marché international.

En effet, le prix du baril de pétrole a remonté et nous verrons ce que la formule donne à la mi-octobre.

Pour rappel, la Tunisie a adopté depuis juillet dernier un nouveau mécanisme permettant de réviser automatiquement les prix des hydrocarbures tous les trois mois et ce, en fonction du prix d’achat du pétrole, par l’Etat, et de la valeur du dinar par rapport au dollar américain. D’ailleurs, les prix des hydrocarbures ont baissé au début de cette année.

Vous avez signalé que le gouvernement pourrait recourir au gaz de schiste pour faire face aux dépenses prévues. Avez-vous élaboré une stratégie pour mieux défendre votre position également auprès de la société civile, qui s’est opposée à ce genre de solution ?

Il faut étudier toutes les solutions pour développer les ressources nationales en termes d’hydrocarbures. Car, il s’agit des solutions les plus économiques et les plus génératrices d’emploi.

Toutes les autres solutions consisteraient soit à importer de plus en plus de gaz chez notre frère algérien, soit subir le cout énorme de l’infrastructure terminale de gaz naturel ou encore de faire venir du charbon de l’étranger.

Toutes les solutions alternatives sont plus couteuses et négatives pour la balance de paiement, tout en affaiblissant le dinar tunisien. C’est pourquoi il faut  étudier sérieusement cette ressource naturelle afin de connaitre ses effets négatifs et comment peut-on atténuer son impact en le gérant avec les meilleures technologies. Par la suite, il est important de mesurer les effets positifs et prendre la bonne décision.

Pour l’étape actuelle, on est trop loin de produire le gaz de schiste et on ne peut même pas l’explorer pour le moment…

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