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Rached Ghannouchi, Houcine Abbassi,

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A mesure qu'on avance dans la concrétisation des derniers accords sur la feuille de route

A mesure qu’on avance dans la concrétisation des derniers accords sur la feuille de route, demeurés jusque-là des accords de principe, on se perd en conjectures, et on voit s’avérer le vieux dicton : le diable est dans les détails.

On a bien pensé que le gouvernement tunisien était sur le point d’annoncer sa démission comme l’exige l’adhésion d’Ennahdha à la feuille de route, émanant de l’initiative du Quartette .Mais on s’est aperçu que la confusion demeurera le temps que les rapports de force soient tranchés, dans un sens ou un autre au sein du parti islamiste .

Rached Ghannouchi a ajouté, aujourd’hui lundi, à la confusion déjà installée en affirmant, dans une interview au journal algérien Al Khabar, qu’il était exclu que le gouvernement actuel démissionne immédiatement , car cette question n’est pas mentionnée dans l’Initiative du Quartet en tant que condition immédiate, mais il s’agit d’une demande de l’opposition, qui est devenue un point de l’ordre du jour des négociations et un volet du dialogue .Il a repris la formule avancée par Ennahdha, au début des premières négociations ,que la feuille de route du Quartet est une base pour les négociations , et que son parti est ouvert à toutes les propositions .

Cette position s’inscrit plutôt dans la même lignée que la position annoncée, samedi , par le conseiller en communication de la présidence du gouvernement Abdesslem Zbidi , qui a laissé entendre que l’actuel gouvernement restera en place jusqu’à la fin de la période constitutive, en réaction à l’explication donnée par Bouali Mbarki secrétaire général adjoint de l’UGTT de la nouvelle position d’Ennahdha transmise à Houcine Abbassi , vendredi dernier . Cette position a été appuyée quelques heures plus tard par Abdelkrim Harouni , ministre du Transport , lors d’un meeting populaire à M’nihla ,affirmant qu’aucune démission du gouvernement actuel n’est envisageable avant l’achèvement de sa mission et celle de l’ANC.

Nous nous retrouvons dans le cadre de la position d’Ennahdha annoncée dans le communiqué du 22 août 2013, date qui précède les derniers développements et tractations, et dans lequel le parti islamiste précise que « le gouvernement de la Troïka ne démissionnera pas et continuera sa mission jusqu’à ce que le dialogue national aboutisse à un choix consensuel qui garantira la transition démocratique et l’organisation d’élections libres et transparentes ». En clair, le gouvernement Laârayedh ne laissera la place qu’à un gouvernement d’élections .

Depuis l’annonce de ces nouvelles positions, on est revenu à la case départ, et l’écart entre les thèses d’Ennahdha et celles du Quartet qu’on croyait un moment rétréci, s’est vite élargi. Et même les spéculations sur les noms des personnalités pressenties pour succéder à Ali Laârayedh à la présidence du gouvernement ont cessé .

Evidemment, l’UGTT a publié, lundi, sur sa page officielle, un statut dans lequel elle dresse les contours de sa vision de la feuille de route , et annonce l’imminence du coup d’envoi de la première session du Dialogue national , et les décisions qui devraient y être prises . L’UGTT indique , en termes assez souples et chargés d’allusions, que l’actuel gouvernement s’engage à présenter sa démission , et qu’un accord doit être trouvé sur la constitution d’un gouvernement national de compétences , présidé par une personnalité indépendante , et souligne dans le même statut que les membres de ce cabinet ne se présenteront pas aux prochaines élections .

Ennahdha qui paraissait, jusqu’à vendredi dernier divisée en deux clans distincts, resserre ses rangs. Ghannouchi qui donnait l’impression de réagir positivement aux pressions régionales et internationales, et acquérir les éléments d’un diagnostic précis et pertinent de la situation dans le pays, en est venu, à un moment, à reconnaître la nécessité de faire des concessions douloureuses pour le bien du pays, sous l’effet peut-être du poids du volet économique. L’autre clan est globalement représenté par les gens de l’intérieur, c’est-à-dire les nahdhaouis qui ne sont pas partis à l’étranger lors de la répression des années 1990, et qui ont généralement fait de la prison. Ces gens se sentent responsables du patrimoine des luttes et sacrifices consentis par le parti islamiste et cherchent toujours à valoriser ce patrimoine , ressentant , en ces moments de tractations , le risque de le voir dilapidé par des concessions ,qui n’ont pas lieu d’être , à une UGTT qui outrepasse les limites de son rôle purement syndical en faisant de la politique , et à une gauche qui n’a pas eu plus que 1% des suffrages aux dernières élections qui ont jeté les bases de la légitimité dans le pays en attendant d’instaurer les institutions définitives de la nouvelle république.

Mais ce qui est bizarre, c’est que les tenants de cette ligne apparaissent de plus en plus puissants au sein du parti, et semblent, de ce fait, prendre le dessus sur la ligne modérée, malgré le manque d’échos de leurs thèses et analyses dans l’opinion publique, et au sein du pays profond.

Ce clivage entre ces deux clans, qui semble parfois s’atténuer jusqu’à disparaitre totalement , a été expliqué différemment, par les uns et les autres. D’aucuns ont avancé qu’il est d’ordre tactique, c’est-à-dire conçu sur la base d’un partage des rôles entre modérés et ultras pour faire le moins de concessions aux partenaires et tirer le maximum de profit des pourparlers. D’autres , soutenant la thèse inverse , ont indiqué que ce clivage est d’ordre structurel et porte sur des divergences de fond entre les deux protagonistes, , ce qui pourrait amener les mêmes partenaires à changer de vocation sur d’autres thèmes , ce qui peut , en dernière analyse, pousser le modéré d’aujourd’hui à devenir ultra sur d’autres sujets et vice versa . Ces mêmes analystes ont entrevu, à travers ce déploiement des forces en présence, que les choses devraient se compliquer et le pays perdra encore du temps et verra le coût de sa transition démocratique s’élever, si le rapport de forces n’est pas tranché ou au moins maîtrisé, et dans des délais raisonnables entre les tenants de ces deux lignes .

Le détail de l’évolution des rapports de forces entre les tenants des deux clans au sein d’Ennahdha , influencera l’avenir du pays et aura des répercussions même sur le cours des prochaines élections . Mais tout dépendra de la performance du parti islamiste : est-ce qu’il contribuera, comme entité unie, à la réussite de la période restante du processus de transition, ou sera-t-il divisé en clans distincts et peut-être en formations politiques rivales. En fait, l’efficacité de son rôle et le caractère irréversible de son adhésion à la cause de la démocratie et à la défense du projet de société tunisien dépendront de ces données qui conditionneront le comportement et l’état d’esprit de ses adhérents.

Aboussaoud Hmidi

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