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Un dicton tunisien disait, «accueilli avec les honneurs, chassé comme un malpropre». Un dicton qui ressemble à costard taillé sur mesure pour l’actuel chef de gouvernement tunisien dont le sort semble être désormais scellé par l’accord de Carthage. Un accord à l’arraché entre les quatre composantes du quartet gouvernant. Un consensus entre les 4 partis au pouvoir, qui devrait en principe éliminer toute chance de reconduction du vote de confiance en sa faveur lorsque l’ARP entamera son prochain vote de retrait de confiance, comme Habib Essid y a poussé le chef de l’Etat en refusant toujours de démissionner. Lâché par les ministres du parti qui l’a nommé (Nidaa Tounes) et par son unique soutien  (Ennahdha), ainsi que par les organisations nationales qui ont toutes signé son acte de décès, Habib Essid a préféré garder sauf ce qui lui restait d’honneur et ne pas assister à son propre «enterrement».

Essid, nul n’en doute, était un grand commis de l’Etat et un grand bosseur jusqu’à y laisser par deux fois une partie de sa santé. Il n’avait cependant pas su être l’homme d’Etat que tout un pays attendait au sortir d’une transition longue de trois années. En moins de deux années à la tête de l’Exécutif tunisien, il avait vu, il avait su, mais n’avait pas toujours pu ou voulu. De lui, nombre de ses ministres et de ceux qui l’ont rencontré retiendront ces deux répliques laconiques : «Vous avez raison» et «ce n’est pas le moment». Habib Essid était un éternel préoccupé par la conjecture sociale et oubliait toujours la conjoncture économique.

Chef d’un gouvernement qui n’était pas toujours aux ordres et qu’il ne soutenait pas toujours lui-même, Habib Essid était certes un indépendant, mais qui n’a pas toujours voulu écouter les patrons de l’économie et n’a pas su se mettre à l’abri des pressions du puissant syndicat ouvrier qui avait lui-même perdu tout sens de la mesure, économique, financière et sociale. Un chef de gouvernement, enfin et ce n’est pas la fin, auto-desservi par une très mauvaise politique de communication et son manque de charisme servie par une équipe qui n’avait aucun lien avec la communication.

C’était, malheureusement, tout cela Habib Essid, ce qui justifierait son renvoi et rendait incompréhensible qu’il n’ait pas su tenir la perche de la démission qui lui avait été tendue par le vieux «crocodile», comme en parlait le magazine français Le Point. Sauf qu’en renvoyant Essid, BCE (Béji Caïed Essebssi) et toute la classe politique tunisienne pourraient tomber de charybde en Scylla.

En effet, quel que soit celui qui prendra sa place à La Kasbah, le 2ème chef de gouvernement de la 2ème République devra faire face à une conjoncture qui n’a pas changé, sinon vers le pire et à des contraintes et des écueils qui se sont nettement durcis. Ce sera aussi un nouveau chef de gouvernement qui sera astreint à une feuille de route, genre de faire-part de tous les vœux pieux de l’après «révolution», devant laquelle a déjà échoué son prédécesseur. Un échec, faut-il le rappeler, pas faute de ne pas avoir voulu changer, mais faute de n’avoir pas pu faire ce que le même quartet gouvernant demande maintenant à son remplaçant sans jamais lui en donner les moyens et lui en fournir le soutien.

En quelques mots, ce n’est pas l’oiseau rare qui fera le printemps, tout comme le lion qui n’a pas pu imposer la loi dans cette jungle de la révolution !

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De plus en plus d’indicateurs pointent sur une possible issue de la crise déclenchée par le chef de l’Etat, qui proposait il y a quelques semaines un gouvernement d’union nationale avec un chef de gouvernement autre que Habib Essid. Il semblerait que ce dernier ait enfin accepté de démissionner et que d’ici la fin de cette semaine ou le début de la semaine prochaine, Caïed Essebssi pourrait annoncer le nouveau nom du chef du gouvernement qui sera proposé au vote de confiance du Parlement.

En attendant, les candidatures, réelles ou farfelues, n’arrêtent pas de fuser, alors que les partis politiques semblent désormais convaincus de la nécessité de recourir à un indépendant, c’est-à-dire ne représentant aucun parti politique, pour le poste de chef de gouvernement. C’est ainsi que coure toujours, mais en tant que personnalité indépendante, le nom de Néjib Chebbi, celui aussi de l’ancien ambassadeur et actuel président du Conseil de la société Ennakl, Fadhel Khalil. Le nom de l’ancien ministre de l’Equipement Hedi Belarbi refait aussi surface, alors que celui de l’actuel directeur de l’Institut tunisien des études stratégiques est une première. A noter aussi la candidature de l’actuel gouverneur de la BCT, Chedli Ayari, dont le nom aurait été proposé aussi bien par Ennahdha que par l’UGTT.

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Le remaniement ministériel est donc devenu officiel. Un premier traitement par le chiffre indique une diminution des membres de ce gouvernement. Il était composé de 42 personnes (28 ministres et 14 secrétaires d’Etat). Il n’est plus que de 30 ministres, dont le chef du gouvernement. Il ne compte plus aucun secrétaire d’Etat. Le nouveau gouvernement d’Essid a vu le départ de quelques têtes et l’entrée d’autres. D’autres ont été repêchés.

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  • Les partants

7 ministres ont perdu leurs portefeuilles. Il s’agit de Najem Gharsalli qui partirait à l’ambassade tunisienne au Maroc, Taieb Baccouche dont le sort se jouera lundi prochain à Sousse lors du prochain congrès de Nida Tounes, Othman Battikh qui pourrait devenir Mufti de la République, Ammar Youmbaï pour lequel rien n’aurait été encore prévu bien qu’Essid lui doive  la paix sociale, Ahmed Zarrouk que peu de gens connaissent et Ridha Lahouel qui retrouvera le ministère du Commerce mais ailleurs qu’au 5ème étage , sans compter la démission, depuis octobre dernier, de Lazhar Akremi et de Mohamed Salah Ben Aïssa.

  • Les rescapés et les jokers

Vingt ministres ont sauvé leurs têtes. Il s’agit de Farhat Horchani à la Défense, Slim Chaker aux Finances,  Yassine Ibrahim au Développement, investissement et  coopération internationale, Hatem El Euchi  aux Domaines de l’Etat et affaires foncières,  Chiheb Bouden à l’Enseignement supérieur de la recherche scientifique,  Zied Laadhari  à la Formation professionnelle et de l’emploi, Maher Ben Dhia à la Jeunesse et sports, Saad Seddik à l’Agriculture, Nejib Derouiche à l’Environnement, Zakaria Hamad à l’Industrie, Mohamed Salah Arfaoui à l’Equipement, Salma Rekik au Tourisme, Noomane Fehri au TIC, Said Aïdi à la Santé, Neji Jelloul à l’Education, Samira Merai à la Femme et enfance, Kamel Jendoubi aux Relations avec l’ARP,  Anis Ghédira qui change de place et va au Transport, Mahmoud Ben Romdhane qui change de siège et va aux Affaires sociales et Hédi Mejdoub qui monte en grade au même ministère de l’Intérieur, de secrétaire d’Etat à ministre. Les trois derniers semblent être les jokers d’Essid qu’il peut mettre là où bon lui semble.

  • Les repêchés

Ils sont essentiellement deux, les secrétaires d’Etat qui ont été repêchés après le nettoyage de toute la partie SE du premier gouvernement Essid et même promus. Il y a d’abord Youssef Chahed qui était secrétaire d’Etat à la Pêche qui change de statut, devient ministre des Affaires locales en lieu et place de Hédi Mejdoub. Il y a enfin Najmeddine Hamrouni, ancien secrétaire d’Etat chargé de la mise à niveau des établissements hospitaliers et qui passe de Bab Saadoune à la Kasbah. Devenu conseiller d’Essid, ce Nahdhaoui est ainsi repêché et est «The » remaniement selon certains analystes.

  • Les bleus

Huit nouvelles têtes font leur entrée au gouvernement Essid. En majorité, ils sont des bleus en matière de politique. Ils feront leurs premières classes avec Essid. Il s’agit d’abord de l’ancien gouverneur de l’Ariana Omar Mansour, de Khemaies Jhinaoui qui passe de Carthage au Hilton siège du ministère des affaires étrangères, Sonia Mbarek qui passe de la scène (cantatrice) au ministère de la Culture, Mongi Zarrouk qui est plutôt un revenant du gouvernement de la Troïka et se retrouve aux mines et à l’énergie, Mohsen Hassen qui passe des affaires privées au Commerce, Mohamed Khelil qui prend les Affaires religieuses, Kamel Ayadi qui passe de la théorie à la pratique en matière de lutte contre la corruption et Khaled Chouket qui passe des coulisses du pouvoir à Nidaa à l’antre même du pouvoir.

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Habib Essid l’avait annoncé après la fin du marathon budgétaire. Ce dernier est terminé depuis quelques jours. A en croire des sources généralement bien informées, le remaniement gouvernemental promis devrait avoir lieu avant la fin de cette semaine. D’autres sources assurent qu’il aura lieu demain mercredi 16 décembre.

Beaucoup s’attendent à un remaniement en profondeur, même s’il ne sera pas annonceur d’une nouvelle orientation politique. Plus restreint est le nombre de ceux qui évoquent un remaniement partiel. Ce qui est sûr, selon nos informations, c’est que le Chef du gouvernement aurait mis de côté l’option du «4-4-2» que nous évoquions dans un précédent article. Cela à cause de l’absence de toute indicateur d’une fin proche de la crise de Nidaa Tounes qui maintiendrait intact ton bloc parlementaire.

Il y a pourtant, beaucoup plus important que toutes les fuites, réelles ou à desseins politiciens. D’abord se poser la question de l’utilité d’un tel remaniement, autre que celui des chaines musicales. La réponse est d’une déconcertante évidence. A la sortie de la première période de transition politique, l’urgence de tout gouvernement était le développement. Cette priorité a cependant changé, dès la nomination du gouvernement Habib Essid, «saluée» dès mars dernier par l’attentat du Bardo et bientôt parsemée d’autres attentats. Il est donc une évidence que la priorité du gouvernement est désormais la lutte contre le terrorisme. Ce fléau conditionne en effet toute la conjoncture intérieure tunisienne et sa fin, sinon au moins sa maîtrise, devient un préalable à tout retour à la croissance.

Le chef du gouvernement semble enfin avoir compris le caractère vital de cette lutte et a vite fait de traduire cela dans le budget de l’Etat 2016. Un budget où les ministères de l’Intérieur et de la Défense ont été renforcés en moyens, humains et matériels. Il est ainsi clair que la Tunisie est en guerre, d’abord et de manière urgente, contre le terrorisme. Elle est ensuite en guerre, tout aussi urgente, contre la crise économique qui l’empêche de trouver les solutions qui seront nécessaires à appuyer et à ancrer ses réussites contre le terrorisme.

C’est tout cela qui fait dire, maintenant et avant que n’advienne le remaniement ministériel que le chef du gouvernement serait sur le point d’annoncer, que la Tunisie a besoin désormais d’un gouvernement de guerres. Ce dernier mot est au pluriel, car il s’agit de guerre contre le terrorisme et de guerre contre la crise économique qui paralyse toute les forces vives du pays et annihile toute l’action gouvernementale en faveur du développement.

Un tel gouvernement, celui des deux guerres, se doit d’abord d’être redimensionné à la mesure des moyens et des nouveaux objectifs de l’Etat. Plusieurs sont à ce titre les experts qui estiment que le prochain gouvernement, devra d’abord se resserrer et se recentrer autour de deux grands pôles, non dans le sens structurel, mais stratégique. Un pôle sécuritaire qui confirmera l’appui politique à la lutte contre le terroriste et un pôle économique qui veillera au redémarrage de l’économie.

  • Un pôle sécuritaire avec un militaire à la Défense et l’appui au ministre de l’Intérieur

Pour le sécuritaire, c’est un pôle où l’actuel  ministre de l’Intérieur (MI) devra être non seulement maintenu, mais aussi et surtout conforté. Soutenu, en premier lieu dans son travail qu’atteste le bilan en matière d’arrestations de terroristes, de démantèlements de cellules dormantes et de d’annulations de projets d’attentats. Conforté en second lieu, dans son action de remise en l’état du ministère de l’intérieur.

Une première indication, que le chef du gouvernement va dans ce sens, a déjà été donnée par le départ de Rafik Chelly, le retour d’anciennes compétence sécuritaires et le prochain retour aux DG de la sûreté Nationale et de la sûreté de l’Etat. Une seconde indication pourrait être la prochaine signature, par le chef du gouvernement, d’un ensemble de nouvelles nominations au MI qui viendront terminer le nettoyage et appuyer les staffs d’Abderrahmane Haj Ali et d’Imed Achour pour ne citer que ces deux derniers. Désavouer Najem Gharsalli, reviendrait en tout cas pour Essid, un désaveu de son propre choix qu’il avait défendu bec et ongles et un aveu d’échec personnel.

Le pôle sécurité devra aussi comporter le ministère de la défense (MD). Un ministère, depuis quelques mois, sans ministre. Un ministère où il faudra mettre l’homme qu’il faut. A ce titre, les experts estiment qu’il lui faudrait d’abord un homme du métier, capable de fédérer et de booster le moral des troupes qui savent qu’elles engageront une guerre de longue haleine. Et les regards de plus d’un expert se tournent, pour ce poste, vers le Palais de Carthage où un Amiral fait déjà office de conseiller militaire auprès du chef de l’Etat.

Ce pôle sécuritaire devra aussi inclure la justice, autre élément important dans la lutte antiterroriste. Un ministère qui devra être chapeauté par un «grosse tête», un haut magistrat, connu et reconnu, pour son intégrité, sa compétence et son adhésion totale à cette guerre contre le terrorisme. Un super Haut Magistrat qui puisse tenir, de main de maître et dans un gant de velours, tout le Parquet pour l’engager, avec conviction et sans détours, dans cette guerre contre le terrorisme.

  • Un pôle économique avec deux supers ministères, de l’économie et des finances.

A côté de ce pôle sécuritaire (MI et MD), il faudra nécessairement créer un pôle économique, capable lui aussi de fédérer toutes les compétences administratives, de créer une synergie positive entre les différents départements de ce pôle et d’y impulser une dynamique créative de croissance. Ce pôle, devrait ainsi regrouper des ministères économiques, comme le commerce,  l’industrie, l’énergie et les mines, autour d’un ministre d’Etat, visionnaire, dynamique, innovant et créateur d’idées. Il devrait aussi regrouper les départements à vocation financière, comme celui des Finances, du Développement, du Plan, de la coopération internationale et même des domaines de l’Etat. Tout cela, sans désavouer l’actuel ministre des Finances, ce qui serait un désaveu à tout le travail de réformes qu’il a engagé et surtout à toute la loi des Finances qui est passée malgré l’absence d’une partie de l’opposition, ce qui est en soit un bon signe de démocratie. Et à ce stade, le départ de Slim Chaker ne pourra qu’être assimilé à un désaveu de son patron et ne fera qu’encourager tous ceux qui cherchaient déjà à annuler certaines dispositions de la loi des Finances 2016.

  • Re-imaginer les réformes, en amont et en aval, et soutenir les nettoyeurs

Il ne restera alors qu’à regrouper, autour d’une seule vision, transversale et stratégique, tout le secteur de l’éducation (ministère de l’Education nationale et ministère de l’Enseignement supérieure et la formation professionnelle). Entre les mains d’un homme tel que Neji Jalloul qui fait preuve de volonté réformatrice, de sens de la négociation et qui est devenu l’un des hommes politiques les plus aimés. Un tel super département ne pourra qu’évoluer autour d’une même stratégie réformatrice, d’autant que la réforme de l’enseignement se doit d’être imaginée en amont et en aval, englobant toute la vie de l’élève, de l’école primaire à la faculté et à l’orée du marché de l’emploi.

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Le conseil de la Choura du mouvement Ennahdha

Le conseil de la Choura du mouvement Ennahdha, a décidé que le remaniement ne touchera pas les ministères de souveraineté, a déclaré un dirigeant d’Ennahdha à Africanmanager.

Le dirigeant nahdhaoui, qui a souhaité garder l’anonymat, a ajouté que les portefeuille qui seront concernés par le remaniement sont ceux de l’industrie, du commerce , du développement et de l’environnement, soulignant, par ailleurs, que des propositions seront faites à des partis politiques, notamment celui d’Al Massar et des indépendants, pour rejoindre le gouvernement.

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