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Robert Blotevogel

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Ce n’est pas de «la psychologie de groupe », comme nous le disait un homme d’affaires connu de la région de Sousse, c’est désormais une réalité longtemps reprise par plus d’un membre du gouvernement et par presque tous les experts économiques qui comptent. L’économie tunisienne est en crise.

Cinq années après la révolution de 2011, l’économie affiche un déficit budgétaire de 4,8 % du PIB, un taux jamais atteint depuis 2010 où il n’était que de 1 % et un encours de la dette publique de l’ordre de 52 % en 2015 et qui devrait monter à 53,4 % du PIB cette année. Une économie qui dépense plus dans les salaires d’une fonction publique qui gonfle à ne plus finir, qui représentaient déjà l’année dernière 14 % du PIB sans aucune augmentation de la production, arrêtée ou mise à mal par les grèves et les mouvements sociaux. Aux dernières nouvelles (Voir notre interview avec le ministre des Finances), les finances de l’Etat affichent un gap de 6,6 milliards DT entre les recettes et les dépenses. Un gap qu’il faudra combler par la dette internationale.

Il y a dix jours, le gouverneur de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) évoquait pour Africanmanager, un nouveau programme d’aide du FMI (Fonds Monétaire International) d’un montant de 1,7 milliard USD et qui devrait rapporter «si tout va bien» disait Chedly Ayari, entre FMI et Banque Mondiale, quelque 5 milliards DT pour l’Etat tunisien. Il faut noter que l’accord du FMI, dont une mission est en visite de travail en Tunisie depuis le 18 février 2016, pose des conditions pour l’obtention de cette énorme somme qui, notons-le, avait déjà été promise au premier ministre Caïed Essebssi par le G7 qui n’a jamais tenu ses promesses.

  • Le FMI dit non au plan économique d’Essid et lui demande de revoir sa copie

Comme l’on s’y attendait, les négociations qui débutent dans les coulisses de cette nouvelle mission du FMI en Tunisie, seront difficiles, certainement plus difficiles que la situation économique d’un pays dont le tourisme, le plus secteur employeur, est encore sous embargo des TO et otage de la levée des restrictions de voyage de la Grande Bretagne notamment. Mais voilà que les premières informations autour de ces discussions viennent de sortir de la bouche du nouveau représentant du FMI en Tunisie. «La Tunisie doit revoir son modèle de développement », a en effet estimé le nouveau représentant du FMI dans le pays, Robert Blotevogel, dans un entretien à l’AFP. Selon lui toujours, «le plan de développement 2016-2020 devrait ainsi avoir comme priorité la relance de l’économie en faveur des plus pauvres et des régions défavorisées». Cette déclaration intervient dans la foulée de la présentation,  il y a quelques semaines, d’un plan de développement qui est la référence de l’action du gouvernement Essid et qui ne semble ainsi pas plaire au bailleur de fonds qu’est le FMI. L’actuel gouvernement a longtemps éludé cette urgence d’un nouveau schéma de développement. Il faudra désormais qu’il s’y mette. Un nouveau schéma à faire, désormais, aux conditions du créditeur qui a besoin, et c’est son droit, d’être sûr que son client restera  bancable et capable de rembourser la dette qu’il s’apprête à lui accorder.

Selon le FMI donc, le nouveau schéma de développement à mettre en œuvre devra impérativement s’atteler à redresser l’économie. Cela voudra dire pour le gouvernement Essid, s’il restait, de réorienter ses priorités, d’une baisse de la tension sociale quels qu’en soient les coûts (recrutements massifs dans la fonction publiques, augmentation des salaires de tout le monde et de tous les corps d’activité, subventions, primes déguisées de chômages etc.)

«Le plus lourd fardeau pour les dépenses de l’Etat est la fonction publique alors que l’importante hausse de la masse salariale s’est faite au détriment de l’investissement public », estime le représentant du FMI dans son entretien avec l’AFP et  qui «appelle à inverser cette tendance  pour bâtir les bases pour une croissance inclusive et refaire ainsi le modèle de développement de la Tunisie » et qui regrette que «la hausse « importante de la masse salariale » depuis 2011 se soit faite au détriment de l’investissement public ».

  • Soit des larmes et des sueurs, soit un «marche ou crève» !

Or, sur ce dernier point des salaires, il faudra que l’actuel gouvernement repense radicalement toute la fonction publique, arrête s’il le peut la spirale des augmentations salariales et change sa politique salariale d’une manière générale.  Mais aussi, toucher les plus vulnérables à travers le nouveau plan de développement à mettre en place, cela voudrait dire revoir la politique des subventions pour qu’elle aille aux méritants et ne soit plus généralisée. Cela implique, même si ce n’est pas dit de manière directe, de s’orienter vers la vérité des prix. Evoquer le développement inclusif et les régions défavorisées, cela devra signifier  un nouveau code d’investissement qui consacre ce caractère inclusif que demande le FMI, l’arrêt de toutes les grèves et tout genre de protestation, sociale qui ont déjà fait fuir plus d’un investisseur, une plus grande autorité de l’Etat pour réaliser les investissements prévus dans ces mêmes régions et toujours retardées pour des raisons sociales notamment. C’est tout cela que n’a pas pu, jusqu’à présent, faire le gouvernement Essid et dont la «politique des mains tremblantes» n’augure pas d’un changement à court terme. Et pourtant, il s’agit maintenant d’une urgence qui déterminera la continuité de l’Etat. Une urgence qu’il faudra, malheureusement, concrétiser sous la menace d’un bailleur de fonds qui n’aura plus les mêmes états d’âme du gouvernement.  La Tunisie est ainsi désormais entre deux choix, soit celui de «la sueur et des larmes » pour s’en sortir, soit d’un «marche ou crève» !

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