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Sir Suma Chakrabarti, Tunisie

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En si peu de temps

En si peu de temps, la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement, a su réaliser des avancées rapides concernant la mise en place d’une structure de coopération avec la Tunisie, permettant aussi rapidement son implantation dans nos murs. Sir Suma Chakrabarti, président de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement, nous parle avec beaucoup plus de détails sur l’intention de cette banque d’investissement en Tunisie ainsi que les projets qu’elle compte y réaliser. Interview…

Ce n’est pas votre première visite en Tunisie, mais, pour cette visite, beaucoup d’objectifs sont à atteindre ?

Notre objectif, c’est tout d’abord de confirmer la force des signaux envoyés à la Tunisie de la part de la BERD. Le fait que la BERD s’implante ici en Tunisie, et compte y rester sur le long terme. Ce n’est donc que le début, le début d’une forte relation entre la Tunisie et notre banque. Nous avons arrêté une liste de projets que nous allons mettre en œuvre, projets approuvés par notre conseil d’administration, en septembre dernier. Nous avons aussi beaucoup d’autres projets dans le pipeline pour les périodes à venir. La plus importante part de tout ce travail et ce qui nous permettra d’aller de l’avant, c’est l’ouverture de notre bureau ici à Tunis. L’expérience dans les pays de l’Europe de l’Est a démontré qu’il est toujours mieux de compter sur les compétences locales et leur connaissance du contexte, soit leur savoir-faire. Avec la signature de cet accord, la Tunisie sera le premier pays de l’Afrique du Nord à avoir un bureau de la BERD, et ce sera officiellement à partir du mois de février prochain.

Je suis très satisfait de ces progrès. Tout cela nous permettra d’agir plus facilement, car cela permettra aux mécanismes et au staff de la banque de s’employer aussi rapidement et effectivement en Tunisie, ce qui est d’une grande importance pour nous. Les Tunisiens ont cette aspiration au changement. Ils ont eu d’énormes attentes depuis la révolution. Nous, de notre côté, avons agi très vite, la Tunisie n’était même pas membre de la BERD, l’année dernière. Elle est actuellement membre, le premier crédit en faveur de la Tunisie a obtenu l’accord du conseil d’administration, et notre bureau à Tunis sera ouvert au mois de février prochain. Tout cela a été très rapidement réalisé. Ajoutons à cela que notre pipe-line (ligne de financements) est très fort. J’appelle aussi, et afin de permettre à tous ces projets d’être réalisés rapidement, que les politiques en Tunisie soient plus claires, car les investisseurs ont besoin de vision pour qu’ils se sentent confiants pour venir et investir. La politique doit rendre le pays plus attractif, aussi bien pour l’investisseur étranger que celui local.

Quelles sont, selon vous, les mesures d’urgence à prendre pour améliorer l’attractivité de la Tunisie ?

Ce que nous considérons vraiment comme crucial, c’est le Code de l’Investissement. C’est un élément très important pour l’attraction des investisseurs. L’autre point est celui du « pacte social », que la centrale syndicale (UGTT), et le patronat (UTICA) essayent de faire adopter. C’est très important, car cela devra apaiser les esprits, notamment ces manifestations contre le chômage et la précarité. Une conception d’un accord entre les deux centrales doit être trouvée. Une sorte de « pacte » devra être annoncée, au mois de janvier prochain. Il y a ces deux points que nous considérons comme essentiels, ainsi que d’autres décisions qui devront toucher aux différents secteurs. Tout doit passer par l’Etat, car comme vous le savez l’économie tunisienne, comme l’ont été ses homologues de l’Europe de l’Est, est gérée par l’Etat.

Pourriez-vous quantifier les engagements de la BERD en Tunisie ?

Nous ne disposons pas d’un cadre budgétaire, contrairement à la Banque Mondiale ou d’autres institutions qui travaillent essentiellement avec le secteur public, car nous travaillons essentiellement avec le secteur privé. Nous avons, par contre, un budget régional, par exemple, pour la région MENA, à laquelle appartient la Tunisie. Si tout va bien dans les quatre pays de la région, la Tunisie, le Maroc, la Jordanie et l’Egypte, d’ici 2015, le total de nos investissements sera de 2.5 milliards d’euros. La Tunisie aura sa part de ce montant, combien exactement ? Je ne peux pas le prédire, car cela dépend du nombre de projets que le secteur privé va nous présenter. Nous nous attendons que le secteur privé en Tunisie apporte de nouvelles idées et de projets pour accéder à nos crédits. L’économie tunisienne n’est pas de très grande taille, comparée à l’économie égyptienne, par exemple, mais la Tunisie se portera bien. Je vous donne l’exemple de notre expérience avec une économie de grande taille, celle de la Turquie où on ne cesse d’opérer des réformes. Les demandes de crédits qui parvenaient à la BERD de la part du secteur privé turc sont allées de 0 à 1 milliard, en trois années. Soit 1 milliard par an. Et cela grâce à l’ensemble des réformes entreprises par les autorités turques pour attirer les investisseurs. Même s’il faut admettre que c’est une assez grande économie. Les demandes parvenant de la Tunisie n’atteindront peut-être pas ce taux, mais si des réformes sont opérées, les demandes seront importantes et ainsi le sera notre engagement. Autre chose qu’il faut mentionner, c’est si la Tunisie démontre un rendement performant similaire à celui observés dans les pays de l’Europe de l’Est, c’est que chaque Euro investi ici apportera 2.6 Euros de plus. D’autres investisseurs viendront avec la BERD dans chaque projet dans lequel nous nous engageons ici en Tunisie. C’est très important, nous venons ici et nous allons attirer d’autres investisseurs avec nous.

Comment concevez-vous la relation de la BERD avec les PME tunisiennes ? Quelles sont les conditions pour accéder à vos crédits ?

Nous disposons de différentes et multiples approches. Grâce à nos expériences accumulées dans différents pays, nous avons développé des lignes de crédits accessibles à tous types de PME. Parfois, nous consacrons des lignes de crédits en faveur des PME d’un secteur bien déterminé. En Turquie, par exemple, nous avons créé une ligne de crédits réservée à l’encouragement et à l’autonomisation des PME créées par les femmes. Nous avons une panoplie de produits, parmi laquelle nous pouvons choisir un instrument qui va avec les besoins dans un pays nommé. Les pays ont des besoins différents. Ce sera plus facile pour nous de céder le service d’accord de crédit, car, nous finirons, dans ce cas, avec beaucoup moins, de tâches managériales. Il nous arrive d’accorder directement les crédits, mais cela arrive dans des cas bien déterminés. Généralement, nous recourons aux banques locales pour effectuer ce service. En Tunisie, c’est Tuninvest qui se chargera de l’accord de crédits. Par ailleurs, nous aidons, à travers notre service de conseil, les PME à préparer leurs études de projets pour devenir éligible.

Votre rencontre avec le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie est l’un des points forts de votre visite. Quels sont les sujets que vous avez pu traiter, et quels sont les renseignements que vous avez pu en tirer ?

C’était une excellente discussion. Absolument, nous avons surtout évoqué deux problèmes, que nous jugeons majeurs : le secteur bancaire en Tunisie, et l’ensemble des réformes et consolidations dont il a besoin. Comment faire pour que ce secteur ait une tournure d’esprit pour devenir orienté vers un aspect plus commercial. Ce sont des dossiers sur lesquels se penchent la BCT et les services du ministère des Finances, et nous espérons pouvoir apporter une contribution en matière de références au niveau des études élaborées, et que ces dernières vont dans la bonne direction. La BCT voudrait bien que nous assurions le suivi de ces études. Nous allons essayer d’apporter le fruit de nos expériences dans les pays de l’Europe de l’Est en matière de restructuration du secteur bancaire, et le rendre tourné plus vers le commercial. Nous sommes certains que la BCT aura besoin de notre aide, surtout dans le secteur bancaire.

Quels sont, selon ce que vous avez pu déduire, les principaux problèmes du secteur bancaire en Tunisie ? Quelles sont les solutions à envisager selon vous ? Et quelles seraient les solutions à adopter ?

Il faut admettre qu’il existe un grand nombre de banques, tout d’abord. Et puis beaucoup de banques avec beaucoup de crédits impayés. Un taux de prêts non performants assez élevé, notamment dans le secteur touristique. Il faut actuellement savoir comment remédier à tout cela et aider les banques à devenir plus commerciales. Nous pouvons aider à ce niveau. La deuxième chose que nous avons discutée avec le gouverneur de la BCT, et qui est d’une cruciale importance pour l’avenir de la Tunisie, à savoir la PME (Petite et Moyenne Entreprise). Il faut permettre à ces PME de se créer, de réussir et ainsi créer de nouveaux postes d’emploi. Pour que ce soit possible et pour que ces PME puissent bénéficier des financements de la BERD, elles ont besoin de la monnaie locale, car il n’est point pratique de leur accorder des prêts en devises étrangères, puisqu’elles n’exportent pas et travaillent essentiellement pour le marché local. Jusqu’à ce moment, nous ne pouvions accorder ces prêts en monnaie locale à cause d’une réglementation qui l’interdit. D’un autre côté, il n’est pas logique de leur accorder ces crédits à travers des banques off-shore, puisque cela coûtera très cher. Nous avons eu des discussions assez intéressantes à ce propos avec le gouverneur de la BCT et le ministre des Finances, et ils ont exprimé leur disponibilité pour nous aider à dépasser ce problème. C’est l’un des plus importants objectifs de cette visite, et nous pensons l’avoir réussi, puisque, dans quelques petits mois, nous serons en mesure de trouver la solution, dans le cadre d’un accord entre la BERD et la Tunisie. C’est un changement de politique dont la BERD, la BCT et le gouvernement tunisiens en connaissent l’importance. Cela permettra à notre fort pipe-line d’être mis à l’œuvre, non seulement au profit du secteur bancaire, mais aussi pour les PME de l’ensemble des autres secteurs.

Comment comptez-vous mettre en œuvre l’expérience de votre banque en Tunisie ? Quels les secteurs d’activités que vous allez viser le plus ?

En fait, beaucoup de secteurs sont dans notre viseur, et que nous jugeons notre potentiel partenaires. Il s’agit d’entreprises dans le secteur pétrolier et gazier, dans le secteur de l’agro-alimentaire ainsi que le tourisme. Comme nous le savons, la politique des anciens gouvernements dans le secteur du tourisme n’a pas connu la grande réussite. Le gouvernement actuel voudrait bien revoir cette politique. Nous voulons mettre en œuvre notre savoir-faire dans le secteur agricole. Nous disposons d’une riche connaissance de la chaine de valeur dans ce secteur. Nos expériences dans les pays de l’Europe de l’Est et en Turquie peuvent bien servir ici en Tunisie. Je dois, par ailleurs, dire que je suis impressionné par la rapidité et la disponibilité de tous ceux avec qui nous avons travaillé au sein de l’administration tunisienne pour arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Ce n’est pas facile de coordonner le travail de différents ministères avec qui la BERD collabore. Nous avons rencontré beaucoup de difficultés en Egypte, où, pour de longs mois, nous n’avons pas trouvé d’interlocuteurs. Cela a été différent en Tunisie, c’est pour cela que c’est dans votre pays que nous pouvons dire que nous sommes le plus en avance.

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