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Tamarroud, Tunisie

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«الخوف ايجري الجوف» ou

«الخوف ايجري الجوف» ou, «La peur au ventre », dit un dicton tunisien. Ils ont presque tous parlé, les uns sur un ton, parfois ironique, comme Rached Ghannouchi qui disait que «c’est des enfantillages » et parfois menaçants, comme ce Nahdhaoui qui évoquait, sur Al Jazeera, les ligues de protection de la révolution. Des déclarations qui suintent pourtant la peur que ce qui s’était passé en Egypte, ne soit transposé en Tunisie, cloné chez les millions de mécontents.

Toutes les conditions sont pourtant réunies, tant les erreurs commises par les Frères Musulmans et Ennahdha au pouvoir dans les deux pays, étaient semblables, ce qui pourrait faire dire que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Les Frères Musulmans comme Ennahdha, avaient, en effet, fait une Constitution sur mesure, avec ses trappes, ses travers anti-démocratiques et ses objectifs théocratiques. Frères Musulmans, comme Ennahdha avaient, tout de suite, commencé par investir tous les appareils de l’Etat pour en contrôler toutes les articulations, toujours dans l’objectif de l’instauration d’un Etat religieux en utilisant le Cheval de Troie de la démocratie pour mieux la détruire de l’intérieur. Frères Musulmans et Ennahdha avaient aussi, tous les deux, lamentablement échoué à redresser les économies de leurs pays, à créer de l’emploi et à concrétiser leurs promesses électorales d’une vie meilleure. Les deux «Khouanjia», ont aussi largement déçu leurs anciens électeurs et suscitent chaque jour un courroux plus grand parmi la population qui ne chante plus que sa désillusion.

La seule différence était que les Frères Musulmans avaient été élus pour gouverner alors qu’Ennahdha et ses acolytes n’ont jamais été élus pour gouverner, mais juste pour l’écriture d’une nouvelle Constitution. IL n’est, en effet, un secret pour personne que la Troïka tunisienne avait usurpé le pouvoir, dès la première réunion de l’ANC.

Tous les ingrédients sont donc théoriquement là pour que le scénario égyptien soit réédité en Tunisie. Certains y ont même cru et lancé le mouvement «Tamarroud» ou «désobéissance». Des signatures ont été lancées sur les réseaux sociaux et des accrochages auraient eu lieu avec les Nahdhaouis des LPR à Kasserine. Et pourtant !

De grosses différences, essentiellement entre les deux peuples, feront, à notre avis, que les peurs d’Ennahdha et sa Troïka, resteront de simples peurs qui ne se traduiront, dans les meilleurs des cas, que par quelques concessions des partis au pouvoir. Voici, à cet effet, et à notre sens, quelques vérités que le Tunisien ne voudra jamais entendre.

– La «musique de la révolution » adoucit les mœurs des «révolutionnaires»

Les Frères Musulmans ont été «dégagés» du pouvoir en Egypte, une année seulement après leur prise du pouvoir, avant que les ardeurs révolutionnaires ne fléchissent et avant que le peuple ne s’habitue aux mensonges et ne se déclenche le processus psychologique de la compensation de la colère par l’autodérision, comme l’ont vécu les Egyptiens pendant les dizaines d’années du règne de Moubarak. Une réaction sur laquelle comptent aussi les Frères Musulmans d’Ennahdha. Le temps et l’habitude sont, en effet, susceptibles de faire avaler les plus grosses pilules.

Depuis 2011, les volontés de changement les plus farouches se sont, en effet, effilochées et effritées chez les Tunisiens qui n’en arrivent plus qu’à rire du ridicule de l’ANC qui ne tue plus les députés, qui ne déversent plus leur colère sur leurs gouvernants qui les ont trompés, leur ont menti et n’ont presque rien réalisé pour eux, que sur les réseaux sociaux.

– La révolution n’enlève pas les privilèges, elle en change simplement les bénéficiaires.

Pendant plus de vingt ans, c’est une caste de plus ou moins une centaine de personnes, qui avait sévi en Tunisie et profité des pouvoirs des chefs pour s’enrichir, commander et se divertir. Pendant plus de vingt ans, le reste des Tunisiens, ne leur en faisait pas réprobation, mais les enviait et n’attendait que le moment propice pour avoir ce qu’il n’avait pu, pendant plus de 20 ans, avoir en regardant les autres facilement l’avoir. Les Trabelsi et les Ben Ali partis, se sont des dizaines de centaines, chacun à sa manière, qui les ont remplacés. Ce sont eux, maintenant, qui profitent, à plein pot, de la révolution, de ses défaillances, de ses faiblesses et de ses relâchements pour se remplir les poches. Il est très peu probable que ceux qui profitent maintenant de cette révolution, c’est-à-dire la populace, veuille véritablement faire tomber le système par lequel elle arrive à réaliser ses rêves qui étaient les plus fous, du temps de Ben Ali !

Ceux qui s’octroient des salaires sans travailler, ceux qui font grève sans rien devoir ni payer, ceux qui coupent les routes sans être inquiétés, ceux qui ne paient plus rien et font trafic de tout, ceux qui crient au chômage et quatre sous d’un emploi qui ne rapporte pas aussi gros que le marché parallèle ou la contrebande. Ceux aussi qui désertent leurs terres et crient au sous-développement de leurs régions, ceux qui refusent le travail de la terre et préfèrent les aides d’un Etat qui s’endette, ceux qui négocient et prennent des augmentations salariales sans pour autant créer la valeur ajoutée à partage, ceux qui s’endettent pour envoyer mourir leurs enfants au large de l’Italie et protestent et font sit-in lorsque l’Etat arrête les responsables des filières de Harga. Ceux encore qui font, sans état d’âme, contrebande de la nourriture de leurs concitoyens et protestent lorsque les autorités opèrent des arrestations, ceux qui s’adonnent sans vergogne à la drogue et ne craignent plus d’attaquer le poste de police qui a arrêté leur acolyte, pour le libérer. Ceux enfin qui portent les armes contre leurs congénères et que le chef de l’Etat gracie ou que les tribunaux libèrent. Ce sont tous ceux-là qui forment la majorité de la population et qui ne feront jamais tomber une révolution qui leur a donné des pouvoirs et des privilèges qu’ils n’ont même pas rêvés. Le reste de la population, elle s’est habituée et si elle ne l’a pas déjà fait, elle ne tardera pas à s’habituer et à se laisser enliser dans l’habitude en se contentant du «tanbir» (persiflage) sur les réseaux sociaux.

K.B

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