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L’Instance tunisienne chargée de l’organisation des prochaines élections (ISIE)

L’Instance tunisienne chargée de l’organisation des prochaines élections (ISIE), peine à collecter les inscriptions. En 15 jours, elle n’a pu récolter que 120.000 inscrits sur les listes électorales. L’électeur devient ainsi une denrée rare et se fait presque prier pour aller s’inscrire, même tranquillement chez lui via Internet. L’ISIE qui espérait ainsi récolter un million d’électeurs supplémentaires, en est jusque là pour ses frais et essuie des flux de critiques venues de toutes parts, jusqu’à la demande, ce mardi 8 juillet 2014, de prolonger les délais, faite par le leader de Nida Tounes.

La base électorale en Tunisie est normalement constituée de quelque 8 millions de personnes en âge de voter. En octobre dernier, l’ANC avait convenu du principe de l’inscription automatique. Il avait alors été permis à tout titulaire de la carte d’identité nationale de voter même s’il n’était pas inscrit, volontairement ou involontairement, sur les listes électorales de chaque circonscription.

En 2011, seuls 4 millions d’électeurs avaient usé de ce droit constitutionnel. On en connaît tous les résultats. Un million de voix perdues, 1,7 millions de voix Nahdhaouies et un florilège de petites quantités de voix qui ont composé la mosaïque hétéroclite de l’Assemblée Nationale Constituante. Tout le monde attendait cette jeunesse, laïque et non politisée, qui avait fait la révolution pour les raisons économiques et sociales que tout le monde connaissait en Tunisie, on n’en verra guère trace et c’est la montée des islamistes.

Trois années plus tard, l’ANC décide que l’inscription sur les listes électorales doit être volontaire. Pratiquement, cela veut dire qu’en dehors des 4 millions d’inscrits en 2011, nul ne pourra voter s’il n’est pas couché sur la liste électorale de sa circonscription. Essayer, comme en 2011, de faire valoir le droit de voter sur présentation de la CIN ne mènera nulle part. Disciplinée comme une armée prussienne, seule la base électorale d’Ennahdha aura ainsi progressé. Pour le reste des huit millions en âge d’élire, force est de constater qu’ils déchantent. Ceux sur lesquels comptent nombre de partis politiques pour remettre Ennahdha à sa place et pour que le parti islamiste revienne à sa véritable dimension sociopolitique, commencent manifestement à déchanter eux aussi.

– A qui profite le «crime» de non-inscription ?

L’électeur tunisien, quant à lui, semble avoir fait le choix de baisser les bras devant le forte désillusion qui a frappé ses espoirs en la résurgence, après la chute de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali, d’un pouvoir fort qui remette de l’ordre partout notamment dans le domaine social et remette le pays, économiquement, sur les rails en corrigeant les déséquilibres régionaux.

Trois années durant, cependant, c’est la vision cathodique quotidienne de dizaines de députés qui se font la guerre des fauteuils et des privilèges, qui a participé au désenchantement. C’est aussi le vécu sanglant de trois meurtres politiques dans l’incapacité des gouvernants qu’il avait élus en 2011 à trouver les assassins et le vécu douloureux chaque jour d’un pays qui entre en guerre contre des fantômes sans qu’il voie la fin de l’épisode Chaambi, qui auront fini par déposséder ceux qui rêvaient de changement de toute envie d’essayer encore une fois de réaliser leur rêve.

Il faut pourtant, à ce stade, se demander à qui profite cette situation et à qui profitera le «crime» de non-inscription sur les listes électorales ?

Les partis politiques représentés à l’ANC ont reconduit le système électoral de la proportionnelle qui avait mené, en 2011, à la victoire des forces obscures de l’islam politique. Un système électoral sous lequel Ennahdha a gouverné 10 millions de Tunisiens, avec 1,7 millions de voix lors des législatives de 2011. Un système électoral qui a frappé la Tunisie de la tare d’un président élu par seulement 7000 voix. Un système électoral, enfin, qui a remis tout un pays entre les mains vengeresses d’un parti comme le CPR et conduit tout un peuple à supporter la mollesse, presque complice, d’un parti comme le Attakatol.

Le corps électoral tunisien restant ainsi privé de 50 % de personnes en âge de voter et en âge de changer la donne électorale, le risque est grand que se répète le même scénario d’octobre 2011. Baume ou bémol, la bipolarisation de la scène politique tunisienne qui sera issue des prochaines élections ne sera plus entre Ettakattol qui pourrait rester dans la prochaine Troïka comme l’est maintenant le CPR, mais entre Nida Tounes et Ennahdha. Cette dernière aurait certes pris des engagements, avec les Français et les Américains, de ne plus reprendre seule le pouvoir. Les législatives précédant les présidentielles lors des prochaines élections, les faucons d’Ennahdha, pourraient bien passer outre la volonté de leur président et pousser leur parti à ne pas tenir ses engagements. Tout reste encore possible et entre les mains des Tunisiens en s’inscrivant en masse pour les prochaines vraies élections décisives et leur avenir.

Etymologiquement, la démocratie est faite de deux mots, «Dêmos» et «Kratos», le peuple et le pouvoir. Le premier ne peut pourtant exercer le second que par la participation à l’exercice du choix de celui auquel il confiera ce pouvoir.

Khaled Boumiza

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